Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 7 août 2018, sur la la lutte contre la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 7 août 2018, sur la la lutte contre la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique.

Personnalité, fonction : HULOT Nicolas.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire

ti :

JULIEN PEARCE
Bonjour Nicolas HULOT…

NICOLAS HULOT, PAR TÉLÉPHONE
Bonjour.

JULIEN PEARCE
Ministre de la Transition écologique et solidaire, merci d'être en ligne avec nous. Depuis une semaine la France étouffe, pic de chaleur mais aussi pic de pollution atmosphérique dans les grandes agglomérations du pays – et pas seulement - pour la 13ème fois depuis début juillet l'air que respirent les Parisiens notamment ce matin dépasse les seuils de recommandation, il y a urgence Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT
Je ne sais même plus si ce mot signifie quelque chose, l'urgence c'était hier, hier qu'il fallait qu'on réagisse, maintenant on a basculé dans une situation qui n'est plus une situation de crise, qui est une situation permanente, on subit les conséquences des changements climatiques, on a que trop tardé. Ça, on ne va pas en faire le procès, c'est probablement une responsabilité collective, on a laissé se développer des phénomènes qui sont le fruit d'un mode de développement, d'ajournement, de... Comment dire ? Parfois de reniement, mais qui sont collectifs. Maintenant on est face à une nouvelle situation, il faut qu'on s'adapte aux changements climatiques tout en continuant à lutter contre les causes pour éviter que le phénomène ne s'amplifie et nous échappe.

JULIEN PEARCE
Vous êtes résigné, Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT
Non, pas du tout, non. Simplement ce que je veux dire c'est que si vous me demander qu‘est-ce qu'il faut faire par rapport à cette situation sanitaire ou cette situation écologique, moi je ne vais pas mentir, la première chose qu'il faut faire c'est se réunir sur l'essentiel, c'est-à-dire se retrouver sur ce sujet-là et ne pas se diviser et que chacun, chaque citoyenne, chaque citoyen, chaque responsable se pose la question de savoir qu'est-ce qu'on peut faire ensemble pour lutter contre les changements climatiques et pour lutter contre la pollution de l'air

JULIEN PEARCE
Mais ce n'est pas ce que vous faites depuis un an, Nicolas HULOT, au sein du ministère de la Transition écologique ?

NICOLAS HULOT
Je le fais à mon niveau. D'abord je ne fais pas que rien n'a été fait, mais nous ne pourrons pas le faire si nous sommes, comment dire, en situation habituelle et conflictuelle. Je prends un exemple pour illustrer mon propos ! Quand je veux inscrire à l'article 1 de la Constitution la lutte contre les changements climatiques parce que c'est la grande cause du XXIème siècle qui met l'Humanité devant son propre destin, qu'à peine posé ce projet on a déjà des joutes et des querelles politiciennes simplement parce qu'on est dans la posture alors que l'Humanité est face à son destin, donc simplement ce que je veux dire c'est que ces sujets sont trop sérieux pour qu'ils offrent la possibilité de conflits stériles, retrouvons-nous sur l'essentiel. On a les outils technologiques, on a les outils techniques, on a les outils économiques, mais on y arrivera que si on additionne les volontés et non pas si on les oppose, et un ministre tout seul quel qu'il soit, un pas tout seul quel qu'il soit, n'arrivera pas à résoudre une situation qui encore une fois est le fruit d'un mode de développement sur des décennies et des décennies. On peut y arriver, on ne peut pas y arriver demain matin, je ne peux pas vous dire qu'on va régler les pics de pollution demain matin, on ne va pas inverser les courbes de température demain matin, mais on peut y arriver que s'il y a une union sacrée ; et d'ailleurs en creux ça veut dire que, si on est capables d'appréhender ce sujet, on peut enfin se retrouver plutôt que de passer notre temps à nous affronter comme si on avait l'éternité devant nous.

JULIEN PEARCE
Mais on peut prendre quand même des mesures efficaces sans avoir une union sacrée entre les parties, je prends pour preuve…

NICOLAS HULOT
Oui, enfin on peut prendre des mesures efficaces, on est en démocratie donc en permanence il y a de la…

JULIEN PEARCE
La circulation baisse de 20 kilomètre/heure ?

NICOLAS HULOT
Si quand on propose comme on va le faire de faire des zones à basse émission dans les 14 ou 15 points les plus critiques en France, s'il y a un front de refus, on n'arrivera pas et donc évidement qu'on va prendre un certain nombre de mesures. Moi j'ai mis en place un certain nombre de mesures avec le gouvernement pour aider les gens, soit à changer de véhicule, soit à émettre moins de gaz à effet de serre, il y a un certain nombre de dispositifs, il faut que les gens encore une fois s'en emparent. Quand on veut freiner le transport routier, quand on veut dissuader les uns et les autres de prendre leurs véhicules dans un monde où on considère que la voiture est un instrument de liberté, ça génère à juste titre un certain nombre d'opposition, mais il faut aussi que chacun se dise : est-ce que ce changement que l'on nous propose, est-ce qu'il est nécessaire ou est-ce qu'il est superflu ? Ce que je veux simplement vous dire c'est qu'on peut se tourner – et on a raison – vers un ministre, vers un gouvernement, mais il faut que chacun aussi se tourne aussi vers sa propre responsabilité, on n'y arrivera pas les uns contre les autres et on n'y arrivera pas demain matin, en revanche on peut se mettre en situation de sortir des énergies fossiles, c'est pour ça que j'ai voté une loi contre l'exploitation des hydrocarbures, c'est pour ça que j'ai mis un objectif de mettre fin à la vente de véhicules thermiques en 2040, mais dans ce chemin on y arrivera si on est tous ensemble, je ne veux pas donner l'illusion qu'un homme, qu'une femme tout seul pourra arriver à traiter un problème dont la cause est systémique.

