Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à LCI le 6 juillet 2018, sur le baccalauréat et l'accès à l'université. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à LCI le 6 juillet 2018, sur le baccalauréat et l'accès à l'université.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

ti :


RENAUD PILA
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

RENAUD PILA
Merci beaucoup d'être avec nous. Aujourd'hui ce sont les résultats du bac, dans quelques minutes pour certains, j'aimerais commencer par vous demander qu'est-ce que vous avez à dire aux futurs bacheliers, est-ce que c'est toujours très important de faire de longues études après le bac pour avoir un bonne emploi, ou les choses ont un peu changé ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, moi ce que j'ai envie de leur dire c'est que, d'abord il faut qu'ils aillent au bout de leurs rêves et au bout de leurs ambitions, donc si leur souhait c'est des longues études, on est là pour les accompagner dans l'enseignement supérieur, si leur souhait c'est de longues études en apprentissage, les possibilités sont ouvertes aussi, si leur souhait c'est d'aller travailler, nous ce à quoi nous travaillons c'est que si dans 2 ans, 3 ans, 10 ans, ils ont envie de reprendre leurs études, le système soit beaucoup plus simple et qu'ils puissent le faire. Donc, j'ai envie de leur dire d'abord qu'ils se reposent, et puis bravo.

RENAUD PILA
Les féliciter, voilà. Est-ce que vous avez déjà un chiffre, est-ce que ça va être un bon cru ou pas, vous ne savez pas ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, non, il faut évidemment attendre l'ensemble des résultats, qui vont s'échelonner. Les plus chanceux, vous l'avez dit, ce matin dès 8h00…

RENAUD PILA
Dès 8h30.

FREDERIQUE VIDAL
Dès 8h30, et puis les autres 10h00, et puis je crois que sur certaines académies ce sera plutôt fin de journée.

RENAUD PILA
Tous ces futurs bacheliers ont utilisé ce fameux logiciel Parcoursup pour trouver une place à l'université, alors on va faire un point. Où est-ce qu'on en est exactement, combien de lycéens ont déjà reçu une offre positive, combien sont en attente ? On sait qu'il y a eu beaucoup d'inquiétudes sur ce Parcoursup.

FREDERIQUE VIDAL
On a 670.000 candidats qui ont d'ores et déjà reçu au moins une proposition, 3 en moyenne, donc ça, ça leur permet de choisir jusqu'au bout, au fur et à mesure qu''ils reçoivent ces propositions, 104.000 qui ont des propositions, mais qui sont en attente, et donc là les choses continuent à se dérouler normalement, si je puis dire. On a eu les résultats d'un certain nombre de concours, qui ne sont pas dans Parcoursup, qui sont tombés ces dernières semaines, donc les jeunes, lorsqu'ils ont préféré s'inscrire dans les formations à concours, l'ont fait, ont libéré des places. C'est un système qui fonctionne en dynamique et qui continue à fonctionner.

RENAUD PILA
Qui se déroule normalement, comme vous le souhaitiez.

FREDERIQUE VIDAL
Qui se déroule tout à fait normalement et tel que c'était prévu, effectivement. C'est un système complètement différent, vraiment, complètement.

RENAUD PILA
Au lieu d'APB, effectivement, qui avait été très critiqué. Vous dites 104.000, ce matin, encore en attente, ils vont attendre longtemps, tout l'été, comment ça va se passer, chaque cas est différent ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, non. En fait, ce qui se passe c'est que, là, après les résultats du bac, certains vont confirmer leurs inscriptions, à partir du moment où les inscriptions sont confirmées ils libèrent les autres places sur lesquelles ils étaient en attente, et donc c'est pour ça que je dis que le processus est dynamique et se déroule en continu. Donc là il va y avoir de nouvelles propositions qui vont être envoyées aux bacheliers, dans les jours qui viennent, vraiment. Et, le principe c'est que, par rapport à l'année dernière où il n'y avait aucun accompagnement avant la rentrée universitaire, là les commissions rectorales fonctionnent, depuis le 22 mai, et accompagnent ceux qui justement n'ont eu que des réponses négatives parce qu'ils étaient dans des filières sélectives, ou, à partir d'aujourd'hui, ont le bac et sont en attente, et eux ils vont pouvoir être aidés par cette commission académique, qui va leur montrer où sont toutes les places qui restent…

RENAUD PILA
Qui va les aider….

