Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec BFMTV le 22 août 2018, sur le déploiement du numérique, la politique du logement et sur l'affaire du chargé de mission accusé de violences contre des manifestants à Paris le 1er mai. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec BFMTV le 22 août 2018, sur le déploiement du numérique, la politique du logement et sur l'affaire du chargé de mission accusé de violences contre des manifestants à Paris le 1er mai.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin, Julien DENORMANDIE, bonjour.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Alors, vous êtes secrétaire d'Etat, mais de quoi ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors moi je suis secrétaire d'Etat à la Cohésion des territoires. Je comprends que cela puisse interloquer, ou poser des questions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
La cohésion des territoires !

JULIEN DENORMANDIE
En gros, mon boulot, c'est de lutter contre toutes les fractures territoriales, vous savez, le fait que, aujourd'hui, en fonction de votre territoire, vous ayez des inégalités de destin, vous n'avez pas accès aux mêmes services. Un exemple. J'ai beaucoup travaillé, ces derniers mois, sur l'accès et la couverture numérique sur le territoire, aujourd'hui vous avez 1 Français sur 2 qui n'a pas accès au très haut débit, c'est un scandale, donc on a pris des mesures très très fortes là-dessus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, quand est-ce que 100 % des Français auront accès au très haut débit, quand ?

JULIEN DENORMANDIE
Dès 2020 ils auront accès au haut débit et dès 2022 ils auront accès au très haut débit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
100 % du territoire ?

JULIEN DENORMANDIE
100 % des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et métropole et Outre-mer.

JULIEN DENORMANDIE
En métropole et en Outre-mer, 100 % des Français auront accès au haut débit en 2020 et au très haut débit en 2022. Et on ne fait pas que le numérique d'ailleurs, on fait aussi la téléphonie mobile. Vous savez, moi je n'en peux plus, et on le constate tous, vous êtes obligé d'aller au bout du jardin, lever la jambe droite, lever le bras gauche, pour pouvoir capter, ça c'est fini, on va mettre fin à ce qu'on appelle les zones blanches, ces zones où on ne capte pas. Pour ce faire, parce qu'on fait les choses différemment, on fait les choses en profondeur, j'ai conclu en janvier dernier un accord historique avec les opérateurs de téléphonie mobile. Ils vont investir 3 milliards d'euros dans les zones qui aujourd'hui sur les zones les plus défavorisées, où la couverture mobile était la moins forte. Ce sont des engagements très fermes que nous avons pris, ce sont des actions que nous avons lancées et c'est en cours de déploiement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand disparaîtront les zones blanches ?

JULIEN DENORMANDIE
Chaque année c'est 800 zones blanches qui vont disparaître.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand est-ce que le territoire sera parfaitement couvert ?

JULIEN DENORMANDIE
Pour vous donner un exemple, aujourd'hui, d'ici fin 2020 c'est 10.000 communes, les 10.000 communes restantes, qui vont être couvertes en 4G. Vous savez la 4G, ce qui vous permet sur votre téléphone portable d'avoir accès à Internet, par exemple, c'est essentiel. Et depuis qu'on a fait ça, parce que moi ce qui m'importe c'est les résultats, je peux venir comme ça vous faire des annonces, moi ce qui m'importe c'est les résultats, on a conclu l'accord en janvier, depuis janvier c'est déjà plus de 2000 communes qui ont basculé de la 3G, la 2G, ces anciennes technologies, vers la 4G. Donc, vous voyez, moi je suis dans le concret, je passe des accords contraignants avec les opérateurs, avec ceux qui déploient, en faisant les choses, encore une fois, différemment, parce qu'il faut les pousser, il faut être insistant, il faut être ferme, je suis profondément déterminé, et avec des résultats qui sont en cours de déploiement, parce que c'est ça qui m'intéresse, et des engagements très fermes, j'espère que vous me réinviterez à ces échéances-là, je vous montrerai qu'on a tenu nos promesses.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons cohésion des territoires, le logement, ça fait partie…

JULIEN DENORMANDIE
Ça fait partie de mon portefeuille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De votre portefeuille. Le logement, Aubervilliers, des sanctions… d'abord, les propriétaires sont connus, le propriétaire du logement où a lieu ce drame de dimanche est connu ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, vous avez le cas particulier d'Aubervilliers, mais le cas particulier d'Aubervilliers, le problème c'est que vous en avez des milliers en France, donc ce sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Là le propriétaire sera sanctionné.

