Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à Europe 1 le 2 août 2018, sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à Europe 1 le 2 août 2018, sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes

ti :


JULIEN PEARCE
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

JULIEN PEARCE
Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, 92 voix pour, 0 contre hier soir, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, on va y revenir dans un instant mais avant, Marlène SCHIAPPA vous avez des nouvelles de l'agresseur de Marie LAGUERRE, cette jeune étudiante, je le rappelle, frappée à Paris pour avoir répondu à une remarque sexiste.

MARLENE SCHIAPPA
Alors tout ce qui relève de l'enquête est confidentiel et n'est pas en tout cas moi de divulguer les avancées de cette enquête mais ce que je peux dire c'est que les services de police et de justice sont extrêmement mobilisés à cet égard.

JULIEN PEARCE
En quoi votre loi, ce texte qui a donc été adopté hier soir, Marlène SCHIAPPA aurait pu s'empêcher cette agression ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, je suis extrêmement prudente, je n'ai pas la prétention de pouvoir réécrire l'histoire et dire à coup sûr « ça aurait empêché telle ou telle chose de se produire ». Néanmoins ce que l'on va dans cette vidéo, c'est ce que les experts appellent le continuum des violences sexistes et sexuelles, c'est-à-dire que ça commence par un homme qui fait des bruits de bouche d'animaux, des bruits salaces à caractère sexuel dans le but d'être dégradant vis-à-vis de cette jeune femme puis qui lui crie des choses, puis qui lui crie des insultes, puis chez lui jette un cendrier au visage, puis qui la frappe très violemment. Ce que ça nous montre, c'est qu'il faut arrêter cette escalade des violences sexistes et sexuelles dès le début, dès ce qu'on appelle le harcèlement de rue qui actuellement n'est pas caractérisé parce que le fait de l'avoir frappée, de l'avoir agressée, c'est déjà interdit par la loi et donc une enquête est ouverte. Le harcèlement sexuel aussi mais le harcèlement de rue, c'est-à-dire ce qui n'est pas verbalisé, ça n'était pas jusqu'à hier soir interdit par la loi, désormais, ça l'est.

JULIEN PEARCE
Alors, vous avez annoncé il y a quelques jours que les premières amendes contre le harcèlement de rue seront mises à l'automne, elles iront de 90 à 3 000 euros dans les cas les plus graves. Marlène SCHIAPPA, imaginons un instant une scène malheureusement courante, une femme qui marche seule dans la rue, elle se fait harceler, il n'y a aucun policier à la ronde. Qui va verbaliser l'agresseur ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord, il faut savoir qu'il y a 10 000 policiers et policières de la sécurité du quotidien qui seront recrutés, formés et équipés pour verbaliser justement ce harcèlement de rue, donc désormais, il y aura des amendes en flagrant délit, il y aura aussi des cas dans lesquels il n'y aura pas d'amende puisqu'il n'y aura pas un policier derrière chaque femme. Néanmoins, je crois que l'important c'est de poser un interdit social clair et de dire que les lois de la République interdisent d'invectiver, d'intimider, de menacer de suivre des femmes dans l'espace public. Vous savez, il n'y a pas un policier non plus à côté de chaque feu rouge et néanmoins cet interdit globalement à quelques exceptions près, il est respecté. Donc je crois que l'enjeu, c'est vraiment de faire changer la société, d'abaisser notre seuil de tolérance à ces violences sexistes et sexuelles et redéfinir collectivement ce que nous acceptons ou pas et le harcèlement de rue, nous ne l''acceptons plus.

JULIEN PEARCE
Et les policiers, Marlène SCHIAPPA, vous les sentez concernés par ce sujet. J'ai lu ce matin en préparant cette interview que la déléguée syndicale de l'Unité SGP Police, Linda KEBA, c'est son nom, dénonce, une loi, je cite, inapplicable qui relève de la communication. Vous répondez quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis un petit peu surprise que les fonctionnaires de police aient ce type de communication mais deux choses. D'abord, c'est extrêmement marginal parce que pour construire cette loi, nous avons mené des ateliers dans toute la France avec 55 000 participants, c'est la plus grande consultation citoyenne qui n'ait jamais été organisée par le gouvernement, avec évidemment beaucoup de policiers, avec des policiers de la police municipale, des gendarmes, des policiers de la police nationale, à la fois sur le terrain dans les commissariats mais aussi dans les services et avec la Mission interministérielle de protection des femmes. Et, enfin, je suis un peu contrainte de rappeler que les policiers mettent en application la loi, une fois que la loi existe, eh bien c'est à la police de faire respecter la loi.

