Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec LCI le 10 juillet 2018, sur la politique gouvernementale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec LCI le 10 juillet 2018, sur la politique gouvernementale.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien.

FRANCE. Secrétaire d'Etat

ti :

PASCALE DE LA TOUR DU PIN
Julien de NORMANDIE est l'invité de Christophe JAKUBYSZYN.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avec Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat auprès du ministre chargé de la Cohésion des territoires, bonjour Julien DENORMANDIE…

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes surtout un très, très proche du président, vous faites partie de la bande de copains j'ai envie de dire – enfin on ne peut plus dire ça aujourd'hui - mais est-ce qu'il a toujours cette ambiance entre vous, entre les très proche du président, est-ce que vous arrivez à garder le même rapport que vous aviez pendant la campagne ?

JULIEN DENORMANDIE
On a mené des combats en commun, on a vécu une aventure incroyable, on a cru très tôt qu'il était possible de transformer le pays. Dans son volet le plus politique du terme…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous y croyez toujours ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est-à-dire ce clivage gauche–droite. Moi j'y crois profondément, vous savez je n'avais jamais fait de politique auparavant, je me suis engagé en politique justement parce que fort de son combat j'étais convaincu qu'on pouvait réussir à lutter contre des rentes, lutter contre des ordres établis, lutter contre ce clivage gauche-droite qui figeait le pays, donc oui évidemment j'y crois encore plus maintenant que je n'y croyais avant parce qu'on est en train de transformer le pays et on ne lâchera rien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va essayer de comprendre justement pendant cet entretien pourquoi les Français n'ont pas encore ce sentiment-là que vous vous attaquez vraiment aux privilèges, aux rentes et que voilà ça prend du temps. Encore un mot sur votre relation avec le président, vous arrivez toujours par exemple à lui dire tu, ou pas ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, oui, tout à fait. Mais cette proximité c'est une proximité qui dure depuis plusieurs années, le président de la République est devenu président de la République, je crois qu'il a véritablement endossé la fonction d'un président de la République, il n'en reste pas moins que l'homme est toujours ce qu'il était avant avec son sens de l'écoute, avec son ouverture, avec son humour, avec ses qualités humaines et donc je continue à avoir la relation que j'avais auparavant avec lui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il dit toujours comme pendant la campagne, quand quelque chose ne va pas, c'est la faute à Julien ?

JULIEN DENORMANDIE
J'ai vu que certains de vos confrères le disaient ! Mais vous savez, qu'est-ce que témoigne cette phrase ? C'est que le président de la République il partage l'impatience des Français, il a cette volonté d'excellence, cette volonté de faire changer les choses et il considère que rien ne va assez vite et qu'il faut toujours accélérer, qu'il ne faut jamais remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui ; et pour tout vous dire moi je partage cette impatience, moi je me lève le matin pour aller encore plus vite, moi je suis convaincu qu'il ne faut pas diminuer le rythme des réformes, il faut aller encore plus vite dans ces réformes et je suis convaincu que pendant trop longtemps on n'a pas suffisamment transformer ce pays, une personne comme moi qui n'avait jamais fait de politique s'il s'est engagé c'est justement pour pouvoir opérer à cette transformation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans quelques instants on va parler d'un de vos dossiers justement qui est très important pour les Français c'est celui du logement, il n'y a pas assez de logements en France, les loyers sont trop chers, vous avez réduit les APL è on va parler de tout ça dans un instant. Mais d'abord on parle évidemment de cette actualité d'hier, le discours du président Emmanuel MACRON au Congrès, on commence par cette photo, ce selfie qu'ont pris certains de vos collègues – ça été twitté par Marlène SCHIAPPA et ça été re-twitté par Jean-Michel BLANQUER - c'est vraiment sérieux de faire un selfie comme ça juste avant le discours du président ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez cette photo il s'avère que je n'étais pas encore arrivé au moment où cette photo a été prise…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, vous seriez dessus.