JULIEN DENORMANDIE
La justice a été saisie, c'est à la justice de le déterminer, mais ce qui ne marchait pas dans notre pays jusqu'à présent, c'est que l'arsenal juridique comme on dit, les lois, elles ne permettaient pas de sanctionner suffisamment les marchands de sommeil. Et là moi je vais être très clair, parce que tout comme je suis déterminé sur le numérique, tout comme je suis déterminé sur le logement, les marchands de sommeil, moi je leur déclare la guerre, ni plus, ni moins, je leur déclare la guerre, sans merci, sans relâche, avec une détermination totale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais avec quels moyens vous leur déclarez la guerre ?

JULIEN DENORMANDIE
Je vous remercie de votre invitation parce que je vais détailler tout ce qu'on va faire. Les marchands de sommeil aujourd'hui, il y avait un problème de fond, c'est qu'on ne les tapait pas là où ça fait mal, il faut les taper là où ça fait mal, c'est-à-dire au portefeuille, ce sont des bandits, ce sont des escrocs, ce sont des gens qui exploitent la misère, ces enfants, ces femmes. J'en ai visité beaucoup de logements gérés par ces marchands de sommeil, il n'y a qu'un seul truc qu'ils comprennent, c'est d'être tapés au portefeuille. Et donc on va par la loi, on y travaille depuis des mois, et cette loi va être adoptée là dans les toutes prochaines semaines, par la loi on va les considérer comme des trafiquants de drogue, c'est-à-dire qu'on va faire en sorte que, demain, quand un marchand de sommeil va être identifié, quand il va passer devant le juge, on va pouvoir lui prendre son argent, on va pouvoir… vous savez aujourd'hui, en fait le système il est assez simple, le marchand de sommeil il fait tout payer au black, vous le saisissez et là il vous dit « moi je n'ai aucun revenu », et donc par la loi on va prendre ces mesures radicales.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous renforcez la loi, vous vouez le faire payer, au propre comme au figuré, il faut qu'il paye le marchand de sommeil.

JULIEN DENORMANDIE
Il faut qu'il paye.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il risque la prison, de très fortes amendes, 5 ans de prison, 150.000 euros d'amende, je crois, la peine maximale.

JULIEN DENORMANDIE
C'est exactement ça, sauf qu'aujourd'hui on va aller encore plus loin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais très bien, mais je regarde les chiffres de la fondation Abbé Pierre, 600.000 logements indignes, 600.000 logements indignes loués en France chaque année.

JULIEN DENORMANDIE
Vous avez raison…

JEAN-JACQUES BOURDIN
80 à 90 marchands de sommeil condamnés en France chaque année. Mettons les deux chiffres en parallèle.

JULIEN DENORMANDIE
C'est bien ce que je fais depuis des mois. Pourquoi ça ne marche pas ? Parce que, un, à chaque fois qu'on les saisit, les sanctions elles ne sont pas suffisamment fortes, donc les personnes elles continuent, etc. Deuxièmement, le truc qui était aberrant aujourd'hui, vous êtes un marchand de sommeil, vous avez été condamné, eh bien le lendemain, ou quasiment, vous pouvez continuer à acheter un bien, un bien immobilier, ou parfois on ne vous a même pas confisqué ce bien-là. Pareil, par la loi, deuxième mesure qu'on prend, vous serez identifié comme un marchand de sommeil, on vous confisque le bien, et pendant 10 ans interdiction d'acheter tout bien immobilier nouveau, interdiction, Bam ! Là c'est une mesure à nouveau radicale. Troisième élément, c'est que ces marchands de sommeil, il faut les traquer. Aujourd'hui quand vous êtes – j'en ai rencontrés des habitants – quand vous êtes un habitant et que vous êtes soumis à la pression de ce marchand de sommeil, vous n'allez pas le dénoncer, c'est ça le drame, vous n'allez pas le dénoncer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, il y a le permis de louer.

JULIEN DENORMANDIE
Juste pour terminer là-dessus, parce que c'est essentiel. Pour les dénoncer, demain, par la loi, les syndics de propriété, les agences immobilières, elles auront l'obligation d'aller dénoncer les marchands de sommeil qu'elles connaissent auprès du procureur, parce que, encore une fois, il faut aider les pauvres gens qui sont sous l'emprise de ces marchands de sommeil.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le marchand de sommeil ne passe par une agence immobilière, il met une annonce sur Le Bon Coin ou ailleurs, et il trouve son locataire.