JULIEN PEARCE
Vous dites qu'il s'agit de poser un interdit social et de l'accompagner avec plus de pédagogie mais de la pédagogie à ce sujet Marine SCHIAPPA, on en entendait déjà depuis quelques mois. La parole des femmes s'est quand même pas mal libérée et tant mieux, mais vous pensez vraiment qu'une nouvelle campagne de sensibilisation que vous annoncez en parallèle de ce texte va changer les choses ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je pense que toute seule chaque mesure n'est pas de nature à tout révolutionner. Ce qui fera changer les choses, c'est l'ensemble de cela, tout se tient, c'est cette loi, c'est la verbalisation du harcèlement de rue, ce sont les stages auxquels les harceleurs seront condamnés à leurs propres dépens ; c'est cette grande campagne de communication qui sera lancée avec des spots vidéos de télévision avec un montant d'investissement de près de 4 millions d'euros de la part du gouvernement qui visera à interpeller les témoins pour faire en sorte qu'on ne considère plus que les violences envers les femmes, c'est une affaire privée. Si vous savez que votre voisin dans les murs de son appartement est en train de frapper son épouse, ce n'est pas son problème, c'est le problème de toute la société et il faut que les témoins interviennent. Très souvent quand on voit des femmes qui ont pu se sortir de situations d'agression, que ce soit dans la rue, au travail ou dans leur famille, c'est parce que des témoins sont intervenus. Donc leur rôle est crucial.

JULIEN PEARCE
Justement hier, Marlène SCHIAPPA, vous êtes intervenue dans les missiles, vous avez dénoncé sur TWITTER les gestes sexistes du député France insoumise Ugo BERNALICIS à l'encontre de votre collègue Brune POIRSON, qu'est ce qui s'est passé exactement ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, ma collègue était en train de répondre à une question au gouvernement sur le réchauffement climatique et l'environnement et j'ai vu un député qui était en train de faire le geste de prendre quelqu'un dans ses bras de manière très théâtrale et je lui ai fait signe que je le voyais, que j'étais en train de le regarder et il a continué en en faisant des grands gestes avec les bras pour envoyer des baisers de manière très irrespectueuse et à ma collègue qui était en train de répondre à cette question au gouvernement. J'en ai parlé avec Benjamin GRIVEAUX le porte-parole du gouvernement qui était à côté de moi, il a observé cela, il était très choqué lui également par ce comportement qui est manifestement sexiste. C'est cela le sexisme, c'est empêcher les femmes de parler les dégrader et les interrompre.

JULIEN PEARCE
Alors, Ugo BERNALICIS, je précise, soutient qu'à travers ses gestes, ses baisers avec les mains donc, il moquait la proximité du gouvernement avec le monde de la finance, ce sont ses mots. Aujourd'hui ces comportements, Marlène SCHIAPPA, ces comportements ambigus dans l'hémicycle ne sont pas rares, c'est le président de l'Assemblée nationale qui le dit, mais est-ce que pour autant ils sont sanctionnés ?

MARLENE SCHIAPPA
Ils sont rarement sanctionnés. moi-même, quand j'avais défendu en première lecture ma loi contre les violences sexistes et sexuelles, il y a un député Les Républicains qui s'est permis de faire extrêmement beaucoup de remarques sur le physique des femmes députées qui rentraient dans l'hémicycle, des remarques déplacées et désobligeantes, et qui ensuite a fait des remarques extrêmement choquantes à mon endroit, à tel point qu'il y a eu des rappels au règlement et une suspension de séance. Et je crois que c'est ce que vivent des femmes en politique, mais c'est ce que vivent aussi des femmes dans des entreprises, dans le monde du travail, c'est-à-dire que systématiquement on va tenter de les dénigrer, de les rabaisser ou de les sur-sexualiser en rappelant que, on peut, si on en a envie, parler de leur physique, leur faire des remarques à caractère sexuel, leur adresser des baisers alors qu'elles parlent d'un sujet sérieux.

JULIEN PEARCE
Mais si ces députés ne sont pas sanctionnés, ça voudrait dire qu'il y aurait donc deux poids deux mesures entre la rue, désormais, et l'Assemblée nationale ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors moi j'ai rappelé, hier, à ce député, à la France Insoumise, que se comporter de la sorte, dans le code du travail ça s'appelle un agissement sexiste, c'est la définition du code du travail, et ça doit être sanctionné. Après, effectivement, il pourrait être bon que l'Assemblée nationale mette en place le règlement qui existe et sanctionne véritablement de tels comportements, ou en tout cas, déjà, les note au procès-verbal du compte-rendu.