FREDERIQUE VIDAL
Oui, la plateforme c'est 13.000 formations, c'est très difficile de les connaître toutes.

RENAUD PILA
Effectivement, le système se déroule normalement, avec effectivement des places qui se libèrent, mais quand même il y a des inquiétudes de lycéens, et de parents d'élèves également, qui dénoncent le manque de transparence de Parcoursup, ils ne comprennent pas les choix. Est-ce que vous comprenez ces craintes ? Ce n'est pas assez transparent Parcoursup ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, je comprends que ça ne soit peut-être pas encore assez transparent, mais c'est par contre plus transparent que ça ne l'a jamais été, si je puis dire. On a publié l'ensemble des algorithmes qui font fonctionner le système, 3 mois avant la date qu'avait fixée le Parlement. Donc, je vous rappelle que sur le précédent système, les algorithmes ont été diffusés 7 ans après la mise en route, et sur papier, on a déjà publié tout ça, le site du ministère est mis à jour tous les matins avec l'ensemble des informations, il y a un numéro vert…

RENAUD PILA
Mais ces fameuses commissions pédagogiques par établissement, ces commissions pédagogiques dans les facultés, est-ce que vous allez rendre transparent leurs décisions, la façon dont tout ça est organisé ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors je crois qu'il y a beaucoup de fantasmes là-dessus. Les attendus sont sur la plateforme, lorsqu'il y avait des attendus spécifiques de ces commissions, ces attendus étaient aussi communiqués sur la plateforme, ensuite c'est une délibération de jury, comme une délibération de jury du bac…

RENAUD PILA
C'est ça, c'est un jury qui regarde les dossiers et qui regarde…

FREDERIQUE VIDAL
Voilà, qui regarde les dossiers et qui, à partir de là, fait des propositions. Mais il faut bien comprendre que l'importance de regarder les dossiers, dans les filières universitaires non sélectives, c'est pour préparer les parcours personnalisés à la rentrée, et c'est plus de 134.000 offres de parcours personnalisés qui ont été faites.

RENAUD PILA
Je vous pose cette question parce que, effectivement, on entend des élus de quartier, ou des parents d'élèves de quartier, de banlieues plus difficiles, qui disent on a beaucoup plus de mal cette année à avoir des places dans les bons lycées, ce qu'on appelle les bons lycées, les lycées parisiens, il y aurait moins de déplacements banlieue-Paris.

FREDERIQUE VIDAL
Ça c'est un ressenti, il faut toujours faire très attention au ressenti. L'an dernier, sur les filières en tension, c'était 0 % la mobilité, donc, évidemment, on ne voyait pas de chiffres progresser…

RENAUD PILA
C'est-à-dire, les élèves des quartiers n'arrivaient pas à arriver dans le centre de Paris ?

FREDERIQUE VIDAL
Ce n'est pas qu'ils n'arrivaient pas, c'est que APB ne l'autorisait pas, donc au moins c'était clair, cette année on a autorisé cette mobilité, les premiers chiffres qu'on a montrent que l'an dernier, globalement, il y avait à peu près 20% de mobilité entre les académies de Créteil et de Versailles, et Paris intra-muros, cette année on est déjà à 34 %, et on fera évidemment un bilan au mois de septembre lorsqu'on aura le panorama complet. Moi je l'ai dit, je suis prête à travailler pour renforcer encore cette mobilité, pour aussi tenir compte du fait qu'il y a des bacheliers dans Paris et qui ont aussi besoin de faire des études supérieures dans Paris, donc c'est cet équilibre qu'il faut trouver.

RENAUD PILA
Quand vous dites que vous êtes prête à travailler, à regarder, est-ce que vous allez annoncer, ou vous annoncez une sorte de réunion avec les élus des quartiers, ou avec tous les acteurs du monde éducatif, par exemple à la rentrée, à l'automne, pour faire un bilan, un pré-bilan de Parcoursup ?

