Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à Europe 1 le 8 août 2018, sur la fin de l'épisode caniculaire et la protection des personnes âgées dépendantes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à Europe 1 le 8 août 2018, sur la fin de l'épisode caniculaire et la protection des personnes âgées dépendantes.

Personnalité, fonction : BUZYN Agnès.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la santé

ti :


JULIEN PEARCE
Bonjour Agnès BUZYN.

AGNES BUZYN, MINISTRE DES SOLIDARITES ET DE LA SANTE
Bonjour.

JULIEN PEARCE
Merci d'être avec nous ce matin. L'épisode de canicule qui sévit en France depuis maintenant deux semaines touche peu à peu à sa fin, Agnès BUZYN. Dans quelques minutes, dans un peu plus d'une demi-heure, vous allez réunir tous les acteurs mobilisés par le plan canicule : hôpitaux, maisons de retraite ou encore associations d'aide aux sans-abri. Madame la ministre, quel bilan allez-vous tirer avec eux ? Est-ce que, selon vous, le dispositif mis en place a fonctionné ?

AGNES BUZYN
Alors, je tirerai un bilan une fois que tous les services et toutes les directions de mon ministère m'auront fait un retour en fin de matinée. Mais d'ores et déjà, on peut dire que s'il y a eu une suractivité dans certains services d'urgence dans les zones touristiques, cette suractivité n'a pas été liée ou assez peu liée à la canicule puisque le nombre de passages aux urgences qui a été remonté au ministère liés à la canicule représentait entre 3 et 6 % des passages aux urgences tous les jours depuis quinze jours. Donc on voit bien que la suractivité est essentiellement liée à l'été, aux activités notamment nautiques en PACA. Quelques hôpitaux ont subi des tensions, c'est-à-dire des difficultés à hospitaliser un certain nombre de malades, mais là aussi assez peu d'alertes puisqu'en moyenne, nous avons eu vingt-cinq hôpitaux en tension par jour sur les six cent cinquante hôpitaux qui reçoivent des urgences. Donc une activité qui était un peu renforcée comme tous les étés, assez peu liée à la canicule, et donc pour l'instant pas d'alerte majeure.

JULIEN PEARCE
Agnès BUZYN, la canicule de 2003 avait été soudaine, quinze mille morts, on s'en souvient. A l'inverse cette année, le phénomène a été plus lent, plus progressif. Est-ce que ça a facilité le travail des professionnels de la santé ? Est-ce qu'au final nos organismes se sont habitués plus facilement à ces fortes chaleurs ?

AGNES BUZYN
C'est une hypothèse mais je pense surtout que les choses étaient anticipées. C'est-à-dire que depuis l'épisode dramatique de 2003, il y a eu un plan national canicule qui a été mis en place, qui s'est amélioré d'année en année de façon à toucher tous les publics et à prendre en compte les retours d'expérience des différentes canicule de 2006 et de 2015 ou 16. Aujourd'hui, nous avons un plan qui mobilise énormément d'acteurs de terrain, des associations qui vont voir les sans-abri, des professionnels de santé que ce soit dans le secteur libéral ou à l'hôpital qui reçoivent les gens, les établissements pour personnes âgées. Les EHPAD ont des plans canicule qui permettent d'utiliser des brumisateurs, d'humidifier les personnes âgées, de les faire boire, de les mettre dans des pièces qui sont climatisées. C'est obligatoire maintenant dans les EHPAD. En réalité, toute cette anticipation de la crise, cette organisation en amont qui est évidemment animée par le ministère de la Santé, je pense, porte ses fruits. Je crois aussi qu'il faut remercier les médias qui ont été un excellent relais des messages de prévention et je pense que tout le monde s'est accaparé - s'est approprié plutôt - ces messages de prévention, ce qui a abouti au résultat a priori plutôt rassurant d'aujourd'hui.

JULIEN PEARCE
Agnès BUZYN, est-ce que vous savez d'ores et déjà si cet épisode de canicule a fait des victimes ?

AGNES BUZYN
Je pense qu'il en fera. Il y a, à ma connaissance, un sans-abri qui est décédé en région parisienne probablement lié à la canicule, en tous les cas possiblement. Nous avons certainement des personnes âgées qui, du fait de pathologies chroniques, de maladies chroniques, risquent de s'aggraver du fait de la déshydratation. Je n'aurai le bilan de la mortalité que dans un mois ; c'est le temps qu'il faut pour récupérer les données de mortalité. Je m'attends évidemment à une petite surmortalité. Je ne suis pas capable aujourd'hui de donner un chiffre.

JULIEN PEARCE
Il y a un point qui est problématique et qui a été mentionné, Agnès BUZYN, c'est le manque de climatisation dans certains hôpitaux. On a entendu des médecins expliquer qu'il pouvait faire trente-sept degrés dans les chambres des patients. C'est la température relevée, par exemple, au centre hospitalier d'Auxerre, trente-six à l'hôpital Saint-Antoine à Paris. Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas, comme c'est désormais obligatoire comme vous venez de le dire dans les maisons de retraite, de la climatisation dans tous les hôpitaux, Agnès BUZYN ?

