Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec BFMTV le 6 septembre 2018, sur l'évasion d'un détenu considéré comme dangereux, les attaques contre les pompiers, la baisse du nombre de cambriolages, l'augmentation des violences physiques, la question des camps de migrants, l'affaire du chargé de mission de l'Elysée et sur les agressions antisémites. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Gérard Collomb, ministre de l'intérieur, avec BFMTV le 6 septembre 2018, sur l'évasion d'un détenu considéré comme dangereux, les attaques contre les pompiers, la baisse du nombre de cambriolages, l'augmentation des violences physiques, la question des camps de migrants, l'affaire du chargé de mission de l'Elysée et sur les agressions antisémites.

Personnalité, fonction : COLLOMB Gérard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin, 08h36, Gérard COLLOMB, ministre de l'Intérieur et des relations avec les cultes. Bonjour Gérard COLLOMB.

GERARD COLLOMB
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Il y a soixante-huit jours, Rédouane FAÏD s'évadait de la Maison d'arrêt de Réau en Seine-et-Marne. A-t-il été arrêté ?

GERARD COLLOMB
Pour le moment, non. Mais nous le recherchons, comme vous le savez, activement, et il y a dans la police une certaine volonté et une certaine continuité. Donc ils ne lâcheront pas jusqu'à ce qu'ils l'aient arrêté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, perquisition, opération de police dans l'Oise, hier, dans plusieurs villes, Creil, Méru, Compiègne, est-ce que des interpellations ont eu lieu ?

GERARD COLLOMB
Les interpellations n'ont pas eu lieu, parce qu'il n'y avait pas de raison d'interpeller. Mais si vous voulez, je crois que ce que veulent faire les policiers, c'est effectivement mettre un peu de trouble de manière à pouvoir faire bouger, et c'est au moment où on bouge qu'on peut interpeller…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et chercher des informations dans la famille de Rédouane FAÏD…

GERARD COLLOMB
Oui, on pense qu'il est effectivement réfugié dans sa proximité, dans les lieux qu'il connaît bien, où il a un certain nombre de parents, d'amis. Et donc c'est là que les policiers cherchent pour pouvoir l'arrêter.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il a failli être interpellé à Sarcelles fin juillet ?

GERARD COLLOMB
Oui, il avait failli être interpellé, ça s'est joué à quelques secondes, comme quoi, il faut aussi une part de chance pour pouvoir interpeller, mais si vous voulez, on ne peut jamais échapper sur la longue durée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'échappera pas ?

GERARD COLLOMB
Il n'échappera pas. Non, ce qu'il faut faire, par contre, c'est que, si vous voulez, on fasse attention à ce qu'il n'y ait pas une ultime tentative de sa part qui finisse, à un moment donné, tragiquement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un pompier tué par un déséquilibré dans le Val-de-Marne avant-hier. Pourquoi les pompiers, lors d'interventions difficiles, dangereuses, ne sont-ils pas accompagnés par les forces de l'ordre ?

GERARD COLLOMB
Alors, si vous voulez, il se trouve que, hier, j'étais avec la famille du pompier concerné, donc c'est des moments toujours difficiles, voyez, il venait de se marier il y a un an, il avait un enfant de deux mois. Et donc quand vous êtes face à face avec son épouse et avec ses parents, son père qui était sapeur-pompier volontaire dans le temps lui-même, c'est un moment difficile. Alors, qu'est-ce qui n'allait pas ? Nous avons donné des consignes pour que dans les cas les plus difficiles justement, les policiers puissent accueillir et accompagner les sapeurs-pompiers, mais le cas qui était signalé, l'enquête judiciaire en dira plus, mais c'était quelqu'un qui demandait finalement une ambulance, et on avait une carence ambulancière, et donc les sapeurs-pompiers disent : on y va, mais quand ils arrivent, par exemple, la personne qui était un déséquilibré leur dit... : je vais –

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la mère de cette personne qui a appelé…

GERARD COLLOMB
Qui appelle – je vais vous offrir un café. Il rentre dans la maison, et à ce moment, il change complètement d'attitude, il va prendre un couteau, et il commence à attaquer les policiers (sic), vous voyez, c'est quelque chose de totalement…