FREDERIQUE VIDAL
En fait on a mis en place deux commissions, une commission qui est vraiment chargée de veiller au fonctionnement de la plateforme…

RENAUD PILA
En ce moment ça.

FREDERIQUE VIDAL
Oui, mais qui va analyser les résultats à la rentrée, et puis une autre commission qui elle a pour objet de vérifier que l'objectif et la philosophie de la loi se met bien en place, et dans l'objectif et la philosophie de la loi il y a cette mobilité.

RENAUD PILA
Il y aura une évaluation, il y aura une réunion… ?

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, l'analyse sera faite, les chiffres seront rendus publics, et bien sûr il faut qu'on travaille avec l'ensemble des proviseurs, des universités, pour améliorer ça, mais, ça a déjà été fait, c'est déjà dans ce type de configuration que les pourcentages de mobilité ont été mis en place, on aura une première expérience, une première année d'expérience, et on fera bouger ces pourcentages si c'est nécessaire.

RENAUD PILA
Mais, si j'insiste sur ce sujet c'est que vous voyez bien que, effectivement, l'homogénéité, la mixité sociale, ce sont des sujets dont on parle énormément en ce moment, ça fait longtemps qu'on en parle, les choses avancent très doucement. Vous considérez, en même temps, qu'il faut maintenir, dans certains territoires, une homogénéité, c'est-à-dire que tous les très bons, pour aller vite, les très bons n'aillent pas dans le centre de Paris, les très bons élèves gardent aussi des racines dans leur territoire, pour qu'il y ait une homogénéité sur le territoire français ?

FREDERIQUE VIDAL
D'abord je tiens à rappeler que les 73 universités, qui sont réparties sur l'ensemble du territoire, offrent toutes des premier, second et troisième cycles, d'excellente qualité, ça c'est vraiment le rôle de l'Etat que de garantir la qualité des diplômes nationaux, et c'est le cas dans les universités.

RENAUD PILA
Oui, mais vous savez très bien que, l'image, ou la réputation de certaines, est différente.

FREDERIQUE VIDAL
C'est vraiment une image, et c'est aussi un problème spécifique qui est liée au territoire de l'Ile-de-France, on a énormément de jeunes, énormément d'universités, et c'est là qu'il faut qu'on trouve cet équilibre, mais je vous assure que quand vous êtes étudiant à Bordeaux, l'université de Bordeaux, qui est une des trois premières à avoir été labélisée université d'excellence, vous paraît absolument exceptionnelle, à juste titre, parce qu'elle l'est.

RENAUD PILA
Est-ce que, Frédérique VIDAL, vous pouvez garantir à chaque lycéen qui nous regarde, ou parents d'élèves qui nous regardent, que, à la rentrée, chaque lycéen aura une place en fac ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, vu la façon dont les choses se déroulent, et puisque nous avons eu la possibilité, au-delà des 21.000 places supplémentaires qui ont été déjà ouvertes, là on a un volant supplémentaire de 10.000 places, et donc on regarde exactement où est-ce qu'on a besoin de mettre ces places, et on ouvre des places.

RENAUD PILA
Nous créons 10.000 places supplémentaires à la rentrée ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, il y a encore 10.000 places supplémentaires. On s'était engagé, avec le Premier ministre, à ne pas considérer simplement les choses de façon macroscopique, de façon macroscopique il reste 100.000 places dans les universités tous les ans.

RENAUD PILA
Parce qu'on n'a pas assez construit d'universités depuis des années.

FREDERIQUE VIDAL
Non, il reste 100.000 places vides…

RENAUD PILA
Vides, oui, mais…

FREDERIQUE VIDAL
Parce que, en fait, les places ne sont pas là où les jeunes veulent aller.

RENAUD PILA
Oui, il reste des places vides, mais en même temps on a un déficit, non, c'est une idée reçue ça, qu'il n'y a pas assez de facultés construites 20 ou 30 ans, par rapport à la démographie française ?

FREDERIQUE VIDAL
Le déficit c'est une idée reçue, puisqu'il reste 100.000 places vides, le problème c'est que ces places ne sont pas là où les jeunes veulent aller.