JULIEN DENORMANDIE
Avec grand plaisir. Mais qu'est-ce que témoigne cette photo ? Elle témoigne que le gouvernement c'est une équipe, une équipe avec des gens très différents, venant d'horizons politiques parfois même opposés mais qui partagent tous la même conviction que le progrès doit être mis au centre de notre politique, que le travail doit être remis au centre de notre politique, et chose…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il n'y a personne de droite sur la photo, il n'y a pas le Premier ministre, il n'y a pas Le MAIRE, il n'y a pas DARMANIN ?

JULIEN DENORMANDIE
De la même manière ils auraient pu être sur cette photo, je vous l'assure. Mais ce que montre aussi cette photo c'est qu'il y a cette équipe, cet esprit d'équipe - en période de Coupe du monde je suis sûr que ça parle à toutes celles et ceux qui nous écoutent - cet esprit d'équipe effectivement on l'a au sein du gouvernement, on n'est pas dans un gouvernement qu'on a pu connaître auparavant, vous savez où chacun se tirait un peu la bourre, chacun pensait plus à sa personne qu'à l'équipe, qu'au collectif, moi je crois au collectif et je crois que ce gouvernement sous l'impulsion du Premier ministre on est vraiment cette équipe et vraiment ça fait du bien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La seule surprise du discours d'Emmanuel MACRON Hier c'est le ton utilisé par le président, on l'écoute.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE – EXTRAIT DISCOURS DEVANT LE CONGRES
Je suis devant vous humble mais résolu, je sais que je ne peux pas tout, je sais que je ne réussis pas tout.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça y est Jupiter est descendu de son Olympe ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez cette humilité elle est essentielle, moi je suis convaincue…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elle n'a pas toujours été là l'humilité, en tout cas ce n'est pas la perception qu'en ont les Français ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est peut-être pas la perception, vous avez raison c'est important, cette humilité moi qui connaît très bien l'homme en profondeur, cette humidité elle est ancrée au sein même du président de la République. Cette humilité elle est importante, elle s'explique par un fait tout simple c'est qu'effectivement c'est compliqué de transformer un pays, ça prend du temps, parce qu'on n'essaie pas de mettre des pansements, des rustines ici ou là, on essaie de traiter les problèmes à la racine, il faut savoir expliquer et avoir le courage politique de faire ces réformes de fond, il faut savoir aussi dire aux Français que ça prend plus ou moins de temps, que ces réformes de structures, ces réformes de fond, ces réformes qui attaquent les problèmes à la racine, elles peuvent prendre parfois plus de temps à être ressenties par les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ce n'était pas un peu de la com. quand même, parce qu'effectivement sur le fond il n'a pas bougé d'un iota, il a expliqué, il a réexpliqué sa fameuse théorie du ruissellement - au fond donner de l'argent aux entreprises c'est donner de l'argent à tous les Français parce qu'ils en profiteront à terme - vous êtes toujours droit dans vos bottes sur cette idée-là, parce que les Français disent : « mais oui, mais nous on ne voit rien pour le moment » ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez on a beaucoup critiqué ce Congrès, certains ont critiqué ce Congrès, en disant : « est-ce que c'est un exercice de com., est-ce que tout cela fait sens ? ». Mais quel est le sens de ce Congrès ? C'est un président de la République qui comme il s'était engagé à le faire tous les ans vient devant les Chambres, les Parlements pour dire : « voilà ce que j'ai fait et voilà ce que je vais faire », d'ailleurs il a même changé l'exercice pour que l'année prochaine il puisse prendre les questions des parlementaires et y répondre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y aura un débat à partir de l'an prochain parce que vous allez changer la Constitution.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, chose que la Constitution ne permettait pas de faire. Mais c'est un formidable exercice de transparence…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ce n'est pas un peu bizarre.…

JULIEN DENORMANDIE
Un formidable exercice…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En termes de séparation des pouvoirs un président qui va répondre justement pour la première fois aux députés et aux sénateurs ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais moi je ne trouve pas du tout, au contraire c'est très bien qu'un président de la République puisse s'exprimer, puisse répondre aux questions de ceux qui représentent les Français, ceux qui ont été élus par les Français et ça, pour moi, c'est le signe de la méthode aussi de ce que c'est le macronisme, c'est-à-dire de toujours rendre des comptes, de toujours à aller vers les autres…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais de ne pas écouter ce que disent les Français, ils disent : « inefficace, injuste, pas assez proche des gens », c'est les derniers sondages qui disent ça d'Emmanuel MACRON.

