Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RMC le 7 août 2018, sur les conséquences de la sécheresse pour l'agriculture et sur la baisse des récoltes de blé. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RMC le 7 août 2018, sur les conséquences de la sécheresse pour l'agriculture et sur la baisse des récoltes de blé.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :

THOMAS CHUPIN
La canicule et ses conséquences, la sécheresse pour les agriculteurs. Stéphane TRAVERT, le ministre de l'Agriculture et de l'alimentation, est votre invité, Matthieu.

MATTHIEU BELLIARD
Bonjour Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT, MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DE L'ALIMENTATION
Bonjour.

MATTHIEU BELLIARD
La Haute-Savoie, le lac d'Annecy qui a perdu trente centimètres à cause de la chaleur, soixante-sept départements en vigilance orange canicule chez Météo France mais aussi trente-neuf départements touchés par des restrictions d'eau. Qu'on soit dans l'élevage, dans la céréale avec le maïs qui grille sur pied - je le disais tout à l'heure - ou les vaches laitières asséchées – c'était dans le journal de RMC – la situation météo est franchement défavorable pour les agriculteurs, Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Oui. Nous avons une situation avec de fortes canicules qui démontrent que nous devons, avec les agriculteurs, être très vigilants d'abord sur l'utilisation de la ressource en eau. Ç'a été le cas dans un certain nombre de départements. Aujourd'hui, nous suivons avec une très, très grande attention la situation tant en ce qui concerne les productions végétales que les productions animales. On a déjà fait des récoltes de céréales à paille, les récoltes d'oléagineux sont déjà faites mais, comme vous l'avez dit, on a des sécheresses qui se font sentir très fort…

MATTHIEU BELLIARD
Je voyais que dans le sud-ouest, on enchaîne les intempéries du printemps avec la sécheresse.

STEPHANE TRAVERT
C'est ça.

MATTHIEU BELLIARD
On a du maïs qu'on n'a pas encore récolté.

STEPHANE TRAVERT
On a des effets de sécheresse qui se font sentir sur le maïs, sur les prairies et donc, par voie de conséquence, sur les élevages et vous rajoutez à cela effectivement des territoires – vous le disiez sur la Nouvelle Aquitaine, sur la Charente par exemple et ailleurs – quelques territoires viticoles où on a eu des effets de grêle au printemps, du gel, des inondations parfois et là on a les effets de la canicule. Donc là aussi, nous sommes bien évidemment vigilants et nous travaillons à mobiliser les dispositifs pour permettre de venir en aide aux agriculteurs.

MATTHIEU BELLIARD
Justement, lesquels sont-ils ? Vous avez annoncé des aides pour les agriculteurs.

STEPHANE TRAVERT
Tout à fait.

MATTHIEU BELLIARD
Lesquelles sont-elles, Stéphane TRAVERT ?

STEPHANE TRAVERT
Elles sont de deux ordres. Il y a d'abord les dispositifs mobilisables au niveau national et qui sont connus aujourd'hui des agriculteurs. C'est le dégrèvement de la taxe sur le foncier non-bâti. C'est le report du paiement des cotisations sociales. C'est la mobilisation du régime des calamités agricoles, donc là on est en train de faire le recensement, le recollement des informations pour permettre de voir quels types de productions seront éligibles pour les calamités agricoles.

MATTHIEU BELLIARD
Stéphane TRAVERT, j'avais une suggestion d'un auditeur ce matin qui me disait : il y a la loi de finances qui va arriver à l'automne, vous ne voulez pas pérenniser ces dispositifs ? Puisqu'on parle d'une canicule qui va se reproduire.

STEPHANE TRAVERT
Mais ces dispositifs existent déjà et ils sont mobilisables. On n'a pas besoin de la loi de finances.

MATTHIEU BELLIARD
Non mais quand on parle de dégrèvement sur la taxe sur le foncier non-bâti, concrètement on ne va bientôt plus la percevoir cette taxe, puisque les canicules vont se répéter.

