Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Radio Classique le 27 août 2018, sur la baisse de popularité du président de la République, le budget, les chasseurs, la politique agricole et sur François Hollande. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Radio Classique le 27 août 2018, sur la baisse de popularité du président de la République, le budget, les chasseurs, la politique agricole et sur François Hollande.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

GUILLAUME DURAND
Stéphane TRAVERT, bonjour.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

GUILLAUME DURAND
Les mots ont été durs, violents pendant ce week-end, donc parmi les principaux opposants à l'égard d'Emmanuel MACRON dont vous êtes le ministre de l'Agriculture. « On va lui coller une raclée », a dit Jean-Luc MELENCHON, que vous connaissez bien, et « c'est un mirage », a ajouté donc Laurent WAUQUIEZ. Vous leur diriez quoi ce matin ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne suis pas surpris de ces attaques et Laurent WAUQUIEZ, lui, ne change pas. Tous les ans il nous ressort les mêmes veilles recettes réchauffées, mais le plat qu'il propose ou qu'il voudrait proposer aux Français est de plus en plus rance. Et je crois qu'il faut savoir raison garder et que les populismes, tels que nous avons pu les voir durant ce week-end, s'exacerber aussi bien à l'extrême gauche qu'à droite et à l'extrême droite, bien évidemment, ne servent pas la République et ne servent pas notre pays, en tous les cas sont bien loin, bien éloignés des préoccupations qui sont les nôtres pour travailler … des Français.

GUILLAUME DURAND
Mais enfin, il y a un affaiblissement quand même. Guillaume TABARD le disait, il y a un affaiblissement dans les sondages, de l'équipe à laquelle vous appartenez.

STEPHANE TRAVERT
Les sondages, c'est toujours une photographie à un instant T, il faut en tenir compte, bien évidemment, mais nous l'avons dit, nous souhaitons maintenir l'effort sur les réformes que nous entreprenons pour redresser le pays, pour transformer le pays, parce que c'est là-dessus qu'Emmanuel MACRON a été élu, et c'est l'engagement que nous avons pris devant les Français, et les Français attendent un certain nombre de réformes.

GUILLAUME DURAND
Mais, Stéphane TRAVERT, vous êtes apolitique, est-ce qu'on peut, comme par exemple le Premier ministre hier donnait les grandes lignes du budget, avec notamment un tassement des pensions de retraite. Est-ce qu'on peut simplement annoncer ça, sans lui donner un contenu politique ? Ou alors est-ce que ça veut dire que lui, pour l'instant, fait ça dans le JDD, c'est-à-dire qu'il donne la technicité de la réforme du budget, et le président de la République parlera bientôt à la télévision.

STEPHANE TRAVERT
Il y a plusieurs phases dans la présentation d'un budget, un certain nombre de mesures ont été annoncées par le Premier ministre et c'est bien normal et qu'il ait la primeur de ces annonces, mais pour autant, nous continuons sur la feuille de route qui a été annoncée aux Français. Et si je reprends le triptyque qui est notre clé de voûte depuis que nous sommes en responsabilités, libérer, protéger, investir et unir. Et dans tout cela, ce sont ces mots que vous retrouvez aujourd'hui à l'intérieur du budget qui était présenté.

GUILLAUME DURAND
Mais pourquoi taper sur les retraites, qu'est-ce qu'ils vous ont fait les retraités ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, il ne s'agit pas de taper sur les retraités, je ne prends pas ce terme, il s'agit aujourd'hui de remettre dans nos priorités, une société du travail, une société du travail qui paie, qui permet aux gens de pouvoir s'émanciper et qui nous permet justement de mieux structurer notre modèle social, à travers les cotisations que paieront les gens qui demain seront de nouveau au travail, et qui paieront ces cotisations salariales, et les cotisations patronales. C'est important, c'est un modèle social équilibré, dont nous avons besoin. Et il faut que…

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que vous pensez que le président de la République doit parler ? Parce qu'il y a quand même eu un été particulier : BENALLA, les affaires de madame NYSSEN, un tassement dans les sondages, enfin on en peut pas simplement tenir un discours technocratique.

