Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à BFMTV le 16 août 2018, sur l'éducation sexuelle à l'école et la violence contre les femmes au quotidien. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à BFMTV le 16 août 2018, sur l'éducation sexuelle à l'école et la violence contre les femmes au quotidien.

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes

ti :


MATTHIEU BELLIARD
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA, SECRETAIRE D'ETAT CHARGEE DE L'EGALITE FEMMES-HOMMES
Bonjour.

MATTHIEU BELLIARD
Vous êtes en direct avec nous ce matin, Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes. On a commencé à parler de ces sujets-là évidemment mais vous tombez à pic. Vous avez dit le 18 juillet sur RMC dans les Grandes Gueules qu'une nouvelle circulaire allait être envoyée à la rentrée à tous les recteurs de France pour qu'ils mettent en oeuvre trois séances d'éducation à la vie affective et sexuelle par an. Qu'est-ce qu'il y aura dans ces cours, Marlène SCHIAPPA ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui. Ecoutez, moi ce que je voudrais rappeler avant tout, c'est qu'en fait ça n'est pas une nouveauté. J'aimerais bien m'en attribuer le mérite mais c'est prévu, ces trois séances, depuis la loi de 2001. Donc en fait, tout ce que nous allons faire c'est que nous allons faire appliquer la loi et donc Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale, a adopté effectivement une circulaire…

MATTHIEU BELLIARD
A la rentrée prochaine ?

MARLENE SCHIAPPA
Voilà. A tous les recteurs de France en leur demandant d'appliquer cette loi. Et nous, ce que nous avons fait – c'est ça, la nouveauté – c'est que nous avons essayé de faciliter le travail des chefs d'établissement. Donc nous leur avons adressé un catalogue de toutes les associations qui ont un agrément IMS, Intervention en Milieu Scolaire, pour que ce soit simple pour eux de les contacter. Après, j'entendais dire Maxime RUSZNIEWSKI qu'il y avait moins de polémiques en ce moment. Hélas, il y a toujours des milliers chaque jour de posts, d'affiches et cætera sur les réseaux sociaux…

MATTHIEU BELLIARD
Et vous les concentrez un petit peu d'ailleurs, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas moi qui les concentre. Enfin, j'aimerais bien mais la question ce n'est pas ma personne. La question, c'est vraiment le sujet de la philosophie. Vous avez tout à fait raison de rappeler…

MATTHIEU BELLIARD
Alors, c'est à partir de la rentrée là. A partir de quelle classe ? Et qu'est-ce qu'il y aura dans ces cours ?

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, je termine juste ce que j'étais en train de dire. Maxime RUSZNIEWSKI avait tout à fait raison de rappeler que ç'avait été le cas précédemment face à Najat VALLAUD-BELKACEM. Donc hélas, on sait que la question des droits des femmes, c'est un sujet qui concentre l'extrême droite et la nouveauté, c'est que maintenant les obscurantistes s'allient avec les extrémistes pour lutter contre cela. Alors ce qu'il y a dans ces cours, ce n'est pas moi, Marlène SCHIAPPA, qui en détermine le sujet. Il y a déjà des textes de loi répétés qui prévoient le contenu de ces cours. C'est très simple. C'est le respect d'autrui : vous savez, Jean-Michel BLANQUER répète souvent que l'important, c'est respecter autrui et ça se passera au collège et au lycée aussi avec justement des grandes associations qui sont reconnues et validées, bien évidemment, par le rectorat. Il ne s'agit pas d'apprendre aux petits garçons à mettre des jupes comme ç'avait été dit. Il ne s'agit pas d'apprendre des notions de sexualité. Il s'agit véritablement d'éducation à la vie affective et sexuelle. Donc le consentement, la prévention, le respect d'autrui surtout.

MATTHIEU BELLIARD
Marlène SCHIAPPA, on a évoqué avant votre arrivée à l'antenne le cas d'Elodie. On en a longuement parlé déjà, Elodie qui a témoigné à nouveau ce matin. On a effectivement rappelé votre investissement sur ce dossier qui a certainement fait bouger les choses pour son cas. Aujourd'hui, j'ai deux questions sur ce cas très précis d'Elodie. Est-ce qu'il y a des poursuites qui sont engagées contre les voisins d'Elodie qui l'ont dénoncé pour nuisances sonores ?

