Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec BFMTV le 13 juillet 2018, sur l'OTAN, les relations entre l'Union européenne et les Etats-Unis et sur la politique migratoire européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, avec BFMTV le 13 juillet 2018, sur l'OTAN, les relations entre l'Union européenne et les Etats-Unis et sur la politique migratoire européenne.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'Europe et des affaires étrangères;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin, Jean-Yves LE DRIAN, ministre des Affaires étrangères et de l'Europe, c'est important, Jean-Yves LE DRIAN bonjour.

JEAN-YVES LE DRIAN, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DE L'EUROPE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et représentant de « la mafia bretonne »… d'ailleurs, lors de votre visite au Vatican vous avez retrouvé un vieil ami, j'ai vu cette histoire incroyable.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est une histoire absolument incroyable puisque, je rentre dans le bureau du Pape, je vois le Pape et le président de la République, et au milieu mon copain Jeannot, qui est traducteur, interprète, au secrétariat d'Etat, pour le français, et c'est lui qui assurait la traduction…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous étiez enfant de choeur avec lui.

JEAN-YVES LE DRIAN
J'étais enfant de choeur avec lui, on se retrouve là après des années, et c'est à ce moment-là que le président de la République dit « mais les Bretons sont partout »…

JEAN-JACQUES BOURDIN
« C'est la mafia bretonne. »

JEAN-YVES LE DRIAN
« C'est la mafia bretonne, mais la mafia du bien », donc je…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas le parrain de la politique locale.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne suis pas le parrain, mais c'est vrai que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu quand même, un peu.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est vrai que c'était un événement absolument incroyable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous rentrez de l'OTAN, du sommet de l'OTAN, 26e sommet de l'OTAN. Alors, beaucoup de choses dans ce sommet, et les accusations de Donald TRUMP, accusations. Vous n'en n'avez pas assez de la mise en scène de Donald TRUMP ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Mise en scène… on connaît sa tentation de provocation, mais la réalité c'est que ce sommet s'est bien passé, et que c'était très important, parce que la sécurité collective c'est notre sécurité, et donc le fait que les 29 se soient mis d'accord sur des orientations, pour les deux ans qui viennent, d'ici le prochain sommet, c'est essentiel, et le communiqué final il a été validé par les 29, ça veut dire donc les Etats-Unis aussi. Donc, il y a eu des avancées, en particulier sur la prise en compte des nouvelles menaces, des nouveaux risques, que ce soit le risque terroriste, que ce soit la présence, parfois délicate, de l'intervention de Russes, en particulier la volonté expansionniste que l'on voit régulièrement de la part de la Russie, tout ça a fait l'objet d'accords.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous croyez toujours à une volonté expansionniste de la Russie, vous pensez que la Russie est notre ennemi ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'OTAN, si.

JEAN-YVES LE DRIAN
Non, non… l'OTAN a des relations régulières avec la Russie, nous avons, avec la Russie, un dialogue ferme, on constate que la Russie a occupé la Crimée de manière illégale, on constate que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si la population, en Crimée, voulait être rattachée à la Russie ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais… des traités comme cela, et que par ailleurs, sur l'Ukraine, la posture de la Russie est quand même sujette à caution et à discussion, nous avons des désaccords avec la Russie sur l'usage de l'arme chimique, nous avons un certain nombre de désaccords, mais nous voulons garder le dialogue, un dialogue ferme, mais un dialogue qui existe, qui se maintient. Donc, l'OTAN n'est pas l'ennemi de la Russie, l'OTAN c'est un outil de sécurité collective, c'est un outil pour se protéger de nous-mêmes, et il est très important parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Se protéger de qui ?

JEAN-YVES LE DRIAN
De tous les risques, de toutes les menaces, et l'essentiel de l'OTAN c'est qu'il y a un article 5, que vous connaissez, dans le traité de l'Atlantique Nord de 1949, qui dit : lorsque un des 29 - puisque nous sommes 29 – est menacé, ou même est agressé, par un tiers, eh bien l'ensemble des autres doit être solidaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si la Turquie est agressée par un tiers, nous allons au secours de la Turquie ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce sont les 29, mais pour l'instant ça n'a pas eu lieu. Ça a eu lieu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais si ça a eu lieu, nous allons au secours de la Turquie ?

