Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Europe 1 le 29 août 2018, sur le prélévement à la source, la démission de Nicolas Hulot, la croissance économique et le déficit budgétaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Europe 1 le 29 août 2018, sur le prélévement à la source, la démission de Nicolas Hulot, la croissance économique et le déficit budgétaire.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Nous allons bien sûr parler de Nicolas HULOT, mais d'abord les Français sont en train de recevoir une lettre de votre main sur le prélèvement à la source en 2019, mais le Canard Enchaîné, qui paraît aujourd'hui, affirme qu'Emmanuel MACRON est prêt à reporter cette réforme. Bug technique, administratif, risque politique en pleine grogne sur le pouvoir d'achat, le président exprime ses doutes, il aurait confié à la veille du week-end : « on se donne jusqu'au 15 septembre pour voir si on le fait ou pas. » Ça risque donc d'être à nouveau reporté ?

GERALD DARMANIN
Non, le prélèvement à la source est un impôt qui sera simple pour les Français à partir du mois de janvier, il n'y a aucun bug…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ces doutes d'Emmanuel MACRON ?

GERALD DARMANIN
Il n'y a aucun bug administratif ou informatique, c'est une grande réforme, il est normal que le président de la République et le Premier ministre, comme il l'a dit dans le Journal du Dimanche, surveillent, si j'ose dire, que les choses se passent bien, changer la façon dont on paye son impôt c'est très important pour 36 millions de foyers fiscaux, mais nous ferons l'impôt à la source au mois de janvier parce que c'est une grande réforme sociale, une grande réforme qui améliore la trésorerie des Français, notamment ceux qui travaillent, qui paient l'impôt, mais…

AUDREY CRESPO-MARA
Qui peut donner l'impression, au début, que le pouvoir d'achat est diminué.

GERALD DARMANIN
Non, parce que d'abord les Français sont, la plupart, mensualisés, donc vous savez que le 16 ou le 17 du mois vous payez votre mensualisation, qui a un grand défaut, ce de pas être une mensualisation contemporaine, si vous êtes aujourd'hui au chômage et qu'hier vous travailliez, malheureusement vous payez des impôts sur des revenus d'hier, alors que vous avez moins d'argent aujourd'hui, c'est une réforme…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ces doutes d'Emmanuel MACRON sont totalement inventés ?

GERALD DARMANIN
Mais, aujourd'hui nous avons lancé… nous avons reporté d'1 an l'année dernière, nous avons travaillé à cette réforme, j'y travaille tous les jours, je suis cette semaine, et notamment cet après-midi et demain, en Pyrénées-Atlantiques pour continuer à « vendre », si j'ose dire, le prélèvement à la source. Les entreprises se sont beaucoup préparées à cela. On a mis en place des systèmes qui permettent…

AUDREY CRESPO-MARA
Tout est au point ?

GERALD DARMANIN
Oui, c'est une réforme qui tous les jours demande de l'énergie de la part des agents des Finances publiques…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais tout n'est pas encore au point.

GERALD DARMANIN
On a encore 5 mois, si j'ose dire, puisque c'est à la fin du mois de janvier. Tous les Français ont reçu, comme vous l'avez dit, une lettre de ma part, ils peuvent aller sur le site des impôts, ils peuvent téléphoner, et ils téléphonent, au standard pour avoir des informations. Nous avons avancé des crédits d'impôt, donc on a amélioré le pouvoir d'achat des Français, c'est une grande réforme…

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, ces doutes d'Emmanuel MACRON, il y a quelques jours déjà, dans le Journal du Dimanche, Edouard PHILIPPE vendait un peu la mèche : « Nous ferons le point sur la préparation de la réforme dans les prochaines semaines. » Ça laisse entendre que ça peut être reporté, quand on fait un point…

GERALD DARMANIN
Si je peux me permettre, la phrase du Premier ministre, exacte, c'était « quand il y a une bonne réforme il faut la faire pour les Français », et c'est une bonne réforme pour les Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Cette phrase n'est pas inventée non plus ?

GERALD DARMANIN
Non, non…

AUDREY CRESPO-MARA
« Nous ferons le point… »

GERALD DARMANIN
C'était la première phrase, et la deuxième phrase c'était effectivement « nous ferons le point », mais c'est normal. Le Premier ministre, comme il le fait sur la fusion du RSI avec le régime général, comme il le fait sur le budget, sur la fiscalité, demande à ses ministres « on en est où ? » C'est une grande réforme…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous êtes sûr que ça ne sera pas reporté une nouvelle fois ?

