Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec LCI le 5 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec LCI le 5 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

ti :

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous, notre invité ce matin c'est effectivement le ministre de l'Economie Bruno Le MAIRE, bonjour Bruno Le MAIRE…

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Christophe JAKUBYSZYN.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci d'être avec nous. Vous êtes donc évidemment le ministre de l'Economie et donc j'ai envie de vous dire de la croissance et du pouvoir d'achat des Français - vous savez que c'est sensible en ce moment – beaucoup de questions à vous poser donc sur le pouvoir d'achat. Mais on commence par évidemment cette annonce hier soir, finalement il y aura bien un prélèvement à la source au 1er janvier sur nos feuilles de paie après 10 jours de tergiversations, vous êtes rassuré Bruno Le MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je suis surtout content parce que je pense que c'est une bonne décision pour les Français, une bonne décision pour les ménages, une bonne décision pour tous ceux qui paient l'impôt sur le revenu d'être étalé sur 12 mois au lieu de 10, une bonne décision pour tous ceux dont le revenu change d'une année sur l'autre – il y a 40 % de Français dont le revenu change d'une année sur l'autre – il n'y aura plus de décalage, cette fois-ci ils auront directement le prélèvement, ils n'auront pas des difficultés de trésorerie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est-à-dire que la situation change, si on est au chômage ou si on devient retraité…

BRUNO LE MAIRE
Ca sera traité tout de suite.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Automatiquement…

BRUNO LE MAIRE
Automatiquement il y a une adaptation à votre niveau de revenu ; Et puis il y a ce qu'a annoncé le Premier ministre hier, qui je crois est une très bonne nouvelle sur tout ce qui concerne les crédits d‘impôt…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va en parler, on va rentrer dans les détails parce qu'effectivement tout n'est pas clair et je sais que vous allez nous apporter des éclaircissements. Simplement est-ce qu‘au fond, à un moment donné, la main du Président a tremblé ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je crois surtout que le Président de la République s'est posé les bonnes questions : est-ce que nous sommes techniquement prêts ? Est-ce que sur ce dont on va parler, le crédit d'impôt et les emplois à domicile par exemple, les dons, il y a bien des mesures spécifiques qui sont prévues ? Est-ce que l'accompagnement des entreprises, notamment les plus petites entreprises, a été prévu ? Il fallait apporter des réponses, les questions du Président de la République elles étaient légitimes - je dirais même qu'elles étaient nécessaires – et Gérald DARMANIN a apporté toutes les réponses utiles.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais on a eu l'impression qu'un changement d'homme, psychologique, au sein du Gouvernement, on a l'impression qu'effectivement il a fallu que le Premier ministre Edouard PHILIPPE, Gérald DARMANIN le ministre du Budget et peut-être vous-même vous rassuriez le Président ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous sommes là pour rassurer surtout les Français et pour donner des garanties au Président de la République. Quand on fait une transformation de cette importance dans le système fiscal français, pour la première fois l'impôt sur le revenu va être prélevé à la source, il est légitime que le Président de la République pose toutes les questions - je trouve que c'est bien qu'il s'intéresse aux détails techniques – et c'est nécessaire que nous, avec Gérald DARMANIN, nous apportions toutes les réponses techniques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous êtes ministre du pouvoir d'achat, on est d'accord, donc est-ce que vous avez eu peur vous aussi qu'à un moment donné, que fin janvier quand on va avoir notre feuille de paie avec – 5 %, 10, - 15 %, quelque part on consomme moins ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je pense que les Français ils sont déjà... lorsqu'ils touchent leur revenu ils calculent déjà ce qui va leur être prélevé par l'impôt sur le revenu, donc je ne crois pas à cet effet psychologique, je pense que chacun sait que ce qu'il paie comme impôt sur le revenu il voit sa feuille de paie et il en déduit son impôt sur le revenu, là ça sera fait simultanément, ça sera beaucoup plus simple pour les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors quand même vous aviez un petit peu peur que ça ait un impact puisque vous allez nous annoncer ce matin, Bruno Le MAIRE, qu'au fond tous les Français qui aujourd'hui embauchent quelqu'un - une femme de ménage, une garde d'enfant - auront la bonne surprise d‘avoir un virement du Trésor public le 15 janvier, qu'est-ce qui va se passer le 15 janvier ?