MARLENE SCHIAPPA
Pour l'instant, c'est un sujet qui est vraiment entre les mains de la justice. Comme vous le savez il y a une séparation des pouvoirs en France…

MATTHIEU BELLIARD
Bien sûr. J'imagine que vous suivez le dossier.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, on suit le dossier mais je laisserai son avocate s'exprimer. Ce n'est pas à moi de dire si elle engage telle ou telle poursuite. En revanche, ce que nous faisons nous et pourquoi c'est intéressant, c'est que ça nous met une alerte sur un sujet qui est le sujet des bailleurs. Effectivement très souvent, quand il y a des gens qui sont témoins de violences, ils appellent les bailleurs donc c'est important pour nous de leur demander de mettre désormais en place des procédures qui permettent de savoir comment on réagit quand on est témoin de ce type de fait. Et vous savez, à partir de la rentrée, on lance une très grande campagne de communication. Il y a plus de quatre millions d'euros qui sont investis par le gouvernement en télévision pour interpeller les témoins de ces violences parce que les témoins, il faut qu'on arrive à rentrer dans une société de la vigilance où quand quelqu'un est témoin d'une violence conjugale ou intrafamiliale, il ne dise pas : « C'est une affaire privée, ça ne regarde que mon voisin » mais il se dise : « C'est un fait de société et c'est mon devoir d'appeler la police, d'appeler une association, d'aller chercher un travailleur social, d'aider ma voisine qui est victime de violences et de dénoncer l'auteur de ces violences. »

MATTHIEU BELLIARD
Le cas d'Elodie ce matin, le cas aussi de Marie frappée en pleine rue, qui a lancé une plateforme pour recueillir des témoignages de femmes. Sa réaction aussi a beaucoup fait réagir. Marlène SCHIAPPA, au-delà de ces cas isolés et médiatiques, comment est-ce qu'on s'assure qu'une femme qui aujourd'hui va au commissariat et dit : « Je suis victime de violences conjugales ou de violence type harcèlement de rue », comment on s'assure qu'il y a un suivi ? Puisque clairement dans le cas d'Elodie par exemple, il y a eu de grosses lacunes ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a deux sujets différents. En ce qui concerne Marie, elle a fait état elle-même du fait que quand elle est allée déposer une plainte au commissariat dans le dix-neuvième arrondissement, sa plainte a été très bien reçue. Donc dans la majorité des cas, les plaintes sont bien reçues. Néanmoins, il peut arriver que les plaintes soient mal reçues. Dans ces cas-là, moi je crois qu'il faut d'abord les signaler parce qu'il y a une hiérarchie policière. Il y a la (grésillements sur la ligne) qui est là pour ça et du fait que la plainte soit déposée. Ensuite, nous ce que nous faisons, c'est que nous dénonçons de façon massive des formations via la MIPROF, la mission interministérielle de protection des femmes, en direction des policiers mais aussi des gendarmes, des professionnels de santé, et cætera. Et la nouveauté, ce que nous lançons à la rentrée, c'est ce qu'on a appelé les contrats locaux contre les violences. En fait ce qu'on va faire, c'est qu'on va mettre autour de la table toutes les personnes qui sont susceptibles de détecter ou d'être informées de violences sexistes ou sexuelles. Donc la police, la justice mais aussi les associations, les élus locaux, les travailleurs sociaux, toutes ces personnes qui peuvent lancer l'alerte. Par exemple, si une femme est allée trois fois aux urgences en deux mois sans motif particulier, il y aura une alerte qui sera faite et qui sera partagée, et ainsi on pourra repérer ces violences. Vous savez, il y a toujours, vous l'avez dit tout à l'heure je crois, une femme qui meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Notre enjeu pour baisser ce chiffre, c'est vraiment qu'il y ait une mobilisation collective de toute la société.

MATTHIEU BELLIARD
Une vigilance collective.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement. Une vigilance collective.

