Déclaration de Mme Florence parly, ministre des armées, sur le plan de transformation du MCO Terrestre, à Bruz le 23 juillet 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Florence parly, ministre des armées, sur le plan de transformation du MCO Terrestre, à Bruz le 23 juillet 2018.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

Circonstances : Visite au 2e régiment du Matériel, à Bruz (Ille-et-Vilaine) le 23 juillet 2018

ti :

Monsieur le Préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le chef d'état-major des Armées,
Monsieur le secrétaire général pour l'administration,
Monsieur le chef d'état-major de l'armée de Terre,
Mesdames et messieurs les officiers généraux,
Monsieur le président du GICAT, mesdames et messieurs les présidents et directeurs généraux,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang et personnels civils du 2e régiment du Matériel et de la 14e base de soutien du Matériel,
Mesdames et messieurs,


Il y a deux jours, j'étais au Sahel.

Ce déplacement, comme chacun auprès de nos forces, comme aujourd'hui encore auprès de vous, me rappelle l'essence même de l'engagement dans nos Armées : servir la France, croire en ses valeurs, accepter tant de sacrifices pour elles.

Cet engagement m'oblige, il nous oblige collectivement.

Il nous oblige à donner toutes nos forces pour nos Armées. A donner tous les moyens, toutes les chances, toutes les opportunités pour nos militaires. Il rappelle que quelle que soit notre fonction, notre poste, notre mission : c'est pour eux que nous oeuvrons, collectivement. Pour eux, pour le succès des armes de la France, pour la protection de tous les Français.

Il nous faut donc tout donner et je veux vous le dire : je sais que c'est votre cas. Je sais la qualité de votre travail, de votre investissement. Je sais les compétences techniques que vous maîtrisez et les efforts que vous n'économisez jamais.

Aux confins du Sahel ou dans les montagnes du Levant, si nos forces peuvent assurer leur mission, combattre le terrorisme dans les yeux, s'ils disposent d'équipements terrestres si disponibles : c'est grâce à vous. A vous, ici à Bruz, et plus largement aux 13 000 personnes, militaires et civils, qui oeuvrent au quotidien pour assurer notre MCO Terrestre.

Je veux donc vous remercier pour ce travail remarquable que chacun, civil comme militaire mène pour la maintenance de nos matériels. Votre complémentarité est une force précieuse, une force au service de nos militaires et de nos équipements. Une force que nous ne gâcherons sous aucun prétexte.

Mais chacun le sait ici, ces opérations ont des conséquences sur nos équipements. Les milieux dans lesquels ils évoluent sont très fortement abrasifs, nos équipements en paient le prix. Notre engagement opérationnel est intense et les use, plus encore.

Si le taux de disponibilité de nos équipements terrestres est excellent en opération, plus de 90%, il est plus mitigé, ici, en France. Or, chacun le sait, c'est une gageure d'envisager les opérations sans parfaire les entraînements.

Si votre travail est excellent, que les procédures ont été améliorées, il reste encore des angles morts. Il reste encore des lourdeurs, des dialogues qui n'ont pas lieu, des incongruités qui persistent.

Nous devons changer cela.

Pourquoi ?

D'abord, parce que les moyens de nos Armées sont en très forte augmentation. Ces moyens, c'est la confiance des Français, c'est un espoir pour nos forces. Ces moyens ce sont aussi, peut-être même surtout, des responsabilités pour chacun d'entre nous. La responsabilité de nous moderniser, de chercher les meilleurs processus, les plus rapides et les plus efficaces, ceux, surtout, qui sont le mieux au service de nos forces.

Mais cette nécessité de transformation obéit à tout sauf à une logique comptable. Améliorer le MCO terrestre, c'est d'abord et avant tout permettre le présent et préparer l'avenir.

C'est donner à nos forces, aujourd'hui, les meilleures conditions d'engagement et d'entraînement. Leur permettre de retrouver plus rapidement des matériels disponibles.

Cette transformation, c'est aussi préparer l'avenir, permettre la cohabitation de matériels modernes comme les VBCI ou les canons CAESAR avec des matériels plus anciens, voire vieillissants, comme les VAB ou les VBL. C'est déployer SCORPION dans les meilleures conditions et donner dès maintenant les meilleures pratiques.