BRUNO LE MAIRE
Il y aura une avance de trésorerie qui va être faite par le Trésor public, nous avons calculé sur l'année 2018 ou sur les années passées ce dont vous avez bénéficié comme réduction d'impôt au titre par exemple de l'emploi à domicile ou des dons, ou de l'investissement locatif, réduction d'impôt ou crédit d'impôt…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc aujourd'hui on a, par exemple quand on une femme de ménage, 50 % remboursé…

BRUNO LE MAIRE
Exactement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En crédit d'impôt ?

BRUNO LE MAIRE
Donc, vous avez une réduction d'impôt si vous payez l'impôt sur le revenu et vous avez désormais aussi depuis 2017 – c'est une décision du Président de la République et du Premier ministre qui est très importante – un crédit d‘impôt pour tous ceux qui emploient des personnes à domicile et qui ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu, pour toutes les personnes âgées, toutes les personnes retraitées par exemple qui sont aidées ou accompagnées elles bénéficient de ce crédit d'impôt quand elles ne paient pas d'impôt sur le revenu, c'est en termes de pouvoir d'achat d'ailleurs un avantage très important. Désormais le 15 janvier…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc le 15 janvier vous allez rendre 60 %…

BRUNO LE MAIRE
Vous allez toucher 60 % de cette réduction ou de crédit d'impôt, arrivera sur votre compte en banque.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Automatiquement, sans rien faire ?

BRUNO LE MAIRE
Automatiquement, c'est une avance de trésorerie.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, il ne faut pas appeler sa banque si on s'étonne d'avoir un chèque tout d'un coup de votre part, de Gérald DARMANIN ou de Bruno Le MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Et une bonne nouvelle du Trésor public c'est toujours bon à prendre, c'est une avance de trésorerie et je crois que pour tous ceux qui emploient des personnes à domicile, tous ceux qui font des dons, tous ceux qui ont un investissement locatif, le 15 janvier 2019 60 % de leur crédit d'impôt ou de leur réduction d'impôt seront disponibles.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce qu'il y a d'autres mesures, par exemple on a entendu les petites et moyennes entreprises être particulièrement inquiètes, c'est plus facile pour les grandes - elles ont des comptables, un directeur financier – les petites, elles, elles se sentent un peu démunies, est-ce qu'il y a une aide spécifique pour elles ?

BRUNO LE MAIRE
Je vois bien les questions qui se posent auprès des TPE, d'abord je note que beaucoup d'entreprises se sont déjà préparées et que beaucoup d'entrepreneurs sont venus me voir – des PME, des entreprises de taille intermédiaires – pour me dire : « Attendez, nous on a fait tout le travail nécessaire, on pense que c'est une bonne mesure, maintenant il faut avancer » ; Ensuite, il y a des interrogations chez les très petites entreprises…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a entendu…

BRUNO LE MAIRE
Et moi je leur dis…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De la CGPME tout à l'heure.

BRUNO LE MAIRE
Si jamais certaines ont des difficultés, nous avons prévu que les URSSAF puissent collecter l'impôt à leur place si elles le souhaitent, donc elles peuvent s'adresser aux URSSAF qui leur apporteront toute l'aide nécessaire, ça c'est pour les plus petites entreprises qui estimeraient que voilà le 1er janvier 2019 elles ne sont pas prêtes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si on se rend compte qu'on ne va pas y arriver d'ici le 1er janvier, on appelle d'abord l'URSSAF…

BRUNO LE MAIRE
On va voir ses URSSAF dans son département.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'accord.