STEPHANE TRAVERT
Il ne m'appartient pas de dire si le président doit parler ou pas, le président s'exprime lorsqu'il le juge utile, et il aura l'occasion bientôt, certainement, de pouvoir s'exprimer devant les Français, mais aujourd'hui c'est le gouvernement derrière le Premier ministre, qui est je dirais à la manoeuvre pour faire en sorte d'expliquer les principes budgétaires que nous avons et qui ont été décidés et de faire en sorte que nous puissions répondre à cette promesse, à cet engagement présidentiel de transformer notre pays, de continuer à ne pas faiblir sur l'intensité des réformes qui sont attendues par nos concitoyens.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes à l'origine, membre du Parti socialiste, à l'origine de votre carrière, est-ce que vous considérez qu'il faut un tournant à gauche ? Puisque finalement l'électorat de droite décroche, est-ce qu'Emmanuel MACRON n'a pas intérêt à retrouver une grande partie des électeurs de gauche qui ont voté pour lui ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, aujourd'hui c'est cet équilibre que nous portons aujourd'hui.

GUILLAUME DURAND
Mais il le faut ce tournant ou pas ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a nécessité d'avoir un équilibre entre donner, je dirais, des perspectives aux entreprises, des perspectives aux décideurs économiques pour demain créer de l'emploi, mais aussi protéger…

GUILLAUME DURAND
Mais ça, ça a été fait.

STEPHANE TRAVERT
Mais aussi protéger celles et ceux qui sont en difficultés aujourd'hui, les plus précaires et à travers un certain nombre de mesures qui ont été annoncées par le Premier ministre hier, vous avez cette capacité aujourd'hui à venir aider ceux qui sont les plus en difficultés, à travers l'éducation à travers l'aide aux adultes handicapés, à travers un certain nombre de revalorisations de prestations, de prestations sociales qui ont été annoncées et donc c'est un… c'est cet équilibre que nous devons maintenir entre cette société du travail que nous voulons, pour mieux émanciper de nos concitoyens, pour les former, pour mieux les qualifier et faire en sorte qu'ils soient moins dans la difficulté demain.

GUILLAUME DURAND
Le 12 septembre c'est le projet de loi sur l'agriculture. Un mot sur les chasseurs qui vont à l'Elysée cet après-midi ou ce matin, avec Nicolas HULOT votre meilleur ami, je dis ça évidement en plaisantant. Pourquoi recevoir les chasseurs ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, vous savez, les chasseurs dans le milieu rural, il y en a beaucoup.

GUILLAUME DURAND
Un millier.

STEPHANE TRAVERT
Alors il y en a moins depuis quelques années, la population des chasseurs a tendance à diminuer, mais c'est important de recevoir les chasseurs, ils participent à la diversité économique des territoires, ils participent à l'aménagement du territoire, à la lutte et à la protection de la biodiversité, et c'est important. Et je crois qu'il y a un certain nombre de sujets, alors cela relève de la compétente de mon collègue Nicolas HULOT, ministère de la Transition écologique et solidaire, mais vous savez, actuellement nous avons une difficulté, notamment avec le gros gibier, c'est la question des sangliers qui viennent faire des ravages dans les cultures. Donc il faut trouver des solutions avec les fédérations de chasse, pour protéger…

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas un petit peu électoraliste ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, aujourd'hui, il y a vocation à parler avec tout le monde, il faut parler avec les chasseurs, il faut parler avec toutes celles et tous ceux qui font notre pays aujourd'hui.

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il est question pour vous, dans le domaine de l'agriculture, on parlait de la loi, donc à l'Assemblée le 12 septembre, justement, de supprimer un peu les charges qui pèsent sur les agriculteurs qui emploient les saisonniers ? Par exemple, on parle en ce moment justement des récoltes de dans la viticulture, il y a beaucoup de gens qui arrivent sur ce marché du travail, qui est un marché saisonnier, est-ce qu'on continue à les faire payer ces charges, ou est-ce que vous avez décidé de les supprimer ?

