Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à Europe 1 le 28 août 2018, sur les réformes du code du travail, la réforme de l'assurance chômage et la loi Avenir professionnel. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail à Europe 1 le 28 août 2018, sur les réformes du code du travail, la réforme de l'assurance chômage et la loi Avenir professionnel.

Personnalité, fonction : PENICAUD Muriel, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre du travail;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Edouard PHILIPPE a déclaré dimanche « nous faisons le choix du travail », pourquoi, ses prédécesseurs avaient le choix du chômage ?

MURIEL PENICAUD
Personne ne fait le choix du chômage, mais, à un moment donné, si on fait le choix du travail, il faut y aller vraiment. Ça veut dire la transformation du Code du travail, ça veut dire permettre l'accès à un beaucoup plus grand nombre au travail, ou à la promotion, à l'évolution professionnelle, grâce à la loi Avenir Professionnel, et c'est les mesures qu'on va prendre à la rentrée. Donc je crois qu'il faut être constant, déterminé et aller au fond.

AUDREY CRESPO-MARA
« Nous avons fait le choix du travail », tant pis pour ceux qui ne travaillent pas, le Gouvernement a quelque chose contre les retraités, ils vous ont fait quoi ?

MURIEL PENICAUD
Non, pas tant pis, mais pour développer un pays, pour que chacun puisse avoir un avenir, pour que nos jeunes - il y a 1,3 million jeunes qui n'ont pas d'emploi ou de formation - aient un espoir, il faut mettre la focale sur le travail, et je pense que d'ailleurs la solidarité intergénérationnelle a du sens sur ce sujet-là.

AUDREY CRESPO-MARA
Et les retraités ne peuvent pas manifester, c'est ça ?

MURIEL PENICAUD
Mais non, ce n'est pas le sujet. Il faut savoir qu'on aide, notamment, parmi les retraités, les plus précaires, le minimum vieillesse va être augmenté, mais il faut savoir qu'aujourd'hui on a, en France, un peu un déséquilibre entre le travail et les autres activités, et donc il faut mettre le paquet sur le travail.

AUDREY CRESPO-MARA
Les salariés sont un peu plus gâtés, plus de charges salariales sur les heures supplémentaires, mais elles ne seront pas défiscalisées, c'est du demi-SARKOZY, c'est une réformette en fait !

MURIEL PENICAUD
Je crois que baisser, enfin supprimer, les cotisations sociales salariales, ça va permettre à peu près 200 euros, pour quelqu'un qui est au SMIC, en plus par an.

AUDREY CRESPO-MARA
C'était 500 euros sous Nicolas SARKOZY.

MURIEL PENICAUD
Parce qu'il y avait les impôts. Vous savez, nous on vise surtout ceux qui sont les plus précaires et pour lesquels aller vers un travail qui est durable, qui est plus stable et qui est mieux payé, est le plus important, et ceux-là ils ne payent pas d'impôt souvent, ou très peu, donc en fait la mesure la plus importante socialement c'est de le faire sur les exonérations sociales.

AUDREY CRESPO-MARA
Muriel PENICAUD, vous aviez peur des arbitrages budgétaires rendus publics dimanche, vous sortez plutôt gagnante de ce budget. Par exemple, les arrêts maladie qui ne seront pas à la charge des entreprises, vous dites que ce n'est pas aux entreprises de payer, pourquoi ce serait à tous les Français de le faire ?

MURIEL PENICAUD
Alors, je n'ai pas peur des arbitrages, mais on est une vraie équipe Gouvernementale, donc on discute…

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, mais certains gagnent, certains perdent.

MURIEL PENICAUD
On discute, et puis à un moment donné il y a un arbitrage, ça c'est le signe d'une équipe qui marche.

AUDREY CRESPO-MARA
Pourquoi ce serait à tous les Français de payer et aux entreprises ?

MURIEL PENICAUD
Ça s'appelle la Sécurité sociale, la Sécurité sociale c'est un système mutualisé depuis longtemps. Alors, après ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des responsabilisations à faire, et ce que nous avons convenu, avec le Premier ministre, avec le Président de la République, avec ma collègue Agnès BUZYN, c'est qu'on va prendre le temps d'échanger avec les partenaires sociaux parce que, effectivement, il y a une dérive des arrêts maladie, qui augmentent très rapidement, dont le coût augmente beaucoup, il faut comprendre pourquoi, il faut analyser pourquoi, mais on ne va pas le faire par transfert de charge aux entreprises, on va le faire en réfléchissant avec patronat et syndicats et en trouvant des solutions.

AUDREY CRESPO-MARA
Parmi vos sujets de la rentrée il y a le rapport « santé au travail » qui vous sera remis dans 2 heures, discuté avec les partenaires sociaux, 1 Français sur 2 considère que sa charge de travail est excessive. Le travail c'est la santé, mais ce n'est pas systématique ?