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est différent entre une perception des Français qui est très importante et qui…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C''est important la perception des Français.

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est ce que je vous dis qui est très importante et qui appelle en conséquence d'aller encore plus fort dans l'explication mais aussi encore plus vite dans les réformes pour que justement l'impact de ces réformes puisse être ressenti le plus rapidement possible et, en même temps, c'est essentiel d'avoir cet exercice de transparence, de discussion, d'explication avec l'ensemble des parlementaires, qui plus est l'année prochaine il y aura même ce jeu de questions-réponses. Moi, à titre personnel, ça me paraissait aberrant qu'il ne puisse pas y avoir de questions-réponses, c'est tout à fait normal que le président puisse répondre aux inquiétudes, aux questionnements des parlementaires.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous faites ça pour que Jean-Luc MELENCHON vienne à Versailles pour qu'il puisse poser une question au président ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais Jean-Luc MELENCHON très sincèrement quand hier vous voyez tout le raout qui a été fait en disant, par Jean-Luc MELENCHON et ses amis : « c'est incroyable le président va devant le Congrès parler, on ne peut même pas y répondre », il fait d'abord un oubli c'est que c'est la Constitution qui dit ça, pas Emmanuel MACRON, c'est la Constitution ; au même moment il a twitté un nombre incalculable de phrases…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une douzaine !

JULIEN DENORMANDIE
Incalculable et quelques minutes après, alors même qu'il avait la possibilité de s'exprimer à la tribune du Congrès, il était sur les plateaux de télévision, quelle cohérence dans tout ça, franchement quelle cohérence ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et qu'est-ce que vous dites à ceux dans votre propre camp qui disaient : « il aurait fallu quand même, pour justement entendre l'impatience des Français, réorienter un peu la politique, un peu plus de politique de gauche, un peu plus de politique sociale » ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais le discours hier il est fondamental et il montre que l'objectif du président de la République c'est de lutter contre ce qu'on appelle l'inégalité des destins - moi d'ailleurs c'est la source même de mon engagement – l'inégalité des destins c'est quoi ? C'est qu'aujourd'hui, en fonction de l'endroit où vous naissez, en fonction de la famille dont vous venez, vous n'avez pas du tout les mêmes chances de réussite, quand vous vous naissez dans une famille modeste il est très probable que vous restiez vous aussi modeste - et pas que vous, aussi vos enfants et pas que vos enfants aussi vos petits-enfants…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui. Mais, Julien DENORMANDIE, on a eu l'impression que depuis le début…

JULIEN DENORMANDIE
C'est ça le scandale de notre société.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a rajouté en fait des privilèges et des cadeaux à ceux qui en ont déjà beaucoup.

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez moi quand je prends de l'action dans mon ministère, moi je ne cesse de lutter contre ces inégalités de destins, je vous donne deux exemples : j'ai bossé pendant près d'un an pour faire en sorte que demain le téléphone mobile, Internet, puissent arriver pour tous les Français sur tous les territoires, vous rendez compte quand même qu'au moment où on se parle vous n'avez que 1 Français sur 2 qui a accès au très bon débit sur Internet, ceux qui nous écoutent, ceux qui regardent cette émission par leur Smartphone ça ne leur parlent pas forcément parce que, eux, ils y ont accès, mais il y en a plein d'autres qui n'ont pas accès. Comment vous faites quand aujourd'hui vous cherchez principalement vos jobs quand vous êtes au chômage par Internet et que vous n'avez pas Internet ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, puisqu'on parle des sujets concrets…

