Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à France-Inter le 30 juillet 2018, sur le projet de loi sur l'apprentissage et la formation professionnelle dans le cadre de la liberté de choisir son avenir professionnel. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à France-Inter le 30 juillet 2018, sur le projet de loi sur l'apprentissage et la formation professionnelle dans le cadre de la liberté de choisir son avenir professionnel.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel.

FRANCE. Ministre du travail

ti :

FRÉDÉRIC METEZEAU
Bonjour Muriel PENICAUD…

MURIEL PENICAUD
Bonjour.

FREDERIC METEZEAU
Ministre du Travail invitée du Grand entretien de France Inter. Avant d'aborder les grands dossiers liés à l'emploi ou à la formation professionnelle, un dossier qui vous concerne, qui pourrait vous concerner, selon le Canard enchaîné Muriel PENICAUD des juges d'instruction veulent enquêter sur un contrat qui avait lié HAVAS et BUSINESS FRANCE – BUSINESS FRANCE c'est la structure que vous dirigiez avant d'être ministre – les juges se demandent s'il n'y a pas eu de favoritisme pour un contrat de 13.200.000 euros en faveur d'HAVAS qui aurait remporté ce marché donc dans des conditions pas forcément très claires d'après le Canard enchaîné, vous étiez en fonction en 2015 Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Ça fait 15 mois que je suis ministre du Travail, ça fait 15 mois qu'il y a des rumeurs, des suppositions, des choses fausses, j'ai pris l'habitude – et je pense que je vais la garder - je suis même sûre de ne jamais commenter les rumeurs qu'il y a dans la presse, moi je suis entièrement dédiée à ce que je fais : le premier projet de loi, les ordonnances Travail ; le deuxième sur la liberté de choisir son avenir professionnel, c'est ça qui m'intéresse, le reste…

FREDERIC METEZEAU
Mais les mails par exemple publiés par le Canard enchaîné qui montrent une proximité entre vous et Stéphane FOUKS, le patron d'HAVAS, au moment où il y avait un appel d'offres ça ne peut pas instiller le doute dans l'esprit même des juges d'instruction ?

MURIEL PENICAUD
C'est le principe des rumeurs d'instiller le doute.

FREDERIC METEZEAU
Mais les mails existent ?

MURIEL PENICAUD
Ah ! Je ne rentre pas, je vous l'ai dit, je ne commenterai pas - je ne l'ai jamais fait – je ne commenterai pas ce genre de choses. Voilà ! C'est tout.

FREDERIC METEZEAU
Bon ! Dont acte, on verra quelle est la décision du procureur de Paris François MOLINS…

MURIEL PENICAUD
Oui. On a déjà vu ce qu'il y avait…

FREDERIC METEZEAU
Et la décision à suivre des juges d'instruction. Muriel PENICAUD, mercredi, après-demain, le Parlement doit voter en vote solennel à l'Assemblée une loi, le deuxième volet des lois Pénicaud. Il y avait eu le premier volet, c'était libérer le travail, il y a le deuxième volet qui est appelé protéger, d'abord il fallait vraiment libérer le travail, on a libéré le travail et pourtant c'est le chômage qui est libéré : + 0,2 % au deuxième trimestre 2018 ?

MURIEL PENICAUD
Ca ce n'est pas le chômage, c'est la demande d'emplois, mais je ne rentre pas dans les détails, le nombre de demandeurs d'emploi ce n'est pas forcément le nombre de chômeurs. Mais le plus important c'est comment on lutte contre un chômage de masse qui s'est installé depuis 20 ans en France Notre stratégie est en trois points : outre les mesures économiques et fiscales dans le champ du travail, le premier c'était libérer le travail, eh oui les entreprises recrutent, les PME disent qu'elles n'ont jamais eu autant confiance et que maintenant elles n'ont plus peur d'embaucher, on a plusieurs centaines de milliers d'emploi aujourd'hui où les entreprises... Regardez, il y en a partout des annonces d'offres d'emploi. Donc ça le premier sujet, c'était le travail et la confiance des entreprises pour embaucher ; Le deuxième, c'est ce projet de loi, la liberté de choisir son avenir professionnel. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui ceux qui sont qualifiés – et il y a très peu de chômage, il n'y a quasiment plus de chômage des cadres en France – par contre ceux qui n'ont pas de qualification ce n'est pas à 9 % de chômage qu'ils sont c'est à 18 %…

FREDERIC METEZEAU
Quasiment 20.

