Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec RTL le 4 septembre 2018, sur la protection du patrimoine et le projet de loi ELAN. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires, avec RTL le 4 septembre 2018, sur la protection du patrimoine et le projet de loi ELAN.

Personnalité, fonction : MEZARD Jacques, CALVI Yves .

FRANCE. Ministre de la cohésion des territoires;

ti :
YVES CALVI
Bonjour Jacques MEZARD.

JACQUES MEZARD, MINISTRE DE LA COHESION DES TERRITOIRES
Bonjour.

YVES CALVI
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin sur RTL. Vous êtes ministre de la Cohésion des territoires ; c'est donc vous qui portez ce fameux projet de loi ELAN dont on parle beaucoup ces derniers jours, depuis notamment la sortie de notre camarade Stéphane BERN que je recevais hier à votre place et au même horaire. « Les élus locaux veulent la peau des architectes des bâtiments de France », voilà ce que nous disait Stéphane hier. « Avec cette loi ELAN, les avis de ces architectes pourront être contournés et les bâtiments insalubres et dégradés pourront être démolis. » Que lui répondez-vous ?

JACQUES MEZARD
Je ne veux aucune polémique avec Stéphane BERN. L'action qu'il mène, on en a besoin. Elle est extrêmement utile et la défense du patrimoine, c'est un objectif que nous partageons. Il ne s'agit pas d'allumer un conflit entre les élus locaux et les architectes des bâtiments de France. Nous avons besoin d'architectes des bâtiments de France mais aussi on a besoin du travail des élus locaux dans ce pays. C'est grâce à eux que depuis des décennies, beaucoup de patrimoine a été préservé dans les collectivités.

YVES CALVI
Ce n'est pas perçu par tout le monde de cette façon-là. Pardonnez-moi, vous dites partager le même objectif que Stéphane, c'est-à-dire préserver notre patrimoine.

JACQUES MEZARD
Bien sûr.

YVES CALVI
Très bien. En quoi votre loi ELAN va-t-elle protéger notre patrimoine si l'on peut désormais par exemple installer des pylônes de téléphonie mobile n'importe où ?

JACQUES MEZARD
Ce n'est pas n'importe où. D'abord, nous ne supprimons pas l'avis de l'architecte des bâtiments de France.

YVES CALVI
Vous le rendez consultatif.

JACQUES MEZARD
Dans deux cas simplement qui sont deux cas extrêmement réduits, c'est-à-dire les antennes de téléphonie mobile dont on sait que nous en avons besoin pour une certaine période en attendant que la fibre soit partout. Dans certains cas effectivement, nous passons d'un avis conforme, c'est-à-dire autoritaire, à un avis simple de discussions, de négociations avec les maires. Le deuxième cas, c'est l'habitat indigne. Je dis bien l'habitat : lorsqu'il y a un habitat qui met en danger la santé ou la sécurité des habitants.

YVES CALVI
On ne touche pas aux églises, on ne touche pas aux bâtiments protégés. On protège notre patrimoine.

JACQUES MEZARD
Evidemment.

YVES CALVI
Vous vous y engagez ?

JACQUES MEZARD
Mais bien sûr. Mais il n'a jamais été question… Non seulement il n'en a jamais été question. S'il y a encore des églises d'une grande qualité dans ce pays, c'est grâce à l'action des élus locaux ; il faut le dire aussi de la loi de 1905, donc ça c'est la réalité.

YVES CALVI
Je vais revenir aux élus locaux, ça fait deux fois que vous les citez. J'ai bien compris que c'est une préoccupation. Vous êtes par ailleurs ministre de la Cohésion des territoires donc je peux comprendre. Mais est-ce que vous pensez que cette polémique a été lancée justement par les architectes des bâtiments de France ?

JACQUES MEZARD
Il est normal que chaque corporation se défende. Je considère que nous avons besoin des architectes des bâtiments de France, mais l'infaillibilité pontificale ça suffit aussi. Ils n'ont pas toujours raison sur tout.

YVES CALVI
Mais c'est un lobby ? Ils défendent leur fromage ?