JULIEN DENORMANDIE
Ca, c'est vraiment des buts contre les inégalités de destins que moi je fais.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais moi j'ai une question à vous poser sur les fameuses zones blanches, vous avez en fait en échange de licences gratuites pour la 5G vous demandez aux opérateurs de couvrir l'ensemble du territoire - et vous avez raison beaucoup de Français encore sont pénalisés par le fait qu'ils ne captent pas ou que leur Internet est à très bas débit – mais quelles garanties vous avez justement par rapport aux opérateurs à qui vous avez fait ce cadeau-là ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que c'est ça notre méthode, moi je ne crois pas aux engagements de bonne volonté, vous savez les entreprises qui avant venaient vous voir en vous disant : « je vous assure Monsieur le Ministre, ne vous inquiétez pas, on va le faire »…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est ce qu'elles ont fait-là, non ?

JULIEN DENORMANDIE
Non justement, moi j'ai passé…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour le téléphone ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien non, moi j'ai passé un contrat avec elles, je leur ai dit très clairement : « pour fonctionner vous avez besoin de quelque chose qui s'appelle des fréquences, vous en avez besoin, c'est votre électricité », il s'avère que ces fréquences l'octroi c'est dans les mains de l'Etat et donc j'ai passé un contrat avec elles, je leur ai dit : « je ne vous donne ces fréquences que si vous déployez plus de trois milliards d'investissements pour faire des infrastructures téléphonie mobile là où il n'y en a pas »…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si elles ne le font pas, vous ne leur donnerez pas les fréquences ?

JULIEN DENORMANDIE
Si elles ne le font pas, elles n'auront pas les fréquences et elles auront même des sanctions financières...

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est quand la décision ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est quelque chose de concret.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Votre décision je donne ou je ne donne pas les fréquences aux opérateurs ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est en cours tout en tout en sachant que... les appels d'offres sont lancées-là dans les tous prochains jours et ce sera finalisé a priori pendant l'été. Mais cet accord, les opérateurs ont un tel besoin de fréquences, qu'elles ont déjà commencé à le mettre en oeuvre, songez par exemple que depuis janvier où j'ai passé cet accord c'est près de 2.000 communes qui sont passées de la 2G – 3G – ces anciennes technologies – à la 4G, d'ici fin 2020 ce sera 10.000 communes, 10 communes par jour…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sur les 36.000 communes de France.

JULIEN DENORMANDIE
Sur les 36.000 communes de France qui.... 10.000 n'ont pas encore accès à ce qu'on appelle la 4G, ce qui vous permet de donner Internet par téléphone, tous les jours c'est environ 10 communes qui basculent grâce à l'accord. Ce n'est pas des chiffres, c'est du concret, j'ai été il y a quelque encore dans les Deux-Sèvres pour aller constater et inaugurer l'un des pylônes justement qui était passé en 4G et je peux vous dire que quand vous voyez les habitants qui vous disent : « merci, enfin », là on est vraiment dans quelque chose qui change le quotidien des Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La fracture sociale elle est aussi en banlieue, vous êtes un peu le Jean-Louis BORLOO d'Emmanuel MACRON, on peut le dire comme ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais si je suis le Jean-Louis BORLOO, en tout cas j'ai beaucoup travaillé avec Jean-Louis BORLOO, beaucoup, il a travaillé avec nous pendant…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous l'avez éconduit !

