Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 3 septembre 2018, sur la démission de Nicolas Hulot du gouvernement et la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 3 septembre 2018, sur la démission de Nicolas Hulot du gouvernement et la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : LECORNU Sébastien, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Audrey CRESPO-MARA, bonjour Nikos ALIAGAS.

AUDREY CRESPO-MARA
Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique, donc auprès de personne depuis la démission de Nicolas HULOT. On nous a dit que le gouvernement serait au complet demain, est-ce que je dois me préparer à vous appeler Monsieur le ministre ou Monsieur le déçu ?

SEBASTIEN LECORNU
Vous n'êtes pas la première à poser la question ces temps-ci, je pense que c'est le jeu des commentateurs et des observateurs politiques. La composition d'un gouvernement appartient au Premier ministre et au président de la République.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez peur de faire un faux pas tant que rien n'est décidé.

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais j'aime bien les institutions de la Ve, j'en suis un fervent militant, donc si je l'ai bien lue, le Premier ministre formule les propositions au président de la République, qui lui nomme les ministres.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous êtes candidat à la succession de Nicolas HULOT évidemment ?

SEBASTIEN LECORNU
Je crois pouvoir vous dire que le Premier ministre forme les propositions au président de la République, qui…

AUDREY CRESPO-MARA
En vrai ?

SEBASTIEN LECORNU
Blague à part, je suis heureux de faire ce que je fais aujourd'hui.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc vous n'êtes pas candidat, ça ne vous intéresse pas ?

SEBASTIEN LECORNU
Je suis heureux de faire ce que je fais aujourd'hui, et le Premier ministre fait des propositions au président de la République. Respectons les institutions, les Françaises et les Français ne comprendraient pas qu'on se lance dans un jeu de cooptations ou de spéculations.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais j'imagine que ce poste-là vous intéresse, vous qui êtes secrétaire d'Etat…

SEBASTIEN LECORNU
Je vais redire pour la quatrième fois que le Premier ministre formule des propositions au président de la République, et c'est bien de respecter les institutions parce que si les membres du gouvernement ne les respectent pas, qui va les respecter ?

AUDREY CRESPO-MARA
Et ce serait mal vu de la part du président et du Premier ministre…

SEBASTIEN LECORNU
Ça serait mal vu des Français que de ne pas respecter les institutions.

AUDREY CRESPO-MARA
Votre chance, en tout cas, c'est que l'hypothèse COHN-BENDIT ministre s'est évanouie hier soir sur LCI quand il a annoncé qu'il n'irait pas.

SEBASTIEN LECORNU
Une fois de plus, je le redis…

AUDREY CRESPO-MARA
C'était un bon choix, c'était une bonne idée ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais je ne suis pas là pour commenter des choix des uns et des autres, des choix qui ne sont pas encore faits d'ailleurs, une fois de plus il appartient au président de la République et au Premier ministre de trouver la bonne personne et le bon candidat, et quelle qu'elle soit, cette personne sera la bonne personne. Vous savez, au-delà des affaires de personne, c'est-à-dire la démission de Nicolas HULOT d'un côté, ou la nomination d'un nouveau ministre de l'autre, ce qui compte, fondamentalement, c'est la politique qu'on va mener, et cette politique, en matière écologique, elle s'inscrit dans une continuité, continuité voulue par le chef de l'Etat, avec notamment deux grands plans qui se structurent ce que nous faisons depuis 15 mois, qui vont continuer de le faire, le plan Climat d'un côté, et le plan Biodiversité de l'autre. Dans un contexte en plus difficile, parce qu'on peut donner des leçons d'écologie à tout le monde, la situation internationale est quand même beaucoup plus compliquée, sur les questions climatiques, qu'elle ne l'était, on voit bien avec les décisions de monsieur TRUMP…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc qu'importe qui incarnera ce ministère ?

SEBASTIEN LECORNU
Au fond c'est un travail d'équipe, déjà la question écologique elle est interministérielle. Comment faire de l'écologie sans l'Education nationale, en ce jour de rentrée scolaire ? Comment le faire sans ministre des Affaires étrangère ? Comment le faire sans Bercy, notamment avec le ministre de l'Economie ? de toutes les façons, il y a un cap qui a été fixé, dans un contexte difficile à l'international, je le disais, dans un contexte difficile sur le redressement des finances publiques, sur lequel il faut faire des choix courageux, et donc l'impulsion qui a été donnée, avec Nicolas HULOT, c'est une évidence, mais aussi par le Premier ministre et le président de la République, elle doit continuer, elle devra continuer, et d'ailleurs je crois que cette semaine, avec Brune POIRSON nous expédions les affaires courantes, nous avons démontré que justement tous ces dossiers continuaient d'avancer, parce qu'il y a une urgence environnementale, une urgence écologique.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, après sa démission à la radio, Nicolas HULOT est revenu dans son ministère pour dire « au revoir » à ses équipes, vous l'avez vu, vous lui avez parlé, que vous êtes-vous dit exactement ?