BRUNO LE MAIRE
Et elles apporteront l'aide nécessaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler du pouvoir d'achat, parce que c'est une préoccupation, qu'est-ce qui se passe Bruno Le MAIRE, la croissance française on l'a vu 0,2 % au 1er trimestre, 0,2 % au second, vous qui êtes un grand connaisseur de l'Allemagne ils font le double de nous et puis l'INSEE aussi a révélé – l'INSEE ce n'est pas n'importe qui - que le pouvoir d'achat avait baissé de 0,6 % au 1er trimestre, qu'est-ce qui se passe ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord la préoccupation première du ministre de l'Economie et des Finances c'est le travail des Français, c'est que chacun ait un emploi, la première réponse à la question du pouvoir d'achat en France c'est que chaque Français puisse avoir un travail, Muriel PENICAUD l'a dit nous visons 7 % de chômage à la fin du quinquennat…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous maintenez même si la croissance ralentit ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, je maintiens cette ambition.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
7 % à la fin du quinquennat ?

BRUNO LE MAIRE
C'est une ambition qui est très difficile, ça n'est pas arrivé depuis des décennies…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous savez qu'il y a un prédécesseur, c'est François HOLLANDE, qui avait promis l'inversion de la courbe ?

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est l'objectif qui a été fixé par le Président de la République dans le cadre de son engagement de campagne et tout ce que nous faisons : l'allègement de la fiscalité sur le capital c'est pour que les entreprises investissent, innovent, créent des emplois ;, la réforme de la formation et de la qualification c'est pour mettre fin à cette aberration française, trois millions de chômeurs d'un côté et puis de l'autre vous avez des entrepreneurs qui cherchent des carrossiers, des soudeurs, des zingueurs, des techniciens de maintenance... et ils ne les trouvent pas parce que notre système de formation n'est pas adapté ; et puis le troisième volet de cette transformation ça va être la loi sur la croissance, la transformation des entreprises pour simplifier la vie des PME, leur permettre de grandir et de créer des emplois, la première réponse au pouvoir d'achat c'est le travail.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous avez essayé de convaincre les Français de ça et on entend, sauf que depuis un an les Français voient leur pouvoir d'achat baisser. Je prends un autre exemple, les retraités, on leur dit : « en 2019 et 2020 vous n'aurez que 0,3 % d'augmentation » alors que l'inflation sera sans doute de 2 %…

BRUNO LE MAIRE
Qu'est-ce qu'ils vont voir, Christophe JAKUBYSZYN ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les retraités c'est aussi des consommateurs…

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr !

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et ils font aussi la croissance

BRUNO LE MAIRE
Mais nous faisons attention aux retraités, regardez la décision qui a été prise sur le minimum vieillesse, 100 euros d'augmentation du minimum vieillesse sur la durée du quinquennat pour faire attention aux retraités les plus fragiles. Mais qu'est-ce que les millions de salariés vont voir dans quelques semaines sur leur feuille de paie ? C'est que nous avons supprimé définitivement les cotisations assurance maladie et les cotisations assurance chômage, donc leur salaire net, la ligne à la fin de la feuille de paie – qui est la seule qui compte – elle va augmenter…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous auriez mieux fait de le faire en même temps en janvier, ça se serait plus vu ?

