Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Public Sénat le 6 juillet 2018, sur la question climatique et les Etats-Unis, le plan pour la biodiversité, la sécurité des centrales nucléaires et sur la politique gouvernementale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Public Sénat le 6 juillet 2018, sur la question climatique et les Etats-Unis, le plan pour la biodiversité, la sécurité des centrales nucléaires et sur la politique gouvernementale.

Personnalité, fonction : POIRSON Brune, VIGUIER Cyril .

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
CYRIL VIGUIER
Bonjour et à ceux qui nous rejoignent, 2ème partie de cette émission avec Territoires d'Infos. Et l'invitée politique, vous savez que cette émission est soutenue par la presse quotidienne régionale, les télés locales de France qui nous rediffusent, les radios qui sont nos partenaires sur tout le territoire français et TV5 Monde. Bonjour Brune POIRSON, vous êtes la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Merci d'être sur notre plateau ce matin toute de verte vêtue, très jolie tenue d'ailleurs…

BRUNE POIRSON
C'est vrai.

CYRIL VIGUIER
Et pour vous interviewer à mes côtés, Christelle BERTRAND bonjour, du groupe de La Dépêche…

CHRISTELLE BERTRAND
Bonjour, bonjour Brune POIRSON.

CYRIL VIGUIER
Qui représente les journaux La Dépêche ; et Marcelo WESFREID du Figaro pour Public Sénat. Voilà ! On démarre tout de suite avec l'actualité qui est aux Etats-Unis en ce qui vous concerne. Vous le savez, le ministre de l'Environnement américain, le climato-sceptique Scott PRUITT, qui s'est battu pour les centrales à charbon contre l'accord de Paris bien sûr, vient de présenter sa démission à Donald TRUMP, à cause d'une série de scandales d'ailleurs. Vous vous en réjouissez-vous ?

BRUNE POIRSON
Je n'ai pas à juger…

CYRIL VIGUIER
Oui ! Vu votre sourire.

BRUNE POIRSON
La politique intérieure d'un Etat allié de la France, comme celui des Etats-Unis bien sûr. Mais je garde en mémoire parce que ça m'a choqué ses propos, les propos de monsieur PRUITT quand il a été nommé. Il a immédiatement déclaré que le changement climatique n'était pas le fait de l'homme. On le sait aussi, parce que c'est connu qu'il habitait dans un très grand d'appartement dans un quartier chic qui était financé par le lobby du charbon. Donc je crois que tout ça bien sûr n'était pas très cohérent avec l'urgence climatique face à laquelle…

CYRIL VIGUIER
Vous l'avez croisé dans les sommets internationaux ?

BRUNE POIRSON
Je l'ai croisé de loin…

CYRIL VIGUIER
Vous ne vouliez pas vous approcher de lui, c'est ça ?

BRUNE POIRSON
Non, non, ce n'est pas ça, je n'ai pas eu l'occasion d'avoir un rendez-vous…

CYRIL VIGUIER
Formel !

BRUNE POIRSON
Formel avec lui, mais je sais qu'on avait des désaccords qui étaient très profonds. Par exemple sur la question du charbon, il nous parlait de charbon propre, pour moi c'est un oxymore, c'est une opposition… il y a pas de charbon qui soit propre. Et donc c'était des oppositions fondamentales comme ça, j'espère simplement qu'un climato-sceptique ne va pas en chasser un autre et c'est simplement peut-être un petit peu ma crainte. Et puis aussi regretter si je puis me permettre, même si je ne veux pas encore une fois rentrer dans les affaires intérieures, le fait que la raison principale pour laquelle il ait démissionné n'est pas dû… ce n'est pas ses opinions concernant le changement climatique, c'est plutôt des scandales financiers, de corruption, d'influence dans d'autres domaines, voilà.

CYRIL VIGUIER
Présumés.

MARCELO WESFREID
Alors revenons en France. Le gouvernement a présenté cette semaine un plan pour la biodiversité. Alors dans les mesures concrètes, il y en a une qui va arriver tout bientôt, 2020, c'est l'interdiction des pailles en plastique, c'est demain, alors comment on fait concrètement ?