Face à ces constats, face à ces enjeux, une chose est sûre : il nous faut toujours nous dépasser, chercher l'excellence et la simplicité. Il le faut d'autant plus quand il s'agit de compétences aussi cruciales que le maintien en condition opérationnelle.

L'amélioration de nos processus de maintenance et de la disponibilité de nos matériels est une de mes priorités. Dès mon arrivée en poste, j'ai souhaité m'attaquer à ce qui était l'urgence absolue pour toutes nos Armées, le MCO aéronautique. J'ai annoncé sa modernisation en décembre et très vite des décisions ont été prises et la DMAé créée. Chacun sait combien je suis ce dossier, combien il m'importe et combien j'attends des résultats.

Après cette réforme urgente, j'ai gardé le cap que je m'étais fixée. La situation n'est pas pleinement satisfaisante, elle n'est donc pas acceptable. J'ai chargé l'ingénieur général Vincent Imbert et le général Bernard Guillet, de conduire un audit précis et rigoureux de notre MCO Terrestre. Ils ont mené cette étude avec la plus grande précision, je voulais les en remercier, et sur ces fondements, j'ai pu décider d'un plan de modernisation du MCO-Terrestre. D'un plan utile pour nos militaires, pour nos opérations, en un mot pour la protection des Français.

Le premier mouvement que je veux initier, c'est celui d'une industrie du MCO terrestre.

Des réorganisations ont déjà eu lieu. Une ligne de crête a été tracée entre les régiments et les bases de soutiens du matériel. La répartition, normalement est claire, aux régiments la maintenance opérationnelle et aux bases de soutien, la maintenance industrielle. Cette ligne est saine, utile. Elle permet à chacun de se concentrer sur ses missions et ses domaines d'expertise. Mais cette ligne, malheureusement, est encore trop poreuse. Il faut donc que les régiments du matériel soient déchargés des actes de maintenance industrielle qui pèsent encore trop souvent sur eux : leur capacité à soutenir efficacement les régiments des forces passe par là.

Dans le même temps, il nous faut penser un outil industriel pour le MCO terrestre. Le constat est simple : aujourd'hui 15% seulement de la maintenance de nos matériels terrestres est effectuée par les industriels. C'est une proportion qui peut être interrogée.

Je crois fermement que nous devons maintenir une compétence d'Etat, je crois que c'est le moyen de garantir notre souveraineté et de nous assurer que les choses sont faites comme nous le souhaitons. Je crois cependant que ce déséquilibre est trop prononcé.

On ne peut pas se contenter de concevoir, de construire et mettre ensuite la maintenance de côté. Produire, c'est bien ; faire durer, c'est encore mieux. Le MCO est l'affaire de tous, Etat comme industriels. Je veux donc responsabiliser nos industriels, qui imaginent nos matériels, pour qu'ils se sentent pleinement engagés dans la maintenabilité de leurs équipements, de nos équipements. Armées, Etat, industrie : nous avons besoin de l'intelligence collective pour faire ensemble des équipements faciles à entretenir, des équipements durables. Nous allons associer plus les industriels au MCO terrestre et je fixe un objectif : que la part des maintenances lourdes réalisées par les industriels augmente, très sensiblement. Aujourd'hui, le plan MCO terrestre prévoit que 40% de nos activités industrielles de maintenance soient réalisées par les industriels d'ici 2025. Il vous reviendra d'étudier dans les mois qui viennent l'opportunité de rejoindre cet objectif plus vite encore, et de me proposer un calendrier raisonné mais ambitieux à cet égard.

Pour y parvenir, il faudra notamment établir des partenariats entre la SIMMT, le SMITer et les industriels. Il faudra que la SIMMT ait recours à des contrats innovants, permettant de partager les bénéfices et les risques, et d'offrir les garanties nécessaires de disponibilité d'un parc ou de pièces de rechange. C'est ce qui se fait déjà avec Nexter au profit des parcs d'entraînement Champagne et Provence : il s'agit d'en tirer le meilleur et d'étendre ces bonnes pratiques à l'ensemble de nos contrats futurs.

