Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à RTL le 18 juillet 2018, sur la mise en place de l'apprentissage et de l'alternance dans le cadre de la loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à RTL le 18 juillet 2018, sur la mise en place de l'apprentissage et de l'alternance dans le cadre de la loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel, CHAPUIS Jérôme.

FRANCE. Ministre du travail;

ti :


JEROME CHAPUIS
Bonjour Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD, MINISTRE DU TRAVAIL
Bonjour.

JEROME CHAPUIS
Merci d'être avec nous. On le disait donc, les cent plus grosses entreprises françaises à l'Elysée hier soir, vous y étiez, beaucoup de congratulations mutuelles. Mais est-ce que c'est vraiment cela que les Français attendent de la part de leur gouvernement, les Français qui sont au chômage notamment ?

MURIEL PENICAUD
Hier, c'est autour du président de la République. Il y avait les cent entreprises les plus importantes en France, il y avait aussi beaucoup d'associations d'insertion et des jeunes. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, c'est extrêmement important que les entreprises s'engagent dans la lutte contre le chômage.

JEROME CHAPUIS
Mais avant d'être ministre, vous avez été notamment DRH de DANONE.

MURIEL PENICAUD
Oui.

JEROME CHAPUIS
Et vous savez très bien que ce n'est pas parce que les politiques disent : « Il faut embaucher » que les entreprises embauchent.

MURIEL PENICAUD
Mais ce n'est pas ce qui a été dit hier. C'est les entreprises qui se sont engagées et se sont engagées, pourquoi ? Parce que je pense que de plus en plus d'entreprises se rendent compte que si elles ne s'occupent pas aussi de leur impact sur le territoire, sur le social, sur l'environnemental, elles ne peuvent pas se développer dans un désert non plus. Il faut aussi qu'elles tiennent compte des territoires. Et donc le but hier, c'était que des entreprises volontairement montrent tout ce qu'elles font, ce qu'elles veulent faire pour les quartiers prioritaires de la ville, pour les jeunes, où il y a plein de talents qui attendent. On l'a vu d'ailleurs dans le foot mais il y en a dans d'autres domaines, et je pense que c'est une dynamique. Alors ça ne suffit pas mais dans la lutte contre le chômage…

JEROME CHAPUIS
Oui, parce que pour le moment, qu'est-ce qu'il y a de concret ? Pardon, mais j'ai vu trente mille places de stages pour les élèves de Troisième, mais là encore il y en a quinze mille qui sont proposées par la puissance publique. Trente mille places, c'est peu, cette annonce.

MURIEL PENICAUD
Il y a des choses. Dans le cadre du projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, par exemple sur l'apprentissage et sur l'alternance, ce matin dans la foulée de l'événement d'hier soir, je signe avec la Fédération du bâtiment et avec le ministre de la Cohésion des territoires. Ils s'engagent à aller proposer quinze mille emplois ou offres d'apprentissage dans les quartiers prioritaires de la ville pour les jeunes. L'Assemblée permanente des chambres de métiers s'engage à plus soixante mille apprentis. L'industrie a dit : « On va faire plus 40 %. » Donc il y a quand même un élan mais il faut l'amplifier. La loi n'est que le cadre qui le permet mais elle libère toute une série de freins pour qu'enfin, j'allais dire, on se remette à investir sur les jeunes. On a une situation qui est aberrante dans notre pays : c'est qu'on a un taux de chômage des jeunes qui est le double des autres populations. C'est le message qu'on leur envoie, c'est : « On n'a pas besoin de vous. » Ce n'est pas vrai, on a besoin des jeunes et on a besoin des jeunes des quartiers prioritaires de la ville et c'est ça qu'il faut leur montrer. Donc c'est une dynamique, ce n'est pas un coup d'épée dans l'eau hier parce qu'il y aura des suites. On va faire un suivi régulier des engagements des entreprises et puis un suivi de tout ce qui est apprentissage aussi.