AGNES BUZYN
C'est lié en fait à l'ancienneté de certains hôpitaux. Certains hôpitaux ont plus de cent ans, on le sait, d'autres ont été construits dans les années 70 à une période où les épisodes caniculaires étaient extrêmement rares et il est clair que nous allons devoir nous adapter. Cela dit, ce n'est pas simple d'installer une climatisation dans toutes les chambres de malades aujourd'hui. La climatisation dans les hôpitaux comporte des risques sanitaires, notamment de légionellose et caetera, et donc ça n'est pas n'importe quel climatiseur qu'on pose dans une chambre de malade comme on peut le faire chez un particulier. Donc aujourd'hui, tous les hôpitaux récemment construits ont des pièces climatisées, sont rafraîchis, et donc il va falloir progressivement que nous adaptions nos hôpitaux. Mais je dirais globalement toute la société va devoir s'adapter à ces épisode de canicule qui vont être de plus en plus fréquents.

JULIEN PEARCE
Mais un plan clim, par exemple, ce n'est pas à l'ordre du jour ?

AGNES BUZYN
Aujourd'hui, nous avons près de trois mille établissements de santé, trente-deux mille établissements médico-sociaux ou sociaux. Donc on voit bien que si on doit adapter la totalité de nos bâtis aujourd'hui en climatisation, ça nécessite énormément de travaux. Et je pense que l'urgence est évidemment de reconstruire un certain nombre d'hôpitaux vétustes en prévoyant, effectivement, la climatisation dans toutes les pièces comme les hôpitaux modernes aujourd'hui en sont équipés. Il n'y a pas de plan clim prévu. Par contre, je crois que les bâtis aujourd'hui ne sont plus du tout adaptés au changement climatique.

JULIEN PEARCE
Agnès BUZYN, venons-en un instant aux urgences dont on sait l'été que l'activité est toujours plus tendue que le reste de l'année. Prenons par exemple l'exemple de l'un des services d'urgence les plus grands de France : celui de Lariboisière à Paris. Il y a eu plusieurs reportages qui ont été effectués et qui montrent jusqu'à dix heures d'attente certains jours, des patients qui font des arrêts cardiaques en salle d'attente, des effectifs à la baisse ; la CGT parle d'un départ en vacances sur deux non remplacé. Est-ce que cette situation - canicule ou pas - vous la trouvez normale, Agnès BUZYN ?

AGNES BUZYN
Je ne peux pas dire que ce soit normal d'attendre dix heures aux urgences. Je suis simplement très attentive à la fréquentation des urgences et notamment à l'Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. Nous avons eu un point tous les jours avec le directeur général qui remonte des données et, tous les jours, la grande majorité des hôpitaux parisiens n'était pas en tension. Donc après, qu'il y ait un afflux à un moment donné dans un service d'urgence d'un hôpital parisien, c'est possible. Mais il n'y a pas eu de suractivité notable dans les hôpitaux parisiens pendant cette période de canicule.

JULIEN PEARCE
Face à cette situation de canicule qui se répète, qui s'accélère, s'intensifie et qui donc nécessite une réponse immédiate, est-ce que vous vous engagez jusqu'à la fin de ce quinquennat à ne pas fermer de services d'urgence ?

AGNES BUZYN
Non, je ne prends pas cet engagement parce que d'abord il y a eu beaucoup de services d'urgence qui ont ouvert alors qu'un certain nombre ont fermé en France. Aujourd'hui, il y a soixante-dix-huit services d'urgence supplémentaires par rapport à il y a quelques années, ce qui ne veut pas dire qu'on n'en a pas fermé, parce qu'on suit aussi les mouvements de population. Il y a des lieux, des villes notamment qui sont moins peuplées qu'il y a vingt ans et d'autres, au contraire, qui ont un afflux de population, et donc l'offre de soins s'adapte aux mouvements des citoyens. Donc, je ne vais pas m'engager à dire qu'aucun service d'urgence ne fermera. Par contre, il faut que tous les bassins de population aient une offre de soins d'urgence accessible dans des délais courts. Et ça, c'est un engagement évidemment que je prends. D'ailleurs, nous allons présenter en septembre ou en octobre, en tous les cas très rapidement à la rentrée, une réforme du système de santé avec notamment l'organisation des soins de proximité et dans lequel il y aura évidemment des mesures pour permettre à tous les citoyens d'accéder aux urgences.

JULIEN PEARCE
Agnès BUZYN, pendant que la plupart de vos collègues sont en vacances, vous, vous ne vous êtes pas économisée. Vous étiez partout, que ce soit sur le terrain ou dans les médias comme ce matin. Au final, cette canicule c'est quoi ? C'est l'opportunité de renforcer votre place au sein du gouvernement aussi ?

AGNES BUZYN
Sincèrement, je ne l'ai pas du tout pensée comme ça. Je pense que simplement quand il y a un risque pour la santé des Français et qu'on est ministre de la Santé, on doit s'assurer que tout est fait pour minimiser ce risque et j'ai simplement fait mon travail.

JULIEN PEARCE
Merci Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la santé, d'avoir été mon invitée ce matin sur Europe 1. Merci à vous et à très bientôt.

AGNES BUZYN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 août 2018

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