Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Europe 1 le 31 août 2018, sur la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, la politique agricole et sur le conflit entre pêcheurs français et anglais concernant la coquille Saint-Jacques. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec Europe 1 le 31 août 2018, sur la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, la politique agricole et sur le conflit entre pêcheurs français et anglais concernant la coquille Saint-Jacques.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Jusqu'à mardi, on ne vous connaissez pas bien, et puis Nicolas HULOT a démissionné à la radio, et a parlé de vous.

NICOLAS HULOT
Je n'ai pas réussi, par exemple, à créer une complicité de vision avec le ministre de l'Agriculture, alors que nous avons une opportunité exceptionnelle de transformer le modèle agricole.

AUDREY CRESPO-MARA
Depuis vous êtes, pour beaucoup, celui qui a eu la peau de Nicolas HULOT, vous êtes le seul qu'il désigne nommément « son ennemi de l'intérieur. »

STEPHANE TRAVERT
Il n'y a pas d'ennemi de l'intérieur, il y avait la force d'un collectif, et j'ai déjà eu l'occasion de dire que…

AUDREY CRESPO-MARA
On ne l'entend pas bien, là, la force du collectif !

STEPHANE TRAVERT
Je regrettais sa décision. C'est une décision personnelle, qui le regarde. Je le regrette, parce que ce gouvernement c'est un collectif, et ce travail collectif il est important pour être au rendez-vous des attentes qui sont les nôtres, notamment en matière environnementale.

AUDREY CRESPO-MARA
Je n'imaginais pas que vous me disiez le contraire, mais depuis plus d'un an, en tout cas, Nicolas HULOT, et vous, vous vous opposiez régulièrement sur des sujets essentiels à ses yeux, comme l'interdiction des pesticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles, comme l'interdiction du glyphosate, la loi Agriculture et Alimentation qui l'a obligé à de nombreux renoncements, comprenez-vous qu'il ait fini par douter de la véritable volonté du gouvernement d'agir ?

STEPHANE TRAVERT
Non, mais le gouvernement il est dans l'action, et nous avons prouv, depuis 15 mois, que nous étions au rendez-vous des attentes de nos concitoyens.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais pas les attentes de Nicolas HULOT.

STEPHANE TRAVERT
Sur les EGA, nous avons fait en sorte que, demain, les agriculteurs puissent vivre dignement de leur travail à travers le projet de loi. Nous avons sorti de la feuille de route pour la sortie progressive des pesticides, nous avons créé ensemble, avec Nicolas HULOT, la Task Force pour la sortie du glyphosate dans les 3 ans, et tout cela ce sont des actions concrètes.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais ce n'est pas inscrit dans la loi Agriculture.

STEPHANE TRAVERT
Mais, il n'est pas nécessaire, toujours, d'inscrire les choses dans la loi, ce qu'il faut c'est que nous soyons au rendez-vous de ce que nous avons à faire, et aujourd'hui la sortie du glyphosate c'est quelque chose qui est acté, la Task Force qui est créée depuis le 22 juin, et, dans les 3 ans, nous aurons réussi l'engagement du président de la République.

AUDREY CRESPO-MARA
On se souvient de la loi Agriculture et Alimentation votée en mai, avec plusieurs renoncements, pas de vidéosurveillance dans les abattoirs, pas d'interdiction d'élevages de poules en batterie, pas de mesure contre l'épandage de pesticides à proximité des lieux de vie, finalement elle se comprend de mieux en mieux cette démission.

STEPHANE TRAVERT
Mais, vous savez, la loi, d'abord, elle n'est pas votée, encore, il y a la deuxième lecture qui arrive à l'Assemblée nationale le 12 septembre prochain, et sur les différents sujets que vous soulevez, il y a des avancées qui ont été faites. Moi j'ai présenté, cette semaine, j'étais dans la Creuse, dans l'Allier, pour présenter la stratégie en faveur du bien-être animal, et tout cela ce sont des actions concrètes que nous avons mises en place, en lien avec les professionnels, en lien avec les filières, parce que c'est avec les filières que nous travaillons sur des démarches de progrès.

AUDREY CRESPO-MARA
Et tous les renoncements dont je viens de vous parler ?

STEPHANE TRAVERT
Il n'y a pas de renoncement.

AUDREY CRESPO-MARA
Ah ben si, les pas énumérés à l'instant.

STEPHANE TRAVERT
Il n'y a pas de renoncement, moi je ne suis pas dans cette optique, il n'y a pas de renoncement, il y a la volonté de travailler avec les filières, de ne mettre personne au pied du mur, de faire en sorte que personne ne soit stigmatisé, et d'avancer et d'avoir des résultats concrets, et ces résultats ils seront à la hauteur des espérances que chacune et chacun peut avoir sur ces sujets, qui sont éminemment importants pour notre environnement, et la cause animale, dont vous avez fait état.

AUDREY CRESPO-MARA
Tout à l'heure se tiendra le premier Conseil des ministres sans Nicolas HULOT, depuis mardi le gouvernement insiste sur le côté personnel de sa démission, et vous encore ce matin, mais cette démission ce n'est pas juste une démission, c'est un signal d'alarme qui est tiré, non ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, aujourd'hui nous le savons, nous avons la volonté, il y a une urgence écologique, environnementale, nous avons des aléas climatiques de plus en plus fréquents, des crises sanitaires, et aujourd'hui les agriculteurs le savent bien, et donc nous devons préparer cette transition écologique, cette transition agro-écologique, et cette transition agronomique, avec les agriculteurs, et nous devons le faire avec eux dans une démarche de progrès construite et partagée.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous n'êtes pas ici que pour vous défendre dans l'affaire HULOT, vous êtes ici pour faire plusieurs annonces, il faut reprendre la main. Premier sujet, la Commission européenne donne son accord pour indemniser les agriculteurs victimes de la sécheresse, cela représente une aide de quel montant ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, c'est toujours difficile de donner un montant. Moi, ce qui me satisfait aujourd'hui c'est que la Commission européenne a entendu notre appel. Demain, les agriculteurs, à la mi-octobre précisément, toucheront une avance sur les aides PAC, qui leur permettront d'avoir de la trésorerie.