SEBASTIEN LECORNU
Là aussi, je crois que beaucoup de choses ont été dites, mais… conversation amicale, enfin 15 mois, le temps est là pour créer une véritable amitié, une véritable complicité avec lui, moi j'ai été très fier de bosser avec, c'est vrai qu'on a eu une conversation de fond, plutôt intellectuelle d'ailleurs, comme conversation, pas du tout politique, sur le sens de l'action, et on discutait entre son expérience de patron d'ONG, de la fondation qu'il a créée après l'aventure « Ushuaia », et il me confiait cette phrase, que j'ai déjà donnée publiquement, je la redonne ce matin : c'est une chose que d'arriver à éveiller les consciences et à lancer des alertes, s'en est une que de réussir à transformer cela en politique publique. Et c'est vrai que c'est tout le noeud que moi-même j'ai pu ressentir lorsque j'étais jeune maire de Vernon, entre l'impulsion…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ce n'était pas un vrai ministre, c'est ce que vous me dites à demi-mots ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, mais qu'est-ce que c'est qu'un vrai ministre, qu'est-ce que c'est qu'un vrai homme politique ? moi je ne sais pas répondre à ces questions, ce que je dis juste c'est qu'il faut que, à l'aune de la démission de Nicolas, ça permet de rappeler aussi à nos concitoyens que, mine de rien, la transformation d'un pays c'est quelque chose de difficile, et que ça prend du temps, et que parfois il y a de la frustration à cela, frustration, d'ailleurs, que moi-même j'ai pu ressentir quand j'étais maire.

AUDREY CRESPO-MARA
Frustration, et une liste de renoncements qui était longue aux yeux de Nicolas HULOT, sur le nucléaire, l'objectif des 50 % en 2025 qui est remis aux calendes grecques, la construction de plusieurs EPR envisagée, l'interdiction du glyphosate qui n'est pas inscrite dans la loi Agricole, le dernier cadeau fait aux chasseurs avec le coût du permis divisé par deux…

SEBASTIEN LECORNU
Donc vous allez me laisser le temps de réagir sur chacun de ces propos j'imagine…

AUDREY CRESPO-MARA
Pas du tout, mais cette liste, vous l'avez entendue.

SEBASTIEN LECORNU
Le temps de dire que le nucléaire, aucun choix n'est encore fait, que le glyphosate c'est une interdiction dans 3 ans au lieu de 15 ans, qu'il n'y a pas de cadeau fait aux chasseurs, mais une réforme équilibrée entre justement la chasse et la biodiversité…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc Nicolas HULOT dit n'importe quoi ?

SEBASTIEN LECORNU
Avec l'instauration d'une véritable police de la chasse. Nicolas HULOT n'a pas cité la chasse comme étant une réforme qui pose problème…

AUDREY CRESPO-MARA
Ah il a parlé de cette dernière réunion !

SEBASTIEN LECORNU
Non, non, vous réécouterez l'interview, il dit que c'est une bonne réforme, tant pour les chasseurs que pour la biodiversité, il pointait d'autres difficultés…

AUDREY CRESPO-MARA
On n'a pas écouté la même interview alors !

SEBASTIEN LECORNU
On la réécoutera ensemble, et donc là aussi je réfute l'idée que cette réforme serait uniquement pro-chasse, au contraire c'est une réforme pour la nature et pour la ruralité, j'en suis fier.

AUDREY CRESPO-MARA
Emmanuel MACRON connaît une mauvaise passe avec cette démission de Nicolas HULOT, mais aussi les doutes sur la mise en place du prélèvement à la source pour les impôts, qui pourrait finalement ne pas se faire au 1er janvier. Pour la première fois Emmanuel MACRON a la main qui tremble ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, là aussi il faut savoir ce qu'on veut. Parfois il arrive que les commentateurs disent que le président de la République ne s'intéresse pas au quotidien des Français, qu'il est loin de la base, etc., et quand il démontre…

AUDREY CRESPO-MARA
Parfois on peut ne pas avoir la langue de bois comme vous.