GERARD COLLOMB
Les pompiers. C'est quelque chose de totalement tragique. Alors, évidemment, nous réfléchissons sur plusieurs choses, d'abord, faire en sorte, et moi, j'avais déjà envoyé une circulaire, que l'on puisse cerner plus profondément la nature des appels, et que, effectivement, s'il semble qu'il y ait un doute, on envoie les policiers avec les pompiers. Deuxièmement, répondre aux carences ambulancières, parce que, aujourd'hui, c'est très souvent, à 80 %, les pompiers qui sont envoyés parce que, on a une carence ambulancière. Troisièmement, veiller aux problèmes psychiatriques. On m'a reproché longtemps de trop m'attacher aux problèmes psychiatriques, on voit aujourd'hui que le problème des déséquilibrés, eh bien, peut conduire à la perte de vie, et donc qu'il faut y faire extrêmement attention. Moi, j'ai demandé qu'il y ait une relation forte entre les préfets et les ARS pour nous signaler toutes celles et tous ceux qui effectivement pouvaient sortir des maisons de santé…

GERARD COLLOMB
Mais parfois, les pompiers, lorsque les pompiers interviennent dans des endroits difficiles, je pense à certains quartiers par exemple, devraient être accompagnés de la police.

GERARD COLLOMB
Oui, mais dans ces cas-là, en général, ils sont accompagnés par la police…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils le sont…

GERARD COLLOMB
Et évidemment, vous avez une montée des attaques des pompiers dans un certain nombre de quartiers, et c'est totalement inadmissible, ça pose un problème extrêmement grave à notre société. Ça veut dire qu'il y a des quartiers qui sont en marge de la République, et pour moi, c'est le problème le plus grave que nous connaissons aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les services d'urgence, les forces de l'ordre, doivent-ils encore payer les péages d'autoroutes ?

GERARD COLLOMB
Alors ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C‘est une question que je pose, parce que…

GERARD COLLOMB
Oui, c'est une question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une bonne question, ce n'est pas normal qu'ils paient en intervention d'urgence !

GERARD COLLOMB
Non, non, c'est une question qui est posée, nous en discutons avec les Sociétés d'autoroutes. J'espère que nous y arriverons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, vous arriverez à ne plus payer ?

GERARD COLLOMB
Que nous arriverons à avoir un accord avec les Sociétés d'autoroutes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour ne plus payer, pour être exonéré ?

GERARD COLLOMB
Pour que, ils puissent effectivement faire leur travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Evidemment. Puisque nous parlons des forces de l'ordre, la délinquance, les chiffres, les cambriolages en baisse ?

GERARD COLLOMB
Oui, les cambriolages en baisse fortement, moins 6 % pour la France, sauf…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moins 6,65 même…

GERARD COLLOMB
Oui, sauf une exception, Paris intra-muros, où on augmente de plus 6 %. Donc j'ai demandé au préfet de police de regarder pourquoi, effectivement, il y avait cette augmentation des cambriolages sur Paris, et nous nous attacherons à donner une réponse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, baisse des cambriolages donc depuis le début de l'année, on est bien d'accord, mais hausse des violences sexuelles faites aux femmes.

GERARD COLLOMB
Oui, si vous voulez, on s'aperçoit, par exemple, plus largement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quel est le chiffre ?

GERARD COLLOMB
Que les violences crapuleuses, eh bien, diminuent, mais que les violences non crapuleuses augmentent, et qu'en particulier, celles faites aux femmes explosent, 22 %. Donc ça veut dire que, sans doute, deux faits, 1°) : que les violences intrafamiliales sont extrêmement fortes, et deuxièmement : que peut-être la parole s'est libérée, ce qui explique l'augmentation de ces chiffres, et nous allons, en octobre, ouvrir une plateforme où les femmes pourront déposer de manière anonyme, de manière à ce qu'on puisse effectivement commencer l'enquête sans qu'elles soient obligées d'aller au commissariat avec le regard désapprobateur de l'environnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elles pourront déposer leurs témoignages sur cette plateforme et alerter…

GERARD COLLOMB
Absolument, absolument…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une plateforme d'alerte, en quelque sorte…

GERARD COLLOMB
C'est une plateforme d'alerte et de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et il y aura un numéro de téléphone donc ? Vous l'avez le numéro, non, pas encore ?