BRUNO LE MAIRE
Oui ça serait plus vu, mais nous n'aurions pas respecté nos engagements européens en matière de dépense publique et les mêmes qui nous disent : « il faut aller plus loin sur la dépense publique » auraient été les premiers à nous reprocher de le faire, donc nous trouvons un équilibre – et c'est la difficulté du chemin qui est le nôtre – à la transformation en profondeur et le traitement des problèmes à la racine, entre créer du travail, améliorer le pouvoir d'achat des Français d'un côté et de l'autre rétablir les équilibres de nos finances publiques, c'est tout le charme d'être ministre de l'Economie et de Finances, il faut booster l'économie mais il faut tenir les finances publiques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je suis têtu, je reviens aux retraités. 0,3 % est-ce qu'il y a encore du grain à moudre, est-ce que lors du débat parlementaire on peut revoir ça ? Il y a certains députés de La République En Marche qui proposent de moduler en fonction du niveau des retraites, est-ce que c'est possible ça ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
Nous allons examiner les propositions des parlementaires, le principe d'un groupe majoritaire c'est qu'il a des choses à dire, ils ont fait beaucoup de propositions et d'amendements utiles pour Pacte, nous examinerons aussi cette proposition dans le cadre du débat budgétaire

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y avait une promesse aussi du Président MACRON c'est de baisser le poids de l'Etat dans l'économie - donc on ne l'a pas abaissé - et puis de baisser le sentiment de l'impôt, Valérie PECRESSE il y a cinq minutes vient de parler d'overdose fiscale, est-ce que vous pensez vous qui venez de la droite qu'effectivement dans ce pays il y a une overdose fiscale ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je suis convaincu qu'il faut baisser les impôts, c'est exactement ce que nous faisons, et j'invite Valérie PECRESSE à demander à tous les députés, tous les sénateurs des Républicains de voter la réduction des dépenses publiques que nous engageons. Quand par exemple nous réduisons les emplois aidés c'est une décision très courageuse, parce que ce serait beaucoup plus simple d'accélérer la baisse du chômage en multipliant la dépense publique sur les emplois aidés, ça été fait depuis 20 ou 30 ans, c'est très efficace, très pratique, mais ça met tout le monde dans le mur, et les finances publiques et ceux qui bénéficient de ces emplois aidés qui ensuite n'ont pas un véritable travail à la sortie. Nous, nous réduisons les contrats aidés et donc la dépense publique pour pouvoir réduire les impôts, eh bien j'aimerais que la droite ait le courage de voter ces mesures, notre objectif c'est un point d'impôt en moins par rapport à la richesse nationale d'ici cinq ans et nous tiendrons cet objectif. Quand nous supprimons la taxe d'habitation, quand nous décidons de baisser l'impôt sur les sociétés pour les entreprises, nous baissons les impôts ; quand nous baissons les cotisations sociales sur les salaires, nous baissons les impôts ; quand nous supprimons les cotisations sociales sur les heures supplémentaires, nous baissons les impôts…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais on a l'impression de prendre d'une autre main... par exemple les carburants ça augmente ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que nous faisons les choses de manière responsable à un rythme qui est régulier et que nous refusons les à coup qui sont mauvais et pour la croissance et pour nos finances publiques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a une autre manière peut-être de relancer la croissance, c'est votre loi, la loi Pacte dont on va parler, vous allez la discuter-là à l'Assemblée à la rentrée ?

BRUNO LE MAIRE
Dans quelques heures, tout à fait.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez obtenu l'arbitrage du Président que votre loi passe tout de suite à la rentrée avant même la réforme de la Constitution ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, parce que je crois que c'est indispensable – vous en parliez tout à l'heure – de redonner un coup de booster à la croissance française, on n'a pas vocation à faire moins bien que nos partenaires Européens, or quand on regarde notre tissu d'entreprises françaises, de PME, de TPE, il est trop fragile, nos entreprises sont trop petites et elles n'innovent pas assez, on doit leur donner les moyens de grandir, d'innover, d'exporter.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler de cette loi. Il faut l'appeler comment, la loi Pacte, la loi Le Maire, ça vous ferait plaisir si…

BRUNO LE MAIRE
Certainement pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La loi Macron 2, après la loi Macron 1, 2.

