Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec RMC le 17 juillet 2018, sur les efforts gouvernementaux en faveur des clubs sportifs et l'emploi dans les quartiers défavorisés et sur les relations entre le gouvernement et les syndicats. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec RMC le 17 juillet 2018, sur les efforts gouvernementaux en faveur des clubs sportifs et l'emploi dans les quartiers défavorisés et sur les relations entre le gouvernement et les syndicats.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :
APOLLINE DE MALHERBE
Et on est avec Julien DENORMANDIE, bonjour.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Mais justement, la cohésion des territoires, on a l'impression que la cohésion, c'est partout en France depuis dimanche, on va revenir évidemment sur le foot, parce que, hier, à l'Elysée, les Bleus étaient reçus par Emmanuel MACRON, et vous y étiez, Julien DENORMANDIE. Qu'est-ce que vous en retenez ?

JULIEN DENORMANDIE
C'était un moment magnifique, un moment magique, moi, j'ai eu une chance extraordinaire, j'en étais, c'est des souvenirs incroyables. Mais ce qui était vraiment le plus beau, c'est qu'il y avait à peu près 1.500 enfants qui venaient des clubs, d'où venaient les joueurs de l'équipe, et vous voyez une énergie, des sourires, les étoiles, elles n'étaient pas sur les maillots, elles étaient dans les yeux de ces enfants, c'était tout simplement un pur moment de bonheur, un vrai moment de fête, de joie, et un moment magique, comme on dit.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous avez dit de cette équipe, elle dit quelque chose du pays, qu'est-ce qu'elle dit du pays ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien, c'est vrai que c'est cette cohésion, c'est le fait que, en France, tout est possible, le fait que ça y est, on accroche cette deuxième étoile sur le maillot, et puis, c'est également cette unité, moi, je trouve ça formidable. Alors, c'est vrai que le sport le permet, le foot le permet, mais c'est formidable ce qu'on vit depuis 48h. Et je le dis non pas comme responsable politique, mais comme citoyen, j'ai vu tous les matchs avec mes enfants, avec mes amis, j'étais dans les rues dimanche soir, et voilà, cette unité, cette joie partagée, ce moment à la fois de communion, mais de pur bonheur. Et moi, je pense qu'il faut tout simplement le dire, s'en réjouir, on vit un moment de pure joie, de fête, et ça fait drôlement du bien.

APOLLINE DE MALHERBE
Et on a envie que ça continue ; c'est un peu la question que j'ai envie de vous poser aussi ce matin, c'est que, bon, il y a eu évidemment tout ce mois de Coupe du monde, il y a eu dimanche, il y a eu la réception hier. Est-ce qu'il y aura un effet foot, vous pensez, dans le pays ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y aura forcément un avant et un après, moi, je suis de la génération 98, comme on dit, je passais mon bac en 98 quand l'équipe de France a accroché la première étoile à son maillot. Et évidemment, il y a eu un avant et un après, donc il y aura un avant et un après 2018. Mais, effectivement, ça ne tient qu'à nous, mais à nous tous, pas qu'aux politiques, à la nation tout entière, de continuer à faire vivre ce sentiment d'unité.

APOLLINE DE MALHERBE
Je voudrais que vous écoutiez – et vous le saviez, puisque vous y étiez – mais qu'on écoute ce qu'Emmanuel MACRON a dit aux joueurs hier soir, quand il les a reçus à l'Elysée.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
N'oubliez jamais d'où vous venez ! Et vous venez de là ! Devant vous, devant vous, il y a les clubs qui vous ont formés, des clubs de la France entière ! Il y a des jeunes de tous ces clubs ! Il y a des éducateurs qui n'ont pas compté leur temps, il y a des parents qui n'ont pas compté leur temps ! C'est ça la France ! Et ne l'oubliez jamais !

APOLLINE DE MALHERBE
Alors justement, l'un de ces patrons de clubs, de petits clubs locaux, avec des jeunes qui montent en puissance, était mon invité ce matin sur RMC, et il disait : il faut penser à tous ces bénévoles, et il faut les soutenir. C'est bien de leur dire : souvenez-vous d'où vous venez, mais est-ce qu'il ne faut pas les aider ?

