Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur les efforts en faveur de l'industrie d'armement, à Jouy-en-Josas le 28 août 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur les efforts en faveur de l'industrie d'armement, à Jouy-en-Josas le 28 août 2018.

Personnalité, fonction : PARLY Florence .

FRANCE. Ministre des armées

Circonstances : Université d'été du MEDEF, à Jouy-en-Josas le 28 août 2018

ti :

Monsieur le Président, cher Geoffroy Roux de Bézieux,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,


Il y a un an, sur cette même estrade, je venais vous dire que les Armées françaises étaient face à un choix.

D'un côté, la route empruntée depuis la fin de la Guerre Froide. Celle de moyens plus contraints, de programmes retardés, encore retardés puis annulés. Celle de privations dangereuses et de réformes subies.

De l'autre, celle du redressement. Celle de moyens renouvelés, de programmes ambitieux. La route qui rend aux forces les moyens de mener leurs missions, qui donnent à nos Armées les moyens d'affronter les défis de demain.

Dès son élection, Emmanuel Macron l'a dit clairement : c'est cette route qu'il choisissait. Et dès les premières heures de son mandat, les paroles sont devenues des actes. 1,8 milliard d'euros supplémentaire pour l'année 2018, puis une loi de programmation militaire, votée cette année, qui accorde près de 300 milliards d'euros à la défense d'ici 2025. Grâce à ces moyens, nous renforcerons nos Armées et nous atteindrons l'objectif fixé par le Président de la République de consacrer 2% de notre PIB à la défense d'ici 2025.

Ce choix, c'était un impératif. Un impératif pour nos forces, pour nos industries, pour toute une base technologique et industrielle de défense qui regorge d'emploi et d'audace. C'était un impératif aussi dans le monde dans lequel nous vivons.

Le terrorisme frappe encore, menace aveugle qui n'épargne personne. Les grandes nations s'arment et tentent par tous moyens d'affirmer leur puissance. Certains de nos alliés, parmi les plus anciens, semblent pouvoir changer l'ordre du monde d'un tweet tandis que d'autres puissances, à l'est, se jouent des frontières en toute impunité.

Les frontières, justement, parlons-en. Quelles sont les frontières aujourd'hui ? Quelles sont les frontières quand les mêmes groupes djihadistes frappent avec les mêmes modes d'action indifféremment, partout dans notre continent ? Quelles sont les frontières, quand des Armées d'ennemis sans visage peuvent prendre d'assaut le cyberespace, bloquer nos économies, nos hôpitaux, nos moyens de transports ? Quelles sont les frontières, quand le changement climatique augure de déplacements de populations massifs, de tensions pour les ressources élémentaires ?

Il y a 50 ans, un des slogans de mai 68 affirmait « cours, jeune, le vieux monde est derrière toi ». Aujourd'hui, le vieux monde n'est plus. Nos grilles d'analyse sont obsolètes. Vous vous demanderez dans un instant si notre monde sera plus raisonnable. Cette loi de programmation militaire est une partie de la réponse. Notre défense devait s'adapter. C'est ce que nous avons choisi de faire.

La loi de programmation militaire 2019-2025 est la première en expansion depuis la fin de la guerre froide. Elle prépare notre défense aux nouveaux conflits, aux nouvelles menaces. Elle s'empare du défi essentiel de l'innovation. Elle lance le renouvellement massif de nos armements.

Ce renouvellement, justement, est devenu un impératif. Jetons un regard lucide sur nos équipements : utilisés très fortement dans des milieux abrasifs, ils sont pour certains anciens, trop anciens, dépassés, vieillissants.

Contrairement aux habitudes du passé, je n'ai donc annulé aucun contrat, procédé à aucune renégociation majeure. J'ai choisi une voie : réparer nos Armées, préparer l'avenir. Nous allons donc réparer les déficits capacitaires, relancer les programmes et les accélérer.

Pour l'armée de terre, nous allons accélérer le programme SCORPION et 50% des nouveaux blindés médians auront été livrés d'ici 2025. La marine bénéficiera de nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque, de nouvelles frégates, de patrouilleurs modernes en plus grand nombre. L'armée de l'air connaîtra l'arrivée de ses premiers drones armés, le renouvellement de sa flotte d'avions de chasse, de nouveaux et davantage d'avions ravitailleurs et de transport stratégique que prévus.

Armée de terre, marine, armée de l'air : aucune impasse n'a été faite. Tous voient leurs capacités renforcées, modernisées et, pour les plus stratégiques, accrues.