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est sa protection, c'est sa protection, ils y sont.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes engagés par le traité ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Si d'aventure un pays agressait un des membres, agressait la France, les autres doivent répondre. Et, Monsieur BOURDIN, c'est arrivé une fois, et on l'oublie, l'utilisation de l'article 5, c'est arrivé une fois dans l'Histoire, depuis 70 ans, c'est arrivé pour soutenir les Etats-Unis, on l'a rappelé hier au président TRUMP, parce qu'après les attentats…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le président TRUMP qui avait oublié.

JEAN-YVES LE DRIAN
Après les attentats du 11 septembre, les Etats-Unis, justement, ont fait valoir la référence à l'article 5 qui fait que l'ensemble des pays doit se porter solidaire de celui qui est agressé et…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Solidaire en Afghanistan.

JEAN-YVES LE DRIAN
Et ça a donné l'Afghanistan.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec la réussite que l'on connaît, franchement….

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais néanmoins la solidarité a été au rendez-vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord, la solidarité, mais est-ce qu'on a intérêt, encore, à être membre de l'OTAN ? Je vous pose simplement la question.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est notre sécurité, c'est notre sécurité et c'est la sécurité de l'Alliance Atlantique, c'est le fait que l'ensemble des 29 membres, si l'un des leurs était agressé, assureraient la sécurité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec un donneur de leçon qui nous dit « c'est moi qui finance, les autres ne donnent rien… »

JEAN-YVES LE DRIAN
Le président TRUMP a fait quelques déclarations un peu tonitruantes hier, mais la réalité c'est que les pays membres de l'OTAN ont décidé, depuis 2014, de renforcer leur effort de défense. C'est vrai qu'à la fin de la Guerre froide il y avait eu une forme de tentation de faire en sorte que les dividendes de la paix permettent de réduire l'effort de défense, depuis il y a des risques nouveaux qui sont apparus, la montée de puissances, le développement du terrorisme. Et donc, en 2014, les membres de l'OTAN, mais ce n'était pas TRUMP, c'était OBAMA à l'époque, ont décidé, dans leur sommet du Pays-de-Galle, de faire remonter leur effort de défense à 2 % en 2024, et l'ensemble des membres ont décidé de faire cet effort, et ça a été confirmé hier, nous serons à 2 %, globalement, en moyenne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous, nous la France, mais l'Allemagne non.

JEAN-YVES LE DRIAN
L'Allemagne a simplement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Du retard.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais a fait progresser singulièrement sa participation à l'effort de défense.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors, c'est bien d'avoir fait cette course à l'armement ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce n'est pas une course à l'armement, il ne faut pas raisonner comme cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !

JEAN-YVES LE DRIAN
La question qui s'est posée en 2014, qui se repose à chaque sommet de l'OTAN, c'est : quelle est la nature des menaces que nous avons devant nous, quels sont les risques, quels sont les éléments essentiels de notre propre sécurité ? Parce que l'OTAN nous a permis de vivre en paix depuis 70 ans, il faut quand même le rappeler, et en fonction…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le rappeler à Donald TRUMP aussi.

JEAN-YVES LE DRIAN
Et aux Français, aussi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et aux Français, oui.

JEAN-YVES LE DRIAN
L'OTAN nous a permis d'être en paix pendant 70 ans, mais il faut à chaque fois réévaluer les risques et les menaces. Et là, en 2014, ça a été répété en 2016, ça a été répété hier, nous considérons que si l'effort des pays membres de l'Alliance permet d'atteindre 2 % du Produit Intérieur Brut, pour l'effort de défense, ça permet de juguler les risques et les menaces, ça permet à l'OTAN de fonctionner, et donc pourquoi aller au-delà si à 2 % on a cet objectif-là, mais il faut aller à 2 %. Et chacun, hier, dans une explication de gravure, on l'avait dit, en fait beaucoup écho, mais cette explication a été franche, tout le monde a dit « voilà les efforts que je fais pour arriver à cet objectif-là. » La France sera au rendez-vous, le président de la République doit valider aujourd'hui la Loi de Programmation Militaire qui a été débattue au Sénat et à l'Assemblée nationale, qui fixe les objectifs de la défense de notre pays pour six ans, et cet objectif-là sera atteint, et l'objectif des 2 % pour la France sera atteint. Madame PARLY a fait, dans ce domaine-là, un travail considérable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais, Jean-Yves LE DRIAN, pardon, pardon, mais Donald TRUMP répète « nous protégeons l'Allemagne, nous protégeons la France », bon, ça, vous l'avez répondu, mais « l'Allemagne est totalement », pardon, « contrôlée par la Russie », il veut un Brexit dur, il fait la leçon à Angela MERKEL, il fait la leçon à Theresa MAY. Est-ce que nous allons supporter, est-ce que vous supportez, vous, ces leçons de monsieur TRUMP, franchement ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je sors de la partie militaire, si vous voulez bien…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, sortons de la partie militaire.