JULIEN DENORMANDIE
Si, il faut les aider, je l'ai entendu votre invité ce matin, ce qu'il disait, c'était magnifique, moi, déjà, je veux leur rendre hommage, je travaille beaucoup, parce que dans mon portefeuille…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ils n'ont pas besoin d'hommage, là, ils ont besoin aussi de portefeuille justement…

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais dans mon portefeuille ministériel, je m'occupe de ce qu'on appelle la politique de la ville, donc accompagner les clubs dans les banlieues et dans les quartiers de nos villes. Ils font un boulot remarquable, et c'est ça le sens des propos du président hier. C'est de dire : mais, derrière votre réussite, derrière la réussite de cette équipe, eh bien, il y a des personnes, notamment les animateurs des clubs sportifs, qui vous ont tout donné à un moment de votre vie. Et ça, moi je pense que la première chose, c'est de leur rendre cet hommage-là, parce qu'ils le méritent profondément. Après, moi, en tant que responsable politique, mon boulot, c'est de faire en sorte que ces clubs, ils puissent se développer, que ces animateurs, ils puissent avoir les moyens de faire leur action…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous allez leur donner plus ? Est-ce que vous allez faire en sorte… parce que, il n'y a pas que les patrons de clubs qui le disent, Noël LE GRAËT lui-même, il a poussé un cri du coeur ces derniers jours en disant : on a besoin d'installations pour tous ces petits clubs, pour tous ces clubs de quartiers.

JULIEN DENORMANDIE
Alors, moi, dans la politique de la ville, le budget qu'on est en train de présenter, on a notamment une augmentation des crédits, et en particulier, quinze millions d'euros dédiés aux associations, dont les clubs sportifs. On travaille beaucoup avec ces associations de clubs sportifs…

APOLLINE DE MALHERBE
Pas beaucoup, quinze millions d'euros…

JULIEN DENORMANDIE
Ah si…

APOLLINE DE MALHERBE
Pour toute la France…

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais, ça n'est que la partie d'augmentation de nos crédits. Et on travaille beaucoup avec eux. On a organisé un grand événement à Marseille par exemple vendredi dernier, avec Laura FLESSEL, sur la thématique du sport dans les quartiers. Comment justement accompagner tous ces clubs sportifs. Et donc oui, il faut les accompagner, oui, il faut leur donner plus de moyens, et on a aussi de grandes opportunités pour développer les infrastructures, un seul exemple, là, on termine la Coupe du monde de foot, dans quelques années maintenant, ce sera les Jeux olympiques, et dès maintenant, on est en train de prévoir les infrastructures, construire…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça, ça va porter justement, la construction des infrastructures, des installations ?

JULIEN DENORMANDIE
De manière très forte, vous prenez un département comme la Seine-Saint-Denis, par exemple, dans ce département, il y aura énormément d'infrastructures, des piscines, des sites sportifs, eh bien, tout ça, ça va dans le bon sens, ça permettra, là aussi, de développer les pratiques, et encore une fois, ça, c'est mon boulot en tant que responsable politique de faire en sorte que les personnes auront les moyens…

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous avez l'impression que là-dessus, vous êtes à la hauteur de leurs attentes ?

JULIEN DENORMANDIE
On n'est jamais à la hauteur des attentes des uns et des autres, parce que tout le monde veut plus, et c'est bien normal, en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on fait de véritables efforts, on met plus de moyens, on a véritablement réussi à construire cette confiance avec ces acteurs de terrain, et on est dans la construction de ce projet de développement avec eux, que ce soit des installations ou que ce soit des associations…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez, elle dit quelque chose du pays, cette équipe, en 98, on parlait en permanence de l'équipe black, blanc, beur, aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Est-ce que, tant mieux, ça veut dire qu'il n'y a plus rien à démontrer, ou est-ce que c'est parce que ça gêne ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, moi, je trouve ça… tant mieux, très clairement, parce que, peut-être que, effectivement, plus personne n'est dans cette récupération politique en disant : après 98, c'était black, blanc, beur, moi, je trouve ça très bien, je ne fais pas du tout partie de ceux qui apprécient les récupérations politiques ici ou là. Et puis, surtout, vous savez, le message, le principal message qui ressort de cette Coupe du monde, il ne vient pas des politiques, il vient des joueurs eux-mêmes, c'est les joueurs eux-mêmes, c'est Antoine GRIEZMANN, qui, après l'Argentine, prend le micro et dit : vive la France ! Vive la République ! C'est Didier DESCHAMPS qui redit…