MURIEL PENICAUD
Et, s'ils habitent en plus un quartier prioritaire de la ville, ça va être double ou s'ils sont jeunes, donc on a un vrai sujet de monter en compétences par l'apprentissage, par la formation professionnelle pour protéger chacun contre le chômage et aussi pour gagner la bataille des compétences mondiales.

FREDERIC METEZEAU
C'est comme ça que vous voulez…

MURIEL PENICAUD
Ça c'est le deuxième volet ; Et le troisième volet c'est l'inclusion des plus vulnérables, parce que pour certains la qualification va suffire, pour d'autres il faut aller chercher plus loin, c'est pour ça que dans le projet de loi il y a des mesures par exemple pour permettre aux personnes handicapées qui ont beaucoup à apporter au monde du travail enfin d'accéder au marché du travail, il y a 500.000 personnes handicapées chez Pole Emploi, mais elles ont plein de choses à apporter. C'est pour ça aussi que l'égalité professionnelle homme-femme, qui est dans le projet de loi, va permettre de développer... et puis c'est pour ça que dans le Plan d'investissement compétences il y a un gros volet « inclusion » : les entreprises adaptées, les associations intermédiaires, il faut aider chacun, moi je crois que nul n'est inemployable, mais il faut lui donner la chance de le montrer.

FREDERIC METEZEAU
Mais alors expliquer, Muriel PENICAUD, cette hausse du nombre de demandeurs d'emploi : + 0,2 au second trimestre ?

MURIEL PENICAUD
Je pense que les réformes comme on dit structurelles, c'est-à-dire qui transforment le pays, qui préparent l'avenir, on l'avait dit dès le début elles n'ont pas des effets en trois mois, il faut…

FREDERIC METEZEAU
Elles ont un an pile les ordonnances.

MURIEL PENICAUD
Oui. Les ordonnances ont un an pile, c'était en septembre, les décrets d'application c'est le 31 décembre, les réformes structurelles c'est 18 mois à 2 ans, 3 ans pour avoir le plein effet, la loi sur la formation elle sera votée mercredi…

FREDERIC METEZEAU
Après-demain.

MURIEL PENICAUD
Elle n'est pas encore en application. Donc, je crois que ce qui est transformer le pays, préparer l'avenir, ça cela prend du temps et je comprends l'impatience de chacun parce que quand on est au chômage... Voilà ! On ne veut pas et on ne peut pas attendre. Mais cette partie-là prend forcément du temps. C'est pour ça qu'en même temps on a lancé ce grand Plan d'investissement compétences et là on a de la capacité de former un million de jeunes, un million de demandeurs d'emploi, dans l'immédiat pour que tout de suite ils puissent saisir les opportunités du marché du travail qui est là, et il y a des employeurs qui cherchent et qui ne trouvent pas.

FREDERIC METEZEAU
On va s'intéresser au contenu de cette loi Avenir professionnel qui est donc votée solennellement, normalement, à l'Assemblée mercredi prochain. On va commencer dans l'ordre théorique d'une carrière, d'abord le volet apprentissage, les grands plans d'apprentissage vont passer au niveau des Régions à celui des branches professionnelles, il y a plusieurs élus régionaux qui disent : « Attention, on est dépossédés, c'est une recentralisation », d'autres sont plus attentistes, comme Xavier BERTRAND, lui il demande au gouvernement de faire preuve de pédagogie et d'expliquer pourquoi ce serait mieux au niveau des branches. Alors, pourquoi ce serait mieux au niveau des branches ?