JACQUES MEZARD
Mais ce n'est pas leur fromage parce qu'on ne peut pas dire qu'ils soient très, très chèrement payés. Ils font beaucoup de travail, ils ont beaucoup de travail, mais il faut considérer dans ce pays qu'il faut tenir compte de l'avis des uns et des autres. On ne supprime pas leur avis : on passe d'un avis conforme à un avis simple simplement sur deux cas dont l'habitat indigne. Parce que je vous rappelle que l'habitat indigne, c'est la sécurité de nos concitoyens. Quand il y a un incendie, on va rechercher la responsabilité de qui ? Du préfet, de l'Etat et du maire, pas de l'ABF que je sache. On ne peut pas me demander à la fois de lutter contre l'habitat indigne, et on en a besoin de lutter contre l'habitat indigne, et de ne pas prendre ce type de mesure où on a besoin de concertations, de discussions. J'ajoute sur les centres villes que je viens de lancer l'Action ville moyenne « Coeur de ville » sur 222 villes pour sauver, pour préserver justement nos centres villes, avec 5 milliards d'euros qui sont fléchés avec nos partenaires ACTION LOGEMENT et la CAISSE DES DEPOTS. Ça, c'est une action forte pour préserver les centres villes. C'est pour ça que je dis que nous avons des objectifs communs et une partie des villes qui ont été retenues par Stéphane BERN sont dans le dispositif Action Coeur de ville.

YVES CALVI
Vous faites appel au sens de la responsabilité des élus. On a compris l'hommage que vous leur rendez mais il faut aussi dire que ça arrange bien les promoteurs de pouvoir se passer de ces avis et vous le savez parfaitement, Monsieur le Ministre.

JACQUES MEZARD
Non, il ne se passe pas de ses avis.

YVES CALVI
Mais si.

JACQUES MEZARD
Non, non. D'abord, c'est sûr très peu de cas et concernant l'habitat indigne et, ensuite, l'ABF continue à donner son avis et le maire qui ne suivrait pas cet avis, qui ne discuterait pas avec l'ABF, il prend aussi ses responsabilités. Alors là, on donne des conséquences médiatiques qui sont hors de proportion avec la réalité parce que, je le répète, nous poursuivons le même objectif.

YVES CALVI
Mais alors, pardonnez-moi, dans ce cas-là – et j'en reviens à Stéphane et après on revient sur le fond - vous nous dites qu'il est quoi ? Sous l'emprise des architectes des bâtiments de France ? Qu'on l'a mal informé ?

JACQUES MEZARD
Oui, je crois qu'il est mal informé.

YVES CALVI
C'est un garçon qui travaille ses dossiers, je peux vous le dire.

JACQUES MEZARD
Oui, mais écoutez, je crois totalement à sa bonne foi. Je crois totalement, et je le sais, à sa volonté d'aller dans ce sens de la préservation du patrimoine mais nous avons le même objectif. Je crois effectivement qu'il a été pas complètement informé sur la réalité de cette loi et que mettre en place une polémique qui vise à opposer les élus locaux aux ABF, je ne pense pas que ce soit dans l'intérêt justement de la préservation du patrimoine. Nous avons besoin des deux.

YVES CALVI
Sur ce dossier et ce sera ma dernière question, on a parlé des lobbies la semaine dernière et du lobby des promoteurs et des élus locaux. Ça peut paraître crédible, ça fonctionne ensemble, vous le savez très bien. Je ne vous dis pas que tous nos élus locaux sont sous la coupe du lobby immobilier mais je vous dis simplement qu'il y a des intérêts communs qui peuvent être parfois confondus.

JACQUES MEZARD
Monsieur CALVI, la préservation du patrimoine dans nos 36 000 communes, vous croyez que c'est vraiment en lien direct avec les promoteurs ? Mais moi, j'ai tout fait pour préserver et pour sauver des églises.

YVES CALVI
Si vous voulez détruire des quartiers entiers…

JACQUES MEZARD
Mais il ne s'agit pas de détruire des quartiers entiers, il s'agit de préserver les centres villes justement et il s'agit de rendre à nos concitoyens un habitat digne d'eux.