MATTHIEU BELLIARD
Je voulais vous poser une question. On change radicalement de sujet mais c'est aussi l'actualité. Le gouvernement allemand vient d'adopter un texte de loi visant à légaliser un troisième sexe sur les certificats de naissance. Il s'agit des personnes intersexes qui naissent avec une morphologie différente. La possibilité de cocher le sexe masculin, sexe féminin ou divers. Est-ce que la France va suivre cette initiative allemande ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, non. Ce n'est pas à l'ordre du jour en France. En revanche, je pense que la question que ça pose derrière, c'est aussi la question du respect des personnes transgenres.

MATTHIEU BELLIARD
Là, c'est un autre sujet. Pardon Marlène SCHIAPPA, je parlais des personnes intersexes, des personnes qui naissent avec une morphologie différente.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, j'ai bien compris. Sauf que nous en France – je réponds à votre question : vous me demandez si c'est à l'ordre du jour en France – la réponse est non. Mais je crois que le débat qui doit être posé plus largement, c'est la question de la binarité qui est un sujet éminemment tabou encore actuellement en France.

MATTHIEU BELLIARD
Oui, c'est une question majeure et on l'évoque assez souvent d'ailleurs, la question des transgenres. Il y a eu un cas, vous m'en parliez hors antenne Maxime RUSZNIEWSKI, aux Etats-Unis assez intéressant d'une femme transgenre ou un homme transgenre. Je le dis très franchement, j'ai toujours du mal avec les dénominations. (…)
- Moi je dis très franchement ma candeur sur ce sujet, Marlène SCHIAPPA, je découvre que ça peut représenter jusqu'à 2 % des naissances dans une année que ces personnes intersexes, et ce matin c'est une simple modification juridique pour les Allemands, chez nous on n'y va pas parce que c'est polémique.

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas le sujet, c'est qu'on est assez mobilisé sur d'autres sujets. Moi, vous savez, j'étais, quand j'étais élue… la lutte contre les LGB j'ai mis en place des protocoles pour qu'on ne discrimine pas justement les personnes trans, et je crois que nous avons en France encore un gros travail à faire sur la question du changement d'état civil notamment. Vous savez, quand vous naissez femme… comme un homme, que vous voulez changer de sexe, je crois que c'est là que nous mettons actuellement notre énergie à ce stade.

MATTHIEU BELLIARD
Marlène SCHIAPPA, la ligne se dégrade, ça m'embête un peu, allez, je prends un peu de retard, je prends le risque avec la ligne qui se dégrade, juste, je ne vous ai pas entendu réagir à cette polémique de l'été autour de la publicité GAP, une petite fille voilée, il y a eu pas mal de réactions politiques, rien de votre part. Est-ce que ça vous a choquée, est-ce que c'est une entreprise privée qui fait ce qu'elle veut ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord si, j'ai réagi, mais effectivement je suis en Corse, comme vous l'avez noté, la ligne est un peu dégradée, et je suis dans la montagne, donc je n'ai pas toujours de connexion Internet, je tweet moins que d'habitude, mais je pense que c'est un bien…

MATTHIEU BELLIARD
Mais c'est votre droit, on est au mois d'août.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, je pense que ce n'est pas négatif que de ne pas tweeter sans cesse, pour une fois, mais néanmoins j'ai réagi sur une chaîne de télévision à cet égard et j'ai écrit également un courrier à la marque GAP pour lui demander un peu plus de précision sur cette publicité qui a effectivement été lancée aux Etats-Unis. Mais moi, ce qui m'interroge, ce n'est pas la question du voile, c'est la question du voile sur une petite fille. Qu'une femme porte le voile, c'est son droit, au titre de la liberté de conscience, maintenant qu'on voile une petite fille de 9 ans, je m'interroge sur la symbolique de cela et sur le message qui est envoyé à cet égard, effectivement.

MATTHIEU BELLIARD
Vous avez eu une réponse de GAP ?

MARLENE SCHIAPPA
Pas encore, mais comme vous l'avez dit, nous sommes au mois d'août, et le courrier était récent, j'imagine que j'aurai une réponse à la rentrée.

MATTHIEU BELLIARD
Marlène SCHIAPPA, merci beaucoup d'avoir bien voulu répondre à nos questions ce matin.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

MATTHIEU BELLIARD
Secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 août 2018

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