MURIEL PENICAUD
En fait on n'a pas transférer des Régions aux branches, on a transféré d'un système malthusien, administré, aux jeunes et aux entreprises - et les branches ont leur rôle à jouer par exemple pour que la définition des diplômes avec l'Etat – mais ce qui est important c'est qu'aujourd'hui il faut comprendre qu'on a un système qui est d'abord d'une complexité inouïe comme souvent en France, par exemple les entreprises, les PME, qui sont celles qui embauchent le plus de jeunes apprentis, il y a aujourd'hui quatre aides dans trois guichets, bref elles ne demandent, elles ne savent même pas que ça existe pour certaines, donc on va faire une chose simple pour toutes : pour les jeunes aujourd'hui jusqu'à mercredi, enfin jusqu'à la promulgation de la loi, on ne peut pas aller au-delà de 26 ans en apprentissage, l'intérêt d'aller à 30 ans c'est quoi ? Il y a beaucoup de jeunes qui sont allés à l'université, qui ont un peu erré, qui ont cherché leur voie, ils trouvent et, manque de chance, ils n'ont plus l'âge, ou bien c'est vrai qu'une des formes de l'apprentissage…

FREDERIC METEZEAU
C'est pour ça que vous reculez l'apprentissage jusqu'à 30 ans désormais ?

MURIEL PENICAUD
Jusqu'à 30 ans ; et il y a un autre avantage, c'est qu'on peut aller... L'apprentissage c'est quoi par rapport à la forme scolaire ou universitaire classique ? C'est qu'on fait pour apprendre, lieu d'apprendre, et un jour d'appliquer et on apprend…

FREDERIC METEZEAU
Et on apprend dans l'entreprise la moitié de son temps environ ?

MURIEL PENICAUD
La moitié de son temps ou les 2/3, ça dépend les formules.

FREDERIC METEZEAU
Ou les 2/3, ça dépend oui.

MURIEL PENICAUD
Mais on peut aller du CAP à l'ingénieur, on prépare les mêmes diplômes en étant rémunérés, en ayant une expérience, mais pour ça si vous voulez passer du CAP ou au bac pro ou du bac pro au BTS, BTS – ingénieur, vous allez vite vous retrouvez à 26 ans pour certains, donc c'est important d'ouvrir ça. Donc, en fait on ouvre tout ce qui bloque. Le débat avec les Régions c'est que jusqu'ici les Régions avaient le droit d'ouvrir ou fermer, ou de ne pas ouvrir un CFA, c'est pour ça qu'une partie de l'argent de l'apprentissage n'allait pas à l'apprentissage, là tout ira à l'apprentissage et donc on a pu limite pour développer les Centres de Formation d'Apprentis, c'est-à-dire que…

FREDERIC METEZEAU
Il n'y a qu'un risque de recentralisation, de centralisation ?

MURIEL PENICAUD
L'Etat ne reprend aucune compétence.

FREDERIC METEZEAU
Et de centralisation via les branches professionnelles qui risqueraient, d'après les élus régionaux, de décider ça ensemble à Paris plutôt qu'au niveau régional ?

MURIEL PENICAUD
Moi je suis très pragmatique, on est le seul pays européen du nord ou du centre qui n'a pas réussi à développer l'apprentissage, on est le seul qui a 1.300.000 jeunes qui sont sans emploi, sans qualification, sans perspective d'avenir, comment on peut être à 20 ans et pas se projeter dans l'avenir ? C'est dramatique pour les jeunes, pour les familles, mais c'est dramatique pour la société aussi et pour les entreprises. Moi je dis qu'on doit donner sa chance à l'apprentissage et qu'on ne veut pas le bloquer, parce que c'est... il faut la compétence de tout le monde, il faut les Régions à bord et il faut les branches, il n'y a pas un pays européen qui a réussi sans que les branches professionnelles et les entreprises soient à bord, c'est du bon sens.

FREDERIC METEZEAU
Deuxième étape d'une carrière professionnelle, la formation professionnelle, donc là c'est les salariés qui sont déjà en entreprise. Jusqu'ici on avait un crédit d'heures, désormais ça va passer à un crédit en euros, vous pouvez nous dire par exemple je dispose de 30 heures de formation professionnelle ça va me donner combien d'euros ?