BRUNE POIRSON
Alors on va… déjà peut-être si vous me permettez, je crois qu'il faut rappeler l'urgence dans laquelle nous nous trouvons ; et pourquoi est-ce que le gouvernement a présenté un plan biodiversité maintenant ? Nous avons présenté un plan biodiversité tout simplement parce qu'il faut qu'il y ait le même niveau de conscience et d'éveil sur la question de la biodiversité, c'est-à-dire sur la question de la nature dont la diversité s'effondre, s'effondre radicalement. Toutes les 20 minutes, il y a une espèce qui disparaît, toutes les 20, c'est-à-dire qu'à la fin de l'émission probablement il y aura une espèce qui aura disparu. Et on sait qu'on a fondamentalement besoin de cette diversité nous aussi pour survivre sur terre. Donc il ne s'agit pas que de protéger la biodiversité…

MARCELO WESFREID
Alors concrètement justement, vous avez des mesures…

BRUNE POIRSON
Et donc concrètement nous avons et nous voulons prendre toute une série de mesures, il y a 90 mesures dans ce plan biodiversité qui, encore une fois, est inédit et qui va mettre la biodiversité au même plan que le changement climatique…

MARCELO WESFREID
Alors soyons concrets Brune POIRSON…

BRUNE POIRSON
Très concrètement…

MARCELO WESFREID
Les pailles, on les retrouve partout dans les plages, à la mer, dans les terrains vagues !

BRUNE POIRSON
L'objectif c'est que d'ici 2025, il n'y ait plus de plastique dans l'océan qui viennent en tout cas de la France. Et donc pour ça, il faut supprimer des plastiques à usage unique. Et donc vous l'avez dit, à partir du 1er janvier 2020 les pailles en plastique ne vont plus être autorisées, de même aussi également ce sera le cas pour les couverts en plastique, les gobelets en plastique, les assiettes en plastique. Donc toute une série d'objets en plastique à usage unique qui vont être supprimés. Il y a des moyens de substitution, alors d'abord nous allons travailler avec les filières, avec les industriels pour les aider à développer des substituts ; et ensuite par exemple il y a…

CHRISTELLE BERTRAND
Des substituts faits avec d'autres matériaux par exemple, c'est ça l'idée ?

BRUNE POIRSON
Par exemple avec d'autres matériaux, par exemple il y a des pailles métalliques, il y a des pailles aussi qui sont fabriquées… il y en a plusieurs types, il y en a certaines en sucre, il y en a d'autres avec de l'amidon de maïs…

CYRIL VIGUIER
Biodégradables comme on dit, biodégradables comme on dit ?

BRUNE POIRSON
Biodégradables, exactement.

MARCELO WESFREID
Ça, vous dites que dans 2 ans, ce sera fait, vous…

BRUNE POIRSON
Mais c'est indispensable, c'est absolument indispensable…

CYRIL VIGUIER
Et les abeilles…

BRUNE POIRSON
Vous savez, il y a 94… non mais encore une fois, je n'aime pas citer comme ça des chiffres, mais je crois que c'est important parfois. Aujourd'hui, il y a 94 % des oiseaux en mer du Nord qui ont du plastique dans l'estomac. Et encore une fois, c'est une question de santé humaine, c'est qu'à terme peut-être le poisson que vous allez manger à midi, il aura du plastique…

CHRISTELLE BERTRAND
Point important de ce plan présenté par Nicolas HULOT, c'est lutter contre l'artificialisation des sols. Un rapport de l'INRA de 2017 dit que 236 hectares d'espaces naturels sont artificialisés chaque jour, c'est énorme. Comment est-ce qu'on en rend autant que la nature, puisque c'est le principe qui a été annoncé par Nicolas HULOT, comment fait-on concrètement ?

BRUNE POIRSON
Concrètement la première chose à faire je crois, c'est à prendre spécifiquement la mesure de l'artificialisation des sols et, ensuite, à déterminer ensemble une date crédible, un objectif, un horizon vers lequel nous arrêterons d'artificialiser les sols…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais quelle est l'idée, où est-ce qu'on prend ces sols à rendre à la nature à qui on les prend, comment…

BRUNE POIRSON
Mais déjà en arrêtant peut-être parfois de développer des projets qui sont totalement absurdes, qui sont surdimensionnés, qui visent à développer par exemple parfois de nouvelles zones commerciales alors même qu'on n'est pas sûr…

CHRISTELLE BERTRAND
Vous pensez à celles du Nord de Paris par exemple…

CYRIL VIGUIER
EuropaCity par exemple !

BRUNE POIRSON
Non mais je pense à beaucoup de projets, vous savez même dans mon département il y en a, il y en a partout. C'est un changement de mentalité qu'il faut effectuer, c'est se poser à chaque fois la question de la pertinence d'un projet. Qu'est-ce qu'on perd par rapport à ce qu'on gagne à artificialiser un sol. Il faut aussi par exemple, si on construit de nouveaux parkings, les rendre perméables, on sait que c'est indispensable.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais excusez-moi, je ne comprends toujours pas comment est-ce qu'on rend à la nature… parce que vous dites « on donnera l'autorisation d'artificialiser des sols à un entrepreneur par exemple s'il en libère autant dans le même temps. Comment est-ce qu'on fait concrètement ?