AUDREY CRESPO-MARA
De quel ordre ?

STEPHANE TRAVERT
Tout cela c'est en fonction des critères d'éligibilité, difficile de vous donner un chiffre et un ordre, mais ils auront 70 % de l'aide qui normalement est versée à cette période, et qui est de 50 %, qui sera versée dès la mi-octobre, qui leur permettra d'avoir un apport de trésorerie pour acheter du fourrage, et ils ont la capacité, aussi la possibilité, de pouvoir soit pâturer les jachères, ou les faucher, de manière à pouvoir utiliser du fourrage parce que nous savons que la sécheresse, liée à la canicule, a entraîné un certain nombre d'éleveurs à utiliser les stocks d'hiver.

AUDREY CRESPO-MARA
Et ça risque de se reproduire chaque année.

STEPHANE TRAVERT
Exactement.

AUDREY CRESPO-MARA
Autre sujet important, depuis quelques jours a lieu une guerre violente de la coquille Saint-Jacques entre pêcheurs français et anglais, les règles ne sont pas les mêmes, il y a une autorisation de pêche chez les Anglais, mais pas chez les Français. Pourquoi que les règles ne sont pas les mêmes et où en est-on ?

STEPHANE TRAVERT
Alors, je me suis entretenu hier soir avec George EUSTICE, mon homologue britannique, nous avons tous les deux condamnés ce qui s'est passé, ces actes violents, avec des images, vous les avez vues, impressionnantes.

AUDREY CRESPO-MARA
Parce qu'il n'y a pas les mêmes règles, pourquoi ?

STEPHANE TRAVERT
Nous avons souhaité à ce que l'esprit de responsabilité revienne. La semaine prochaine, nous souhaitons qu'il y ait un accord entre les pêcheurs français et les pêcheurs anglais, et ils se réuniront ensemble la semaine prochaine, avec les industriels, pour faire en sorte de trouver les bases d'un accord qui permette de revenir à une situation apaisée. Et j'ai demandé à mon homologue, parce que je défends mes pêcheurs, parce que je défends la filière pêche française, de faire en sorte que les pêcheurs anglais ne viennent pas sous la ligne Barfleur-Antifer, c'est-à-dire la zone où se sont passés ces heurts, en attendant que nous puissions avoir les contacts et les réunions nécessaires pour trouver les solutions.

AUDREY CRESPO-MARA
Enfin, vous voulez reparler de l'interdiction des néonicotinoïdes, ces pesticides tueurs d'abeilles, que vous ne vouliez pas voir interdits il y a un an, ça vous avez valu votre premier conflit avec Nicolas HULOT, à l'époque Emmanuel MACRON avait tranché en faveur de Nicolas HULOT. Ils seront bannis à partir de samedi en France, finalement c'est la victoire posthume de Nicolas HULOT.

STEPHANE TRAVERT
Oui, mais moi je n'ai jamais… reprenez toutes les déclarations que j'ai pu faire, je n'ai jamais dit que j'étais contre la suppression des néonicotinoïdes.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne vouliez pas les voir interdits, c'était le 26 juin 2017.

STEPHANE TRAVERT
Non, ce n'était pas tout à fait ça.

AUDREY CRESPO-MARA
Sur BFM.

STEPHANE TRAVERT
Ce n'était pas tout à fait ça.

AUDREY CRESPO-MARA
Si, si.

STEPHANE TRAVERT
La situation, clairement, c'était de dire que, il y a la loi, et moi je m'appuie sur la loi et la science. Nous avons une loi, demain, 5 néonicotinoïdes seront interdits, eh bien cela correspond aux engagements qui avaient été pris dans la loi Biodiversité de 2016.

AUDREY CRESPO-MARA
C'est 5, sur ?

STEPHANE TRAVERT
Cinq sur 130. 130, aujourd'hui, usages, il y a 130 usages, et sur ces 130 usages il y a 124 usages sur lesquels nous avons des alternatives, et il y a 3 usages, aujourd'hui, pour lesquels nous n'avons pas d'alternative, c'est le figuier, le navet et le noisetier. Et donc là, pour les ravageurs, il faut trouver des solutions aux agriculteurs, mais 3 usages sur 130 cela ne fait pas beaucoup, et donc nous appliquerons la loi à partir du 1er septembre.

AUDREY CRESPO-MARA
Allez, maintenant la question que je ne devrais peut-être pas vous poser, c'est off, entre nous. Vous avez une maison dans un village de la Manche, où vivent votre femme et vos enfants, que vous rejoignez dès que vous le pouvez, dans votre jardin, pour le désherber, est-ce que vous mettez du glyphosate ?

STEPHANE TRAVERT
Jamais.

AUDREY CRESPO-MARA
Parce que c'est dangereux ?

STEPHANE TRAVERT
Je désherbe mon jardin à la main, et j'ai un palmier, j'ai un saule pleureur absolument magnifique, j'ai un gunnera, parce que c'est un territoire de marais, et donc il y a de l'eau…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc pas de glyphosate…

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr que non !

AUDREY CRESPO-MARA
Vous savez envie qu'on se débarrasse de ce poison le plus vite possible.

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr, j'en suis convaincu, et nous trouverons les solutions.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci beaucoup Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 septembre 2018

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