JULIEN DENORMANDIE
Mais tout se sait, les syndics et les agences immobilières, dans un territoire, évidemment qu'ils savent où se situent des appartements gérés par des marchands de sommeil. Donc, le principe, cette guette que je déclare aux marchands de sommeil, d'un côté on va leur taper au portefeuille en les considérant comme des trafiquants de drogue, de l'autre côté on va les traquer sans relâche, en permettant à ceux qui savent de les dénoncer auprès du procureur de la République. Et puis dernier point, et j'en parlais encore hier soir avec la maire d'Aubervilliers, en donnant plus de moyens aux mairies pour faire en sorte que demain elles puissent plus facilement aller elles aussi les identifier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle était avec nous tout à l'heure, elle me disait les dotations baissent, nous n'avons pas les moyens de savoir qui loue des logements indignes dans notre commune.

JULIEN DENORMANDIE
La maire d'Aubervilliers, que je connais bien, j'étais encore avec elle il y a quelques semaines sur le terrain, à Aubervilliers, ses dotations, en 2018, elles ne baissent pas, elles augmentent. Les années précédentes, et parlez-en aux oppositions, les années précédentes, effectivement les dotations ont baissé, cette année, je le répète, les dotations, sur cette ville, elles ne baissent pas, elles augmentent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas obliger, ne pas instaurer nationalement, un permis de louer ? C'est-à-dire qu'avant de louer un bien, on doit, comme un permis de conduire, un propriétaire doit avoir, obtenir un permis pour louer un bien.

JULIEN DENORMANDIE
Je trouve que c'est une bonne idée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi ne pas la généraliser ?

JULIEN DENORMANDIE
La loi aujourd'hui elle permet à toutes les mairies, à toutes les interco, qui le souhaitent, de le mettre en place, après ce sont aux mairies, aux intercommunalités, aux élus locaux, de décider si oui ou non ils souhaitent le mettre en place. Mais la loi aujourd'hui, je vais être très clair, elle permet ce permis de louer, et tous ceux et celles qui le désirent, d'ailleurs la maire d'Aubervilliers va le faire à compter du 1er janvier 2019, ils peuvent mettre en place ce permis de louer. Pour bien comprendre ce que c'est, ça permettra à la mairie de vérifier l'identité du propriétaire, pour, là aussi, traquer les marchands de sommeil.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez ce qu'elle me disait la maire d'Aubervilliers tout à l'heure ? Elle me disait, les fonds alloués à la rénovation urbaine sont en baisse. C'est vrai ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, c'est faux, ils doublent. Les fonds alloués à la rénovation urbaine ils étaient initialement prévus par le précédent quinquennat à 5 milliards d'euros, on les porte à 10 milliards d'euros. Là aussi je pense qu'il faut… ça fait 1 an que nous sommes en responsabilités, mais je ne dis pas que tout ce qui avait été fait avant était mauvais, mais je pense qu'il faut nous faire le crédit de ce que nous sommes en train de faire. Les dotations aux collectivités, de manière générale, elles augmentent, ce que je viens de vous dire, et y compris sur Aubervilliers. La rénovation urbaine, qui est essentielle, j'ai beaucoup bossé avec Jean-Louis BORLOO dessus, on double les financements, ils vont passer à 10 milliards d'euros. Parce que lutter contre les marchands de sommeil, c'est essentiel, une guerre sans relâche, mais faire en sorte que la rénovation urbaine, que nos quartiers retrouvent les grues, que nos quartiers retrouvent de la verdure, de nouvelles habitations plus dignes, c'est aussi essentiel, et donc on double les financements et on les porte à 10 milliards d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, je ne comprends plus très bien, parce que je regardais les choix budgétaires, le budget consacré au logement va baisser. Il va baisser de combien ?

JULIEN DENORMANDIE
Je vais répondre précisément. Dans le budget, dans la loi de Finances, il baisse de 1 milliard d'euros.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il baisse d'1 milliard d'euros ?