GERARD COLLOMB
Non, il n'est pas encore fait, c'est en octobre que nous ouvrons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est en octobre. Bon. Gérard COLLOMB, vous avez d'autres chiffres sur la délinquance ou pas, non ?

GERARD COLLOMB
Oui, on a d'autres chiffres, si vous voulez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'ils sont encourageants ou pas ?

GERARD COLLOMB
Oui, ils sont encourageants. Ils sont…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Lesquels, qu'est-ce que vous avez comme chiffres encourageants par exemple ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, vous avez, par exemple, je vous le disais, les cambriolages donc, moins 6 %, les violences physiques crapuleuses, moins 12,2 %. Ce qui effectivement aujourd'hui monte, c'est ce qu'on vient de dire, les violences physique qui n'ont pas pour but de commettre un délit, et puis, en même temps, alors, par contre, tout ce qui est trafic de stupéfiants dans les cités, et surtout montée de la violence avec usage de Kalachnikovs…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça monte ça ?

GERARD COLLOMB
Oui, c'est quelque chose de fort, moi, vous savez, je me suis rendu dans toutes les villes où il y avait des quartiers difficiles, et je vois bien quelle violence peut régner, et combien il faut progresser dans ce domaine, nous allons avec le président de la République mettre en place, dans les semaines qui viennent, un plan « Stupéfiants » pour pouvoir, effectivement, réduire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire un plan « Stupéfiants » ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, c'est-à-dire, essayer d'avoir tous les services ensemble, c'est-à-dire, avoir à la fois donc police judiciaire, mais en même temps, les douanes, essayer de regarder du côté des finances pour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour éradiquer les trafics...

GERARD COLLOMB
Pour éradiquer les trafics.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plan « Stupéfiants ».

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec tous les services réunis.

GERARD COLLOMB
Avec tous les services réunis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Police, douanes, etc., etc.

GERARD COLLOMB
Absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Fiscaux aussi ?

GERARD COLLOMB
Et pouvoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fiscaux aussi ?

GERARD COLLOMB
Fiscaux, et de manière à pouvoir prélever, regarder les gens qui par exemple ont des MERCEDES alors qu'ils ne touchent que le RSA, donc c'est cela que nous allons mettre en place.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, un camp de migrants, le camp de migrants de Grande-Synthe en cours d'évacuation, vous confirmez ?

GERARD COLLOMB
Oui, oui. Oui, je confirme. SI vous voulez, aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Depuis 08h…

GERARD COLLOMB
Oui, ce que nous voulons faire, c'est que les camps du style la jungle de Calais ne se reconstituent pas dans un certain nombre d'endroits, et par exemple, sur Calais, on en est aujourd'hui à 350, 400 migrants, quand il y en avait 7.000, fut un temps, et il y avait une fixation qui était en train de se faire sur Grande-Synthe, nous ne voulions pas que cela se fasse, de manière à ce que ces régions, eh bien, puissent à nouveau se remettre sur pied et se développer économiquement. Et moi, mon grand bonheur de cette fin de saison, c'est que les gens de Calais m'ont dit : à nouveau, on a vu des touristes à Calais, et on a retrouvé une vie quasiment normale. Donc moi, je veux que les Français puissent avoir une vie normale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
5, 600, 700 migrants à Grande-Synthe à peu près.

GERARD COLLOMB
Oui, oui, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les bouchers, charcutiers ne sont pas contents, demandent – sont inquiets – protection de la police contre les vegans. Vous avez vu ces attaques, ils vous ont écrit, vous ne leur avez pas répondu, paraît-il…

GERARD COLLOMB
Eh bien, alors, je leur réponds par l'intermédiaire de ce micro, ils peuvent compter sur moi, puisque moi, je suis d'abord un amateur gastronomique, vous savez, je suis lyonnais, donc à Lyon, la charcuterie, c'est quelque chose pour nous. Donc, oui, je trouve totalement scandaleux, et nous y veillerons, qu'un certain nombre de gens, au nom de leurs principes, qu'ils peuvent avoir, eh bien, attaquent ceux qui ne pensent pas comme eux. Ça, c'est de la dictature, et donc nous ne supporterons pas la dictature.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Gérard COLLOMB, vous l'avez constaté, le président de la République dévisse dans les sondages. Il ne fait pas mieux que François HOLLANDE. Pas mieux que François HOLLANDE, qu'en dites-vous ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, j'en dis que peut-être évidemment, cela demande interrogation de sa part…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi selon vous ? Pourquoi ?