JEROME CHAPUIS
Alors je voudrais avoir votre sentiment sur cette information qu'on a appris ce matin, puisqu'il y a ces engagements des entreprises et puis, dans le même temps, il y a une enseigne par exemple comme HAPPYCHIC - ce sont des enseignes connues comme BRICE, JULES ou encore BISBILLE – qui annonce quatre cent soixante-six suppressions de postes, quatre-vingt-dix magasins qui ferment. C'est le secteur du textile. Là-dessus, vous dites : « L'Etat ne peut pas tout » ?

MURIEL PENICAUD
Je dis que c'est vrai qu'on a une mutation des métiers, la distribution étant un exemple très fort. L'e-commerce : par exemple, on va tous acheter en ligne. Bien, c'est 20 % maintenant qui est en e-commerce. L'e-commerce, ça veut dire quoi ? Il y a moins de magasins puisqu'on va moins dans les magasins. Par contre, il y a plus de logistique et de transport. Parce qu'en fait, l'économie dite virtuelle, elle est super physique parce qu'il faut quand même acheminer les produits…

JEROME CHAPUIS
C'est ce dont on parlait à l'instant avec Martial YOU.

MURIEL PENICAUD
Voilà, jusqu'à chez vous. Donc, on a des mutations de métiers et c'est ça qu'on doit accompagner. C'est pour ça qu'on a le plan d'investissement compétences ; c'est pour ça qu'on va créer ce vrai droit pour chacun de se former dans le projet de loi parce que demain, on ne peut pas garder les métiers du passé. On ne peut pas garder la bougie quand l'électricité arrive.

JEROME CHAPUIS
Donc en l'occurrence les personnes qui sont concernées…

MURIEL PENICAUD
Mais par contre, il faut que tout le monde puisse aller dans l'ère de l'électricité où l'ère de l'Internet ou dans les métiers du futur. C'est une course de vitesse et surtout il faut un investissement massif pour que chacun ait la capacité d'avoir des compétences. Vous savez, il n'y a pas de chômage des cadres aujourd'hui, il n'y en a quasiment plus en France. Les gens qui ont une qualification, il n'y a pas de chômage. Ceux qui risquent de rester derrière malgré la croissance, c'est les plus vulnérables. C'est ceux qui n'ont pas les compétences, les qualifications. C'est ça notre priorité.

JEROME CHAPUIS
Alors il faut qu'on parle, Muriel PENICAUD, de cette autre rencontre qui a lieu, elle, hier matin à l'Elysée entre le président de la République et les partenaires sociaux, c'est-à-dire les syndicats mais aussi les organisations patronales. Alors, tout le monde a noté un changement de ton. Est-ce que c'en est fini d'une forme d'exercice solitaire du pouvoir en matière sociale ?

MURIEL PENICAUD
Alors, l'exercice solitaire est une formule excessive…

JEROME CHAPUIS
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Pascal PAVAGEAU. Il disait : « Je marche seul. » C'est d'ailleurs aussi Laurent BERGER hier à votre place pour la CFDT.

MURIEL PENICAUD
Oui, oui, d'accord. Je rappelle juste que pour les ordonnances où il y a eu trois cents heures de concertation, pour la loi avenir professionnel il y a eu deux négociations. Enfin voilà, on ne peut pas dire qu'il n'y en avait pas. Mais par contre ce qui est vrai et ce qui change, c'est que la première année il y avait j'allais dire urgence de mettre en place les réformes qui avaient été annoncées dans la campagne présidentielle. C'est ce qu'on en train de faire et de finir de faire. Il y a d'autres sujets dans l'agenda social qui ont été évoqués hier qui sont importants pour les partenaires sociaux, pour l'Etat, pour la nation et ceux-là, du coup, c'est une nouvelle phase je dirais d'agenda social qui s'ouvre. Effectivement, on est dans un contexte différent. On est à quinze mois après et c'est un nouvel agenda qui est concerté d'ailleurs puisque le but…

JEROME CHAPUIS
Nouvelle phase, nouvelle méthode.