JULIEN DENORMANDIE
Le budget de mon ministère, de manière globale, avec Jacques MEZARD, c'est-à-dire il n'y a pas que le logement dessus. Mais, à chaque fois, ce qui est formidable, c'est que quand vous faites des équations et quand vous interrogez un ministre en disant « et quid de votre budget », on vous parle des documents budgétaires, vous savez, le budget de l'Etat uniquement. Sur le logement, le logement social, moi je fais partie de ceux qui disent il manque des logements sociaux, il faut en construire plus, eh bien c'est 10 milliards d'euros, non pas que l'Etat met, mais que la CAISSE DES DEPOTS, la CAISSE DES DEPOTS qui est une sorte de bras armé de l'Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une banque de l'Etat, oui…

JULIEN DENORMANDIE
C'est 10 milliards d'euros que la CAISSE DES DEPOTS va mettre. La rénovation urbaine, ce n'est pas que l'Etat qui finance, ce sont nos partenaires, Action Logement, les organismes de logements sociaux, qui financent également, donc ça, ça ne se retrouve pas dans le budget de l'Etat, et donc à chaque fois on regarde qu'avec un petit bout de la lorgnette, vous voyez ce que je veux dire, on dit juste les documents budgétaires, il faut regarder dans la globalité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi est-ce que le logement n'est pas une priorité nationale ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est une priorité, je veux dire, moi je me bats, mais nuit et jour, pour faire en sorte que demain les 6 millions de Français qui sont mal logés, parce que c'est ça dont on parle, eh bien ils puissent avoir des logements qui soient plus décents, mais je me bats tous les jours. Le logement c'est une priorité absolue. C'est pour ça qu'on présente une loi qui s'appelle la loi Elan, qui prend des mesures radicales. Donc, le logement est une priorité, que ce soit dans son aspect structurel, avec des mesures fortes qu'on prend par la loi, mais y compris dans les soutiens qu'on apporte, et notamment financiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va bien falloir faire des économies.

JULIEN DENORMANDIE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez faire des économies, le Gouvernement va faire des économies, c'est forcé, 1,8 % de croissance à la fin de l'année, moins que prévu, avec 2,3 % de déficit, pas plus. Là vous maintenez cet objectif, le Gouvernement maintient son objectif, il n'est pas question de fâcher Bruxelles, il est question de tenir parole, on est bien d'accord ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais c'est un engagement de campagne du président de la République, et, comme vous le savez, il y a une réunion importante…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il tiendra cet engagement ?

JULIEN DENORMANDIE
Qui se tient cet après-midi. Mais, moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il tiendra cet engagement ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais l'engagement de diminuer les dépenses publiques, il est essentiel, on ne le fait pas pour se faire plaisir, on le fait parce que nous sommes un pays qui dépense plus que ce qu'il ne crée de richesse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, ça veut dire quoi, ça veut dire que vous allez diminuer le nombre de postes de fonctionnaires, ça on est bien d'accord, continuer ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais là aussi c'est un engagement du président de la République, personne n'est pris par surprise. Mais, vous savez, moi ce qui m'importe, c'est que le budget ne guide pas la politique, ça c'est peut-être ce qu'on a trop fait, le budget ne guide pas la politique, ou si on fait ça on fait une mauvaise politique. C'est la politique qui décide des choix budgétaires ensuite, c'est la politique qui dit qu'on va mettre des priorités. La défense nationale, mais jamais un Gouvernement n'a mis autant d'argent, 1,7 milliard de plus, l'environnement, l'éducation, ce sont des priorités, et le logement, comme je viens de vous le dire, il n'y a pas que nos postes budgétaires de la loi de Finances, il y a tout ce que nous faisons de manière globale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, mais enfin ça c'est… il y aura une nouvelle baisse des emplois aidés.

JULIEN DENORMANDIE
Mais les emplois, de la même manière… moi, vous savez, je fais partie de ceux qui se sont engagés en politique, parce que je n'en n'avais pas fait avant, pas pour faire des rustines sur des jambes de bois, pas pour faire des rustines sur des plaies, pas pour faire des rustines sur un pays qui est malade. On est là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura une nouvelle baisse des emplois aidés, on est bien d'accord ?

JULIEN DENORMANDIE
On est là pour faire des réformes de structure, pour faire des vrais remèdes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je comprends, ce sont vos choix.

JULIEN DENORMANDIE
Le problème des emplois aidés c'est quoi ?…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y aura une nouvelle baisse des emplois aidés ?

JULIEN DENORMANDIE
Encore une fois, il y a une réunion budgétaire, je vais laisser quand même le ministre de l'Action et des Comptes publics…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin vous le savez.

JULIEN DENORMANDIE
S'il y a une baisse des emplois aidés, moi je la comprends, et donc je suis très clair avec vous. Pourquoi ? Parce que c'est quoi la meilleure des protections sociales, ce n'est pas l'emploi aidé, c'est la formation, et je préfère qu'on mette 15 milliards d'euros sur la formation, et dont, personne ne le dit, mais on met 2 milliards d'euros sur la formation pour nos jeunes et ceux qui sont éloignés de l'emploi dans nos banlieues, 2 milliards d'euros, c'est essentiel. C'est ça la meilleure des protections sociales, ce n'est pas de donner des emplois précaires aux uns ou aux autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Economies, les APL, économies. Les APL, pas de revalorisation en fonction de l'indice de révision des loyers, on est bien d'accord ?