JULIEN DENORMANDIE
Non, vous savez il a travaillé avec nous pendant de longs mois, moi j'ai participé activement à la rédaction de certains éléments de son rapport, en tout cas moi j'ai une conviction c'est que les banlieues aujourd'hui c'est 15 % de notre jeunesse, que les banlieues aujourd'hui il y a une inégalité qui est incroyable, un seul exemple qui me tient profondément à coeur - et je ne lâcherai rien et je dépense énormément d'énergie dessus - c'est les discriminations à l'embauche…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Justement une promesse hier du président MACRON lors du Congrès, il va organiser la semaine prochaine je crois, il va convoquer les patrons des 100 premières entreprises françaises pour les convaincre - les contraindre vous allez me dire - à embaucher des jeunes des banlieues, vous-même vous commencez à préparer le dossier, le sujet dès demain à votre ministère ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, moi je réunis à nouveau des entreprises, à nouveau des associations dès demain, mais c'est un long process, ça fait des mois que je travaille dessus. J'ai réuni à plusieurs reprises des dizaines d'entreprises, en leur disant quoi, en disant : « vous savez, quand un jeune vient vous voir – et ça m'arrive tous les jours, je suis tous les jours sur le terrain – quand un jeune vient vous voir en vous disant : « mais moi j'ai fait des études, je me suis donné du mal, ma famille s'est donnée du mal, la République d'ailleurs s'est donnée aussi du mal, mais à la fin j'ai tout pareil qu'un de mes copains qui vit en dehors des quartiers mais j'ai deux fois moins de chance d'avoir ne serait-ce que l'entretien d'embauche », ceci est inacceptable. Donc, moi, je mets toutes les entreprises autour de la table en disant aux entreprises : « vous savez le problème des banlieues ce n'est pas que mon problème c'est le problème de toute la République, de toute la France ».

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais comment vous faites pour les convaincre et pour les contraindre ensuite ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez deux types d'action que nous mettons en place : des actions dites incitatives, toute entreprise qui aujourd'hui emploie des jeunes d'un grand nombre de quartiers prioritaires de la ville, des banlieues, toute entreprises si elle embauche en CDI aura une prime de 5.000 euros par an pendant trois ans pour les inciter justement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
5.000 euros…

JULIEN DENORMANDIE
5.000 euros par an…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pendant trois ans si on embauche des gens qui sont dans les quartiers prioritaires par exemple ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement, les quartiers prioritaires de la ville, aujourd'hui c'est plus de 25 % des quartiers…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
(... propos incompréhensibles)…

JULIEN DENORMANDIE
C'est quelque chose que nous avons voté en loi de finances et qu'avec Muriel PENICAUD nous sommes en train de mettre en place, c'est déjà effectif depuis le 1er avril, on a déjà des centaines d'emplois qui arrivent. Il faut aller encore vite, il faut accélérer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est de la discrimination positive, vous l'assumez ?

JULIEN DENORMANDIE
C'est surtout de donner ce petit plus aux entreprises qui sont hésitantes, parce que c'est toujours plus facile de rester dans l'entre soi, d'aller voir les réseaux qu'on connaît, moi je dis aux entreprises : « sortez de votre entre soi, allez vers cette diversité des talents parce que des talents nous en avons ».

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, c'est l'incitation fiscale et sociale, quoi d'autre pour convaincre les entreprises ?

JULIEN DENORMANDIE
Deuxième élément, aujourd'hui, les entreprises elles doivent tester leurs process de recrutement, il n'est pas acceptable, d'ailleurs, c'est la loi, qu'il y ait des discriminations, ce qu'on appelle à l'adresse, parce que votre adresse est issue des quartiers prioritaires de la ville, et donc…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça, on a toujours l'impression qu'on entend ça depuis dix ans ou vingt ans…

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais ce qu'on fait, et moi, je suis scandalisé par cela, et donc ce qu'on fait, avec beaucoup de détermination, au-delà des mesures incitatives que j'évoquais, on va faire des testing, c'est-à-dire qu'à partir de l'automne, on va tester les entreprises et on va dire aux entreprises : est-ce que, oui ou non, vos processus sont discriminants…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et si jamais vous vous apercevez qu'elles sont discriminantes ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, on le fera savoir.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est name and shame ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça veut dire : on va nommer et on va dire : honte à vous…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. On le fera savoir.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et c‘est le gouvernement qui fera ça, cette campagne, qui publiera le nom des entreprises ?

JULIEN DENORMANDIE
Tout à fait, c'est le gouvernement qui portera cela…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous aurez des gens qui vont tester les entreprises ?