STEPHANE TRAVERT
Vous parlez de la viticulture, moi, je voudrais souligner et me réjouir des bons résultats sur la viticulture aujourd'hui dans notre pays, plus 25 % de récoltes. Nous aurons, je pense une bonne année, pour autant, vous soulignez la question importante qui est celle du TO/DE, c'est-à-dire les réductions de charges pour l'emploi de travailleurs saisonniers, moi, je comprends les inquiétudes des agriculteurs qui emploient beaucoup de main d'oeuvre sur ces sujets…

GUILLAUME DURAND
Donc on les supprime ou pas ?

STEPHANE TRAVERT
Mais nous avons décidé à travers la réforme globale du CICE d'examiner la question de la compétitivité des exploitations et agricoles, et donc de réformer la globalité de ce dispositif, mais à côté, nous travaillons sur la fiscalité, et nous aurons l'occasion de présenter avec Bruno LE MAIRE, bientôt, un certain nombre d'éléments qui…

GUILLAUME DURAND
… Vous réfléchissez à la suppression de ces charges ou vous les supprimez ?

STEPHANE TRAVERT
Non, dans le cadre global de la réforme du CICE, nous supprimons le TO/DE, mais dans le même temps, nous travaillons sur la fiscalité, nous travaillons sur la compétitivité des exploitations agricoles à travers le coût, le coût de la main d'oeuvre sur la question de la montée en gamme, sur la question de la qualité, et il faut aussi regarder la compétitivité agricole, pas seulement sous l'angle des charges, mais sous l'angle de l'innovation et de la montée en gamme que nous appelons, que nous appelons de nos voeux. Et donc nous devons examiner aussi au cas par cas l'ensemble des filières qui peuvent être touchées par ce dispositif.

GUILLAUME DURAND
Soyez franc, donc dans ce projet de loi qui arrive à l'Assemblée, donc le 12 septembre, les gens se disent, eh bien, c'est la grande histoire, est-ce que finalement les prix vont être déterminés par les grandes surfaces, par les centrales d'achat ou est-ce qu'ils vont être déterminés par les agriculteurs et par leurs coûts de production ? Et c'est une grande interrogation, puisque vous savez que le monde agricole considère, en tout cas pour ceux qui sont les plus en difficulté, qu'ils produisent quasiment à perte. Alors, est-ce que, à partir du moment où ce projet de loi sera voté, on tiendra compte du prix de l'agriculteur au détriment de ce que veulent les centrales, comme par exemple Edouard LECLERC, réponse ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr qu'il faut tenir compte des prix des agriculteurs, et c'est cela l'objectif du projet de loi, c'est partir du coût de production des agriculteurs, mais pour cela, il faut qu'ils se regroupent, pour cela, il faut qu'ils puissent prendre aussi leurs responsabilités, l'Etat prend les siennes, l'Etat met en place des outils, un projet de loi qui va permettre demain aux agriculteurs de pouvoir mieux se regrouper, d'être plus performants ensemble, d'avoir plus de pouvoir de pression sur les centrales d'achat, et leur permettre de pouvoir vendre à leurs prix.

GUILLAUME DURAND
… Qu'ils ne le souhaitent pas les agriculteurs, en fait ? C'est-à-dire que, à la fois, ils voudraient évidemment, ils le souhaitent ou pas…

STEPHANE TRAVERT
Mais ils le souhaitent, mais il faut qu'ils s‘organisent, aujourd'hui, par exemple, dans la filière laitière, on assiste à une réorganisation, c'est-à-dire qu'on a des regroupements je sais que, par exemple, dans la viande bovine, c'est c'est beaucoup plus difficile, mais moi, ce que je veux faire, et c'est pour cela que je réunis de façon régulière les filières, c'est que je veux faire avec eux ce pari que le regroupement leur permet d'être plus forts, leur permet d'être beaucoup plus compétitifs, leur permet de pouvoir mieux négocier avec la grande distribution, et c'est pourquoi dans la discussion qui arrive sur le projet de loi dans le courant du mois de septembre, à partir du 12, eh bien, ce projet de loi, il devra être voté pour le mois d'octobre, pour que le rendez-vous des négociations commerciales puisse démarrer, et que les producteurs, les transformateurs et les distributeurs aient tous les outils en main pour mener des négociations qui se fassent au profit de chacun, mais qui se fassent surtout au profit des agriculteurs qui retrouveront un revenu digne de leur travail.