Ces moyens sont une chance. Ils sont aussi une responsabilité. Nous créons des attentes, il faut donc que chacun se montre à la hauteur. Il faut maintenant la vigilance de chacun pour que les budgets soient respectés. Il faut que le calendrier des programmes soit respecté, que chaque euro dépensé soit un euro utile.

Le ministère des Armées a commencé son travail, en lançant 16 chantiers de modernisation, pour simplifier les usages, moderniser les processus, numériser… Mais c'est une responsabilité collective.

Le ministère va montrer l'exemple et je pense notamment à la direction générale de l'armement, la DGA. J'ai annoncé au début de l'été sa transformation pour être plus réactive, plus efficace dans ces processus.

La DGA va se refonder. Elle fonctionnait trop en silo et la qualité exceptionnelle de nos ingénieurs de l'armement n'était mise à profit que de programmes longs, complexes, parfaitement menés mais trop imperméables aux changements.

Désormais, les états-majors et la DGA travailleront ensemble, en plateau, pour rapprocher les besoins militaires des capacités techniques. Nous allons simplifier les procédures d'acquisitions d'armement, pour gagner en souplesse et permettre de mieux intégrer l'innovation. Au lieu de 6 aujourd'hui, les programmes d'armement comprendront désormais seulement 3 phases, simples, logiques : préparation, réalisation, utilisation.

Nous allons réduire les délais, aussi, faciliter les processus de qualification et de mise en service. Et au lieu d'essais successifs menés d'abord par les industriels, puis à nouveau par la DGA, nous allons mutualiser ce qui peut l'être.

Évidemment, cette souplesse n'entrave en rien le contrôle. Nous allons rééquilibrer la relation entre le ministère et les industriels. Il s'agit que chacun prenne la juste part des choses, que l'Etat paie le prix juste, que les coûts de développement soient partagés, que les exportations soient prises en comptes, que les délais et les coûts soient partagés, que les perspectives d'exportation soient prises en compte. Il s'agit aussi, bien sûr, de mieux faire participer les industriels à la conception de nos programmes d'armement. C'est grâce à cette relation rééquilibrée, à ce contrôle, que pourront se créer les conditions d'une BITD pleinement opérationnelle, pleinement efficace.

La DGA va aussi revoir les carrières, permettre les ponts avec les autres services de l'administration comme avec le privé. Ces échanges sont une richesse, nous devons les permettre plus facilement.

La loi de programmation militaire assure des commandes, de l'activité, de l'emploi dans notre industrie de défense. La réforme de la DGA améliorera concrètement la vie de notre industrie. Il faut s'en montrer digne : tenir les délais, chercher les solutions, ne jamais se défausser de ses responsabilités. Je ne le ferai pas, mon ministère ne le fera pas, j'attends la même chose de chacun.

Dans cette tâche, je sais que je pourrai compter sur le MEDEF. Cher Geoffroy, je connais votre attachement et votre engagement pour nos Armées. Pendant des années, à la tête du comité de liaison défense, vous avez un animateur inlassable et une force de proposition, je voulais vous en remercier personnellement.

Car si la base industrielle de technologie de défense compte 200 000 emplois, 4 000 entreprises, chaque action compte. Je pense aux travaux du comité de liaison défense, intelligents, pertinents, documentés, sur les thèmes qui importent pour l'avenir de notre défense. Je pense aux parcours défense-entrepreneurs, qui tissent des liens entre nos Armées et le monde de l'entreprise, en plus d'aider à la réinsertion des anciens militaires. Je pense aux 525 entreprises qui ont déjà signé des conventions pour faciliter les engagements dans la réserve en même que l'activité professionnelle.

Toutes ces actions sont nécessaires. Elles permettent à nos réserves, si nécessaires pour nos Armées, de fonctionner, de réussir. Elles enrichissent les entreprises d'expérience et de savoir-faire. Alors que la loi de programmation militaire offre au salarié l'occasion d'un engagement plus important, la participation de toutes les entreprises est cruciale. L'implication du MEDEF l'est aussi. Multiplions les conventions et les initiatives, chacun en sera gagnant.

Toutes ces actions tissent des liens solides entre l'économie et la défense. Elles montrent que l'économie épaule notre défense, pour s'inspirer, pour s'engager. Elles montrent aussi que la défense est un des poumons de notre économie, un aiguillon pour notre recherche, un moteur pour l'innovation.

