Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Inter le 22 août 2018, sur les difficultés du système d'inscription à l'université (Parcoursup) et la rentrée scolaire et universitaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Inter le 22 août 2018, sur les difficultés du système d'inscription à l'université (Parcoursup) et la rentrée scolaire et universitaire.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

ti :

ERIC DELVAUX
Bonjour Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. Conseil des ministres de rentrée donc ce matin, suivi d'une réunion qui devrait préciser les arbitrages budgétaires de chaque ministère. Avez-vous quelques craintes concernant votre ministère ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors effectivement, les arbitrages, les derniers arbitrages sont en cours, et on aura l'arbitrage définitif à la fin du mois d'août. Je crois que nous avons fait la démonstration de l'importance que nous accordons à l'éducation, à la formation, et donc voilà, de ce point de vue-là, je crois que c'est très important de continuer cet effort, il avait déjà été visible l'an dernier et je pense qu'il sera poursuivi cette année.

ERIC DELVAUX
Sauf que la croissance étant moindre, pour tenir le budget il va falloir compresser les enveloppes, ça peut se traduire aussi par moins de fonctionnaires, des aides au logement en baisse. Ça va impacter votre ministère ça ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, l'objectif vraiment, c'est justement que nous puissions éviter les traditionnels coups de rabot, tout le monde prend au moins 2 %, et que nous mettions en avant les priorités du Gouvernement, et parmi elles, l'éducation.

ERIC DELVAUX
Alors, le coût de cette rentrée scolaire, il est en hausse, c'est de plus en plus cher, + 1,3 % cette année, à cause notamment du coût du logement, à cause des transports, c'est le constat du syndicat UNEF qui réclame d'ailleurs une revalorisation des APL de 20 % et également une assiette plus grande pour pouvoir bénéficier des bourses. Est-ce qu'au ministère de l'Enseignement supérieur, Frédérique VIDAL, ces questions sont effectivement d'actualité ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, le coût de la rentrée c'est un sujet sérieux, et ça mérite mieux, je crois que qu'une forme de tracts politiques. La réalité du coût de la rentrée, c'est qu'avec la suppression de la cotisation de Sécurité sociale étudiante, c'est 100 millions d'euros que les étudiants et leurs familles auront de moins à payer à la rentrée 2018. Donc après, je veux bien qu'on fasse tous les calculs d'apothicaires nécessaires pour démontrer que la rentrée coûtera plus cher cette année, la réalité c'est qu'on a supprimé les 217 € de cotisations de Sécurité sociale étudiante, et donc c'est un gain de pouvoir d'achat de 100 millions d'euros pour les étudiants et leurs familles.

ERIC DELVAUX
C'est-à-dire que vous remettez en cause le constat de l'UNEF, qui dit que ce cout augmente de 1,3 %.

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, l'UNEF conteste même le fait qu'il y ait eu 7 millions de dégradations dans les universités, donc effectivement, je vous donne les chiffres tel que je les ai.

ERIC DELVAUX
A ce propos, vous en parlez, des dégradations des universités au printemps dernier, le coût plus cher non pas 5 mais 7 millions donc de réparations. Qui va payer ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, je me suis engagée à ce que le ministère accompagne les établissements. Il faut bien comprendre que ce qui s'est passé au printemps est totalement inédit, on n'avait jamais vu des personnes envahir les universités, avec comme seul objectif de casser et de détruire. Et donc ce n'est pas le travail des universités, et leur budget ne doit pas être consacré à ce type de choses, donc le ministère prendra en charge les réparations.

ERIC DELVAUX
Les 2 millions supplémentaires et les 7 millions, l'enveloppe globale de 7 millions de réparations.

FREDERIQUE VIDAL
7 millions au total.

ERIC DELVAUX
A quelques jours de la rentrée universitaire, sur la plateforme Parcoursup, combien y-a-t-il ce matin de candidats toujours sans inscription définitive dans le supérieur ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors il y a ce matin un petit peu moins de 9 000 bacheliers et un peu moins de 15 000 candidats qui au total sont accompagnés par les commissions, de façon à trouver leur place pour la rentrée, et ils sont un peu plus de 591 000 à savoir où ils seront à la rentrée.