JEAN-YVES LE DRIAN
Parce que de ce côté-là je crois que les choses ont été claires, même si…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais quand il fait la leçon à Theresa MAY sur le Brexit ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je vais y venir ; même si, sur la partie militaire, il faut reconnaître que depuis 2014 le rapport de financement de l'effort de défense entre les alliés et les Etats-Unis s'est inversé et commence à se rééquilibrer, il faut quand même le dire, et si les engagements de relèvement de l'effort de défense ont été faits, depuis 2014, et non pas sur les injonctions du président TRUMP hier, c'était déjà engagé et il a considéré que le sommet de l'OTAN était un bon sommet, c'est ce que nous disons aussi. Mais, sur le reste, je pense que le président TRUMP est très cohérent, contrairement à ce que je peux lire ici ou là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il veut diviser l'Europe.

JEAN-YVES LE DRIAN
C'est plus que ça, il est très cohérent depuis le début. Il considère que seul le rapport de forces paye, et que toute considération extérieure à ce rapport de forces d'un pays à un autre ne doit pas être respectée et retenue. Si bien que, depuis qu'il est à la tête des Etats-Unis, il entreprend une forme de déconstruction de tous les outils, qu'on appelle multilatéraux, tout ce qui fait l'organisation de la vie en commun de la planète, pour être seul à décider de sa relation avec…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il veut diviser l'Europe ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Avec tel ou tel, et ça passe aussi par la destruction de tous les outils de coopération…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais est-ce qu'il veut détruire l'Europe, diviser l'Union européenne, détruire l'Union européenne ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il remet en cause l'accord sur le climat, il remet en cause l'accord sur l'Iran, il remet en cause y compris des modes de fonctionnement des Nations Unies, et il ne supporte pas qu'il y ait un ensemble qui s'appelle l'Union européenne, qui soit solidaire et déterminé, et de cette manière il prend à l'égard de l'Europe des initiatives, en particulier dans le domaine commercial, visant à la déstabiliser, mais l'Europe ne se laisse pas déstabiliser. Je prends l'exemple du conflit commercial que nous avons aujourd'hui, le président TRUMP a décidé de prendre des mesures de douane, sur l'acier et sur l'aluminium, qui pénalise a priori, et d'abord, ses propres alliés qui sont les alliés européens membres de l'OTAN, mais il le fait. L'Europe a réagi, l'Europe a réagi en prenant des contre-mesures, à l'unanimité, pour dire aux Etats-Unis « nous ne nous laisserons pas faire, en tout cas nous ne voulons pas discuter sous la pression et sous la menace. » Si demain il décide de mener les mêmes politiques, les mêmes offensives, à l'égard de l'automobile, l'Europe réagira de la même manière. Donc nous ne sommes pas aujourd'hui dans une guerre commerciale, mais ça commence à y ressembler, et pour cela il faut une Europe forte, une Europe déterminée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Europe n'a pas besoin de Donald TRUMP pour se diviser, notamment sur la politique migratoire, l'Autriche préside l'Union, et l'Autriche plaide pour un système où aucune demande d'asile ne sera déposée sur le sol européen.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a eu un cadre qui a été décidé par le Conseil européen d'il y a quelques jours, avec les chefs d'Etat et de gouvernement, qui fixe la manière dont l'Europe doit prévoir sa politique migratoire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des déclarations.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il y a des déclarations, mais il n'y a pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Du chancelier autrichien, on parle même d'un axe, un axe avec l'Allemagne, franchement, ça vous fait froid dans le dos ou pas ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ça peut faire froid dans le dos, mais je remarque, par rapport aux initiatives autrichiennes, que la succession, ou l'addition de replis, comme on le voit pour l'Italie, comme on le voit pour l'Autriche, comme on peut le sentir aussi parfois par certaines déclarations du ministre de l'Intérieur allemand, l'accumulation, la succession, l'addition de replis, ne permet pas de faire une politique, parce que dès l'Italie s'interroge sur la possibilité de travailler avec d'autres pour accueillir des migrants, et en particulier pour le respect du droit d'asile, elle se trouve confrontée, y compris par les populistes, à un refus. Donc la question migratoire ne peut se régler que par la coopération, elle ne peut se régler qu'en mettant en place…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pas avec des solutions nationales.