APOLLINE DE MALHERBE
Pour vous, c'est quand même tout bénef, là, c'est un cadeau extraordinaire !

JULIEN DENORMANDIE
Mais, vous savez, ce n'est pas bénef pour le gouvernement, ce n'est pas bénef pour ma pomme, c'est bénef pour la France, c'est bénef pour les Français. C'est ça qui compte. Et ce message, il ne vient pas de nous, il vient des joueurs, c'est ça qui est le plus important.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais, Julien DENORMANDIE, quand on voit effectivement que Kylian MBAPPE, il vient de Bondy, que Nabil FEKIR, il a grandi à Vaulx-en-Velin, est-ce qu'on va réussir à ce que ce qui se passe dans le foot, c'est-à-dire que, on sélectionne les meilleurs, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur couleur de peau, eh bien, ce soit possible dans d'autres secteurs ?

JULIEN DENORMANDIE
Ah, c'est mon boulot, c'est pour ça que je me lève le matin, c'est, vous savez, cette inégalité de destin, de vous dire que, en France, parce que vous naissez dans un quartier, eh bien, vous avez par exemple deux fois moins de chances d'avoir un entretien d'embauche…

APOLLINE DE MALHERBE
Et comment vous allez faire concrètement pour que, au-delà du foot, ça se passe dans le reste des domaines ?

JULIEN DENORMANDIE
Un exemple, ce soir, à l'Elysée, avec le président de la République, avec Muriel PENICAUD, on réunit 100 entreprises, les 100 plus grandes entreprises en France, pour leur dire : toute la dynamique qu'on crée dans les quartiers, ce n'est pas que l'Etat, ce n'est pas que les associations, vous aussi, les entreprises, vous avez un rôle majeur à jouer. Parce que la discrimination, on ne va pas se cacher derrière notre petit doigt, elle existe dans notre pays…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais c'est sympa, ça, Julien DENORMANDIE, mais on a l'impression que vous demandez toujours aux autres de faire beaucoup. C'est-à-dire, maintenant, c'est, en fait la cohésion des territoires, finalement, c'est au privé de le faire, c'est aux entreprises de le faire, est-ce que ce n'est pas une manière, en quelque sorte, de repasser un peu le bébé ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais je ne suis pas d'accord, vous savez, la cohésion des territoires, l'inégalité de destin contre laquelle on lutte, ça passe d'abord par l'Education, l'Education, on double les classes, c'est-à-dire qu'on fait en sorte qu'il n'y ait que 12 élèves par classe dans tout…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça, c'est l'éternel exemple, c'est vrai…

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est pas l'éternel exemple, c'est essentiel, et ça, ce n'est pas les associations, ce n'est pas les entreprises, c'est l'Etat qui le fait, quand l'Etat remet de la sécurité en créant des polices de sécurité du quotidien, eh bien, cela aussi, c‘est l'Etat, et moi, tout à l'heure, avec les entreprises, qu'est-ce que je vais leur dire, qu'est-ce que je vais faire avec elles ? Eh bien, je vais signer un pacte avec elles, déjà, certaines l'ont signé, d'autres, plusieurs dizaines, vont signer ce soir. Et le pacte, ce n'est pas de leur dire : prenez des engagements, c'est quelque chose qui est un contrat, l'Etat prend des engagements, et les entreprises prennent des engagements…

APOLLINE DE MALHERBE
Pour qu'ils créent des emplois dans ces quartiers-là en particulier ? Pour qu'eux-mêmes jouent le jeu d'accepter tout le monde, tous les meilleurs d'où qu'ils viennent ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais pour qu'ils créent des emplois, pour qu'ils prennent des jeunes en apprentissage et pour qu'ils prennent aussi des jeunes en stage de troisième. Vous savez, les stages de troisième, c'est un truc absolument ahurissant en France. C'est super. Quand vous êtes en troisième…

APOLLINE DE MALHERBE
Quand vous avez du piston et des réseaux et vous avez un bon stage.