JULIEN DENORMANDIE
Les APL, on fait une mesure clé et qui est nécessaire, un nom barbare, c'est la contemporanéité, nom barbare, ça veut dire quoi ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Expliquez.

JULIEN DENORMANDIE
Ça veut dire que, aujourd'hui, le truc qui est aberrant c'est que, quand vous touchez des APL, on vous les verse en fonction de vos salaires ou de vos revenus d'il y a 2 ans. Donc, prenons un cas concret. Une femme, mère de famille avec deux enfants, il y a 2 ans elle avait un emploi à temps plein, aujourd'hui elle est à mi-temps, eh bien aujourd'hui elle touche un montant d'APL qui est inférieur à ce à quoi elle aurait droit, et donc c'est quelque chose qui n'est pas juste. Mais inversement, une personne qui, il y a 2 ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous allez calculer sur la dernière année, on est bien d'accord ?

JULIEN DENORMANDIE
Sur l'année en cours, on va le faire automatiquement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, automatiquement, avec le prélèvement à la source.

JULIEN DENORMANDIE
Et donc s'il y a 2 ans vous étiez au chômage et qu'aujourd'hui vous avez un travail, mais n'est-ce pas normal que la personne qui a récupéré un travail touche moins d'APL que la personne qui sera au chômage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous allez faire des économies, combien d'économies ?

JULIEN DENORMANDIE
Eh bien c'est ça qui fait à peu près le milliard d'euros que vous évoquiez tout à l'heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va faire 1 milliard d'euros d'économies sur les APL !

JULIEN DENORMANDIE
Mais, encore une fois, avec une mesure qui n'est pas une mesure de rabot, qui n'est pas une mesure budgétaire, qui est une mesure de justice. Pourquoi ça fait des économies le fait de calculer les APL ? En fait on va donner à chacun ce dont il a besoin, en fonction des revenus actuels, c'est ça la politique qui est juste, c'est de donner à chacun ce dont il a besoin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça permet, au passage, de faire 1 milliard d'euros d'économies.

JULIEN DENORMANDIE
Mais pourquoi ? Mais parce que, fort heureusement, de manière générale, les revenus de nos concitoyens augmentent, fort heureusement, on est dans un pays où il y a une croissance, et donc les revenus, de manière générale, ce n'est pas vrai pour tout le monde, mais de manière générale ils augmentent, et donc la politique qu'on fait c'est de donner plus à ceux qui en ont le plus besoin. Il faut donner à chacun ce dont il a besoin, c'est ça l'engagement, c'est ça la promesse, le progressisme pour lequel moi je me suis engagé. Et là encore, ce n'est pas une petite rustine, c'est une vraie réforme structurelle, ce sont des choses que les oppositions auraient dû faire depuis il y a bien longtemps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les réformes vont se succéder, vous allez garder ce rythme. Le président de la République ne veut pas changer sa manière de gouverner, il annonce beaucoup de réformes, réforme des retraites, réforme constitutionnelle, etc., etc., ça va se multiplier. Est-ce que vous pensez que l'affaire Benalla aura des effets durables sur l'image d'Emmanuel MACRON, franchement ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, franchement je ne le pense pas parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le connaissez bien vous, Alexandre BENALLA.

JULIEN DENORMANDIE
Je le connais bien, voire très bien, je connais Alexandre BENALLA, j'ai fait toute la campagne présidentielle et donc je l'ai côtoyé à de nombreuses reprises pendant la campagne présidentielle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça a été si mal géré cette affaire Benalla, franchement ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, moi j'ai trouvé…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, Julien DENORMANDIE, dites-nous ce que vous pensez.

JULIEN DENORMANDIE
Mais je vais le dire très franchement, moi je pense que le président de la République a eu une attitude remarquable, remarquable, il a endossé toutes les responsabilités et il n'a pas fait la République du fusible. J'ai trouvé que les oppositions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon, on aurait pu savoir ce qui s'est passé avant.