MURIEL PENICAUD
Oui, parce que ce sera multiplié par 14,24 euros de l'heure. Mais aujourd'hui vous croyez que vous avez des heures, vous avez des heures sur le papier…

FREDERIC METEZEAU
Oui, je les ai.

MURIEL PENICAUD
Vous les avez, oui mais pour qu'elles deviennent de la formation, les organismes de formation ne sont pas payés en heures vous en conviendrez, il faut que vous trouviez un organisme qui accepte de convertir vos heures en euros, beaucoup de salariés ne trouvent pas, l'organisme paritaire dit : « ça n'est pas prioritaire, vous n'entrez pas dans nos cases », donc aujourd'hui un salarié qui a des heures il ne peut pas forcément aller en formation néanmoins, c'est pour ça que d'ailleurs il y a assez peu de salariés qui l'utilisent alors qu'il y a plus de demandeurs d'emploi…

FREDERIC METEZEAU
Mais il y a un autre effet pervers, si je dispose d'un budget…

MURIEL PENICAUD
Et donc en euros c'est vous qui allez pouvoir décider.

FREDERIC METEZEAU
Oui mais si je dispose d'un budget mais que la formation coûte plus cher que ce budget alors que précédemment j'avais les heures nécessaires ?

MURIEL PENICAUD
Déjà aujourd'hui les 2/3 des formations, on parle que de formations longues, enfin qualifiantes, qui préparent à un diplôme ou un titre…

FREDERIC METEZEAU
Ce n'est pas une journée comme ça ?

MURIEL PENICAUD
Ce n'est pas une journée, c'est une chose où vous avez à la fin un diplôme, un titre professionnel reconnu. Aujourd'hui... Donc : 1) vous ne pouvez pas décider, demain vous déciderez, donc vous aurez sur votre appli, sur Internet, vous aurez la comparaison de tous les coûts des formations si vous êtes intéressé par une formation je ne sais pas de conducteur routier – on en cherche 23.000 en France - donc voilà... vous allez trouver où sont les formations près de chez vous, vous allez pouvoir la payer. Ca ce type de formation comme le Toeic pour l'anglais et presque toutes les formations qui sont demandées…

FREDERIC METEZEAU
C'est un diplôme leToeic, on va expliquer…

MURIEL PENICAUD
C'est des diplômes tout ça, la plupart de ces formations rentrent tout à fait dans le cadre du crédit, parce qu'avec 500 euros par an, 800 pour les non qualifiés, au bout de 10 ans ça vous fait 5.000 ou 8.000 euros ; et pour ceux qui veulent une formation encore plus longue, encore plus coûteuse, on a gardé un système qui s'appelle le Compte personnel de formation transition – à la demande des partenaires sociaux, c'est leur suggestion et c'était dans leurs négociations - qui permet de compléter, là il y a je vais dire une enveloppe gérée de façon mutualisée qui permet de compléter pour ceux qui ont besoin. Donc, moi ce que j'attends de cette loi c'est que tout d'un coup... Vous savez on toujours dit : « la formation tout au long de la vie c'est bien », c'était un peu un slogan, maintenant ça devient vital, vital pour chacun puisqu'on voit bien que les métiers ils évoluent tous, il n'y a pas de métier qui n'est pas touché par le numérique…

FREDERIC METEZEAU
A condition d'être remplacé quand on s'absente déjà, ce qui n'est pas toujours le cas ?

MURIEL PENICAUD
Oui, et puis il faut pouvoir se former tout au long de la vie, ça devient essentiel pour chacun, pour les chômeurs c'est la clé pour trouver un emploi durable - sinon on est condamné aux emplois précaires et mal payés – et puis pour les entreprises c'est le nerf de la guerre, le capital humain pour réussir.

FREDERIC METEZEAU
Muriel PENICAUD, invitée du Grand entretien de France Inter, la ministre de l'Emploi qui va répondre à vos questions au 01.45.24.7000.

