Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 11 juillet 2018, sur la croissance économique en France, la réforme des chambres de commerce et d'industrie et sur le prélévement à la source. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 11 juillet 2018, sur la croissance économique en France, la réforme des chambres de commerce et d'industrie et sur le prélévement à la source.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

LAURENT BIGNOLAS
Caroline ROUX est en train de s'installer avec son invité ; ils étaient sans doute en train de fêter cette victoire devant la machine à café. Bonjour Caroline, vous recevez ce matin le ministre Bruno LE MAIRE.

CAROLINE ROUX
C'est vrai, on a fêté la victoire. Oui, on reçoit Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie. La France est en finale, c'est une belle nouvelle pour le pays bien sûr, mais peut-être même pour notre économie. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L'ECONOMIE ET DES FINANCES
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
La France est en finale. Vous aussi, vous avez suffoqué pendant le match ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, d'ailleurs je n'ai plus de voix, je suis désolé. J'ai suffoqué et beaucoup crié surtout.

CAROLINE ROUX
C'est une belle nouvelle, je le disais, pour le pays. Qu'est-ce qui vous plaît dans cette équipe ?

BRUNO LE MAIRE
C'est son esprit. Je trouve qu'il y a un esprit collectif, il y a un esprit de rigueur aussi qui fait que nous marquons et que…

CAROLINE ROUX
Vous avez vu de la rigueur ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, j'ai vu de la rigueur. Dans la défense, il fallait tenir quand même. Elles ont été longues, les dernières minutes. Ils ont tenu, ils ont marqué puis ils ont tenu ensuite avec beaucoup de rigueur, beaucoup de constance. Et puis, il y a un esprit de gagne et c'est extraordinaire, cet esprit de gagne. Ça nous enthousiasme tous, ça nous porte tous. C'est un grand moment de bonheur.

CAROLINE ROUX
On regardait les images et on se disait avant d'arriver ici – on va trahir un secret – qu'on a quasiment l'impression que ce sont des images de finale, pas de demi-finale. Comme si le pays avait vraiment besoin de se retrouver. C'est cette lecture que vous faites aussi de ces images qu'on a vues depuis ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
Oui. Le pays a besoin d'enthousiasme, il a besoin de ferveur collective. Et là, il y avait une ferveur collective. Enfin, après le match on est tous sortis. On a vu dans la rue tout le monde qui criait, qui était heureux pour la France, heureux de se retrouver ensemble. C'est un grand moment de bonheur national.

CAROLINE ROUX
Alors il y a le fan de foot que vous êtes mais il y a aussi le ministre de l'Economie. Quand vous voyez la France en finale, vous vous dites : « C'est combien de points de PIB en plus ? »

BRUNO LE MAIRE
Je me dis que c'est bon pour la croissance. Je ne peux pas vous chiffrer les points de PIB mais c'est bon pour la croissance parce que la croissance économique repose sur de la confiance et une victoire en Coupe du monde donne de la confiance en soi aux Français. Alors ça ne suffit pas, ça ne doit pas nous empêcher d'aller au bout de la transformation économique du pays qui est indispensable que nous avons voulue avec le président de la République et avec le Premier ministre. Mais malgré tout, il y a une part d'irrationnel dans l'économie qui tient à la confiance en soi, qui tient à l'envie, qui tient à l'enthousiasme et c'est tout ce que nous apporte cette Coupe du monde.

CAROLINE ROUX
Malgré tout, il y a la Coupe du monde, il y a les bonnes nouvelles et puis il y a la réalité, la réalité de l'économie française. La France est passée septième puissance économique mondiale derrière l'Inde. La France gagne des matchs mais elle décroche sur le terrain économique.