BRUNE POIRSON
Eh bien ! Il faudra travailler à l'échelle d'un territoire, pour faire en sorte que si on développe par exemple un projet d'artificialisation des sols, un projet de développement commercial par exemple, ailleurs on n'en fasse pas un. Mais ce n'est pas nécessairement un jeu à somme nulle, c'est une question d'équilibrer sur un territoire donné les projets qui vont sortir de terre. Mais, ça ne se fait pas… ce n'est pas l'Etat qui va décider, on va le faire en partenariat, en travail étroit avec l'ensemble des parties prenantes et, à commencer, par les collectivités locales. Et c'est ça l'objectif et ce qu'on veut faire, ce qu'on veut faire c'est déterminer une date à partir de laquelle, nous serons neutres en termes d'artificialisation des sols et ça, on doit le faire collectivement. Par exemple en Allemagne, cette date-là elle est fixée à 2050 et en France, eh bien c'est un travail de concertation que nous devons engager. On ne le fera pas de façon brutale du jour au lendemain, en l'imposant aux collectivités locales. En revanche, on a besoin d'un cap qui soit très déterminé.

CYRIL VIGUIER
Pour les abeilles, un mot sur les abeilles, on en parle beaucoup dans le JT des Territoires, maintenant on a beaucoup de sujets des télés locales, les abeilles disparaissent du paysage, concrètement qu'est-ce qu'il faut faire, là c'est très concret, les apiculteurs sont extrêmement inquiets, vous savez ?

BRUNE POIRSON
Mais il y a de quoi être fondamentalement inquiet, 80 % des arbres fruitiers, des arbres à fleurs dépendent de la pollinisation. Et donc ce que nous avons fait, c'est que nous avons interdit en France ces insecticides qui sont tueur d'abeilles, c'est-à-dire c'est les néonicotinoïdes, ils sont interdits en France. Et la France – et c'est moi parfois qui mène ces combats, même très souvent au niveau européen – nous nous battons aussi, nous voulons être le plus en avance possible sur ces combats-là, de façon à lutter contre tous ces produits qui tuent les insectes. Parce qu'on parle des pollinisateurs, bien sûr, c'est fondamentalement… c'est vital, mais il ne faut pas oublier tous les autres insectes aussi à côté. Moi quand ma fille aura mon âge, il y aura 40 % d'espèces en moins sur terre, là j'élargis la question des insectes mais je crois…

MARCELO WESFREID
Brune POIRSON, un rapport parlementaire a été rendu assez alarmiste sur l'état de nos centrales nucléaires. On a vu cette semaine que Greenpeace a fait écraser un drone sur le toit d'une centrale nucléaire, est-ce que la situation en termes de sécurité de nos centrales n'est pas grave ?

BRUNE POIRSON
La question de la sécurité et de la sûreté des centrales nucléaires en France est une véritable priorité du gouvernement. Et nous avons un des systèmes les plus sûrs…

MARCELO WESFREID
Les plus sûrs, ce n'est pas ce que dit ce rapport.

BRUNE POIRSON
Nous avons un des systèmes les plus sûrs au monde, avec aussi bien l'ASN…

CHRISTELLE BERTRAND
Et ça suffit ?

BRUNE POIRSON
Il n'y a jamais eu d'accident en France…

CHRISTELLE BERTRAND
Greenpeace a écrasé un drone…

BRUNE POIRSON
Et nous… avec une agence indépendante et aussi…

MARCELO WESFREID
Il n'y en avait pas au Japon jusqu'à ce qu'il y en ait.

BRUNE POIRSON
Et aussi… ainsi qu'un service par exemple qui est dédié au sein de mon ministère à la sécurité. C'est une question qui est suivie de très près et nous travaillons sur cette question-là au quotidien avec deux approches fondamentales…

MARCELO WESFREID
Tout va bien ?

BRUNE POIRSON
Deux approches fondamentales : la question de l'anticipation, l'anticipation potentielle des risques et, notamment, des risques terroristes et c'est pour ça que les services de sécurité s'attachent à cette question-là et font évoluer d'ailleurs les dispositifs de sécurité en fonction du contexte et de l'évolution de la menace terroriste ; et puis de l'autre aussi il y a un vrai travail de retour d'expérience sur des accidents, des incidents qui auraient pu avoir lieu n'importe où dans le monde, comme par exemple ça a pu être le cas après Fukushima. Donc cette question-là, nous la prenons très à coeur mais nous avons un des systèmes les plus sûrs au monde.