BRUNO LE MAIRE
La loi sur la croissance et la transformation des entreprises, je préfère qu'on ne personnalise pas et qu'on pense surtout aux entrepreneurs et aux Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est quand même une nouvelle loi de libéralisation de l'économie après la loi Macron 1 quand il était ministre de l'Economie, alors qu'est-ce qu'on a retenu de la loi Macron 1, les bus Macron, qu'est-ce qu'on retiendra de la loi Pacte ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je voudrais qu'on retienne deux choses, qu'on a simplifié la vie des entreprises, notamment sur les seuils sociaux qui sont un obstacle à la croissance de nos PME et qu'on retienne aussi que dans cette loi on a supprimé le forfait social sur l'intéressement, les 20 % de taxes sur l'intéressement qui empêchent des millions de salariés d'avoir accès à l'intéressement, nous le supprimons.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler très concrètement, parce que ça intéresse beaucoup de gens qui nous regardent, d'abord la suppression des seuils, il y a deux choses : on supprime le seuil de 20 salariés…

BRUNO LE MAIRE
Tout à fait.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN

Ce n'est plus un obstacle, tout ne change pas...
BRUNO LE MAIRE
Sauf sur l'emploi des personnes handicapées, c'est quelque chose qui restera.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Exactement ! Et en même temps, si jamais on franchit un autre seuil – alors je ne sais pas quels sont les autres seuils – 50…

BRUNO LE MAIRE
50 par exemple qui est un seuil très important.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Voilà, il ne se passe rien, on a cinq ans pour se mettre en conformité ?

BRUNO LE MAIRE
Exactement, c'est tout simplement tenir compte du seuil économique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ce n'est pas des droits en moins pour les salariés ça ?

BRUNO LE MAIRE
C'est des droits en plus pour la création d'emplois. Vous êtes une entreprise de bâtiment et de travaux publics dans mon département de l'Eure, vous avez une commande publique par exemple d'une école ou d'un collège, vous avez 45 salariés, il faut en embaucher sept ou huit, vous embauchez sept ou huit pour la durée de la commande, ça peut durer deux ans…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Avant on n'embauchait pas, on restait à 49…

BRUNO LE MAIRE
Avant on faisait tout pour ne pas embaucher, on prenait de l'intérim parce que c'était trop de soucis, là on vous dit : « vous n'aurez pas d'obligation supplémentaires tant que vous n'avez pas franchi le seuil cinq années consécutives », si votre entreprise - ce n'est pas simplement une école ou un collège qu'on vous a commandé mais c'est vraiment qu'elle est en croissance, qu'elle a beaucoup de contrats devant elle, qu'elle a un carnet de commandes qui est plein et que structurellement c'est une entreprise qui passe de 45 à 60 ou 70 – là…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On pourrait le faire ?

BRUNO LE MAIRE
Là on est soumis après.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et puis après, quand on ne l'aura plus au bout de cinq ans, on repasse à 49, qu'est-ce qu'on fait ?

BRUNO LE MAIRE
Si jamais votre commande est finie et que vous repassez à 47 ou 48, vous n'aurez pas été obligé de remplir les obligations aux seuils.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et, si on agrandit, on se met en conformité.

BRUNO LE MAIRE
Mais si jamais vous avez vraiment grandi, que votre entreprise devient une entreprise plus importante, là vous vous mettez en conformité.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'autre mesure qu'on souhaitait mettre en avant effectivement c'est la suppression de cette taxe sur l'intéressement pour les petites entreprises, très concrètement aussi qu'est-ce qu'il y avait avant, qu'est-ce qu'il y aura aujourd'hui ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce qu'il y a avant c'est que, à chaque fois qu'un chef d'entreprise se dit : « Tiens mes salariés ont bien travaillé », vous êtes dans une boulangerie…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
« J'ai fait des bénéfices spectaculaires ».