//Jingle de l'émission//

FREDERIC METEZEAU
La ministre va boire un petit d'eau le temps d'accueillir Denis au standard, la ministre boit un peu et vous écoute. Bonjour Denis !

MURIEL PENICAUD
Bonjour monsieur.

DENIS
Le CDI d'intérim n'est-il pas plus de précarité ou un cadeau fait aux gens ? Parce que ce sera pour des CDI de mission, c'est-à-dire qu'après la mission peut-être qu'il y aura d'autres missions, mais, s'il n'y a pas de mission, il fait quoi, il se retrouve au chômage de toute façon.

FREDERIC METEZEAU
Merci Denis de votre question. On va réexpliquer rapidement, le CDI d'intérim ça avait d'abord été mis en place comme son nom l'indique par les entreprises d'intérim, il va être étendu à l'occasion de ce texte qui sera voté après-demain. Muriel PENICAUD, qu'est-ce qu'on fait quand on est en CDI d'intérim mais qu'on n'est pas affecté à une mission, on est quoi, on est chômage…

MURIEL PENICAUD
Non.

FREDERIC METEZEAU
On n'est pas indemnisé, on n'est pas payé, on en est où ?

MURIEL PENICAUD
Le CDI intérim, qui concerne à peu près 20.000 personnes en France, qui va être prolongé puisque l'expérience a été positive, justement cette personne du coup elle est embauchée par la société d'intérim en CDI et la société d'intérim qui doit lui trouver les missions, ça veut dire que, si pendant les périodes où elle n'a pas de mission, soit elle est en formation, soit elle... et elle est payée par l'entreprise d'intérim. Ce n'est pas un modèle pour l'emploi, mais dans la palette des outils c'est mieux d'être en CDI intérimaire qu'en intérim tout court et, monsieur a raison je pense de souligner un point, moi ce qui me préoccupe c'est qu'aujourd'hui on a un taux d'emplois précaires, c'est-à-dire de CDD d'intérim qui est très élevé.…

FREDERIC METEZEAU
85 % !

MURIEL PENICAUD
85 % des embauches…

FREDERIC METEZEAU
Voilà, se font en CDD.

MURIEL PENICAUD
Et, là, ce n'est pas une fatalité parce qu'on voit... vous savez dans le même secteur il y a des entreprises qui ont un recours beaucoup plus grand au CDD d'intérim, c'est devenu une sorte de gestion des ressources humaines chez certaines entreprises très externalisée…

FREDERIC METEZEAU
C'est optimisé pour.

MURIEL PENICAUD
C'est optimisé pour. Et ça, eh bien ce n'est pas l'intérêt des salariés qui se retrouvent en précarité. Comment on fait des projets de vie quand on est en précarité indéfinie ? Mais c'est aussi, je pense que ça coûte cher à la collectivité, puisque ces entreprises, finalement, se font payer la précarité par les autres, ça coûte 8 milliards d'euros à l'assurance chômage et au système. Donc c'est pour ça qu'on a commencé dans le projet de loi, et on va continuer à la rentrée avec les partenaires sociaux, pour améliorer les règles, pour qu'elles ne poussent pas et n'encouragent pas finalement une installation dans la précarité permanente ou un recours à la précarité permanente, puisque je crois que, le CDD ou l'intérim, c'est bien quand c'est un tremplin vers un emploi durable. Quand on est condamné à vie à l'emploi précaire, je pense que ce n'est pas le modèle qu'on veut.

FREDERIC METEZEAU
Ça veut dire une taxation de ces contrats précaires ?

MURIEL PENICAUD
Alors, ce n'est pas le contrat qu'il faut taxer, c'est le fait que l'entreprise remet les gens au chômage. Il y a des gens, il y a des entreprises qui prennent un CDD, par exemple, et puis après qui embauchent en CDI. C'est très bien, ça ne pose pas de problème, mais quand 70 % des CDD c'est retour à l'assurance chômage et retour chez le même employeur après, on peut penser qu'il y a quelque chose qui ne va pas.