GERARD COLLOMB
De notre part. Peut-être, si vous voulez, d'abord, parce que, au départ, les réformes sont toujours un peu impopulaires, toujours, forcément…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Forcément, mais il n'y a pas que ça…

GERARD COLLOMB
Mêmes si elles portent leurs fruits…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a pas que ça. C'est l'exercice du pouvoir qui est en question ? Oui ?

GERARD COLLOMB
Je dois dire que pour ma part, je pense que, aujourd'hui, peut-être, les uns et les autres, nous avons manqué d'humilité, vous savez, moi, j'étais dans le temps prof de grec, en grec, il y a un mot qui s'appelle l'hubris, et c'est la malédiction des Dieux, quand à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, que vous pensez que vous allez tout emporter, il y a une phrase qui disait : les Dieux aveugles, ceux qu'ils veulent perdre, donc il ne faut pas que nous soyons dans la cécité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu d'humilité de la part du président de la République…

GERARD COLLOMB
Oui, de tout le monde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et de tous les ministres.

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu d'humilité, et…

GERARD COLLOMB
Et plus d'écoute des Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et plus d'écoute des Français. C'est ce qui manque ?

GERARD COLLOMB
Je crois, un peu…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une distance prise entre le pouvoir et les Français.

GERARD COLLOMB
Oui, je crois qu'il faut toujours regarder, si vous voulez, ce que pense la base, tout à l'heure, lorsqu'on venait devant votre micro, vous me disiez : Gérard COLLOMB, vous allez souvent à Lyon. Mais vous voyez, ça, c'est bien, parce que quand vous allez dans votre ville, comme les gens vous connaissent un peu, ils osent vous dire quels sont les problèmes qui ne marchent pas et vous dire sur quoi il faut mettre l'accent, et je pense que, il faut que tous les ministres gardent leurs racines de manière à pouvoir entendre ce que disent les gens, parce que très vite, dans les palais de la République, on perd, je dirais, la capacité de liens avec la population et l'écoute.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Souhaitez-vous qu'une femme soit présidente de l'Assemblée nationale ?

GERARD COLLOMB
Ecoutez, moi, je ne suis pas député, j'ai de l'amitié pour Richard FERRAND, donc voilà, après, il peut y avoir une femme présidente du groupe aussi, voyez, on va essayer de... enfin, ce n'est pas moi d'ailleurs qui vais le faire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce qui dessine si j'ai bien compris…

GERARD COLLOMB
Mais c'est à eux de faire. Vous savez, les députés aujourd'hui sont très sourcilleux sur leur pouvoir, et n'accepteraient pas –…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah oui, non, mais ils ont raison…

GERARD COLLOMB
Ils ont raison – que les ministres puissent leur donner des conseils. Ce qui n'empêche pas d'avoir un peu des préférences personnelles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Paul POGBA était interrogé sur RMC, il a dit sa profonde déception et celle de tous les joueurs de l'Equipe de France de football de n'être restés que quelques minutes sur les Champs-Elysées. Pourquoi cette descente si rapide, qui a décidé ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, si vous voulez, c'était quelque chose de difficile, moi, j'ai beaucoup travaillé en amont avec le préfet de police, et vous avez vu comment était organisée donc la descente avec une voie qui était libre, n'oubliez pas quand même que nous sommes dans une période où la menace terroriste reste extrêmement forte. Donc chaque fois que nous organisons un grand événement, nous pensons à cette menace terroriste…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est donc la préfecture de police qui avait donné l'ordre d'une descente assez rapide, d'une dizaine, quinzaine de minutes…

GERARD COLLOMB
Sur la disposition et sur, effectivement, le fait de ne pas ralentir, si vous vous souvenez, pendant la précédente Coupe du monde, ils étaient restés coincés sur les Champs-Elysées, et le bus ne pouvait plus avancer. Et donc on craignait que le scénario se répète et qu'il puisse y avoir effectivement des gestes d'exaltés, qui, à un moment donné, commettent des actions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien à voir avec une discussion entre Emmanuel MACRON et Alexandre BENALLA, qui était dans le bus ?