BRUNO LE MAIRE
Vous avez la caissière, vous avez des aide-boulangers, vous avez des apprentis, vous dites : « Voilà, ma boulangerie a bien marché, je voudrais verser de l'intéressement, mais, à chaque fois que je verse 1.000 euros, il faut que je verse 20 % au Trésor public, donc je ne les verse pas », ces 20 % sont supprimés, quand vous versez 1.000 euros à un salarié parce que l'entreprise marche bien et que le salarié est intéressé aux résultats ça coûtera 1.000 euros à l'entrepreneur, il y a juste la CSG et la CRDS qui restent sur ces 1.000 euros, mais les 20 % de taxes qui existaient jusqu'à présent sont supprimés ; Et vraiment je voudrais que tous les entrepreneurs qui nous écoutent ce matin se disent : « Mais c'est une occasion formidable de lier le salarié et l'entreprise, le travail du salarié et le résultat de mon entreprise », c'est aussi une mesure de justice et de cohésion sociale.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, ça, c'est valable jusqu'à combien de salariés ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est valable jusqu'à 250 salariés, c'est-à-dire jusqu'à 250 salariés – des entreprises déjà importantes - plus de forfait social sur l'intéressement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans votre loi il y a aussi les privatisations, c'est toujours à la fois polémique et ça intéresse les Français, AEROPORTS DE PARIS, le LOTO, est-ce que vous vendez les bijoux de famille…

BRUNO LE MAIRE
Mais absolument pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour boucler les fins de mois ?

BRUNO LE MAIRE
On met fin à un Etat rentier qui touche des dividendes pour construire un Etat investisseur qui finance l'innovation, notamment ce que j'appelle l'innovation de rupture dans l'intelligence artificielle ou dans le stockage de l'énergie renouvelable. Prenez AEROPORTS DE PARIS, aujourd'hui l'Etat a environ 10 milliards d'euros qui sont bloqués dans AEROPORTS DE PARIS, l'Etat va céder cette participation et ces 10 milliards d'euros ils vont être investis dans un fonds pour l'innovation qui va nous permettre de financer de la recherche…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La totalité des 10 milliards ou une partie pour la dette ?

BRUNO LE MAIRE
Non, la totalité des 10 milliards doit aller sur le fonds, nous verrons après sur la somme des sessions si une partie va également au désendettement, mais l'objectif principal c'est l'innovation, le financement de novation - notamment les innovations que les entreprises ne peuvent pas porter parce qu'elles sont trop coûteuse et qu'elles ne donneront des résultats que dans de nombreuses années - je pense au stockage de l'énergie renouvelable, l'intelligence artificielle, les questions de recherche spatiale... tout ça doit trouver leur place dans le fonds pour l'innovation de rupture. Je précise également qu'il s'agit d'une concession dans le cas d'AEROPORTS DE PARIS…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans 70 ans on récupère ?

BRUNO LE MAIRE
Dans 70 ans l'Etat récupère, nous ne cédons pas les bijoux de famille, il y a des garanties qui sont apportées sur la protection des intérêts stratégiques de l'Etat et vous garderez toujours des douaniers, il y aura toujours un contrôle aux frontières et la puissance publique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, parce qu'effectivement il y a beaucoup de puissance publique dans un aéroport ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr, mais cette puissance publique non seulement elle sera maintenue, elle sera renforcée. Enfin troisième chose essentielle, nous souhaitons développer un actionnariat populaire dans le cadre de ces cessions d'actifs, que ce soit sur AEROPORTS DE PARIS ou sur LA FRANCAISE DES JEUX…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y aura un actionnariat populaire sur les aéroports, ça ne sera pas que…

BRUNO LE MAIRE
Il y aura un actionnariat populaire pour tous les Français qui le souhaitent, qui veulent devenir propriétaire de ces actifs qui sont de beaux actifs, qui donnent de beaux résultats, que ce soit sur LA FRANCAISE DES JEUX ou sur AEROPORTS DE PARIS il y aura un actionnariat populaire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous allez commencer le LOTO parce que c'est plus populaire ?

BRUNO LE MAIRE
LA FRANCAISE DES JEUX c'est le plus simple et puis ce sera ce qui va démarrer les privatisations d'ici quelques mois…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous commencez les privatisations par LA FRANCAISE DES JEUX ?