SEBASTIEN LECORNU
Je suis en train de vous répondre justement, et parfois, quand il s'intéresse justement à l'art d'exécution, au détail d'une réforme, aussi importante, aussi complexe techniquement, qu'a remarquablement bien préparé Gérald DARMANIN et ses équipes de Bercy…

AUDREY CRESPO-MARA
Ce n'est pas prêt.

SEBASTIEN LECORNU
Là on dit le président de la République a la main qui tremble, non. Moi je trouve ça complètement normal qu'au moment où cette réforme est techniquement complexe, où elle est prête…

AUDREY CRESPO-MARA
Plus complexe que prévu.

SEBASTIEN LECORNU
Non, je crois qu'elle a toujours été complexe, elle a été reportée d'1 an une première fois, c'est bel et bien qu'elle était complexe…

AUDREY CRESPO-MARA
Elle pourrait l'être à nouveau.

SEBASTIEN LECORNU
Gérald DARMANIN a indiqué que la réforme était techniquement prête, et moi je lui fais complètement confiance, mais il est normal que le chef de l'Etat prenne le temps de faire un arrêt sur image, pour s'assurer justement de la bonne application. Il n'est pas rare que le chef de l'Etat, ou le chef du gouvernement, Edouard PHILIPPE, demandent des comptes à leurs ministres, pour s'assurer que tout va bien, je pense que c'est plutôt rassurant pour les Françaises et les Français de savoir que le chef de l'Etat s'intéresse à l'art d'exécution et aux détails.

AUDREY CRESPO-MARA
Quel est le vrai problème, la mise en place technique qui est complexe, ou vous avez peur que les Français aient l'impression de perdre encore de l'argent ?

SEBASTIEN LECORNU
Non, je crois qu'il y a un enjeu technique important. C'est un véritable chantier de transformation, vous savez. D'autres pays européens sont passés par là bien avant nous, notre système est un système encore plus complexe que d'autres pays européens, je crois que, je ne suis pas un professionnel de ces questions, mais il y a plus de 400 niches fiscales dans notre pays, ça veut dire que c'est autant de situations qu'il faut savoir gérer sur l'application du prélèvement à la source. Les équipes de Bercy sont des équipes réputées pour leur sérieux et leur rigueur…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais il y aurait des bugs, résolus cet été, avant de réapparaître.

SEBASTIEN LECORNU
Le ministre DARMANIN s'est complètement engagé sur la pédagogie de cette réforme, avec des efforts importants de pédagogie, d'explications, il est normal, techniquement, de regarder les choses de près, je pense que ça ne choque personne au fond, ne montons pas les choses en épingle.

AUDREY CRESPO-MARA
Allez maintenant la question que je ne devrais peut-être pas vous poser, c'est off, entre nous. Il y a 5, 6 ans vous étiez gendarme de réserve, avec le grade de lieutenant, et vous avez été le commandant du peloton d'Alexandre BENALLA, vous le connaissez bien, avez-vous été étonné par ce qui s'est passé ?

SEBASTIEN LECORNU
Je n'ai pas de jugement à porter, en plus sur une affaire judiciaire en cours…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais avez-vous été étonné ? C'est votre sentiment…

SEBASTIEN LECORNU
Oui, un peu étonné, mais je vais vous dire, moi je n'aime pas réécrire l'histoire, j'ai commandé le brigadier BENALLA, effectivement dans l'Eure, entre 2012 et 2014, parmi plusieurs dizaines de gendarmes de réserve que j'ai pu commander sur le terrain, et j'ai le souvenir d'un très bon gendarme. Alors après, quoi qu'il ait fait le 1er mai, ça sera à la justice d'y répondre.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous avez des nouvelles ?

SEBASTIEN LECORNU
J'ai pris des nouvelles de sa santé, pour tout vous dire…

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors ?

SEBASTIEN LECORNU
A l'été ; je n'ai pas à trahir cet échange entre nous ; mais, quelle que soit la situation dans laquelle se trouve les gens, quelles que soient éventuellement les erreurs ou les fautes qu'ils aient pu commettre, c'est vrai que je me soucie souvent de la santé des gens qui m'entourent.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Sébastien LECORNU.

SEBASTIEN LECORNU
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 septembre 2018

Rechercher