Vous l'aurez compris, la SIMMT doit devenir la véritable agence de maîtrise d'ouvrage du MCO Terrestre. Elle devra être parfaitement à même de préparer, de négocier et de conduire des contrats. Général Autran, j'ai confiance car je connais votre travail et votre détermination. Soyez certain que dans cette mission, vous pourrez compter sur le plein soutien de la DGA, qui dispose d'une expertise précieuse en la matière, et qui devra contribuer davantage encore à cet effort.

Enfin, et je veux le répéter pour que ce soit clair, l'Etat ne se désengage pas du MCO terrestre. Alors, nous ne serons pas Charlie Chaplin dans Les Temps modernes, il est hors de question de nous laisser déborder parce que chacun ne tient pas son rôle. Et des industries mieux impliquées, qui conçoivent en pensant à la maintenance, c'est permettre au SMITer de mieux réaliser ses missions, d'être plus réactif, plus efficace. C'est garantir que nous ne perdrons pas nos compétences techniques les plus clés.

Mais vous l'aurez compris, je crois que la maintenance se prépare en amont. D'aucuns disent qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Cela semble un lieu commun et je trouve donc dommage de ne pas l'appliquer parfaitement à nos programmes industriels. C'est un objectif que j'ai déjà fixé en annonçant ma réforme de la DGA. C'est un objectif que réaffirme, aujourd'hui à Bruz. Il nous faut une vision plus globale de nos programmes. La DGA, les états-majors, les industries et les maintenanciers doivent être associés au plus tôt à la conduite des programmes et je veux que les responsables de soutien en service soient de véritables officiers de programme maintenance. Je sais que des efforts ont déjà été réalisés. Je sais que vous n'attendez que ce travail en commun. Et je veux vous le dire : je suis pleinement de votre côté et je veillerai à ce que cet engagement soit tenu.

J'ai parlé à l'instant de responsabilité. Elle nous concerne tous.

Il y a une dizaine d'années, l'armée de Terre a remodelé en profondeur l'emploi et la gestion de ses parcs, en faisant naître le principe du pooling. Cette décision obéissait à des nécessités d'emploi, elle a montré des effets bénéfiques mais elle montre aujourd'hui ses limites.

Quand nos marins ont un lien presque sentimental à leurs bâtiments, les soldats sont les dépositaires éphémères de matériels pourtant complexes et différents. Nous devons renforcer le lien entre nos militaires et leurs matériels terrestres. Ils ne doivent plus être les outils d'un jour mais bien les matériels qui accompagnent dans la durée. Les bénéfices seront immenses : des matériels mieux entretenus au jour le jour et une connaissance plus fine des réactions, des points forts comme des faiblesses de chaque outil.

A chaque fois que cela sera possible, chaque matériel sera dorénavant affecté à un soldat, un équipage ou un groupe. C'est le même qui sera utilisé en service permanent, à l'entraînement et, autant que possible, en opérations extérieures. Nous pourrons ainsi gagner en efficacité, en disponibilité et instaurer dès maintenant les meilleures pratiques pour préparer l'arrivée prochaine – et massive – des matériels du programme SCORPION.

Et je vous parle de la préparation, de l'entraînement, après, vient le temps des opérations. 2 500 véhicules terrestres sont déployés en OPEX : ils sont au coeur de nos opérations, nous offrent protection et capacité d'action. Ils sont aussi ceux qui souffrent le plus. Leur régénération coûte cher, nécessite de nombreuses heures de travail, ce qui a conduit à l'engorgement du parc de véhicules indisponibles.

Il est hors de question de nous voir contraints par cet engorgement. La France a besoin d'agir aujourd'hui et d'être pleinement opérationnelle pour agir demain.

Nous allons donc revoir chaque étape du processus. Nous devons d'abord revoir notre dispositif de tri des matériels indisponibles en faisant la différence entre ceux qui doivent être réparés et ceux qui doivent être retirés du service pour destruction ou pour revente. Revente, d'ailleurs, qui pourrait intéresser certains de nos industriels à l'heure où beaucoup de clients auront peine à acheter des matériels certes plus perfectionnés mais aussi nettement plus chers.

Mais, passé ce message subliminal, je veux en revenir à nos équipements sur le terrain.