MURIEL PENICAUD
D'abord je crois que personne ne va au travail pour tomber malade ou avoir un accident du travail. On a encore 640.000 accidents du travail par an, et près de 50.000 personnes qui sont reconnues en maladie professionnelle chaque année, même si les autres pays sont comparables, ce sera toujours trop, c'est beaucoup trop. Aujourd'hui on a un système très complexe qui ne favorise pas beaucoup la prévention, on a 300 organismes, c'est l'objet du rapport de Charlotte LECOCQ…

AUDREY CRESPO-MARA
… On ne va pas rentrer dans le détail.

MURIEL PENICAUD
Oui… mais ce qui fait que bien qu'il y ait beaucoup de systèmes, eh bien il y a des salariés, notamment dans les petites et moyennes entreprises, qui n'ont pas de service, où les entreprises n'ont pas de service de santé au travail, donc c'est tout ça qu'on veut rénover en profondeur, avec les partenaires sociaux là aussi, pour que chacun ait une meilleure santé au travail.

AUDREY CRESPO-MARA
Ministre du travail, il y a un chiffre cruel, un chômage qui baisse moins qu'ailleurs, de 9,6 à 9,1 % en France, quand il est à moins de 4 pour l'Allemagne, 4 au Royaume-Uni, 8,5 c'est la moyenne de la zone euro, 7,1 la moyenne de l'Union européenne. Emmanuel MACRON n'y arrive pas mieux que les autres finalement !

MURIEL PENICAUD
On a dit, dès le début, que ce serait un travail de longue haleine, parce qu'on part de très loin, on part de 20 ans de chômage de masse, et on a quatre leviers : la reforme du Code du travail, qui commence à produire ses effets, la formation professionnelle et l'apprentissage, l'inclusion des plus vulnérables et les règles de l'Assurance chômage. Donc, on prend tous les chantiers un par un. Vous savez, c'est un travail complet et un peu systémique de pouvoir y arriver, et donc c'est normal que ça prenne du temps, et évidemment je comprends l'impatience de ceux qui sont au chômage.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors l'un des leviers, votre loi Travail, qui devait libérer le travail, ça se fait quand même un peu attendre, les décrets d'application datent du 1er janvier, ça fait 8 mois, il va falloir attendre encore combien de temps pour voir vraiment les effets ?

MURIEL PENICAUD
Attendez, on a été plus vite qu'il n'a jamais été. La loi, les ordonnances du 22 septembre de l'année dernière, au 31 décembre tous les décrets étaient sortis, ce n'est jamais arrivé que ce soit aussi vite, donc on va au plus vite possible.

AUDREY CRESPO-MARA
Il faut attendre encore combien de temps pour vraiment voir les effets ?

MURIEL PENICAUD
Il y a déjà des effets parce que vous interrogez, vous faites des sondages, vous rencontrez des PME, tous disent « ça y est, on n'a plus peur d'embaucher », donc ça l'effet on l'a déjà, et puis maintenant les entreprises et les organisations syndicales ont 2 ans pour mettre en place les nouvelles instances, donc c'est normal que ça mette du temps, mais on suit ça de très près parce que, évidemment, on veut les effets de la loi. Et puis maintenant il y a la nouvelle loi, mais qui n'est pas encore promulguée, qui sera promulguée dans quelques jours, et là le volet formation professionnelle, apprentissage, et égalité hommes/femmes, et inclusion des handicapés, va être clé pour l'emploi aussi.

AUDREY CRESPO-MARA
Parmi vos réformes il y a aussi l'assurance chômage, les discussions vont débuter dès demain, là où vous êtes plus sévère qu'avant c'est au sujet des radiations pour les demandeurs d'emploi qui ne s'investissent pas suffisamment dans leurs recherches. En d'autres termes, vous traquez les fainéants, c'est ça ?

MURIEL PENICAUD
Non, je pense que, comme tout système de solidarité il y a des droits et des devoirs, on va regarder les règles d'assurance chômage pour qu'elles incitent au retour à l'emploi, qu'elles n'installent pas non plus dans l'emploi précaire à vie, donc on a beaucoup de choses à faire, et un des volets c'est le contrôle, c'est normal, vous savez à la Sécurité sociale il y a des contrôles, aux impôts il y a des contrôles, c'est normal qu'il y ait des contrôles dans chaque domaines, donc c'est ce qu'on fait.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous allez assister demain à l'université de rentrée du MEDEF, qui débute aujourd'hui, on a beaucoup reproché l'an dernier, au Gouvernement, ses cadeaux faits au MEDEF, les allégements de charges, baisse du taux d'impôt sur les sociétés, finalement ça n'a pas incité les patrons à embaucher, pas tant que ça.

MURIEL PENICAUD
Si, il y a eu beaucoup plus d'embauches. On baisse quand même, le chômage baisse, pas assez, pas assez vite…

AUDREY CRESPO-MARA
Très peu.

MURIEL PENICAUD
Oui, mais enfin il a baissé, il y a eu quand même beaucoup d'embauches, il y a les perspectives d'embauches qui sont intéressantes, mais ce n'est pas une loi toute seule, encore une fois, il faut tous les outils à la fois, et moi je viendrai au MEDEF et j'ai choisi d'aller sur un thème qui est « comment on vit quand on a 20 ans en France », ça, ça m'intéresse…

AUDREY CRESPO-MARA
Pas sûr qu'ils aillent sur le même thème que vous, les patrons ils vous demandent de ne pas ralentir, parce que vous reportez à octobre 2019 les allégements de charges patronales sur le SMIC.