JULIEN DENORMANDIE
Soit, vous n'avez juste pas de stage et donc vous êtes dans l'entre-soi. Et tous ceux qui nous écoutent voient bien dans les entreprises dans lesquelles ils bossent que tous les stagiaires de troisième, c'est les neveux, les nièces, les cousins, les cousines, c'est l'entre-soi. Les jeunes des quartiers, ils n'ont pas accès au stage de troisième. Moi, à chaque fois que je vais dans les quartiers, je rencontre les associations des mamans. Elles me disent toutes la même chose.

APOLLINE DE MALHERBE
Elles ne savent pas à quelles portes frapper.

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. Elles n'ont pas le réseau comme on dit. Ce soir, on va créer une plateforme avec ces entreprises justement. On va créer une plateforme qui permette de mettre enfin en relation et les entreprises qui vont offrir plus de stages, les entreprises et d'ailleurs aussi l'Etat – quinze mille stages – et en même temps, les jeunes avec les associations pour faire cette mise en réseau. C'est du concret.

APOLLINE DE MALHERBE
Et en vrai de vrai, Julien DENORMANDIE, est-ce que vous avez le sentiment que les entreprises jouent le jeu ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, je suis convaincu que certaines d'entre elles commencent à prendre conscience qu'il y a un gros problème. Je veux dire, certaines d'entre elles se disent : « Oui, moi aussi je veux participer. » Parce que derrière ça, ce n'est pas une question des quartiers, c'est une question de toute la République. Moi, je ne sais pas – je ne sais pas – expliquer à une maman d'un quartier qu'effectivement leur enfant n'a pas accès à un stage de troisième. Moi, je ne sais pas expliquer à un jeune d'un quartier que lorsqu'il a fait les efforts, lorsque sa famille a fait les efforts, lorsque la République a fait les efforts, à la fin des fins il a deux fois moins de chances, juste parce qu'il vient d'un quartier, d'avoir accès à un stage. Et donc certaines entreprises en prennent conscience ; d'autres pas suffisamment. Et donc là aussi, on va lancer ce qu'on appelle le testing. C'est-à-dire qu'on va tester les entreprises pour savoir si oui ou non elles sont discriminantes.

APOLLINE DE MALHERBE
Comme on avait fait à une époque à l'entrée des boîtes de nuit pour vérifier que tout le monde avait le droit de rentrer et qu'on n'était pas discriminé. Ça sera un peu la même chose mais à l'entrée des entreprises ?

JULIEN DENORMANDIE
Exactement. C'est-à-dire qu'on va tester chaque année quarante entreprises et on va voir avec ces entreprises si oui ou non elles ont des pratiques de recrutement qui sont discriminantes ou pas.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous ferez le name and shame ? Est-ce que vous dénoncerez les entreprises qui ne jouent pas le jeu ?

JULIEN DENORMANDIE
Clairement. Clairement. Moi, je crois à ça. Je trouve que cette transparence est nécessaire. Et même si on fait du name and shame, même si on dit celles qui sont les mauvais élèves, il ne s'agit pas de pointer du doigt : il s'agit de changer les pratiques. Vous savez, moi je rencontre beaucoup d'entreprises et je vous invite à faire le test. A chaque fois que je les vois…

APOLLINE DE MALHERBE
On va faire du testing.

JULIEN DENORMANDIE
Je leur demande : « Mais quelle est votre action pour les banlieues ? » Et dans beaucoup de cas – pas toutes, pas toutes – on me répond : « On travaille beaucoup, on a une fondation. » Alors c'est très bien, les fondations, mais objectivement, ce n'est pas à la hauteur. Ce n'est pas d'une fondation dont on a besoin, même si parfois c'est très, très bien.