JULIEN PEARCE
Nicolas HULOT, ce pic de pollution que l'on rencontre actuellement est lié à la canicule qui sévit depuis 15 jours en France, depuis quelques jours la ministre de la Santé Agnès BUZYN est partout au sujet de la canicule, elle multiplie les déplacements, pourquoi pas vous Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT
Ecoutez votre question elle me laisse un peu pantois, je veux dire qu'est-ce que vous voulez que j'aille faire…

JULIEN PEARCE
Mais s'il faut faire de la pédagogie, s'il faut convaincre les Français de changer leurs habitudes, il faut aller à leur rencontre ?

NICOLAS HULOT
Attendez ! Je fais ça, pardon, je fais ça depuis 35 ans, c'est quand on est au moment du pic de canicule que je dois rajouter une couche ? Il y a un moment quand même où, pardon, d'abord excusez-moi de vous le dire, on peut peut-être aussi prendre un peu de temps pour préparer la rentrée, il y a un aspect sanitaire Agnès BUZYN est là, elle explique aux Français – et je peux également le faire – les précautions qu'il faut prendre pour éviter les conséquences les plus dramatiques de la canicule

NICOLAS HULOT
Moi je m'attaque aux causes, je m'attaque au fond, j'essaie de faire en sorte que ce phénomène, à un moment ou à un autre, on puisse le contenir et on puisse s'y adapter. Et puis il y a une situation de crise, qui est une situation de crise sanitaire, la ministre de la Santé est en pointe sur ce sujet-là, je suis à ses côtés, moi je travaille sur les causes, certains travaillent sur les effets.

JULIEN PEARCE
Nicolas HULOT, le 1er août dernier vous avez publié une vidéo sur le jour du dépassement, autrement dit le jour à partir duquel nous avons consommé toutes les ressources que la planète est capable de régénérer en une année. Et dans cette vidéo, vous avez cette phrase, vous dites : on a les moyens pour répondre à ces défis, mais la seule chose qui fait défaut c'est la volonté et l'intelligence collective. Qui est-ce qui manque de volonté à ce sujet, Nicolas HULOT ?

NICOLAS HULOT
Mais, nous sommes, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, on est face à des enjeux universels. On ne réglera pas ces sujets si on n'a pas une approche universelle, c'est-à-dire si l'ensemble des Etats, l'ensemble des citoyens, s'unit sur ces sujets-là, si on additionne nos intelligences, si on additionne nos expériences. Donner le sentiment qu'on peut sous-traiter un sujet aussi complexe et un sujet universel à quelques-uns, est une vaste mystification. Donc, c'est simplement ce que je veux dire, c'est que l'on doit, encore une fois, pour ce qui concerne la responsabilité française de la responsabilité européenne, ce n'est pas simplement la France d'ailleurs, qui au passage en France, on a beau la fustiger, est quand même plutôt en pointe sur ces sujets-là, mais c'est l'Europe toute entière qui doit s'unir sur la lutte contre le changement climatique, la lutte contre les sujets de santé/environnement. Nous on prend un certain nombre d'initiatives, mais enfin, si je prends des initiatives pour interdire les glyphosates en France, que je fais, par exemple pour prendre simplement ce sujet-là, mais que l'Europe ouvre grand sa porte pour importer des produits et qui ont eux, utilisé du glyphosate, à quoi ça sert ? Et c'est la question que, enfin, ce que j'ai voulu signifier dans cette vidéo, c'est que sur ces sujets-là, on est encore une fois, obligé de faire un front commun, mais je pense que plutôt que de s'en affoler, on doit plutôt s'en réjouir.

JULIEN PEARCE
Autre conséquence de la canicule, Nicolas HULOT, la température de l'eau dans les rivières et les fleuves monte en flèche et ça pose problème. Pour refroidir nos centrales nucléaires, EDF a annoncé avoir arrêté deux réacteurs dans le Rhône et à Fessenheim, la puissance de deux autres a été réduite. Nicolas HULOT, est-ce que le réchauffement climatique fait craindre pour la sûreté de nos centrales ?

NICOLAS HULOT
Pas pour la sûreté, parce que l'Autorité de sûreté nucléaire saura prendre, si besoin est, les mesures instantanément, si le refroidissement ne peut pas être assuré. Ça montre bien, une fois encore, que la nécessité dans un premier temps, d'avoir une diversité et un bouquet énergétique qui soit beaucoup plus varié qu'il ne l'est, et ça montre aussi à ceux qui n'en sont pas encore convaincus, que le nucléaire n'est pas l'alpha et l'oméga de l'énergie.

JULIEN PEARCE
Message passé. Merci Nicolas HULOT, ministre de la Transition énergétique, d'avoir été en ligne avec nous sur Europe 1. Merci et à très bientôt.

NICOLAS HULOT
A bientôt.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 août 2018

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