JEAN-YVES LE DRIAN
Et pas avec des solutions nationales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Europe des nations que prônent tous ceux qui sont les adversaires de l'Union européenne.

JEAN-YVES LE DRIAN
Avec des solutions coopératives, parce que cela ça ne marche pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est ce que veut l'Autriche.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que veut la Pologne, c'est ce que veut la Hongrie.

JEAN-YVES LE DRIAN
Le cadre actuel a été défini, au niveau de l'Union européenne, par un accord général, tout le monde s'attendait à ce qu'il y ait l'explosion, dont vous parlez à l'instant, elle n'a pas eu lieu, lors du dernier sommet tout le monde s'est mis d'accord sur le triptyque indispensable pour régler la crise migratoire, à la fois le fait de renforcer nos frontières, à la fois le fait d'avoir, à l'égard des pays d'origine, une politique de développement et de soutien très significative, et d'avoir aussi des centres de transfert pour permettre d'identifier ceux qui peuvent bénéficier…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des plateformes dans les pays hors Union européenne, aucun pays n'en veut.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut les mettre en oeuvre maintenant, c'est le cadre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Algérie n'en veut pas, le Maroc n'en veut pas, la Tunisie n'en veut pas.

JEAN-YVES LE DRIAN
Monsieur BOURDIN, ce n'est pas automatiquement hors de l'Union européenne, c'est aussi pour accueillir à la fois les demandeurs d'asile qui doivent avoir le respect…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils ouvriront quand ces centres ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Maintenant le rendez-vous est en octobre, les acteurs se sont mis à travailler, il y a eu une réunion des ministres de l'Intérieur hier, il y aura d'autres réunions d'ici le mois d'octobre, pour aboutir à une solution, qui soit à la fois une solution de responsabilité, parce que nous devons assurer la maîtrise migratoire, mais aussi une solution de solidarité, parce que tous les pays européens doivent être acteurs de cette politique, et aussi une solution humaine, parce qu'il faut respecter aussi les migrants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc ces centres ouvriront l'année prochaine ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Le plus rapidement possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
En France par exemple ?

JEAN-YVES LE DRIAN
L'hypothèse n'est pas encore retenue, il faut mettre en place les outils, et si possible…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a dit qu'on n'ouvrirait pas de centres en France, d'après ce que j'avais entendu.

JEAN-YVES LE DRIAN
Ce que nous avons fait, nous, c'est de faire en sorte que sur les pays d'origine et les pays de transit il y ait ces centres de transfert pour identifier ceux qui peuvent bénéficier du droit d'asile, n'importe qui ne peut pas bénéficier du droit d'asile, il faut être soumis à des contraintes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le droit d'asile sera accordé hors frontières françaises ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Ça ne peut pas être accordé hors frontières françaises, mais ça peut être identifié hors frontières françaises, pour qu'ensuite ils soient sécurisés pour le transfert. Mais la bataille essentielle, dans cette affaire, c'est aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et donc il y aura des centres en France ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Pour l'instant, la question ne se pose pas mais la bataille essentielle, c'est aussi la lutte contre les passeurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas de centres en France.

JEAN-YVES LE DRIAN
Et là, il faut être extrêmement vigilant, extrêmement actif et extrêmement offensif parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, vous confirmez : pas de centres en France.

JEAN-YVES LE DRIAN
Pour l'instant, la question ne se pose pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il n'y aura pas de centres en France pour l'instant. Peut-être un jour mais pour l'instant non. Donc ailleurs en Europe.

JEAN-YVES LE DRIAN
Les textes européens prévoient l'accueil des migrants dans les pays les plus proches et les premiers rentrants ont des responsabilités particulières, mais il faut que la solidarité européenne s'exerce aussi à l'égard de ces pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour l'instant, il y a peu de pays qui ont accepté.

JEAN-YVES LE DRIAN
Oui, mais le débat est ouvert et le cadre a été fixé.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A part l'Espagne et la Grèce. Même l'Italie n'en veut pas.

JEAN-YVES LE DRIAN
Il est indispensable que le cadre soit fixé. En tout cas, il faudra aboutir à ce sens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Yves LE DRIAN, les élections européennes se joueront en grande partie sur la question migratoire, vous pensez ? Franchement ?