YVES CALVI
Le texte est passé. Selon vous, il n'y a plus de débat de toute façon. Il a été voté.

JACQUES MEZARD
Il y aura une commission mixte paritaire, mais je constate que tant la majorité de l'Assemblée nationale que la majorité du Sénat ont suivi ces propositions. Moi, bien sûr que je suis tout à fait d'accord pour travailler avec les ABF et avec Stéphane BERN. Je n'ai non seulement rien contre eux mais je pense que nous avons besoin de cette concertation.

YVES CALVI
La main tendue à Stéphane BERN, j'ai bien entendu. Vous serez au Conseil des ministres demain ?

JACQUES MEZARD
Ecoutez, le président de la République et le Premier ministre s'exprimeront cet après-midi. Ce n'est pas moi de m'exprimer à leur place, vous voyez.

YVES CALVI
J'entends bien. Emmanuel MACRON a-t-il choisi son futur ministre de la Transition écologique ? Est-ce que vous êtes tenus au courant en tant que membre du gouvernement ?

JACQUES MEZARD
Ils sont en train de travailler. J'ai échangé rapidement sur un sujet hier avec le président de la République. Moi je continue à travailler, je suis au boulot.

YVES CALVI
Très bien. Et la polémique qui vous a opposé à Stéphane, notamment sur ce dossier, a-t-il perturbé u votre engagement et est-ce que vous pensez que ça puisse peser sur votre maintien au gouvernement ? Je suis sûr que vous avez eu ces conversations avec le Premier ministre ; c'est normal d'ailleurs.

JACQUES MEZARD
Je n'ai pas l'idée que cette polémique soit de nature à peser sur une quelconque décision et puis il est normal que Stéphane BERN s'exprime comme d'autres. C'est ça, la vie publique. Je suis un démocrate et je considère aussi que toutes les sensibilités doivent pouvoir s'exprimer dans ce pays.

YVES CALVI
Donc comme tous les démocrates, vous lisez les sondages et nos confrères de l'Ifop nous annoncent ce matin que le président MACRON perd 10 points. C'est énorme, on n'a quasiment jamais vu ça. Qu'est-ce que ça vous inspire comme commentaire, Monsieur le ministre ?

JACQUES MEZARD
Ce sont les difficultés aujourd'hui de la vie publique, je dirais au niveau mondial. Tous nos pays sont confrontés à des mutations sociologiques et technologiques qu'on n'a jamais connues et avec une accélération qu'on n'a jamais connue. La vie publique n'a pas anticipé ces mutations. Dans tous les pays, on le voit.

YVES CALVI
Ça n'explique pas que le Président perde 10 points en un été, avec en plus des affaires ridicules.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, c'est vous qui le dites. Si elles sont ridicules, peut-être serait-il bon de leur donner moins d'importance, donc je ne vous le fais pas dire. Mais la réalité, c'est pour moi cela : c'est-à-dire que la vie publique est devenue extrêmement difficile, que les choses au point de vue de la communication, au point de vue des prises de décision ont changé et qu'il faut que nos sociétés démocratiques où la représentation démocratique est quelque chose auquel nous sommes très attachés mais qui n'a pas vécu ces mutations avec, je dirais, suffisamment d'anticipation.

YVES CALVI
Bon. Il faut préserver le prélèvement à la source, Monsieur le ministre ? Ce sera ma dernière question.

JACQUES MEZARD
Ecoutez, je crois en tout cas qu'il est nécessaire que ce prélèvement s'applique sans qu'il y ait de gros bugs. Et donc qu'on prenne des précautions supplémentaires, ça me paraît sage.

YVES CALVI
Vous y êtes donc favorable mais vous nous dites qu'il faut faire attention.

JACQUES MEZARD
Oui.

YVES CALVI
Merci infiniment, Jacques MEZARD, d'être venu faire le point sur tous les dossiers qui nous animent en ce moment. Bonne journée à vous.

JACQUES MEZARD
Merci à vous.

YVES CALVI
Et vous êtes le bienvenu sur RTL.

JACQUES MEZARD
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2018

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