Je ne veux que l'on continue à voir des matériels revenir d'opération dans des états anormalement dégradés non par les assauts de l'ennemi mais par les carences de notre maintenance. Nous pourrions améliorer si sensiblement l'état de notre parc si nous pouvions agir à temps. Le sens de cette transformation du MCO Terrestre, c'est de placer la maintenance au plus près de nos forces en OPEX.

J'ai donc décidé d'agir sur tous les leviers. Je connais la vigilance de nos soldats, mais nous allons les sensibiliser plus encore. Nos moyens d'action sont nombreux : déployer plus de maintenanciers sur le terrain, afin de permettre une action plus rapide. Créer des groupes de maintenance à proximité des théâtres d'opération. Nous appuyer davantage sur le tissu industriel local en opérations. Ces pistes doivent maintenant être étudiées en profondeur, notamment pour nos opérations au Sahel. Et d'ici la fin de l'année, l'état-major des armées me fournira les modalités de la création d'un groupe de maintenance à même de conduire en Afrique des actes de maintenance lourde pour nos équipements du Sahel, plutôt que de les rapatrier systématiquement en France.

Quant aux matériels qui devront être rapatriés, car, évidemment, nous continuerons à assurer la respiration de nos parcs en opération, nous veillerons à ce que la chaîne logistique pour leur retour en France soit la plus simple et la plus brève possible.

Enfin, cette transformation comporte un dernier axe, qui ne vous surprendra pas de ma part : celui des nouvelles technologies et de l'innovation.

Certains d'entre vous sont particulièrement spécialisés dans la maintenance des systèmes électroniques. Vous êtes parfaitement placés pour savoir combien les nouvelles technologies s'emparent du quotidien de nos militaires, pour voir toutes les opportunités qu'elles nous offrent.

Les paroles s'envolent, les avancées technologiques, elles, restent. Très concrètement, je veux miser sur les capteurs intelligents. Ces capteurs nous permettront une maintenance prédictive, adaptée à chaque matériel. Ils permettront d'anticiper les avaries, de les identifier et de les traiter avec bien plus de vitesse et de précision. Ils généreront des données extrêmement précieuses pour adapter nos programmes et préparer ceux de demain. J'en appelle à tous les industriels présents ici, ces capteurs devront être implantés dans tous les systèmes, dès leurs conceptions ; et je souhaite que nous établissions des accords de confidentialité très stricts pour protéger les données collectées. Et ces données, il nous faudra les exploiter, les analyser, mettre nos meilleurs ingénieurs et scientifiques pour les exploiter et adapter nos maintenances à la réalité de nos opérations.

Je veux miser, aussi, sur l'impression 3D. C'est un secteur en plein essor. Dans un futur proche, il permettra de produire des pièces manquantes, directement sur les théâtres d'opération, de faire des économies d'échelle remarquables et de révolutionner notre chaîne logistique. Beaucoup reste à faire, je le sais, mais nous ne passerons pas à côté d'une technologie aussi cruciale.

Mesdames et messieurs, vous connaissez maintenant les grands axes de cette transformation du MCO Terrestre. Je les résumerai en trois mots : responsabiliser, rapprocher, préparer.

Responsabiliser les industries, les utilisateurs, les maîtres d'oeuvre. Assumer chacun notre rôle et le faire pleinement.

Rapprocher le MCO Terrestre des militaires en opérations. Rapprocher les maintenanciers, des concepteurs des programmes d'armement.

Préparer, enfin, l'arrivée de SCORPION et préparer l'avenir en prenant le tournant des nouvelles technologies.

Cette transformation, nous allons la réussir. Nous allons la réussir car je connais votre rigueur et votre engagement. Parce que je sais votre qualité et votre expertise.

Alors, dès le 1er septembre, une équipe, placée directement auprès du chef d'état-major de l'armée de Terre, sera au travail. Elle mènera cette modernisation à bien et, j'en suis sûre, obtiendra des résultats. Nous le devons à nos forces, qui les attendent. Nous le devons aux Français, qui comptent sur nous.

Je sais que je peux compter sur chacun d'entre vous, comme vous pouvez compter sur moi.


Vive la République ! Vive la France !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 25 juillet 2018

Rechercher