BRUNO LE MAIRE
Non, elle ne décroche pas. On a une croissance en 2018 qui est une croissance solide et qui reste une croissance soutenue. Mais après, il y a une réalité de la compétition économique mondiale. La compétition économique mondiale est féroce. Féroce. Il vaut mieux le savoir et s'y préparer. Pour cela, il faut à la fois renforcer le tissu économique français, lui permettre de mieux innover, d'investir plus. Pourquoi est-ce qu'on a fait, par exemple, cette transformation fiscale en allégeant la fiscalité sur le capital ? C'est pour que toutes nos PME, toutes nos entreprises, puissent investir et innover davantage. Ça, c'est la première réponse. Et puis la deuxième, c'est de regrouper nos forces européennes. Face à l'Inde – plus d'un milliard d'habitants -, face à la Chine qui aujourd'hui explose économiquement, face aux Etats-Unis qui ont une attitude économique agressive, nous devons avoir une Europe qui se consolide et c'est exactement ce que nous faisons.

CAROLINE ROUX
Ça veut dire qu'on ne peut plus jouer le bras-de-fer seule quand on est la France.

BRUNO LE MAIRE
Non, sur un certain nombre de sujets. Prenez les batteries électriques que vous allez mettre demain dans vos voitures. Est-ce que vous voulez qu'elles soient chinoises, américaines ou européennes ? Moi, je préfère qu'elles soient européennes mais il faut être très clair avec les Français. Un constructeur français n'arrivera pas tout seul à réaliser des batteries électriques. Il faut qu'on le fasse par exemple avec les Allemands. C'est ce que TOTAL a commencé à faire et c'est une excellente nouvelle. Regroupons nos forces pour avoir une innovation qui soit au même niveau que la Chine et les Etats-Unis. J'ai lu ce matin l'interview du ministre de l'Economie allemand qui propose de faire un Airbus européen de l'intelligence artificielle : je trouve que c'est une excellente idée.

CAROLINE ROUX
Pour l'ensemble de l'année 2018, le gouvernement s'est fixé un objectif de croissance de 2 %. L'INSEE table sur 1,7 % ; la Banque de France sur 1,8. Est-ce que vous allez construire le budget, le prochain budget, sur une prévision de croissance à 2 % ?

BRUNO LE MAIRE
Oui. Je maintiens cette prévision de croissance qui a été envoyée à nos partenaires européens. Ça veut dire qu'il faut continuer à se retrousser les manches bien entendu, mais vous voyez que la croissance tient aussi…

CAROLINE ROUX
C'est réaliste ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est réaliste. D'ailleurs, le Haut Comité des finances publiques a reconnu une chose au ministre des Comptes Publics, à moi-même et à tout le gouvernement : c'est notre sincérité. Nous sommes sincères. Nous pensons que nous pouvons tenir cette prévision de croissance. Puis s'il y a un ajustement à faire à un moment ou à un autre, nous le ferons mais je crois que le moment n'est pas venu.

CAROLINE ROUX
Vous avez annoncé hier une baisse de quatre cent mille euros – c'est ça ? Quatre cent mille euros ? Quatre cents millions ?

BRUNO LE MAIRE
Quatre cents millions, oui.

CAROLINE ROUX
C'est beaucoup plus. Quatre cents millions d'économies que vous allez demander aux Chambres de commerce et d'industrie. Des économies, ça va être l'enjeu des prochains mois. C'est le début des efforts demandés à chacun. Est-ce que l'administration de Bercy participera à cet effort et à quel niveau ?

BRUNO LE MAIRE
Oui. Oui, elle participera. Mais d'abord, vous me permettrez de saluer l'esprit de responsabilité des présidents de Chambre de commerce.

CAROLINE ROUX
Ils n'ont pas eu le choix, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Si, ils avaient le choix. Ils pouvaient très bien démissionner, ils pouvaient se mettre dans une posture d'opposition à la transformation des Chambres de commerce et ils ont adopté une posture responsable que je veux saluer. Ils ont dit : « Oui, c'est vrai, il faut que nous transformions les Chambres de commerce. On va le faire sur quatre ans, on va prendre le temps nécessaire mais au bout du compte, il y aura effectivement près d'un demi-milliard d'euros d'économies. » C'est une transformation considérable des Chambres de commerce. Avec les présidents, nous allons le faire ensemble avec cet esprit de responsabilité que je tiens à saluer et Bercy prendra sa part. Prenez les services déconcentrés de Bercy dans les régions : oui, je vais les réduire. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'on ne peut pas dire : « Désormais, la compétence économique c'est principalement les régions, mais on va garder le même volume d'agents dans les régions, dans les départements pour faire une politique économique. » C'est incohérent. Donc il faut de la cohérence, un cap et puis un petit peu de courage pour aller expliquer aux Français qu'à partir du moment où on dit : « C'est les régions qui font le développement économique », l'Etat dans les territoires le fera un peu moins.