ERIC DELVAUX
Vous dites, Frédérique VIDAL, qu'aucun candidat à l'université ne sera refoulé, sauf que la lenteur du système va contraindre certains étudiants à se rabattre sur d'autres universités que leur premier choix, on ne voit pas très bien quelle est la plus-value finalement de Parcoursup par rapport à l'ancien système APB.

FREDERIQUE VIDAL
Alors la première plus-value c'est réellement le choix qui a été donné aux étudiants, tout au long du processus, de justement de choisir l'endroit où ils auraient eu à étudier l'année prochaine. C'est pour ça qu'à la fin du mois de juillet on avait 50 000 jeunes de plus, qui s'étaient inscrits au travers de la plate-forme, que l'année dernière à la même époque.

ERIC DELVAUX
Inscrits définitivement.

FREDERIQUE VIDAL
Inscrits, qui avaient accepté la proposition qui leur était faite au travers de la plate-forme. Donc de ce point de vue là, ça me paraissait important de redonner ce choix aux étudiants, parce que, entre, quand on a 18, 20 ans, c'est très compliqué d'être vraiment sûr de soi, on a besoin de ce temps d'accompagnement, donc ça a été aussi plus d'orientation. Après, si Parcoursup fonctionne plus lentement dans cette dernière phase, c'est justement parce que l'on accompagne, on aide les jeunes qui restent encore sans affectation à la rentrée, contrairement à l'an dernier où le processus s'arrêtait fin juillet et si vous n'aviez pas d'affectation, eh bien vous étiez laissé seul face à vous-même pour trouver quelque chose malgré tout.

ERIC DELVAUX
Mais au final, c'est tout de même du stress supplémentaire pour les étudiants qui entament une carrière universitaire. Avec l'ancien système APB, tout était bouclé en une journée, Parcoursup effectivement a instauré un mécanisme dans la continuité. Sur le désistement des candidats potentiels, pourquoi avoir opté pour cette longue et visiblement trop longue séquences d'inscriptions ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, une fois de plus, si on regarde la majorité des bacheliers, ils avaient leur affectation après le baccalauréat, plus de 95 % des bacheliers généraux avaient leur affectation juste après le baccalauréat. Donc l'idée, et ce qu'on a rajouté cette année, c'est l'accompagnement de ceux qui, l'an dernier, s'étaient retrouvés finalement avec une première phase qui se terminait fin juillet et puis dans le flou et, surtout, seuls, les commissions d'accompagnement elles ont vraiment pour objectif d'aider le jeune à trouver quelque chose qui va vraiment lui convenir, par rapport au projet qu'il a.

ERIC DELVAUX
Mais parmi ceux qui ont obtenu un oui, pour leur affectation, certains préfèrent tout de même attendre une autre affectation, dans une autre université. Diriez-vous que ce sont eux finalement qui bloquent le système ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, je pense que d'abord il ne faut absolument pas culpabiliser les jeunes qui prennent le temps de faire leur choix, et puis il faut bien comprendre qu'ils ne bloquent rien du tout, ils ont une place et ils attendent de voir si une autre place se libère ailleurs.

ERIC DELVAUX
Mais tout le monde attend et au final ça va bouchonner au dernier moment, avant le 5 septembre.

FREDERIQUE VIDAL
Honnêtement, avec plus de 59 000 candidats qui vont être à la rentrée, et je vous le disais un peu moins de 9 000 bacheliers, dont on s'occupe très activement, je vois les recteurs cet après-midi, on fera le bilan, mais je n'ai pas d'inquiétude particulière.