BRUNO LE MAIRE
Nous verrons quel sera le calendrier, déjà il faut l'accord…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous venez de le dire, vous venez de le dire.

BRUNO LE MAIRE
Il faut l'accord du Parlement sur ADP, sur LA FRANCAISE DES JEUX et sur la participation de l'Etat dans ENGIE - donc on va demander l'accord dans la loi - et puis ensuite il y aura le calendrier de cessions au cours de l'année 2019.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez une promesse il y a quelques jours, mais la promesse n'engage que ceux qui y croient à cette promesse, le plafonnement des frais bancaires, 200 euros…

BRUNO LE MAIRE
En général, Christophe JAKUBYSZYN, je tiens mes promesses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on va voir, les 200 euros maximum de frais bancaires entre les frais pour la carte de paiement, les découverts, il y a beaucoup de gens qui sont au seuil en fait de la difficulté de trésorerie qui finalement payent des centaines d'euros, c'est quand concrètement que vous allez voter cette disposition, est-ce que c'est un décret, est-ce que c'est une loi et quand est-ce que ce sera applicable ?

BRUNO LE MAIRE
J'ai laissé aux banques jusqu'à la fin du 1er semestre 2019 pour plafonner les frais à l'incident bancaire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Elles mêmes ?

BRUNO LE MAIRE
Toutes les personnes qui sont les plus démunies, plafonnement ça veut dire 20 euros maximum par mois de frais d'incidents bancaires, quand vous dépassez la limite qui vous est donnée, 200 euros maximum par mois. Je rappelle qu'il y a certaines personnes fragiles qui peuvent payer jusqu'à 400 ou 500 euros par an de frais d'incidents bancaires, c'est intolérable, c'est injuste…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, vous attendez…

BRUNO LE MAIRE
Plafonnement à 200 euros et j'ai dit aux banques : « nous examinerons soigneusement si vous tenez vos engagements à la fin du 1er semestre 2019, est-ce que tous ceux, tous les Français qui ont droit ce qu'on appelle l'offre bancaire spécifique, ceux qui sont les plus fragiles, est-ce que le plafonnement des frais d'incidents bancaires est bien à 200 euros », nous le vérifierons, nous avons tous les moyens de le vérifier - notamment avec l'aide de la BANQUE DE FRANCE et de l'institut qui gère les incidents bancaires – et toutes les entreprises, toutes les banques qui respectent cet engagement, nous saluerons le fait qu'elles le respectent, toutes celles qui ne le respectent pas leur nom sera rendu public et, si nous voyons que beaucoup de banques ne respectent pas l'engagement, je leur ai indiqué très clairement, nous passons par la loi. Nous, nous préférons un accord - et je salue les banques qui ont accepté de conclure cet accord et je leur fais confiance – mais la confiance suppose aussi de vérifier, soit elles tiennent leur engagement 200 euros plafonnés pour les frais d'incidents bancaires pour les plus fragiles et dans ce cas-là nous continuerons dans cette direction, soit elles ne tiennent pas leur engagement et nous passons par la loi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tout ne dépend pas de vous Bruno Le MAIRE, la situation par exemple de l'euro, la situation italienne est très préoccupante, les Italiens doivent dans les semaines qui viennent dévoiler leur budget pour 2019, le risque c'est qu'il dérape complètement en termes de déficit et de dette, est-ce que l'euro est menacé, est-ce que dans un an on aura toujours des euros dans notre poche ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je vous rassure Christophe JAKUBYSZYN, même si nous suivons évidemment les décisions italiennes de près, je me suis rendu à Rome il y a quelques semaines, j'ai vu mon homologue ministre des Finances Giovanni TRIA très longuement - je le reverrai dimanche prochain à Milan - et il a pris un certain nombre d'engagements et moi je jugerai comme tous les autres partenaires Européens aux actes…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais SALVINI a de plus en plus de pouvoir au sein de l'équipe gouvernemental ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais jugeons aux actes, ne prêtons pas des intentions aux uns ou aux autres, Giovanni TRIA - le ministre des Finances italien - est parfaitement conscient de la gravité des décisions qu'il doit prendre, de la nécessité qu'il y a quand on participe à un projet politique de respecter les règles de ce projet politique - il me l'a dit - et nous jugerons aux actes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Une question encore sur l'Europe, parce que c'est aussi un de vos chevaux de bataille, que le président rencontre Angela MERKEL à la fin de la semaine à Marseille, est-ce qu'on peut encore sauver cette idée d'Europe qui va de l'avant, quand on voit tous les pays européens qui ont des gouvernements populistes, nationalistes, et qui préfèrent finalement le chacun-pour-soi ?