CHRISTELLE BERTRAND
Mais si Greenpeace arrive à faire écraser un drone sur une centrale nucléaire, pourquoi des terroristes n'y arriveraient-il pas ? C'est la question que tout le monde se pose aujourd'hui !

BRUNE POIRSON
Mais parce que nous travaillons sur ce système-là de sécurité. Et ce sont des risques que nous anticipons aussi. Nous savions par exemple probablement qu'il s'agissait d'une ONG…

MARCELO WESFREID
C'est-à-dire qu'à un moment le drone avait été repéré, selon vous, mais les autorités avaient compris que c'était un drone d'une ONG ?

BRUNE POIRSON
Ecoutez ! Je ne vais pas là me pencher très précisément… vous répondre très précisément sur cette question-là, parce qu'aussi par définition… j'aimerais pouvoir tout vous expliquer mais par définition, quand il s'agit de sûreté et de sécurité nucléaire, c'est fondamentalement important. Donc il y a des informations aussi qu'on ne peut pas toujours divulguer publiquement et vous donner les détails. Vous comprenez qu'il s'agit là d'objectifs qui sont fondamentalement importants et qu'il faut en prendre toute la mesure.

CYRIL VIGUIER
C'est Brune POIRSON, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, qui est notre invitée politique ce matin. Inscrire l'environnement dans l'article 1 de la Constitution qui est le souhait du gouvernement, dans la réforme constitutionnelle qui commence le 10 juillet, qu'est-ce que ça va changer fondamentalement, est-ce qu'on n'est pas là juste dans le symbole au fond ?

BRUNE POIRSON
C'est un symbole qui est fondamentalement important déjà, premièrement, je crois qu'il n'y a rien de plus urgent que la lutte contre le changement climatique, il y va de la survie de l'humanité. Donc c'est important de le mettre dans les grands principes constitutifs de notre République ; et puis aussi vous savez, ça va nous permettre d'aller plus loin, par exemple sur beaucoup de loi, beaucoup des projets qu'on mène. Par exemple sur la lutte… par exemple pour prendre un exemple très concret, en matière… il y a eu des discussions sur la loi qui visait à interdire les hydrocarbures d'ici 2040, nous aurions pu aller… nous aurions souhaité aller plus loin. Et nous n'avons pas pu parce que certaines des propositions que nous faisions avaient été jugées anticonstitutionnelles. Et donc cet article 1 va nous permettre d'aller plus loin, c'est un socle de base, c'est aussi un signal qui est envoyé à l'ensemble des Français, à l'ensemble des parties prenantes.

MARCELO WESFREID
Lundi, le Parlement est réuni en Congrès à Versailles, le président de la République va s'exprimer devant les parlementaires, enfin pas tous les parlementaires puisque la France insoumise boycotte ; et on apprend aussi que des responsables des Républicains n'assisteront pas au déjeuner offert par Emmanuel MACRON. Est-ce que ça vous choque ?

BRUNE POIRSON
Je trouve ça finalement presque irresponsable, parce que quand vous avez été élu par des milliers de Français pour les représenter, vous vous devez de respecter les institutions de la 5ème République. Et ces institutions-là et, notamment la Constitution, précisent que le président peut tout à fait et doit… en tout cas peut s'adresser au Congrès s'il le souhaite. Et ça pour moi, c'est une certaine irresponsabilité. Et d'ailleurs concernant…

MARCELO WESFREID
Est-ce que vous comprenez leur message, leur message c'est de penser que le Parlement… le pouvoir restreint les pouvoirs du Parlement ?

BRUNE POIRSON
Moi j'ai lu une interview d'un député de la France Insoumise. Et dans cette interviewe, il disait qu'il était prêt à ce que les Français donne à la France Insoumise les clés du camion. Moi ça me fait rire quand je vois qu'ils ne sont même pas capables de prendre les clés de la voiture pour aller jusqu'à Versailles. Donc je vous le dis, je pense qu'il y a une certaine irresponsabilité.

CHRISTELLE BERTRAND
Brune POIRSON, le plan pauvreté a été… devait être annoncé dans les premiers 15 jours de juillet, il est reporté vraisemblablement au mois de septembre. Il y a une explication qui… selon laquelle il fallait reporter à cause de la Coupe du monde de foot, finalement on nous dit qu'il n'est pas tout à fait bouclé. Est-ce qu'il n'y a pas une urgence à le mettre en place, c'est un plan qui est attendu depuis l'automne dernier ; et les associations s'inquiètent de ce retard pris ?