JEAN-YVES LE DRIAN
L'élection européenne se jouera aussi sur le type d'Europe qu'on veut. Parce qu'on voit bien que par rapport aux grands défis qu'il y a devant nous : le défi terroriste – on en a parlé -, le défi migratoire – on vient d'en parler -, le défi de la transition climatique – il faut en parler, elle est insuffisamment au centre du débat -, le défi numérique, le défi universitaire, le défi de l'innovation, la réponse ne peut être qu'européenne. Il faut donc mettre ensemble les acteurs pour définir une Europe souveraine, une Europe qui n'a pas peur de sa puissance, une Europe qui sait faire valoir ses intérêts. Et on voit bien que toute tentative de sortir de l'Europe et d'exercer sa propre logique nationale aujourd'hui ne permet pas des résultats positifs. Regardez ce qui se passe en Grande-Bretagne où le Brexit qui était attendue comme une espèce de Messie permettant le redressement économique du pays aujourd'hui vire à la catastrophe. Donc il faut que les Européens soient conscients que l'enjeu est de faire en sorte que l'Union européenne soit une union forte, souveraine et qu'elle puisse être le point de stabilité aujourd'hui du monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand on pense que Donald TRUMP désigne le futur Premier ministre anglais en parlant de Boris JOHNSON, c'est quand même… Pardon, enfin, vous aimeriez ça, vous, en France, non ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut que les Britanniques réagissent. Puisqu'ils sortent de l'Union européenne, c'est à eux de dire comment ils perçoivent cette initiative.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous pensez que la future élection européenne en France sera un référendum pour ou contre la politique conduite par Emmanuel MACRON ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne crois pas qu'il faille la penser comme cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais est-ce que les Français ne vont pas voter pour ou contre ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Le choix majeur qui va être posé, c'est est-ce que nous voulons une Europe souveraine renforcée, une Europe qui protège, une Europe plus démocratique, une Europe plus unie ? Ou est-ce que nous voulons que chacun se replie sur soi ? Je pense qu'il y a un certain nombre de marchands d'illusions qui font croire que l'isolement est la bonne solution. Je pense que l'isolement est le début du chaos, surtout dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui où les tensions n'ont jamais été aussi fortes et où les instabilités n'ont jamais été aussi prégnantes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous ai trouvé un marchand d'illusions, écoutez bien ce qu'il a dit : «Mes gouvernements réduisaient les inégalités, celui-là les creuse. » Qui a dit cela ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne sais pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE. Oui, François HOLLANDE.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense que dans le discours que le président MACRON a prononcé l'autre jour au Congrès réuni, il a eu deux visions très fortes pour l'avenir. La première, c'est qu'il faut reconstruire un Etat providence, un Etat providence du XXIème siècle qui mette au centre de son projet le fait qu'il faut lutter contre les inégalités de destin. Et ce thème-là qui passe en particulier par le renforcement de l'école est un thème essentiel de ce qui va se passer dans la suite du quinquennat. Moi, je pense que la lutte contre les inégalités est celle-là et c'est là qu'elle est fondamentale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Mais : « Mes gouvernements réduisaient les inégalités, celui-là les creuse », vous faisiez partie des gouvernements qui réduisaient les inégalités et maintenant vous faites partie du gouvernement qui les creuse.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne partage pas tout à fait le point de vue du président HOLLANDE à cet égard.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas tout à fait ou pas du tout ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je suis très solidaire de ce qui a été fait par le président HOLLANDE au cours du dernier quinquennat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas tout à fait ou pas du tout ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Là, je pense que la volonté du président MACRON à la fois de réformer la France et de s'attaquer aux inégalités à la racine est un enjeu et qui est au centre de son projet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que François HOLLANDE devrait se taire ?

JEAN-YVES LE DRIAN
François HOLLANDE fait ce qu'il veut heureusement, il est libre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on est bien d'accord.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je pense que son bilan n'a pas été suffisamment reconnu. Il a traversé des périodes extrêmement difficiles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai, lui a réduit les inégalités.

JEAN-YVES LE DRIAN
Je ne suis pas sûr que les chiffres du bilan des inégalités depuis plusieurs années soient aussi favorables qu'il ne le pense là, mais en réalité son bilan n'a pas été suffisamment respecté parce que dès le départ, lui a été mis en cause par une partie de sa majorité qui l'a empêché d'avancer et empêché de travailler, ce qui a été un boulet pendant l'ensemble du quinquennat de HOLLANDE.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous croyez à son retour pour 2022 ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Il faut lui demander.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous y croyez ?

JEAN-YVES LE DRIAN
Je regarde et…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le rencontrez encore ?

JEAN-YVES LE DRIAN
J'ai beaucoup d'affection pour lui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Yves LE DRIAN


source : Service d'information du Gouvernement, le 18 juillet 2018

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