RENAUD PILA
C'est-à-dire, IUT, médecine, Staps…

FREDERIQUE VIDAL
Par exemple, IUT, médecins, Staps, Droit, toutes ces filières qui sont extrêmement demandées, et donc c'est pour ça que nous, le choix que nous avons fait, c'est de rajouter des places, mais là où il y a une pression et une demande.

RENAUD PILA
Donc, où est-ce qu'il y aura plus de places à la rentrée alors ?

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien, on a travaillé déjà sur les quatre filières les plus en tension, donc droit, sport, Staps, psychologie, médecine, les IUT, les BTS, et ça c'était la première vague, si je puis dire, d'un peu plus de 20.000 places, et là on a 10.000 places supplémentaires et on va ajuster, mettre les places où on en a besoin.

RENAUD PILA
Alors, qui dit plus de places, dit bien sûr sous, budget…

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr.

RENAUD PILA
Les discussions sur le budget vous commencer, ont déjà commencé, est-ce que vous avez des garanties sur votre budget l'an prochain, l'enseignement supérieur, parce que, effectivement, on a l'impression que les besoins et les demandes sont partout. Est-ce que vous pouvez nous annoncer ce matin des garanties ?

FREDERIQUE VIDAL
Les garanties elles ont été annoncées par le Premier ministre à la fin du mois d'octobre, avec un plan étudiant, doté d'1 milliard d'euros, 500 millions d'euros budgétaires, 500 millions d'euros pour accompagner des initiatives pour rénover les premiers cycles. Nous annoncerons lundi les lauréats de la nouvelle vague, nouveau cursus universitaire, à hauteur d'environ 200 millions d'euros, et donc voilà. Les choses se mettent en place, conformément aux engagements pris par le Premier ministre et le gouvernement, puisque, vraiment, l'éducation et l'enseignement supérieur, les différentes formes de pédagogie, l'apprentissage, sont au coeur du projet de ce gouvernement, c'est comme ça, on a besoin de jeunes diplômés.

RENAUD PILA
Vous souhaitez plus, pour l'année, ou les deux années qui viennent, encore ?

FREDERIQUE VIDAL
Il faut évidemment qu'on travaille à mettre les places là où on en a besoin et qu'on régule le système de manière différente.

RENAUD PILA
D'accord, mais j'entends plus, en fait, réorganiser, améliorer le fonctionnement, que plus de budget, que plus d'argent.

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, une fois de plus, c'est une annonce qui a été faite officiellement, 1 milliard d'euros supplémentaires spécifiquement pour accompagner la loi orientation et réussite, c'est-à-dire le premier cycle universitaire, je pense que c'est inédit dans l'histoire des universités.

RENAUD PILA
Alors, une question sur les salaires, les salaires des profs. Jean-Michel BLANQUER a annoncé, il y a quelques jours, une initiative de salaire au mérite pour des enseignants qui, notamment, travailleraient dans des quartiers difficiles. Est-ce que vous souhaitez mettre en place, dans l'enseignement supérieur également, des primes pour les profs méritants ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, les systèmes sont totalement différents, puisque l'Education nationale est un système qui dépend du ministère de l'Education nationale, quand on est dans le Supérieur, les établissements sont autonomes, et donc moi mon ministère gère des opérateurs qui ont leur propre personnalité morale et donc leur propre politique, y compris en termes de primes. Par contre, ce qui est très clair c'est que, moi je souhaite que l'on reconnaisse beaucoup plus l'engagement des enseignants chercheurs dans la pédagogie, aujourd'hui la carrière des enseignants chercheurs se fait essentiellement sur le volet recherche, très peu sur le volet pédagogique…

RENAUD PILA
Et ils s'en plaignent souvent.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, et donc on travaille avec les syndicats, depuis la fin du mois de mars, justement pour voir comment on peut faire en sorte que la carrière d'un enseignant chercheur se fasse sur les deux piliers que sont l'enseignement et la recherche.