GERALD DARMANIN
Nous ferons la réforme de l'impôt à la source, et en fin janvier de l'année prochaine les Français paieront leur impôt à la source.

AUDREY CRESPO-MARA
L'impôt à la source ce sera bien en 2019, ça ne sera plus jamais reporté ?

GERALD DARMANIN
Ce sera en janvier 2019, je ne peux pas vous le dire autrement. Je peux vous le dire en chinois, en… ou en tchi-mi.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous vous y engagez ce matin ?

GERALD DARMANIN
Je serai le ministre qui fera l'impôt à la source, et qui le fera avec les collecteurs d'impôt, avec les entreprises, avec les citoyens. Vous savez, c'est rare de pouvoir écrire à tous les Français, de leur dire « on va changer votre mode de paiement de l'impôt, pour vous ce sera plus simple, plus pratique », d'ailleurs tous les sondages d'opinion disent que les Français sont très majoritairement favorables.

AUDREY CRESPO-MARA
Les politiques, en général, nous disent que les sondages d'opinion il ne faut pas trop s'y fier.

GERALD DARMANIN
Tous les sondages d'opinion sont très favorables ; enfin, quand ils sont mauvais vous nous les donnez, c'est normal, quand ils sont bons, permettez-moi de les citer.

AUDREY CRESPO-MARA
Et pour vous c'est l'inverse.

GERALD DARMANIN
Et je vais écrire cette semaine à toutes les entreprises de France, je crois que c'est un moment important, qui bien sûr demande de ma part, et de la part du Gouvernement, beaucoup d'attention, le président de la République a raison de me rappeler à l'attention que je dois porter à cette grande réforme, et j'y travaille tous les jours.

AUDREY CRESPO-MARA
Pour qu'un ministre finisse par démissionner en direct à la radio, c'est qu'il se sentait mal au Gouvernement depuis un moment, vous ne l'avez pas vu venir ?

GERALD DARMANIN
Moi je ne suis pas Nicolas HULOT, je respecte son choix…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous travaillez avec lui, est-ce que vous avez vu venir cette démission ?

GERALD DARMANIN
Je crois que Nicolas HULOT a traversé des moments très difficiles, dans sa vie d'homme et de ministre, je peux d'ailleurs, si j'ose dire, en parler, je l'ai vu d'ailleurs dans des difficultés assez fortes, il les a surmontées, je crois, avec beaucoup de courage. Par ailleurs, peut-être qu'il a eu, c'est ce qu'il a exprimé d'ailleurs chez vos collègues et chez vos confrères, il a eu peut-être une différence entre l'idée qu'il se faisait d'être ministre et la réalité des choses…

AUDREY CRESPO-MARA
Le divorce était devenu inéluctable, à force d'avaler des couleuvres on n'a plus d'appétit !

GERALD DARMANIN
Non, d'abord Nicolas HULOT n'a pas avalé de couleuvres, moi je suis bien placé pour vous dire que nous avons augmenté les crédits du ministère de Nicolas HULOT en 14 mois, comme jamais on ne l'a fait depuis la création du ministère de l'Ecologie, depuis GISCARD d'ESTAING. Nous avons augmenté de 850 millions d'euros, en 1 an, les crédits que Nicolas HULOT avaient à sa disposition. Alors, on peut me dire qu'il faut peut-être beaucoup plus, mais aucun ministère, à l'exception de celui des Armées, n'a connu cette augmentation. Donc, il y a eu un arbitrage politique, d'abord il a été nommé ministre d'Etat, il avait deux secrétaires d'Etat auprès de lui, donc un gros ministère, avec une ministre des Transports, il a eu une augmentation sans précédent des crédits de l'écologie, des décisions extrêmement fortes, je rappelle que si nous augmentons la fiscalité du diesel pour le prix carbone, qui est parfois impopulaire, c'est aussi à la demande d'une transition écologique, je crois qu'on ne peut pas dire que Nicolas HULOT a avalé des couleuvres. Il a peut-être considéré…

AUDREY CRESPO-MARA
Quand même, il y a 1 an Emmanuel MACRON…

GERALD DARMANIN
Il a peut-être considéré que ce n'était pas ça son idée d'être ministre, et ça, ça lui appartient évidemment.