BRUNO LE MAIRE
J'en suis convaincu…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il ne suffit pas d'être convaincu.

BRUNO LE MAIRE
Je suis plus convaincu que jamais que l'Europe est nécessaire. Quand vous voyez la puissance de feu de la Chine en matière économique, quand vous voyez l'agressivité américaine en matière commerciale, quand vous l'accélération technologique, on va se débrouiller tout seul ? Mais on rassemble nos forces. Moi je propose qu'on rassemble nos forces, ce que je demande simplement aux États européens, et ce que le président de la République ne cesse de demander, c'est de prendre des décisions. Arrêtez sur les questions migratoires de parler, décidez. Arrêtez sur la taxation des géants du numérique, de discuter, décidez…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais les ministres qui vont à Bruxelles comme vous, qui voient, qui parlent à leurs homologues, ils en reviennent démoralisés.

BRUNO LE MAIRE
Mais moi je ne suis pas démoralisé du tout, je suis ultra volontariste. Je serai samedi à Vienne et je vais redire à tous mes partenaires européens qui sont autour de la table, aujourd'hui une PME en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, elle paie 14 points d'impôts de plus que GOOGLE, AMAZONE FACEBOOK, APPLE, qui ont peut-être un peu moins de difficultés économiquement. Donc il faut…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, justement, concrètement GOOGLE et les GAFA, quand est-ce qu'on va les taxer ?

BRUNO LE MAIRE
Elles doivent payer, elles doivent payer la même chose que ce que paient des autres entreprises françaises, allemandes, italiennes, européennes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça fait combien d'années que l'on dit ça ? Deux ou trois ans.

BRUNO LE MAIRE
Il faut qu'en janvier 2019 nous ayons décidé sur ce sujet. C'est un des sujets sur lesquels il y aura un juge arbitre qui sera la capacité de l'Europe à décidé oui ou non.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous y croyez, on va arriver à un à un accord sur la taxation des GAFA ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je vais vous dire, Christophe JAKUBYSZYN, je suis là pour y croire, et je suis là surtout pour le faire, et je peux vous garantir que depuis un an avec Emmanuel MACRON, nous ne ménageons pas nos efforts pour faire comprendre à nos partenaires européens que la justice et l'équité fiscale c'est un des points sur lesquels nous serons jugés, et c'est blanc ou c'est noir. Si nous ne sommes pas capables de rétablir de l'équité fiscale et de taxer les géants du numérique, ce sera noir et nous ne le paierons dans les urnes. Si nous sommes capables, ce que je crois, je pense que nous y arriverons, d'instaurer une juste taxation des géants du numérique, au même niveau que les autres entreprises européennes, ce sera blanc et je pense que ça se verra aussi de la confiance des Français vis-à-vis de l'Europe.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE d'avoir été notre invité aujourd'hui et de nous avoir dit, pour ceux qui embauchent un salarié à domicile, que le 15 janvier on aura un chèque de Gérald DARMANIN et Bruno LE MAIRE vous invite à revoir la déclaration du ministre de l'Economie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 septembre 2018

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