RENAUD PILA
Concrètement, est-ce que des primes au mérite, pour ces enseignants chercheurs, c'est une solution qui vous sied ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, ce ne sont pas des primes au mérite, il y a déjà des primes qui ont été mises en place pour accompagner la mise en place de la loi, des primes qui vont aller vers les équipes pédagogiques qui ont pris en charge l'analyse des dossiers et qui ont fait les classements, des primes pour les équipes pédagogiques qui, à la rentrée, vont affiner, avec les étudiants, leur parcours, et mettre en place le contrat pédagogique, donc tout ça c'est déjà des choses qui ont été prévues dans le budget. Mais moi je veux aller encore plus loin et je veux que ce soit reconnu dans les avancements et dans les carrières des enseignants chercheurs.

RENAUD PILA
On parle des quartiers difficiles, de cette fameuse politique de la ville, on en a beaucoup parlé ces dernières semaines avec l'abandon, quasi, du plan Borloo, et l'émoi de beaucoup d'élus de quartier. Est-ce qu'il va y avoir, comme c'était prévu, des annonces en juillet sur les quartiers, les banlieues, alors, vous vous occupez d'enseignement supérieur, mais ça couvre bien sûr la politique de la ville, puisqu'on attendait ces annonces en juillet ?

FREDERIQUE VIDAL
Il va y avoir des annonces, effectivement, autour de la politique des territoires, avec, d'une part, la politique de la ville, et puis, d'autre part, la politique des territoires, au sens plus large. Par exemple, si je reviens sur mon sujet, je travaille beaucoup pour la mise en place d'antennes universitaires délocalisées, on l'a déjà beaucoup utilisé cette année, notamment dans les filières en tension, des délocalisations de première année de médecine, des délocalisations de première année de Staps, parce que je crois qu'il y a aussi beaucoup de jeunes qui s'autocensurent et pour lesquels c'est très compliqué de faire ne serait-ce que 150 kilomètres pour aller étudier, et donc, même s'ils souhaitent faire des études supérieures, ils sont limités par un périmètre géographique et ils regardent autour…

RENAUD PILA
Donc les antennes pourraient les aider.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

RENAUD PILA
Est-ce que vous comprenez qu'une partie des élus de la République en Marche, au-delà des élus des quartiers, se plaignent d'un sentiment d'abandon de ces quartiers-là ? Alors, il y a une nouvelle philosophie, parait-il, du président, pour aider ces territoires en difficulté, mais ce que vous comprenez le sentiment d'urgence, et la déception qu'il y a pu y avoir avec l'abandon du plan Borloo ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, je comprends les deux choses, mais, ce que je comprends aussi c'est que ça fait des dizaines d'années que l'on fait plans sur plans, et que, au bout d'un moment, il faut bien comprendre que les mêmes solutions vont toujours avoir les mêmes effets, donc l'idée c'est, puisque les effets ne sont visiblement pas à la hauteur des attentes, qu'est-ce qu'on propose comme nouvelle solution pour essayer d'avoir enfin des effets à la hauteur des attentes. Je crois que c'est vraiment ça la philosophie, et donc, évidemment que ce sont des choses qui doivent être travaillées, mais qui doivent être travaillées aussi beaucoup plus avec les gens qui y vivent…

RENAUD PILA
Avec les gens.

FREDERIQUE VIDAL
Mais oui, évidemment, parce que…

RENAUD PILA
Mais est-ce que ça intéresse… des élus disent, y compris en coulisse, disent ce sujet n'intéresse pas vraiment le président de la République, ce n'est pas vraiment une priorité.

FREDERIQUE VIDAL
Non, c'est totalement faux puisque, d'ailleurs, dans les choses que j'ai proposées et qui ont été validées par le Premier ministre et par le président de la République, il y a ce sujet justement de mobilité sociale, de comment on fait pour que les jeunes, d'où qu'ils viennent, aient les meilleures chances de réussir, alors moi, évidemment, dans l'enseignement supérieur, mais chacun dans son domaine a ce sujet au coeur, c'est ce qu'a fait Jean-Michel BLANQUER avec le dédoublement des classes de CP, c'est ce qu'il continue à faire…

RENAUD PILA
Ça, ça a été salué, effectivement.

FREDERIQUE VIDAL
Il faut vraiment travailler au plus près. Je crois qu'on n'est pas capable d'imaginer ce qui va être bon pour un quartier donné, il faut voir avec les gens de quoi ils ont envie, et eux-mêmes ont une créativité et une énergie énorme, et je crois qu'il faut qu'on s'appuie sur cette énergie.