JULIEN DENORMANDIE
On a des gens dont c'est le métier de faire des analyses pour savoir si les process sont discriminants ou pas. Et puis enfin, autre point, on va demander aux entreprises des engagements, de dire aux entreprises, vous savez, par exemple les stages de 3ème, mais, toutes celles et ceux qui travaillent dans les entreprises, posez-vous la question : les stages de 3ème, c'est quelque chose de formidable, ça permet à des jeunes d'avoir une première expérience en entreprise, on ne va pas se mentir, dans une entreprise aujourd'hui, les stagiaires de 3ème, c'est qui ? C'est les neveux, nièces de vos collègues de boulot.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et alors, qu'est-ce que vous allez faire ?

JULIEN DENORMANDIE
Donc vous n'êtes que dans l'entre soi, et vis-à-vis de ça, on demande aux entreprises, là aussi, de prendre des engagements, et surtout, on leur donne les outils, c'est-à-dire qu'on crée les plateformes pour faire en sorte que, demain, une entreprise n'ait plus aucune raison de nous dire : eh bien, moi, je voulais bien le faire, mais c'était un peu trop compliqué, des outils très pratiques, des plateformes qui permettent de mettre en relation, il faut en finir avec cette discrimination.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors l'autre dossier important de votre portefeuille, c'est le logement, alors, là, pour le coup, ça concerne vraiment tout le monde, franchement…

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, les quartiers, ça concerne tout le monde

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, oui, c'est vrai…

JULIEN DENORMANDIE
Et ça concerne tout le monde, et j'insiste dessus, vrai parce que trop souvent, on a dit : les quartiers, c'est l'affaire des quartiers, non, les quartiers, c'est l'affaire de toute la République, moi, je le dis en tant que responsable politique, mais aussi en tant que père de 4 enfants, si aujourd'hui on n'arrive pas à redonner espoir à tous les jeunes qui vivent dans les quartiers…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils ne vivent pas dans les quartiers vos enfants…

JULIEN DENORMANDIE
Ce qu'on appelle cette quatrième génération, eh bien, à ce moment-là, c'est la cohésion même de notre société qui sera mise à mal…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors l'autre sujet, donc le logement, qui concerne aussi donc tous les Français, dont acte, franchement, on connaît le bilan, il n'y a pas assez de logements, les loyers sont chers, et alors, en plus, vous allez nous expliquer ce que vous faites, parce que vous allez déréglementer le marché pour que les promoteurs, les constructeurs construisent plus de logements, mais au prix peut-être de certains renoncements, ce qui a retenu – votre loi arrive au Sénat la semaine prochaine – ce qui a retenu le débat à l'Assemblée par exemple, c'est que, maintenant, on n'aurait pas l'obligation que 9 logements sur 10 soient adaptés aux handicapés, est-ce que ce n'est pas un renoncement incroyable ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, ce n'est pas du tout un renoncement, moi, je vais vous dire très simplement les choses. On a fait une loi, avec Jacques MEZARD, sur le logement qui n'a qu'une seule boussole, ce sont les Français, de quoi ont besoin les Français ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que ce n'est pas la construction, les promoteurs, cette boussole ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, pas du tout, mais alors pas du tout, et vraiment, c'est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais alors pourquoi renoncer par exemple à ce que les logements soient adaptés aux handicapés ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça coûte moins cher, d'accord, mais…

JULIEN DENORMANDIE
Non, ça ne coûte pas moins cher, c'est là où les gens se trompent, ça ne coûte pas moins cher. Quel est le sujet ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pourquoi alors ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, parce que, quel est le sujet ? Aujourd'hui, quand vous avez un appartement où vivent une famille avec 3 enfants, tout le monde en bonne santé, est-ce qu'il est logique que la salle de bains soit parfois plus grande que la chambre des enfants, est-ce qu'il est logique ? Evidemment que non. Mais par contre…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais cette famille va vieillir, et quand il y aura des personnes âgées…