FREDERIC METEZEAU
Et on va durcir au niveau de l'entreprise ou au niveau du tantôt salarié, tantôt chômeur ?

MURIEL PENICAUD
Alors, on va… Là, ce qui est…

FREDERIC METEZEAU
Parce que lui, il ne choisit pas, il ou elle ne choisit pas cette situation-là.

MURIEL PENICAUD
Alors, dans la grande majorité, il ne choisit pas, il y a des cas où il y a aussi des salariés qui préfèrent rester pour période de leur vie.

FREDERIC METEZEAU
Des « Permittents », comme on dit.

MURIEL PENICAUD
Voilà, mais disons, en majeure partie, c'est…

FREDERIC METEZEAU
C'est une minorité.

MURIEL PENICAUD
C'est une minorité.

FREDERIC METEZEAU
Donc on va durcir à quel niveau ?

MURIEL PENICAUD
Donc, ça fait partie de la feuille de route que l'on va discuter avec les partenaires sociaux, à la rentrée, comment on améliore les règles, sachant que dans le projet de loi il y a déjà cette idée de bonus-malus, c'est-à-dire de pénaliser les entreprises qui, en permanence remettent la même personne au chômage, et qui finalement font payer par l'assurance chômage…

FREDERIC METEZEAU
Les périodes blanches.

MURIEL PENICAUD
Un manque d'agilité interne qu'elles n'ont pas trouvé.

FREDERIC METEZEAU
On retourne au standard. Bonjour Pascale.

PASCALE
Oui bonjour.

MURIEL PENICAUD
Bonjour madame.

PASCALE
Voilà, je voudrais poser la question suivante. Bonjour madame PENICAUD. Je voudrais vous poser la question suivante : je suis depuis 11 ans AVS, donc Auxiliaire de vie, et je travaille pour l'Education nationale. J'ai un temps partiel subit de 20 heures. J'ai commencé il y a 11 ans à 617 € par mois, je suis aujourd'hui à 626 €. Je me suis renseignée… Donc je précise que j'ai pris cet emploi suite à un accident de la vie, comme monsieur MACRON a souvent l'occasion de l'évoquer dans ses discours, et donc je bénéficie également d'une expérience professionnelle antérieure assez importante, or aujourd'hui je me renseigne sur les possibilités de me former et donc de redéployer un certain nombre de projets au niveau de mon futur professionnel et je m'aperçois que rien ne m'est proposé, malgré toutes les démarches que j'ai pu accomplir. Donc, quels sont les projets que vous avez pour les agents comme moi, employés par l'Etat, avec des temps partiels subis ?

FREDERIC METEZEAU
Merci Pascale.

MURIEL PENICAUD
Alors, vous soulignez l'importance des AVS. C'est très important parce que…

FREDERIC METEZEAU
Les Auxiliaires de vie scolaire. On va expliquer qui sont ces personnes.

MURIEL PENICAUD
Voilà, j'allais dire, pour ceux qui ne connaissent pas, qui accompagnent les élèves handicapés, ou qui ont des problèmes lourds.

FREDERIC METEZEAU
Handicapées, en difficultés, c'est une personne qui est assise à côté d'eux et qui est avec eux dans la cour de récréation.

MURIEL PENICAUD
Et qui les aident sur le plan social, cognitif, psychologique, et c'est très important parce que c'est ce qui permet l'inclusion dans l'emploi des élèves les plus en difficultés. C'est pour ça que mon collègue Jean-Michel BLANQUER est en train de mettre en place un plan progressif pour pouvoir titulariser un certain nombre d'AVS.

FREDERIC METEZEAU
Pascale, 54 ans, 11 ans d'expérience, 20 heures par semaine, 600 € par mois.

MURIEL PENICAUD
Voilà, eh bien c'est pour ça que dans le projet de loi – madame je n'ai pas votre solution pour aujourd'hui tout de suite – mais dans le projet de loi, on a mis en place le fait que toutes les personnes qui travaillent à mi-temps, 20 heures par semaine ou un peu moins, et dont 80 % sont des femmes, parce que ce sont des femmes qui sont le plus au temps partiel subi, et qu'elles puissent avoir les mêmes droits…

FREDERIC METEZEAU
Et ça, ça vaut dans le public et dans le privé, hein, d'ailleurs.