GUILLAUME DURAND
Vous avez été donc membre du Parti socialiste pendant des années, est-ce que vous avez l'impression qu'à un moment ou à un autre, chez François HOLLANDE, l'idée d'une revanche, puisque vous les connaissez bien, les dirigeants socialistes, l'idée d'une revanche à l'égard d'Emmanuel MACRON, l'idée d'un procès en traîtrise sera mené publiquement ?

STEPHANE TRAVERT
Vous savez…

GUILLAUME DURAND
Parce qu'on sent qu'il est quand même tenté par ça, François HOLLANDE, il n'a toujours pas digéré.

STEPHANE TRAVERT
Je ne pense pas que l'esprit de revanche soit le meilleur conseiller. Pour autant, on l'a bien vu, tous les anciens présidents qui ont souhaité revenir au premier plan n'y sont jamais parvenus, c'est le principe de nos institutions maintenant avec le quinquennat. Ce que je crois, c'est que, aujourd'hui, le président de la République, il a été élu sur un contrat passé avec les Français, ce contrat, il était simple, c'est mettre ensemble toutes les forces politiques qui le souhaitaient, qui en avaient envie, pour pouvoir porter un projet alternatif pour redresser et transformer notre pays.

GUILLAUME DURAND
Donc vous ne décryptez pas chez François HOLLANDE l'idée d'une sorte de vengeance…

STEPHANE TRAVERT
Mais je ne sais pas s'il est dans la vengeance aujourd'hui, nous le voyons bien à travers son livre, à travers ses déclarations, nous voyons bien qu'il a le souhait de pouvoir rester dans l'arène publique et politique et de continuer à donner son avis, et je dirais que, là-dessus, tout cela est bien normal, mais je crois que nous sommes passés à autre chose, aujourd'hui, l'action politique que mène Emmanuel MACRON va permettre à notre pays de se transformer, de revenir à plus de compétitivité, et nous le voyons bien à travers les déclarations du week-end, c'est que les oppositions se radicalisent de plus en plus, ce sont des déclarations les plus populistes les unes que les autres auxquelles nous avons assisté, tant de la part de Laurent WAUQUIEZ que de la part de Jean-Luc MELENCHON, qui a théorisé sur le fait que ce pays était le leur, et aujourd'hui, ce pays…

GUILLAUME DURAND
Eh bien, ils parlent de raclée, ils veulent transformer…

STEPHANE TRAVERT
Et ce pays, il n'appartient à personne. Jean-Luc MELENCHON est arrivé quatrième lors de l'élection présidentielle, il faut savoir accepter le verdict et le suffrage de nos concitoyens, le gouvernement travaille, le président de la République est élu pour 5 ans, et c'est au terme de ses 5 ans que nous jugerons, en opportunité, et que nous jugerons, je dirais, l'ensemble des résultats et du travail qu'aura mené toute l'équipe.

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup. Je rappelle qu'en dehors de vos activités, qui consistent à diriger l'agriculture en France, vous êtes ministre de l'Agriculture, vous êtes l'auteur d'un rapport remarqué avec les parlementaires sur le marché de l'art, ce qui était assez surprenant, il y a maintenant quelques années, ça vous a passionné, et que vous adorez donc une chanson de John LENNON, qui a été interprétée par un crooner magnifique du rock'n'roll, Bryan FERRY, cette chanson, c'est « Jealous Guy ».


source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2018

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