APOLLINE DE MALHERBE
On a besoin de boulot vraiment.

JULIEN DENORMANDIE
On a besoin de boulot, on a besoin de changer les pratiques, et donc c'est ce que nous faisons. Et nous, gouvernement, désormais on donne tous les outils aux entreprises, on fait le testing, on fait ce qu'on appelle les emplois francs, quelque chose d'hyper important. Toute entreprise qui embauche un jeune d'un quartier aura trois mille euros si elle embauche en CDI. Elle aura cinq mille euros, pardon, pendant trois ans si elle embauche en CDI.

APOLLINE DE MALHERBE
Si elle embauche en CDI.

JULIEN DENORMANDIE
Donc nous, on donne tous les moyens et on dit maintenant aux entreprises : « Vous vous en saisissez et vous n'avez plus d'excuses. »

APOLLINE DE MALHERBE
Vous donnez les moyens effectivement mais il y a quand même des points où on a l'impression que tout d'un coup, on ne sait pas pourquoi, ça bloque. Les APL, pourtant là ça n'a pas bloqué au début pour supprimer les cinq euros, mais là, vous aviez annoncé qu'il y aurait une contemporanéité ça s'appelle. C'est-à-dire concrètement que les aides allaient être calculées de manière quasiment immédiate sur les revenus en temps réel des personnes. Ça devait se faire vite ; finalement ça traîne et ça va traîner encore plus puisque ça ne sera pas fait finalement avant avril 2019. Pourquoi c'est si long ? Ce n'est pas votre priorité en fait.

JULIEN DENORMANDIE
Déjà pour que tout le monde comprenne, aujourd'hui les APL c'est quelque chose de très important. Moi, j'y suis très attaché.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, vous avez besoin de le redire parce que franchement…

JULIEN DENORMANDIE
Non mais vous savez, c'est six millions et demi de foyers – de foyers – qui sont concernés. C'est dix-huit milliards d'euros qu'on dépense chaque année. Mais il s'avère qu'il y a quelque chose d'aberrant : c'est qu'on vous donne ces aides, ces aides au logement sur vos revenus d'il y a deux ans.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc il y a un décalage.

JULIEN DENORMANDIE
Et donc vous prenez par exemple un parent d'une famille divorcée, qui a deux enfants, qui il y a deux ans avait un travail à temps plein et qui aujourd'hui est à mi-temps. Bien, il n'a pas accès au bon niveau d'APL.

APOLLINE DE MALHERBE
Sur le constat, on est d'accord. La question, c'est pourquoi vous n'y répondez pas plus vite.

JULIEN DENORMANDIE
Attendez, déjà on y répond et après, pourquoi on n'y répond pas plus vite ? Parce que vous avez six millions et demi de foyers qui touchent les APL. Je vous laisse imaginer les systèmes informatiques qu'il y a derrière. C'est-à-dire qu'il y a un gros travail technique.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, mais vous nous avez dit la même chose pour le plan anti-pauvreté, que c'était compliqué, qu'on allait attendre un peu.

JULIEN DENORMANDIE
Non, mais attendez. Les APL, il n'a jamais été question de décaler quoi que ce soit. Il a été question de mettre en place cette réforme dès lors que techniquement on était sûr que cela marche. Parce que moi, je ne veux pas qu'il y ait de bug. Moi, je ne veux pas qu'à la fin des fins, quelqu'un ne reçoive pas son bon montant d'APL et donc dès avril, dès ce printemps, on sera enfin sur le calcul de l'APL au revenu près actuel.