MURIEL PENICAUD
Et c'est vrai dans le public et dans le privé, qu'elles aient le même droit à la formation dans le compte personnel de formation, que les personnes qui travaillent à temps plein, parce que sinon on est, comme vous le dites, on est un peu, on est dans une trappe, on est à mi-temps, on n'a pas accès à l'information, on est peu rémunérés puisqu'on est à mi-temps, et donc comment s'en sortir ? Alors, à court terme, je pense que le sujet c'est effectivement comment plus d'AVS sont titularisés, progressivement, mais le droit à la formation qu'on va créer c'est justement pour permettre à chacun de pouvoir rebondir, de pouvoir avoir une promotion mais aussi changer de vie, ou quand on est obligé de changer de vie, quand il y a un accident de la vie, eh bien rebondir et trouver une autre voie.

FREDERIC METEZEAU
Soyez le bienvenu Jacques.

JACQUES
Oui, bonjour.

MURIEL PENICAUD
Bonjour monsieur.

JACQUES
Bonjour Madame la Ministre.

JACQUES
Je suis employeur, nous avons beaucoup de mal à trouver du personnel, on n'en trouve pas de personnel qualifié.

FREDERIC METEZEAU
Dans tel domaine Jacques ?

JACQUES
Moi je suis dans la coiffure. Et dans un deuxième point que je voudrais évoquer, j'ai énormément de demandes de rupture conventionnelle par les salariés, qui préfèrent être au chômage qui avoir des CDI et un travail. Voilà.

FREDERIC METEZEAU
Ces personnes qui vous demandent des ruptures conventionnelles, Jacques, vous savez qu'après elles restent durablement au chômage ?

JACQUES
Oui, et quelquefois plus grave, elles travaillent à domicile, sans être déclarées.

FREDERIC METEZEAU
Merci beaucoup de cette question, Jacques, donc employé dans… employeur dans un ou plusieurs salons de coiffure. Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Oui, ce que vous dites monsieur, moi je l'entends tous les jours, j'ai rencontré plusieurs milliers de chefs d'entreprise ces derniers mois, de petites et moyennes entreprises, on a un besoin de compétences partout. Et puis il y a le sujet du maintien dans l'emploi. Sur la recherche de compétences, c'est pour ça que l'Assemblée permanente des chambres de métiers et de l'Artisanat, a dit que grâce à une nouvelle loi, on pouvait augmenter de 60 000 places les places d'apprentis, et vous savez que son président est le président de la Fédération de la coiffure, également, l'industrie a dit qu'ils allaient pouvoir augmenter de 40 %, les compagnon du devoir ils vont doubler taille, la Fédération française du bâtiment offre 15 000 places pour les jeunes bâtisseurs. Voilà, on a des besoins partout. Et c'est vrai que pendant 20 ans, il y avait le chômage de masse, il y avait une sorte de résignation et du coup on ne formait qu'un demandeur d'emploi sur 10. Donc on a beaucoup de jeunes, de seniors, qui sont au chômage, qui voudraient travailler mais qui n'ont pas les qualifications, d'où la loi et d'où ce plan d'investissement compétences qui nous permet d'en former. Et puis il y a le sujet que vous évoquez du rapport au travail…

FREDERIC METEZEAU
Jacques nous parle clairement de choix du chômage.

MURIEL PENICAUD
Il y a aujourd'hui des règles, qui font que parfois on gagne plus quand on est au chômage que quand on travaille, ça ce n'est pas sain, et donc c'est tout ça qu'il faudra voir avec les partenaires sociaux.

FREDERIC METEZEAU
C'est vraiment beaucoup le cas, c'est vraiment souvent le cas ?