ERIC DELVAUX
Il y a effectivement le mécontentement, non seulement des étudiants, mais aussi des directeurs d'université, on va en reparler. Sur cette lenteur, à ceux qui attendent et qui trouvent que le temps est vraiment long avec Parcoursup, vous dites quoi ? Qu'il va falloir s'y faire, ou est-ce que vous envisagez pour l'an prochain quelques ajustements ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors j'ai toujours dit qu'on ferait un bilan du fonctionnement à la fin du mois de septembre, et effectivement c'est ce qu'on fera. J'ai installé un comité scientifique et éthique qui doit justement veiller à ce que Parcoursup qui n'est jamais qu'un outil, permette mise en place de la loi Orientation et réussite des étudiants, qui a quand même plusieurs objectifs. D'abord mieux orienter et donc on va aussi mettre en place ce processus d'orientation dès la 1ère, à la rentrée prochaine, 1ère et terminale, pour les futurs étudiants, plus d'accompagnement à l'entrée de l'université, plus d'accompagnement au moment des choix, et c'est ce qui a déjà été fait, donc ce bilan complet sera fait, et évidemment, s'il faut ajuster des choses, on les ajustera.

ERIC DELVAUX
Alors on parle effectivement depuis tout à l'heure du mécontentement des étudiants, mais dans les établissements d'enseignement supérieur également on regrette de ne pas avoir bouclé les inscriptions avant la pause estivale. Vous leur répondez quoi ce matin aux présidents d'université, qui eux aussi s'impatientent ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, ce que je leur dis, c'est que je comprends tout à fait que ce soit un peu moins confortable de ne pas avoir la liste nominative des étudiants qui vont venir s'inscrire. Mais par contre, étant donné que ce sont eux qui ont fixé les capacités d'accueil, ils savent très bien que ces capacités d'accueil seront remplies à la rentrée. On avait 35 000 jeunes de plus, bacheliers de plus, on a rouvert 30 000 places supplémentaires pour pouvoir les accueillir, donc si on a ouvert des places…

ERIC DELVAUX
Enfin, pardon de vous contredire, mais c'est tout de même le ministère qui a imposé cette forme de surbooking, j'ai un témoignage de directeur d'IUT qui déplore ce surbooking, le flou le plus complet, dit-il, par rapport aux autres années. Est-ce qu'on peut envisager Madame la Ministre, de reéintroduire une part de hiérarchisation des voeux, finalement, qui rendrait le système plus fluide ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, en fait, tout dépend de ce que vous recherchez. Si vous voulez absolument caser tous les étudiants, y compris en prenant le risque qu'ils échouent, parce qu'ils ne sont pas là où ils souhaitent aller, effectivement on peut dire que la hiérarchisation fonctionne mieux. Si vous voulez accompagner le choix des étudiants, faire en sorte que ce choix soit mûri et que donc ils aient plus de chances de réussir, parce qu'ils sont inscrits dans une filière qui les intéresse, alors il faut accepter que ça prenne un peu plus de temps.

ERIC DELVAUX
Avant d'aller au standard, ce lourd dossier Parcoursup qui a probablement compliqué votre été Frédérique VIDAL, au moment où on a pensé à de possibles remaniements ministériels cet été, vous êtes-vous sentie sur la sellette ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, pas du tout, parce que l'idée c'était vraiment de tenir les engagements qui avaient été pris par le Premier ministre, donc plus d'orientation, plus d'accompagnement, c'est 130 000 parcours personnalisés qui ont été offerts, une réduction du coût de la rentrée de 100 millions d'euros et la suppression du tirage au sort, tous ses objectifs étaient remplis.

ERIC DELVAUX
Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur. Vous restez avec nous pour répondre aux questions des auditeurs.

FREDERIQUE VIDAL
Bien sûr.

ERIC DELVAUX
Parcoursup évidemment mais aussi le coût de la rentrée scolaire à la hausse, même si vous n'avez pas le même point de vue que le syndicat UNEF qui fait ce constat. On va évoquer aussi le classement Shanghai. Le standard c'est au 01 45 24 7000. Il est 08h32.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 août 2018

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