APOLLINE DE MALHERBE
Julien DENORMANDIE, une question plus globale. On a vu Didier DESCHAMPS et Emmanuel MACRON s'embrasser mutuellement vraiment dans un grand élan. Est-ce que c'est le même combat ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais pas si c'est le même combat. En tout cas, c'est deux combats. Moi, je connais très bien Emmanuel MACRON, je ne connais pas du tout Didier DESCHAMPS. Je l'ai vu pour la première fois hier. C'est quelqu'un juste d'incroyable. C'est un vrai leader. C'est quelqu'un qui emporte tout un pays. Est-ce que c'est le même combat ? En tout cas, moi je pense que c'est le même idéal si je puis dire. C'est-à-dire le travail paye ; oui, il est possible d'y arriver ; tout est possible en France.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce que vous pensez que le travail va vraiment payer ? Parce que dans le cas de Didier DESCHAMPS, les résultats effectivement sont là, clairement. Dans le cas d'Emmanuel MACRON, on le sent bien, aujourd'hui il y a une chute d'ailleurs dans les sondages, il y a une difficulté à obtenir du concret. Est-ce que ça, ça va changer ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, tout le projet politique, je le connais particulièrement bien : je suis de l'aventure En Marche depuis le premier jour. Tout le projet politique, on a mis le travail en son centre. Le projet politique, c'est de faire en sorte que demain, tous ceux qui nous écoutent et qui malheureusement n'ont pas de boulot puissent retrouver un boulot. C'est de faire en sorte que le travail paye mieux. Et donc ça fait un an qu'on est là, c'est vrai qu'en un an vous ne pouvez pas tout changer du jour au lendemain mais ce pour quoi on se lève, ce pour quoi on a été élu, je dirais même la promesse que nous avons fait aux Français, je peux vous dire qu'on va l'honorer, cette promesse : c'est de remettre le travail au centre.

APOLLINE DE MALHERBE
Et une dernière question sur la cohésion qui est dans votre titre, dans votre portefeuille, Julien DENORMANDIE. Ce matin, Laurent BERGER de la CFDT, juste avant de rencontrer Emmanuel MACRON tout à l'heure, disait : « Attention ! Le dialogue social, ce n'est pas rien. On en a besoin comme rempart contre le populisme. » Est-ce que de côté-là vous n'avez pas loupé un peu le coche ? Il va les recevoir, Emmanuel MACRON, les leaders syndicaux ; mais franchement, il a mis le temps.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, aujourd'hui c'est une rencontre très importante qui va se dérouler à l'Elysée. Emmanuel MACRON va recevoir tous les syndicats et tous les représentants du patronat également. Ce n'est pas la première fois qu'il les voit.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est la première fois qu'il les voit ensemble.

JULIEN DENORMANDIE
C'est la première fois qu'il les voit dans un format où tous viennent au même moment. Mais chacun individuellement, Emmanuel MACRON a déjà eu l'occasion de les recevoir.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ils ont le sentiment que le rendez-vous avait été un peu loupé.

JULIEN DENORMANDIE
Voilà, je laisse les sentiments à ceux qui les expriment. Moi ce que je peux vous dire, c'est que dans mon domaine d'activité ; Muriel PENICAUD, la ministre du Travail, dans son domaine d'activité ; Elisabeth BORNE, la ministre des Transports, dans son domaine d'activité, on est tous dans non seulement cette concertation, cette discussion, mais dans un travail en commun. Vous savez, on nous faisait il y a quelques jours ce procès avec les élus locaux en disant : « Est-ce que de la même manière, les élus locaux, vous travaillez suffisamment avec ou pas ? » Mais moi, quand je travaille sur la cohésion des territoires, tous les jours je suis avec les élus locaux. Quand Muriel PENICAUD travaille sur la réforme du secteur du travail, mais tous les jours elle bosse avec les syndicats. Tous les jours. Donc non, moi je suis persuadé que ce dialogue, cette écoute elle va continuer et qu'aujourd'hui, c'est une étape importante. Et le fait que le président de la République reçoive tout le monde sous ce format montre qu'au contraire il est dans la discussion et l'ouverture.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc les deux grandes rencontres aujourd'hui : les syndicats à neuf heures et puis en fin d'après-midi, vous le disiez, les patrons. Vous serez aux côtés d'Emmanuel MACRON. Merci Julien DENORMANDIE d'avoir été avec nous ce matin.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.

APOLLINE DE MALHERBE
Je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 juillet 2018

Rechercher