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a 1 an Emmanuel MACRON donnait une leçon écologique à Donald TRUMP en proclamant « Make our Planet great again », sa crédibilité écologique vient d'en prendre un coup quand même !

GERALD DARMANIN
Je ne crois pas. D'abord, entre nous…

AUDREY CRESPO-MARA
C'est anecdotique le départ de Nicolas HULOT ?

GERALD DARMANIN
C'est le départ d'un ministre, qui a d'ailleurs considéré qu'il n'avait pas les moyens, si j'ose dire, et qui ne se faisait pas une idée concrète des choses comme il les a vécues. Le Général de GAULLE disait que la politique c'était un idéal à travers des réalités, alors c'est bien d'avoir un idéal, et c'est bien les réalités. C'est dur d'être ministre, parce qu'on est confronté au réel. L'opposition, ou les gens de la société civile, ce qui est bien logique, ont des idéaux, et quand on est en responsabilité, on a le réel, voilà.

AUDREY CRESPO-MARA
Nicolas HULOT n'avait pas le cuir assez épais, c'est ce que vous nous dites ?

GERALD DARMANIN
Je ne dirais pas ça, c'est un grand personnage public, j'ai beaucoup de respect pour lui, je dis simplement qu'être ministre c'est être confronté au réel, et c'est parfois très difficile.

AUDREY CRESPO-MARA
Le remaniement ministériel, c'est pour quand précisément ?

GERALD DARMANIN
Moi je ne suis pas Premier ministre, ni président de la République, donc je suis, comme tout à chacun, à ma tâche, et j'attends d'avoir des informations de la part du Premier ministre.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce ne sera pas avant jeudi soir puisque le président est à l'étranger.

GERALD DARMANIN
Je ne suis pas maître des horloges et je suis très respectueux de la Constitution, donc je ne nomme pas le Gouvernement, je n'ai pas de commentaire à faire.

AUDREY CRESPO-MARA
La démission de Nicolas HULOT, après l'affaire BENALLA, l'affaire KOHLER, l'affaire NYSSEN, la croissance qui ne monte pas, le chômage qui ne baisse pas, finalement Emmanuel MACRON devient un président normal, mais lui sans le vouloir.

GERALD DARMANIN
Les affaires, vous pouvez les mettre entre guillemet, il y en a eu beaucoup depuis 14 mois, je pense que c'est le lot de tous les Gouvernements. Qu'ont-elles donné ces affaires ? Elles ont fait pschitt, moi je suis bien placé…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc c'est un président comme les autres.

GERALD DARMANIN
Je suis bien placé pour vous en parler. Non, c'est un président qui connaît, comme tout le monde, des attaques, et des attaques extrêmement fortes, mais ça a été le cas aussi de ses prédécesseurs et ce sera le cas, sans doute, de ses successeurs dans 10 ans. Donc, je crois qu'il faut relativiser les choses, ce qui compte c'est les résultats, et on ne juge pas une course de 100 mètres haies au bout de 10 mètres.

AUDREY CRESPO-MARA
Parlons des résultats. La croissance de la France est l'une des plus faibles d'Europe, 1,7 % pour 2018, 2,20 c'est la moyenne de la zone euro. La politique mise en place depuis 1,5 an n'a pas un effet fou sur l'économie quand même !

GERALD DARMANIN
C'est tout à fait faux, c'est très drôle cette comparaison…

AUDREY CRESPO-MARA
Les chiffres sont faux ?

GERALD DARMANIN
Parce que, en fait, 1,7 c'est exactement le taux de croissance que nous avions prévu dans le budget de l'année dernière…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous aviez prévu 2 % au début, le Gouvernement misait sur 2 %.

GERALD DARMANIN
C'est tout à fait faux, je suis bien placé pour vous dire que nous avons…

AUDREY CRESPO-MARA
On va reprendre vos premières déclarations.