MURIEL PENICAUD
C'était de discuter des sujets et l'agenda, il est à l'initiative du gouvernement mais aussi à l'initiative des partenaires sociaux.

JEROME CHAPUIS
Oui, parce que les partenaires sociaux se sont réunis – alors, on n'en a pas beaucoup parlé à cause de la Coupe de la Coupe du monde - mais ils s'étaient réunis la semaine dernière et ils se sont mis d'accord sur un agenda qui est indépendant un peu de celui du gouvernement. Vous prenez ça comment ? Comme un acte de défiance ?

MURIEL PENICAUD
Non. Je crois que dans une démocratie qui est avancée, une démocratie sociale avancée, il y a des sujets où c'est bien que ce soient les partenaires sociaux qui discutent, d'autres où ils interpellent le gouvernement et d'autres où c'est le gouvernement qui interpelle les partenaires sociaux. Donc tout ça, ça dépend des sujets.

JEROME CHAPUIS
Alors on va être clair justement sur un objet précis, celui de l'assurance chômage, sur la réforme de l'assurance chômage. Ce sont eux, les syndicats et le patronat, qui ont la main ?

MURIEL PENICAUD
Alors sur l'assurance chômage, ça concerne à la fois les partenaires sociaux et l'Etat ? Pourquoi ? Ce sont les partenaires sociaux, patronat et syndicats, qui définissent les règles : la durée d'indemnisation, les montants d'indemnisation.

JEROME CHAPUIS
Et là, vous leur faites confiance.

MURIEL PENICAUD
Oui, on leur fait confiance. Absolument. On n'étatise pas l'UNEDIC, on dit que c'est à eux de le faire, mais par contre l'Etat est concerné. Pourquoi ? Parce que d'abord, la lutte contre le chômage, tous nos concitoyens attendent des résultats du gouvernement et, en outre, il y a un financement public - donc nos impôts à tous - puisque la dette de l'UNEDIC est garantie par l'Etat. C'est quand même trente-trois milliards de dette aujourd'hui qui est garanti et que l'Etat maintenant, c'est lui qui prend à sa charge à travers l'impôt la partie cotisation des salariés.

JEROME CHAPUIS
Ça veut dire par exemple…

MURIEL PENICAUD
Donc ça veut dire qu'on va faire un document de cadrage, qu'on va discuter avec eux en disant quels sont les objectifs, quelles sont les grandes orientations qu'il faut se donner pour améliorer l'assurance chmage, la faire évoluer en fonction du contexte d'aujourd'hui, et à l'intérieur de ça c'est eux qui négocieront.

JEROME CHAPUIS
Et dans cet agenda - dans ce cadrage, pardon - il y aura la question de la taxation des contrats courts, des CDD. C'était une promesse de campagne d'Emmanuel MACRON.

MURIEL PENICAUD
Alors, le sujet des contrats courts est très important. Aujourd'hui, 87 % des embauches c'est en contrat court, en CDD ou en intérim, et un tiers des CDD sont d'une journée ou moins. On marche sur la tête ! On a une précarisation… Il y a toute une partie de nos concitoyens qui sont condamnés à la précarisation et ça peut durer indéfiniment comme ça. Donc, il y a des responsabilités en partie chez les employeurs, en partie dans les règles. Personne n'a voulu ça mais elles installent dans la précarité. Donc il faut que ça favorise le retour à l'emploi, il faut que ça permette à nos concitoyens de sortir de cette précarité excessive. Comment voulez-vous faire des projets de vie si vous êtes embauché au jour le jour ? Enfin, c'est juste impossible. Et en même temps, il y a des entreprises qui payent pour les autres. En fait, celles qui font le plus de CDI payent pour celles qui font du jour le jour. Ça, ce n'est pas non plus très logique, ce n'est pas responsabilisant. Donc ça, c'est bonus-malus.