JULIEN PEARCE
Marlène SCHIAPPA, le logiciel miracle promis en mars par le gouvernement, censé réduire les inégalités salariales hommes-femmes patine, tout le monde n'est pas d'accord sur les critères qui doivent être pris en compte, il va voir le jour quand ce logiciel qui est censé lisser les feuilles de salaire, les différences ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, deux choses. D'abord, personne, je crois, n'a parlé de logiciel miracle, et ensuite il ne patine pas puisque la loi qui l'entérine c'est la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, elle a été votée hier soir, donc nous sommes le lendemain matin du vote. Ce qui se passe maintenant sur ce logiciel, maintenant que nous sommes d'accord toutes et tous, puisque nous avons fait énormément de consultations avec les partenaires sociaux, nous sommes d'accord sur le principe de l'adoption de ce logiciel, maintenant il faut définir ensemble des critères, et donc il faut mettre d'accord les partenaires sociaux, les syndicats de travailleurs, les employeurs, le MEDEF, etc.

JULIEN PEARCE
Et c'est ça qui n'est pas simple.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas simple parce que c'est une question qui est subtile. Moi je préside le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle, au sein même de ce Conseil supérieur de l'égalité professionnelle tout le monde n'est pas d'accord, est-ce qu'il faut prendre en compte l'ancienneté ou pas, le diplôme ou pas, le service ou pas, mais c'est un travail que nous faisons en finesse, sérieusement, pour arriver à un logiciel qui soit consensuel et qui soit adopté par toutes les entreprises, et c'est ça qui permettra de publier les écarts de salaires entre les femmes et les hommes, ce qui vient d'être voté par le gouvernent.

JULIEN PEARCE
Marlène SCHIAPPA, après le vote à l'Assemblée nationale, vous vous êtes rendue dans les jardins de l'Elysée, où le président de la Rpublique avait réuni tous les membres du gouvernement avant leur départ en vacances, comment était l'ambiance ?

MARLENE SCHIAPPA
L'ambiance était très bonne, studieuse, parce que nous étions plusieurs à venir de faire voter nos lois, à la fois Gérard COLLOMB, Muriel PENICAUD, moi-même et quelques autres, mais l'ambiance était studieuse, au bilan, et au plaisir aussi de se retrouver parce que nous n'avons pas tant de moments de convivialité que cela.

JULIEN PEARCE
L'affaire BENALLA n'a absolument pas affecté votre moral, votre « team building », pour employer le terme très macronien du moment ?

MARLENE SCHIAPPA
Non, non, pas du tout, vous savez c'est toujours un plaisir de passer un moment avec des personnes qui sont intelligentes, intéressantes, et surtout engagées pour leur pays, et je crois que ce que nous partageons, toutes et tous, c'est vraiment cet engagement pour notre pays, pour le transformer et pour faire réussir le quinquennat du président de la République, donc c'est un idéal qui nous transcende et qui nous dépasse, et qui nous réunit.

JULIEN PEARCE
Demain c'est les vacances pour vous, vous avez hâte, après cette année qui a été, j'imagine, éreintante ?

MARLENE SCHIAPPA
Comme beaucoup de gens qui font de la politique, et comme quelques journalistes aussi, je suis un petit peu accro au travail, donc jamais vraiment hâte d'être en vacances, mais j'ai hâte en revanche d'être en Corse, d'où je suis originaire et où se trouve ma famille.

JULIEN PEARCE
Justement, au sujet de la Corse, on a appris hier le décès de 4 personnes qui faisaient du canyoning en Corse-du-Sud, il y a toujours une femme qui est portée disparu, la Corse, d'origine que vous êtes, réagit comment à cette triste nouvelle ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord je voudrais évidemment leur adresser toutes mes pensées, ainsi qu'à leurs proches, c'est quelque chose de dramatique, qui nous appelle, je crois, à une réaction mesurée et vraiment exclusivement tournée vers les victimes à qui l'on pense, et on ne peut, peut-être, qu'appeler aussi à la prudence, parce que je connais bien effectivement la Corse, c'est un endroit qui est magnifique, c'est le plus bel endroit de la terre, mais c'est aussi un endroit qui peut se révéler sauvage, parfois dangereux, donc il faut vraiment être prudent par rapport à l'environnement.

JULIEN PEARCE
Merci Marlène SCHIAPPA, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, d'avoir été mon invitée ce matin sur Europe 1. Merci et donc bonnes vacances.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 août 2018

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