GERALD DARMANIN
Nous avons construit un budget sur 5 ans avec 1,7 % de croissance, et d'ailleurs on nous disait que nous étions trop pessimistes. Nous avons réduit le déficit comme aucun Gouvernement ne l'a fait depuis 12 ans, et nous avons, et c'est incroyable, pris des dettes, des dettes très importantes, que personne n'avait pris auparavant, comme la SNCF, « morceau avalé n'a plus de goût » disait ma grand-mère, et on a fait la réforme de la SNCF sans détériorer nos comptes publics. Et nous baissons les impôts, je rappelle que l'année prochaine, il n'y a aucun remaniement de la parole du président de la République, nous baissons l'impôt sur les sociétés comme jamais on l'a baissée, nous baissons la taxe d'habitation comme jamais nous l'avons baissée, je crois que ce que vous devez comprendre, en tout cas c'est ce que nous faisons, c'est que toutes les propositions du président de la République, toutes, seront concrétisées dans le budget.

AUDREY CRESPO-MARA
Le déficit se creuse, le Gouvernement visait 2,3 % du PIB en 2018, ce sera ?

GERALD DARMANIN
Le Premier ministre a dit que nous aurons un léger ressaut, ce sera sans doute un déficit semblable à celui de l'année dernière, à 2,6, c'est-à-dire en-dessous des 3 %, qui n'avaient pas été atteints depuis 14 ans.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous misez sur 2,3, ça fait une sortie de route d'à peu près 6 milliards d'euros.

GERALD DARMANIN
Non, mais après on peut ergoter, comme on le fait souvent dans des bureaux administratifs, sur un 0,1 près, je ne pense pas que les Français ça les intéresse vraiment un 0,1 près. Est-ce que nous remplissons nos engagements européens ? Oui, pour la première fois depuis 13 ans…

AUDREY CRESPO-MARA
Alors ces 3 % justement…

GERALD DARMANIN
Est-ce que nous baissons les impôts ? Oui, nous les baissons. Est-ce que nous choisissons le travail ? Parce que regardez, quelqu'un qui travaille, moi je reviens de Tourcoing hier, dans ma commune, les gens qui…

AUDREY CRESPO-MARA
Et quelqu'un qui ne travaille pas, comme les retraités ?

GERALD DARMANIN
Les gens qui ne travaillent plus vous voulez dire.

AUDREY CRESPO-MARA
Oui.

GÉRALD DARMANIN
Eh bien ils espèrent que leur retraite ne connaisse pas d'autres difficultés comme les Européens, comme les pays du Sud l'ont connu, quand il y a un changement démographique, de baisse de retraite, il n'y aura pas de baisse de retraite.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais leur retraite, leurs pensions de retraite, ne vont augmenter que de 0,3 % quand il y a une inflation à 1,7, donc les retraités vont vivre moins bien avec vous.

GERALD DARMANIN
Mais c'est tout à fait faux, d'abord je vous rappelle que…

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas faux du tout.

GERALD DARMANIN
La dernière revalorisation était à 0,8, donc là on est à 0,3. Ça veut dire quoi ? – les chiffres c'est très intéressant – mais enfin, concrètement ça veut dire que pour quelqu'un qui touche une retraite moyenne, c'est 4 euros d'augmentation par mois, à 0,8 c'était 10 euros, il y a une différence de…

AUDREY CRESPO-MARA
Il y a un manque à gagner de 31 euros par mois pour les retraités.

GERALD DARMANIN
Mais c'est tout à fait faux, puisque nous supprimons la taxe…

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas faux du tout, vous pouvez me dire à chaque fois c'est faux, mais comme les pensions de retraite vont être désindexées de l'inflation, il y a un manque à gagner.

GERALD DARMANIN
Non, ce n'est pas vrai, puisque nous avons choisi de ne pas augmenter les retraites, nous avons choisi de baisser leurs impôts, tous les retraités que vous citez sont concernés par la baisse de la taxe d'habitation, et c'est en moyenne 45 euros par mois de moins, d'impôt l'année prochaine. Donc on peut faire les Shadocks, donner, comme sous le Gouvernement précédent, plus de subventions et puis augmenter les impôts, on a choisi de baisser les impôts, tous les retraités verront une baisse d'impôts très importante, et ce dès le mois d'octobre.

AUDREY CRESPO-MARA
La question entre nous ce sera pour la prochaine fois, on n'a plus le temps, désolée. Merci.

GERALD DARMANIN
Bon courage. Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 septembre 2018

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