Car l'économie de défense, ce sont bien sûr quelques grands groupes mais ce sont aussi des PME, des ETI, des start-up… autant de structures de toute taille qui contribuent à améliorer nos équipements, nos matériels. Qui nous permettent de rester au niveau qui doit être le nôtre. Qui nous permettent de relever ce défi fondamental de l'innovation.

L'innovation. Pour beaucoup, c'est une incantation. Un mot que l'on prononce à l'emporte-pièce sans jamais rien mettre derrière. Pour moi, l'innovation, c'est un engagement : ce sont des paroles, mais ce sont surtout des actes.

En un an, nous avons créé DefInvest, le premier fonds d'investissement pour les pépites technologiques de défense. Déjà doté de 50 millions d'euros, il a réalisé en quelques mois ces trois premiers investissements.

Nous avons lancé le Plan Action PME, pour soutenir les PME de défense, encourager les bonnes pratiques de la part des grands groupes comme du ministère, pour maintenir les portes des Armées grandes ouvertes à tous les entrepreneurs.

Nous avons décidé l'augmentation des moyens de la recherche et de l'innovation du ministère, en y consacrant un milliard d'euros par an d'ici 2022.

Nous avons misé sur l'intelligence artificielle, lancé des recrutements, décidé d'y investir 100 millions d'euros par an.

Nous allons lancer, et j'ai la chance de vous l'annoncer ici, un grand forum de l'innovation de défense qui, à l'automne, rassemblera industriels, PME, start-up, chercheurs, investisseurs, acteurs publics. Il s'agira d'un événement clé pour réfléchir ensemble et agir ensemble pour le futur de notre défense.

Enfin, j'ai annoncé il y a quelques mois la création d'une agence pour l'innovation de défense. Cette agence va rassembler tous les acteurs du ministère et tous les programmes de soutien à l'innovation. Elle sera le phare de l'innovation du ministère, ouverte sur l'extérieur. Elle sera tournée vers l'Europe, visible à l'international. Elle permettra l'expérimentation, le soutien. Elle laissera toute sa chance à nos entrepreneurs. Elle entretiendra la soif de l'audace plutôt que la peur de l'échec.

Cette agence n'est plus un projet, c'est une réalité. Le 1er septembre, à la fin de cette semaine, elle sera officiellement créée et donnera le « la » de l'innovation dans tout le ministère. Elle enverra à l'international un signe fort : la France est une terre d'innovation. La France est ce pays, où l'on donne toutes ces chances à la recherche et à l'imagination. La France est ce pays, où un entrepreneur qui a une idée sera accueilli, choyé, aidé. L'avenir de nos technologies et du numérique ne se dessinent pas exclusivement dans la baie de San Francisco : la France compte bien tirer son épingle du jeu. Tout le gouvernement est mobilisé et les Armées prendront toute leur part.

A la tête de cette agence, j'ai choisi de nommer Emmanuel Chiva. C'est l'homme de la situation. Il connaît la défense, par son parcours professionnel et par son engagement en tant qu'officier de réserve. Il connaît l'entreprise, il y a construit toute sa carrière dans le domaine de la simulation et du numérique. Il connaît l'innovation, pour l'avoir pratiquée en pionnier et y avoir consacré de nombreuses publications. Et surtout, il possède cette envie d'entreprendre, de créer puisqu'il est lui-même un entrepreneur multirécidiviste à succès.

J'ai toute confiance en lui. Et sa nomination, illustre parfaitement ma vision de l'innovation de défense. Une innovation ouverte sur la recherche et l'économie civile. Une innovation pour qui l'entreprenariat n'est pas un concept hors-sol mais une réalité et une nécessité. Une innovation qui donnera à notre défense toutes les cartes pour répondre aux conflits de l'avenir. Une innovation, qui bénéficiera, aussi, aux technologies civiles et pourra améliorer, demain, le quotidien de tous.

Mesdames et messieurs, l'avenir de notre défense, c'est bien sûr et avant tout, l'avenir de notre protection, le combat contre le terrorisme, l'assurance que nous pourrons vivre et vivre libres. Mais l'avenir de notre défense, c'est bien plus que ça. Ce sont autant d'emplois dans nos entreprises. Autant de commandes, de savoir-faire échangés, de perspectives d'exportation. L'avenir de notre défense, ce sont autant d'inventions et d'innovations, qui serviront nos militaires et demain, sans doute, à la société toute entière.

Ces défis nous concernent tous. Notre succès sera collectif.

Merci à tous !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 13 septembre 2018

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