RENAUD PILA
Dans les sujets déception du moment il y a aussi le report du plan pauvreté, il a été annoncé au mois de juillet, on l'annonce maintenant pour septembre, est-ce que vous reconnaissez que c'est quand même un très mauvais signal envoyé par le gouvernement sur un sujet majeur ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, moi je crois que les Français, plus que des annonces, attendent l'exécution de ce qui est annoncé, et je crois que ce ne sert à rien de se précipiter pour faire des annonces, si on n'a pas une idée très précise de la façon dont on va être capable de le faire. Et je crois que les Français ont été habitués, là encore, pendant des années, à des grandes annonces, et puis derrière, finalement, on renonçait à une partie de ces annonces parce qu'on n'avait pas suffisamment réfléchi, de manière…

RENAUD PILA
Donc c'est plus compliqué que prévu ? On nous l'avait annoncé en juillet.

FREDERIQUE VIDAL
C'est très compliqué parce qu'il y a une multitude de guichets, il y a une multitude d'aides, il faut penser y compris aux cas particuliers, et l'objectif c'est vraiment qu'au moment où le plan sera annoncé, on aura une idée très précise de la façon dont on exécutera ce plan, parce qu'il y a une très forte attente, et là encore je crois que ce qui sera important c'est qu'on réussisse à sortir les gens de la pauvreté.

RENAUD PILA
L'objectif, effectivement, mais on voit les commentaires là, cette semaine, sur plusieurs reports, le report du plan pauvreté, la transformation du système de santé prend du retard, les lois de bioéthique, il y a un flou sur le calendrier, d'autres sujets, le Grand Paris ça prend du retard. Est-ce qu'il y a une pause dans les réformes, est-ce qu'il n'y a pas, tout d'un coup, un risque d'immobilisme ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, non, je vous assure qu'il n'y a pas de pause, l'objectif c'est que, comme à chaque fois, ce qui nous importe, c'est l'exécution, c'est-à-dire le fait que l'on arrive jusqu'au bout, et que l'on fasse ce que l'on dit, c'est très important qu'on ait consulté suffisamment et qu'on ait réfléchi suffisamment en amont. Donc, lorsqu'on a besoin de prendre plus de temps pour réfléchir, il faut le faire, parce que, ce qu'attendent les Français, c'est que les annonces derrière soi exécutées, je crois que tout le monde en a un petit peu marre des annonces qui ne se traduisent, au final, par aucun changement.

RENAUD PILA
Donc il y a quand même, vous reconnaissez, une sorte de pause pour la consultation ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, ce n'est pas une pause, c'est juste que, on prévoit quelque chose, on prévoit un temps de consultation, et si la consultation nous amène à voir qu'il y a encore des points sur lesquels il faut qu'on discute, eh bien on prend le temps de discuter, on n'est pas tenu par le fait que, on a dit avant l'été, après l'été, on le fera quand ce sera le bon moment, et on le fera pour que ça fonctionne.

RENAUD PILA
Dernier mot. Un petit mot des sondages, on en parle quand ils sont tous dans le même sens. Emmanuel MACRON chute, assez lourdement cette semaine, comment vous expliquez ce trou d'air dans l'opinion ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que, là encore, les gens… ça dépend d'abord complètement des sondages, et puis ce que les gens reconnaissent toujours, je pense, au président et au gouvernement, c'est qu'on ne peut pas nous reprocher de ne pas faire ce qu'on a annoncé, et c'est tout l'objectif, c'est de faire des annonces au moment où on est capable de les déployer.

RENAUD PILA
Alors c'est de l'impatience, ou c'est le style qui déçoit, ou… ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, mais vous voyez, vous-même vous avez l'impression qu'il y a une pause, donc vous dites qu'il y a une pause dans le gouvernement, une pause dans les réformes, et donc les gens se disent s'il y a une pause on n'est pas content, donc ça veut dire qu'il faut qu'on continue.

RENAUD PILA
Frédérique VIDAL, merci beaucoup, très bonne journée sur LCI.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juillet 2018

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