JEROME CHAPUIS
Je voudrais votre sentiment d'ailleurs à ce sujet sur une information qu'on lit ce matin dans Le Figaro. C'est un rapport qui a été commandé par l'exécutif dont le journal dévoile ce matin les grandes lignes : « Il faudrait plus de CDD à Pôle Emploi, nous dit ce rapport Cap 22, plus de CDD à Pôle Emploi pour pouvoir ajuster les effectifs en fonction de l'évolution du chômage. » Ce n'est pas un peu contradictoire avec ce que vous nous dites justement sur la lutte contre la précarité ?

MURIEL PENICAUD
D'abord, c'est un rapport. Ce n'est pas la feuille de route que j'annoncerai prochainement qui me concerne dans Cap 22. Non, ce qu'on fait avec Pôle emploi par contre, c'est que Pôle emploi évolue, innove beaucoup pour s'adapter à la situation nouvelle du marché du travail. D'abord parce qu'on a beaucoup d'offres d'emploi et, aujourd'hui, on a de très nombreuses offres d'emploi qui ne trouvent pas preneurs parce que souvent il y a un gap de compétences. C'est le fameux plan d'investissement dans les compétences. Et puis aussi, tout le monde n'est pas égal devant aussi la recherche du travail. Il y a certains de nos concitoyens, ils veulent juste qu'on les mette efficacement en contact quasiment en ligne avec des employeurs ; ça leur suffit. D'autres, ils ont besoin d'un accompagnement beaucoup plus important, beaucoup plus personnalisé parce qu'ils ont plus de difficultés, et donc cette personnalisation ça fait partie des évolutions. Après, que Pôle emploi évolue en fonction de la situation du chômage, c'est normal. Mais alors, la recette miracle de faire des CDD, non : ce n'est pas une recette miracle.

JEROME CHAPUIS
On va parler un peu football quand même dans la petite minute qu'il nous reste. Les clubs de foot vont voir affluer des milliers d'enfants supplémentaires, en tout cas si ça se passe comme en 98. Or, c'est la France Insoumise qui soulevait la question hier à l'Assemblée, il y a moins de contrats aidés dans les associations sportives notamment, comme dans les autres associations. Le nombre de contrats aidés, est-ce qu'il va continuer de baisser l'an prochain ?

MURIEL PENICAUD
Alors le contrat aidé, c'est fait pour aider la personne qui en difficulté.

JEROME CHAPUIS
Ce n'est pas fait pour aider les associations et notamment les clubs de sport ?

MURIEL PENICAUD
Non. Il y a un autre sujet qui est au ministère des Sports, au ministère de la Santé : c'est comment on aide le tissu associatif. Aujourd'hui, on a fait évoluer les contrats aidés cette année, ça s'appelle maintenant Parcours emploi compétences, et on demande qu'il y ait un accompagnement, qu'il y ait de la formation pour que ça soit un vrai tremplin vers l'emploi. Du coup, il y a beaucoup moins de demande. Alors, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas un sujet. Evidemment - et d'ailleurs la ministre des Sports y a répondu hier à l'Assemblée - évidemment soutenir tout cet élan sportif, ça fait partie des actions du gouvernement et des collectivités locales qui sont aujourd'hui les premières qui financent les clubs sportifs, mais il ne faut pas confondre les deux sujets. C'est pour ça d'ailleurs que non seulement les contrats aidés mais il y a toute une série de choses. Vous avez parlé du sport, je pense qu'il faut parler du handisport. Il faut parler aussi de toute l'insertion des handicapés et on va aussi renforcer ça. On vient de signer un accord avec l'union des entreprises adaptées. On va passer de quarante à quatre-vingt mille places. Donc voilà, il faut que chacun ait sa place au soleil. Tout le monde est utile et il faut donner à chacun sa chance.

JEROME CHAPUIS
Merci beaucoup, merci Muriel PENICAUD, d'avoir été l'invitée de RTL ce matin.

MURIEL PENICAUD
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2018

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