CAROLINE ROUX
Vingt mille suppressions de postes, ce sont des chiffres qui ont été évoqués.

BRUNO LE MAIRE
Moi, je n'annonce aucun chiffre précis là-dessus. Je veux juste bien montrer la cohérence qui consiste à dire : développement économique dans les régions, l'Etat se concentre sur d'autres missions.

CAROLINE ROUX
La cohérence, c'est la vérité. Est-ce que vous dites ce matin aux Français, justement par rapport à ce budget que vous êtes en train de préparer et les contraintes économiques qui sont les vôtres que ça va être douloureux ?

BRUNO LE MAIRE
Non.

CAROLINE ROUX
Non ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois ni à la douleur, ni à la brutalité. Je pense qu'avec la brutalité, on n'arrive à rien. Il n'est pas question de faire souffrir qui que ce soit. Il s'agit juste de tenir un cap qui soit cohérent. Je reviens à l'exemple des Chambres de commerce. Elles savent parfaitement, et c'est pour ça que nous allons réussir cette transformation, qu'elles peuvent faire mieux avec une organisation différente, en profitant du digital, en rationalisant les moyens de chacune des Chambres. Il ne s'agit pas de faire souffrir qui que ce soit mais d'être plus efficace.

CAROLINE ROUX
Lorsque qu'arrivera janvier 2019, la première fiche de paie avec un salaire largement raboté - c'est l'effet du prélèvement à la source -, est-ce que vous craignez un impact ? Un impact psychologique quand on va découvrir la feuille de paie amputée et un impact, du coup, sur la consommation et donc la croissance ? Est-ce que vous anticipez cela ?

BRUNO LE MAIRE
Mais avant ce qu'on va découvrir, Caroline ROUX, c'est en octobre 2018 : une feuille de paie plus importante parce que les cotisations assurance maladie et assurance chômage auront été totalement supprimées. Ça fait plus de salaire pour des millions de Français. Ce qu'ils vont découvrir aussi en 2019, c'est qu'une fois qu'on aura supprimé le forfait social sur l'intéressement - il est à 20 % aujourd'hui, c'est une taxe sur l'intéressement -, il sera supprimée pour toutes les entreprises de moins de deux cent cinquante salariés. Des millions de salariés français vont pouvoir avoir de l'intéressement et plus d'argent à la fin du mois. Nous, nous voulons que le travail paye.

CAROLINE ROUX
Il n'y aura pas d'impact psychologique de l'impôt à la source.

BRUNO LE MAIRE
Mais moi, avant l'impact psychologique, je crois d'abord à ce qui tombe dans votre compte en banque à la fin du mois. Et ce que nous faisons, ce pourquoi nous avons été élus et ce à quoi nous sommes totalement déterminés, c'est que le travail paye avec moins de cotisations, plus d'intéressement et, je l'espère demain, des heures supplémentaires mieux payées.

CAROLINE ROUX
Un dernier mot sur Donald TRUMP qui est arrivé à Bruxelles. Est-ce que l'Europe reste unie face à l'offensive commerciale des Etats-Unis ?

BRUNO LE MAIRE
Elle doit rester unie.

CAROLINE ROUX
Est-ce qu'elle l'est ? C'est la question.

BRUNO LE MAIRE
Elle est unie. Elle l'a montré en étant capable de prendre des mesures de rétorsion face aux décisions injustifiées et injustifiables de Donald TRUMP en matière commerciale sur l'Europe et elle doit rester unie. Notre force, c'est notre unité européenne. Le jour où chacun commence à aller négocier tout seul dans son coin avec l'administration américaine, nous perdrons tout.

CAROLINE ROUX
Vous pensez aux Allemands ; vous pensez aux Allemands, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Je ne pense à personne en particulier. Je dis simplement que notre unité fait notre force et que j'ai eu le sentiment que Donald TRUMP ne respectait pas la faiblesse.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup, Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juillet 2018

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