MURIEL PENICAUD
Vous savez, il faut un équilibre, dans la dynamique, dans le mouvement, dans la transformation il faut un équilibre, donc il y a des mesures, qu'on fait, mais par étapes, parce qu'en même temps les mêmes disent, à juste titre, qu'il y a trop de prélèvements en France, on est le pays où il y a le plus de prélèvements d'Europe, donc on fait par étapes, donc ça sera fait, mais par étapes.

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a une triple réforme, apprentissage, formation, assurance chômage, vous le disiez, vous entendez protéger les salariés, de quoi, de la flexibilisation du travail que vous avez mis en place l'an dernier ?

MURIEL PENICAUD
Non, la première des protections aujourd'hui… on voit bien, dans tous les pays qui ont vaincu le chômage de masse c'est vraiment la compétence, c'est la formation, ceux qui ont une formation, et il y en a extrêmement peu qui sont au chômage, quand on est qualifié bac+2 et au-dessus, il y en a quelques-uns, mais c'est 4 % le niveau de chômage, quand vous n'avez pas de qualification c'est 18 %, voire le double si vous habitez dans un quartier prioritaire de la ville. Donc, la première, première barrière, la première inégalité, la première injustice, c'est ne pas avoir les compétences, la formation. Donc ça, dans la flexisécurité, c'est le point essentiel.

AUDREY CRESPO-MARA
Réformer l'apprentissage, c'est compliqué avec les régions pour financer les centres d'apprentis, vous avez du mal à les convaincre ! La région PACA, par exemple, arrête de financer, pour l'instant, les Hauts-de-France jouent le jeu, mais bon !

MURIEL PENICAUD
Alors, d'abord, un, la loi a ét votée, la loi s'applique, nous sommes dans une République, à tout le monde. Et la deuxième chose c'est que…

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors, qu'est-ce que vous allez faire s'ils ne respectent pas la loi ?

MURIEL PENICAUD
Il y a quelques régions qui, comme par hasard, étaient celles qui déjà ne donnaient pas tout l'argent de l'apprentissage à l'apprentissage, qui envisagent – je n'ai pas encore les preuves – de pénaliser la rentrée. Ça veut dire pénaliser des entreprises qui veulent embaucher, pénaliser des jeunes qui veulent se former en apprentissage, alors qu'elles ont une dotation plus importante pour la période de transition. J'attends de constater si c'est vrai, mais si c'est vrai on va en discuter sérieusement avec ces régions, parce que je trouve ça franchement inadmissible, pour des raisons politiciennes, de pénaliser les jeunes et les entreprises, quand en plus on a l'argent pour le faire.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, pour résumer, les perspectives de croissance ont été revues à la baisse, les budgets sont revus à la baisse, la baisse du chômage est revue à la baisse, le moral des Français est aussi revu à la baisse, est-ce que la confiance en lui, d'Emmanuel MACRON, va aussi être revue à la baisse ?

MURIEL PENICAUD
Vous présentez tout ce qui va à la baisse, vous pouvez avoir une autre présentation aussi…

AUDREY CRESPO-MARA
La confiance ?

MURIEL PENICAUD
Moi je vois, dans les petites et moyennes entreprises il y a toujours confiance, l'investissement continue à progresser, et puis moi je vois un signe de confiance, il y a 45 % de plus de jeunes qui ont demandé, à la sortie de 3e, d'aller en apprentissage cette année, parce qu'ils commencent à se dire « peut-être moi aussi je peux choisir un métier qui me plaît et pas subir, mais choisir mon avenir. »

AUDREY CRESPO-MARA
Allez maintenant, la question que je ne devrais peut-être pas vous poser, c'est off, entre nous. Si je vous dis parlez plus lentement et respirez par le ventre, ça vous rappelle quelqu'un ?

MURIEL PENICAUD
Ça me rappelle que je me le rappelle tous les jours…

AUDREY CRESPO-MARA
Votre coach vocal…

MURIEL PENICAUD
Oui, je l'ai vu deux fois.

AUDREY CRESPO-MARA
Le baryton Jean-Philippe LAFONT, c'était celui d'Emmanuel MACRON pendant la campagne, il vous apprend à poser votre voix, maîtriser votre élocution. Vous parlez très vite !

MURIEL PENICAUD
Je parle très vite, surtout quand on me dit « parlez très vite, on n'a que 8 minutes. »

AUDREY CRESPO-MARA
Est-ce que votre voix porte mieux auprès des syndicats grâce à lui ?

MURIEL PENICAUD
Je pense que pour que la voix porte c'est surtout l'écoute qui compte, mais par ailleurs je m'astreins à essayer de parler moins vite.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas évident de changer son élocution.

MURIEL PENICAUD
Et non !

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Moi aussi j'ai…

AUDREY CRESPO-MARA
Formation professionnelle.

MURIEL PENICAUD
Formation professionnelle.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 septembre 2018

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