STEPHANE TRAVERT
Oui mais aujourd'hui, c'est une possibilité qui reste à mettre en place et puis, nous ne sommes pas toutes les années sur des situations comme celle-là mais nous avons des mesures de deux ordres. Des mesures nationales : je voudrais rappeler que nous sommes en train de travailler sur la fiscalité avec Bruno LE MAIRE et nous aurons des propositions qui seront faites en début d'année, qui seront débattues dans le PLF et qui nous permettront de travailler notamment sur ce qu'on appelle l'épargne de précaution lorsqu'il y a des phénomènes comme ceux-là. Et puis, il y a ce que nous avons fait et nous avons anticipé dès la fin juillet, parce que nous savions que nous allions avoir une période de sécheresse et de canicule comme celle-là. Nous avons mobilisé l'Union européenne pour augmenter les taux des avances sur les aides PAC qui seront touchées là au mois d'octobre et mobiliser aussi les ressources fourragères qui sont présentes sur les jachères. Parce que dans les territoires d'élevage par exemple aujourd'hui, vous avez des animaux qui commencent à consommer le foin qu'on leur donne en hiver.

MATTHIEU BELLIARD
Oui. Je voyais un agriculteur de la FDSEA qui disait qu'on commence l'hiver le 1er août.

STEPHANE TRAVERT
Exactement.

MATTHIEU BELLIARD
Stéphane TRAVERT, je vous tiens – et j'en profite, je me permets – je voudrais qu'on parle de blé, Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Oui.

MATTHIEU BELLIARD
Les récoltes 2018, vous avez forcément vu ça, elles sont en baisse non seulement en France mais à travers la planète : moins 6,5 % en France, moins 10 % dans l'Union européenne. Ça peut avoir un impact très rapide sur pas mal de prix, on parle de 25 % de hausse par rapport aux cours mondiaux de l'an dernier. C'est un peu une caricature mais on a des céréaliers qui vont encore s'enrichir et des boulangers qui vont devoir payer ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, c'est une caricature. Je crois qu'aujourd'hui, vous savez, les céréaliers – si on regarde les céréaliers français – depuis 2016, ils ont été touchés par une baisse drastique des…

MATTHIEU BELLIARD
Oui, oui. Justement, c'est la dernière fois où il y avait eu une hausse des prix conséquente sur le blé.

STEPHANE TRAVERT
Oui, oui. Mais ils ont été touchés par des baisses drastiques de leurs récoltes. Aujourd'hui, nous devons suivre effectivement cela. Quelle sera la qualité aussi du blé parce que là aussi, en termes de qualité, cela peut permettre aussi d'avoir des prix qui soient rémunérateurs pour les céréaliers et donc là aussi de pouvoir travailler sur cette épargne de précaution que nous souhaitons mettre en avant. Et ensuite vérifier, effectivement, que cela n'entraîne pas des hausses trop importantes des cours qui sont pénalisables pour ensuite un certain nombre d'artisans ; vous parliez des boulangers. Il faut regarder comment on maintient les…

MATTHIEU BELLIARD
Et qui ont un impact y compris géopolitique, Stéphane TRAVERT, les cours du blé.

STEPHANE TRAVERT
Oui, bien sûr. Mais tout cela se regarde à ce niveau-là et au niveau européen. Nous aurons un conseil de reprise, conseil agricole européen au mois de septembre. Je crois que ce conseil, il nous permettra aussi de mettre en place les mesures qui ont été demandées à la Commission et les mesures qu'elle a acceptées pour venir en soutien aux agriculteurs.

MATTHIEU BELLIARD
Et ce sera un des gros dossiers de l'année. Stéphane TRAVERT, je voudrais vous remercier parce que vous êtes en vacances et vous avez bien voulu nous répondre ce matin.

STEPHANE TRAVERT
Pas encore.

MATTHIEU BELLIARD
Pas encore ? Bien, je vous souhaite de bonnes vacances et puis j'espère que vous viendrez expliquer justement ces nouvelles dispositions fiscales pour les agriculteurs à la rentrée, celles que vous discutez avec Bruno LE MAIRE.

STEPHANE TRAVERT
A la rentrée, il n'y a pas de problème, avec plaisir.

MATTHIEU BELLIARD
Merci Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture et de l'alimentation sur RMC en direct ce matin.

STEPHANE TRAVERT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 août 2018

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