JULIEN DENORMANDIE
Exactement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que ce n'est pas bien que déjà, le logement soit adapté pour accueillir des personnes un peu dépendantes ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce qu'on fait, c'est ce qu'on appelle un logement dit évolutif, c'est-à-dire que cette famille, déjà, elle peut avoir une première chose, certains membres de sa famille ou ses amis peuvent être en chaise roulante, donc il faut que le logement, il puisse être visité par des personnes en chaise roulante, ce sera possible, les toilettes seront adaptés, le salon sera adapté…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous allez modifier au Sénat le fait… on va augmenter un peu le nombre de logements qui doivent être vraiment adaptés ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors ça, c'est les sénateurs…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Enfin, c'est un peu le gouvernement…

JULIEN DENORMANDIE
Non, c'est les sénateurs, et ça ne vous aura pas surpris, en plus, la majorité présidentielle n'a pas la majorité au Sénat, mais j'insiste dessus, la logique, c'est que ce soit votre logement qui vous accompagne, et donc si demain vous avez un accident de la vie, si vous devenez en situation de handicap, à ce moment-là, dès le début, votre logement aura été conçu pour que les travaux à faire pour le rendre totalement adapté puissent être faits extrêmement facilement, rompre par exemple la cloison entre la salle de bains et les toilettes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc quand vous dites à une revenue professionnelle, je veux arracher une page sur cinq du code de la construction, ce n'est pas parce que vous voulez complètement déréglementer le secteur, les architectes, j'ai vu la président de l'Ordre des architectes de l'Ile-de-France, craint des dérives graves.

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, ce qui est formidable, quand vous êtes nommé au logement, la première chose qui se passe, c'est que vous avez plein de gens qui viennent vous voir en vous disant : il faut simplifier les normes, mais moi, je leur réponds : ça fait 20 ans qu'on dit ça, pourquoi alors qu'au bout de 20 ans, vous venez encore me voir pour simplifier les normes. Pourquoi n'avons-nous pas trouvé une solution drastique, mais quel est le problème ? Le code de la construction aujourd'hui, c'est quelque chose – personne ne le sait – qui est plus gros que le code civil, c'est un code qui est prescriptif…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous allez le simplifier ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais on va le simplifier, ça ne veut pas dire remettre en cause la qualité, pas du tout, ça veut dire rendre les choses plus simples.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez baissé les APL de 5 euros l'an dernier, vous les gelez cette année, vous avez encore 18 milliards d'aides au logement, est-ce que vous allez pouvoir faire des économies, comme l'a dit le président MACRON, sur les aides au logement ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, moi, mon obsession, c'est de savoir, est-ce que, ce que nous apportons comme aide marche bien pour les Français, vous prenez par exemple les APL…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Votre réponse, c'est non ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, aujourd'hui, ce qui est sûr, c'est qu'on peut faire des améliorations, je vous donne un exemple, les APL, aujourd'hui elles sont versées, quand vous en avez, sur vos revenus d'il y a 2 ans, eh bien, elle est belle l'affaire si par exemple, il y a 2 ans, vous aviez un emploi à temps plein et qu'aujourd'hui, vous êtes à mi-temps, vous avez moins d'APL…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc là, vous avez changé, ça sera par rapport à vos revenus de l'an dernier ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Eh bien, ça change tout, c'est plus juste, c'est plus équitable. Et figurez-vous que ça fait même faire des économies…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
A partir de quand ?

JULIEN DENORMANDIE
On le vote, et du fait de la complexité de la chose, ce sera mis en oeuvre à partir du mois de mai environ.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Allez, dernière question, évidemment, on est mardi, demi-finale, votre pronostic sur le match France-Belgique ?

JULIEN DENORMANDIE
On va gagner 2-1.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et le président, vous connaissez bien, c'est quoi son pronostic ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais pas, il ne m'a pas dit. Evidemment, il parie sur la victoire de la France, j'en suis certain. Mais de manière sûre, on va gagner 2-1.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De manière sûre ?

JULIEN DENORMANDIE
Oui, je ne sais pas, je le sens bien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a enregistré, on le passera demain…

JULIEN DENORMANDIE
On verra.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci Julien DENORMANDIE d'avoir été notre invité.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juillet 2018

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