BRUNE POIRSON
Mais c'est précisément parce qu'il est très important et parce qu'Agnès BUZYN souhaite un plan qui soit ambitieux, qu'il faut prendre le temps nécessaire pour finaliser les arbitrages…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais comment se fait-il qu'il ne soit toujours pas bouclé ?

BRUNE POIRSON
Et donc on ne va pas… mais on ne va pas se mettre dans une seringue en se donnant une date arbitraire, une date butoir qui soit arbitraire et qui fasse qu'on ne se laisse pas le temps de finaliser les derniers arbitrages, les dernières négociations interministérielles. Il est normal que le plan qui soit présenté donne satisfaction à la fois la ministre de la Santé, mais aussi ensuite soit validé par le Premier ministre et le président de la République lui-même. Et puis vous savez, c'est une question de cohérence, on ne peut pas – il y a quelques semaines encore – nous reprocher d'aller trop vite, de lancer toujours trop de réformes et puis aujourd'hui, lorsqu'on prend le temps de travailler sur des plans…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais c'est précisément la réforme…

BRUNE POIRSON
Eh bien ! A ce moment-là nous dire qu'on ne va pas assez vite et que c'est trop long. Il y a un moment où il faut être cohérent…

CHRISTELLE BERTRAND
Mais c'est précisément la réforme sociale qui était tant attendue qui est repoussée, est-ce qu'il…

BRUNE POIRSON
Cette réforme n'a jamais été décalée, nous n'avons jamais donné…

CHRISTELLE BERTRAND
C'était annoncé au 1er…

BRUNE POIRSON
On n'a pas donné de date butoir qui était spécifique. Et encore une fois, moi par exemple quand j'ai présenté la feuille de route de l'économie circulaire, j'ai pris la décision sciemment – en accord bien évidemment avec le Premier ministre – pris la décision sciemment de décaler la sortie, parce que j'estimais qu'il fallait encore du temps pour discuter avec mes autres collègues ministres, de façon à avoir des mesures qui nous satisfassent, qui soient aussi ambitieuses que possible. Et donc il faut prendre le temps précisément quand nous sommes faces à des sujets qui sont importants.

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce que vous entendez l'opposition qui dit : c'est précisément quand il s'agit d'aider les plus faibles que les mesures prennent du retard.

CYRIL VIGUIER
Il reste 1 minute.

BRUNE POIRSON
Ça vous savez, c'est des petites phrases politiques, c'est une façon de réagir… oui, pardon !

MARCELO WESFREID
Oui, très rapidement, dans tous les sondages, le président est en train de dévisser. Est-ce que… là il prend 6 points dans le dernier sondage, est-ce que… à quoi vous attribuez ce trou d'air ?

BRUNE POIRSON
Déjà, nous ne gouvernons pas avec les yeux fixés sur les sondages…

CYRIL VIGUIER
Ça, c'est un élément de langage.

BRUNE POIRSON
Non mais c'est la vérité…

CYRIL VIGUIER
C'est ce que disent tous les présidents depuis qu'existent les sondages.

BRUNE POIRSON
Peut-être ! Mais vous savez pourquoi ? Parce que le président de la République, il a été élu avec une vision très claire, qui est fondée d'ailleurs sur une démarche d'humilité, qui a consisté à aller écouter, à mener une campagne d'écoute, c'était la grande marche, à récolter donc les opinions des Français, à traduire ça en programme politique…

MARCELO WESFREID
Là ! Vous entendez qu'il y a des interrogations…

BRUNE POIRSON
Et ensuite…

MARCELO WESFREID
Vous l'entendez ça ?

BRUNE POIRSON
Mais je suis en train de vous répondre, et ensuite à le mettre en oeuvre. Et donc peut-être qu'il peut être vu comme inflexible, mais parce que c'est ça se fixer un cap, c'est s'y tenir plutôt que de bouger en fonction des tempêtes, des orages qui pourraient aller et venir. Et ça, c'est l'objectif et donc c'est peut-être pour ça qu'il peut apparaître comme un peu inflexible, mais encore une fois l'objectif c'est d'avoir un impact le plus concret possible dans la vie des gens. C'est la seule façon aussi pour nous de lutter le plus efficacement possible contre le populisme, contre ce cynisme de certains hommes politiques précédents qui n'ont pas voulu aller jusqu'au bout de certaines réformes. Par exemple en matière de réformes de la SNCF ou encore sur le Code du travail, nous avons été jusqu'au bout des réformes. Et ça, c'est la façon de faire…

MARCELO WESFREID
Nouvelle grève le 19 juillet.

CYRIL VIGUIER
Merci beaucoup Brune POIRSON, vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et Solidaire, d'avoir été notre invitée politique ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juillet 2018

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