MURIEL PENICAUD
Beaucoup, c'est difficile à chiffrer, mais il y a quand même…

FREDERIC METEZEAU
Parce que, généralement, une allocation chômage est calculée sur le salaire minoré.

MURIEL PENICAUD
Non, c'est plus compliqué si vous avez un cumul emploi et chômage, vous pouvez perdre en allant travailler. Evidemment personne ne va aller travailler s''il gagne moins.

FREDERIC METEZEAU
Il vaudrait mieux peut-être pas augmenter les salaires dans ce cas, non ?

MURIEL PENICAUD
Non mais ce n'est pas un vase communiquant entre les deux, c'est qu'il y a des règles qui finalement vous incitent à rester dans la précarité toute votre vie. Qu'à un moment donné il y a… Voilà. Evidemment qu'il faut un système de solidarité, je ne vais pas rentrer dans les détails techniques, mais on a des règles qui malheureusement encouragent les comportements que vous évoquez, monsieur, et évidemment, voilà, on ne va pas être dans un pays qui est un des pays riches de la planète, où la croissance, même si elle est modeste, est là, où il y a des offres d'emploi, où il y a des capacités et avec des personnes pas formées ou qui ne retournent pas travail, pendant des employeurs n'en trouvent pas. Donc il faut l'intérêt à la fois social, l'intérêt économique, de progresser là-dessus et ça, c'est à l'agenda de la rentrée.

FREDERIC METEZEAU
Il y a beaucoup de questions sur franceinter.fr et au standard, on ne pourra pas toutes les prendre mais j'aimerais qu'on entende Isabelle. Bonjour Isabelle, vous êtes à l'antenne de France Inter.

ISABELLE
Oui, bonjour à tous.

MURIEL PENICAUD
Bonjour madame.

ISABELLE
Et merci pour votre émission qui me régale tous les matins.

FREDERIC METEZEAU
Merci.

ISABELLE
Donc moi je travaille comme assistante sociale dans un hôpital, et jusqu'à présent nous avions de reconnaissance de la pénibilité, parce qu'on travaille avec des personnes malades, qui sont contagieuses, moi je travaille en maladies infectieuses, donc il y a beaucoup de tuberculeux, on a eu des formations sur Ebola, tout ça, et là cette reconnaissance de la pénibilité, eh bien en fait elle a été décidée la semaine dernière au Conseil d'Etat, de la supprimer, ce qui fait qu'au lieu de partir 5 ans plus tôt, à 57 ans à la retraite, nous perdons cette reconnaissance de la pénibilité. Bon, sachant que l'hôpital est quand même plutôt assez mal payé par rapport aux autres personnes, pourquoi en fait supprimer cette reconnaissance de pénibilité pour les gens qui travaillent avec des gens contagieux, malades ?

FREDERIC METEZEAU
Merci beaucoup Isabelle de votre question. Muriel PENICAUD, on a une petite minute pour conclure sur un dossier qui nécessiterait une émission entière.

MURIEL PENICAUD
Oui. Alors c'est un dossier qui est pilot par ma collègue Agnès BUZYN, ministre des Solidarités…

FREDERIC METEZEAU
Ce n'est pas votre portefeuille direct.

MURIEL PENICAUD
… et Olivier DUSSOPT, qui est secrétaire d'Etat de la Fonction publique, où ce n'est pas dans le champ dont je m'occupe. Au-delà de votre question, madame, de toute façon il y a toute la question du travail, de l'organisation, de la reconnaissance de qualifications, de la pénibilité, je crois que l'hôpital, et ma collègue Agnès BUZYN l'a dit, l'hôpital a besoin vraiment d'une réforme de fond. C'est un des volets que vous évoquez, il y en a beaucoup d'autres, donc je ne peux pas en dire plus là en 2 minutes, mais c'est un vrai sujet.

FREDERIC METEZEAU
Muriel PENICAUD, ministre du Travail, merci d'avoir été l'invitée du Grand entretien de France Inter.

MURIEL PENICAUD
Merci.

FREDERIC METEZEAU
Bonne journée.

MURIEL PENICAUD
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 juillet 2018

Rechercher