JULIEN DENORMANDIE
J'ai trouvé que les oppositions avaient, pour le coup, à l'inverse, eu une attitude lamentable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce qu'elles ont sur-réagi, de manière délétère, pour faire une opposition, une obstruction, à tous les travaux. Pendant plusieurs semaines on a eu des oppositions qui ont arrêté de travailler, qui ont essayé de faire croire qu'on avait un scandale d'Etat, alors que tout a montré que l'Elysée avait eu une cohérence, et dans ses actions, et dans ses propos. Tout a montré qu'il y avait eu une faute grave, mais une faute d'un homme, et que ce n'était pas une affaire d'Etat, et pendant ce temps-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un seul coupable, Alexandre BENALLA ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, dans la vie vous n'avez jamais un seul coupable, il faut réorganiser…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faudrait savoir !

JULIEN DENORMANDIE
Mais non, mais il faut réorganiser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui est coupable alors, s'il n'est pas seul coupable ?

JULIEN DENORMANDIE
Comment, à la fin, vous arrivez, même si vous faites une faute personnelle, à pouvoir avoir été sur les lieux, à pouvoir commettre cette faute, à pouvoir avoir une organisation qui n'était pas suffisamment à même de prévenir ce comportement fautif de cette personne, et donc il faut revoir l'organisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le mettez en accusation maintenant !

JULIEN DENORMANDIE
Qui ça, Alexandre BENALLA ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui…

JULIEN DENORMANDIE
Attendez, moi j'ai toujours été de ceux qui disent il a fait une faute inacceptable et j'ai toujours été aussi de ceux qui ont dit je n'oublie pas tout ce qu'il a fait avec nous, tout ce qu'il a fait pendant la campagne présidentielle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous le lâchez quand même, Julien DENORMANDIE !

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne crois pas que dire à votre micro que je n'oublie pas tout ce qu'il a fait pour nous, mais qu'en même temps il fait une faute, ce soit le lâcher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais en même temps vous dites que c'est le seul coupable, c'est ce que vous dites !

JULIEN DENORMANDIE
Je viens de vous dire que c'est pour ça que le président de la République a demandé une réorganisation de l'Elysée, que le ministre de l'Intérieur a demandé des enquêtes administratives. Mais, je veux revenir à un point…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est cette culture du secret qui insupporte, vous savez. Il y a eu beaucoup de secrets autour de cette affaire, je ne vais pas revenir sur l'affaire qui… vous trouvez qu'on en a trop fait, vous trouvez que la presse est responsable aussi, franchement ?

JULIEN DENORMANDIE
Non, je ne mets pas une accusation la presse, je pense qu'il faut chacun faire un retour d'expérience, comme on dit, et se demander comment des informations, qui ont été fausses, ont pu être autant diffusées, vous savez, sur les niveaux de rémunération, sur ces avantages indus qu'aurait perçu Alexandre BENALLA, beaucoup d'informations fausses ont été diffusées, mais je ne suis pas là pour faire ce procès-là. En revanche, moi je maintiens, l'attitude des oppositions, qui a été une attitude d'obstruction, je pense sincèrement que c'était lamentable et qu'elles n'en sortent pas grandies. Mais, au fond de moi, pourquoi je ne suis pas étonné de cette attitude des oppositions ? c'est que les oppositions, en fait, elles ne souhaitent pas que nous réussissions, c'est ça la réalité, parce que, comme je vous le disais tout à l'heure, on n'est pas dans des rustines, on n'est pas dans des petits arrangements politiques pour succomber à tel ou tel lobby, on est dans des vraies réformes de structure, on fait des choix qui sont courageux, qui ne sont pas forcément évidents, qui sont des choix cohérents, qui sont des choix déterminés, pour non pas mettre une rustine, mais vraiment transformer le pays et soigner notre pays, c'est ça la promesse. Et c'est pour ça que le président de la République il n'arrêtera pas, c'est pour ça que les prochains mois on continuera avec des éléments importants, le Plan pauvreté, avec des éléments importants pour continuer à remettre le travail au centre de notre société.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mi-septembre, le Plan pauvreté.

JULIEN DENORMANDIE
Mi-septembre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous qui est responsable de la cohésion des territoires, vous allez avoir un rôle à jouer, dans le Plan pauvreté.

JULIEN DENORMANDIE
Mais je peux vous dire que je travaille déjà beaucoup avec Jacques MEZARD et Agnès BUZYN sur ces sujets, sur le logement, sur l'accompagnement, les crèches par exemple, les crèches dans les quartiers, on va renforcer significativement les moyens pour faire plus de places, et sur la formation, parce que, encore une fois, la meilleure des protections c'est la formation de nos jeunes, c'est ça qu'il faut énormément mettre en oeuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci beaucoup Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 août 2018

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