GERARD COLLOMB
Je ne pense pas. Il était sur le bus, mais ce n'était pas lui le chauffeur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, il était sur le bus, donc il n'a rien décidé du tout ?

GERARD COLLOMB
Je crois qu'il n'a rien décidé, et que lorsqu'il y a eu un petit problème avec donc un commissaire de police, je crois, le commissaire de police l'a gentiment renvoyé vers le préfet qui lui a dit qu'il y avait un préfet dans le département et que c'était le préfet qui commandait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pas deux préfets.

GERARD COLLOMB
Et qu'il n'y a pas deux préfets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de police parallèle…

GERARD COLLOMB
Et il n'y a pas de police parallèle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A l'Elysée…

GERARD COLLOMB
Il y a un ministère de l'Intérieur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A l'Elysée, oui…

GERARD COLLOMB
Il y a un ministère de l'Intérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le connaissiez d'ailleurs Alexandre BENALLA ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, je l'avais vu, mais je croyais, j'avais toujours cru que c'était un policier qui était détaché ici, parce que, effectivement, il avait les manières d'un policier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez visionné la vidéo où on le voit intervenir, place de la Contrescarpe ?

GERARD COLLOMB
Oui, depuis, vous pensez bien que c'est une vidéo que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand est-ce que vous l'avez visionnée ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, je l'ai dit lors de la Commission d'enquête, on découvre avec stupeur le lendemain matin cette vidéo, on la transmet immédiatement donc à la présidence, et puis, on dit : il faut qu'il y ait une sanction, mon directeur de cabinet le dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas avoir tout de suite dit les choses au lieu de vouloir cacher la vérité ?

GERARD COLLOMB
Ah, mais nous, on a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Elysée a caché la vérité, pourquoi ?

GERARD COLLOMB
A mon avis, plus on est transparent, et mieux c'est, on finit toujours par avoir des ennuis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous regrettez, c'était une erreur, d'avoir caché la vérité ?

GERARD COLLOMB
Moi, je crois qu'il faut toujours dire les choses, même lorsqu'on a fait des fautes, et d'ailleurs, je l'ai dit à la préfecture de police : faites la transparence…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura des sanctions, il y aura des sanctions à la préfecture de police ?

GERARD COLLOMB
Eh bien, si vous voulez, moi, je suis en train de changer aujourd'hui assez fortement le ministère de l'Intérieur, qu'il n'y ait plus de silo entre la police, la gendarmerie, et il y en avait un très fort entre la préfecture de police et le reste des unités, je pense que, il faut que tout cela soit plus fluide et que les gens coopèrent mieux ensemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
BENALLA, dernière question, au coeur du dispositif de maintien de l'ordre, ce jour-là…

GERARD COLLOMB
Au coeur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, « au coeur », accompagnant – pardon – accompagnant, sur proposition de la préfecture de police !

GERARD COLLOMB
Oui, ça, c'est, si vous me permettez, l'enquête qui dira tout ça, parce que, je pense qu'il nous manque encore des éléments, et que ce sera effectivement la justice…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'était sur proposition de la préfecture de police ?

GERARD COLLOMB
Je n'en sais rien, on verra effectivement ce que dit l'enquête.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Bon, est-ce que vous comprenez l'attitude, l'inquiétude, pardon, de la communauté juive ?

GERARD COLLOMB
Tout à fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui vous dit : attention, parce que la France était une terre d'asile, et aujourd'hui, ça devient une terre d'exil, Gérard COLLOMB…

GERARD COLLOMB
Oui, si vous voulez, j'ai longuement, comme on était à la veille de Roch Hachana, j'ai longuement discuté avec le président MERGUI du Consistoire, le Grand Rabbin de France Haïm KORSIA, est quelqu'un de formidable et donc il m'explique un certain nombre de quartiers où la communauté juive était implantée, qui tout d'un coup prend peur parce qu'elle est victime chaque jour, pas forcément d'ailleurs d'actes extraordinaires, mais qu'effectivement de quolibets, d'insultes, etc. et ceci est inacceptable, et ça va jusqu'à la mort d'une vieille femme, Madame KNOLL, qui était pourtant d'une gentillesse absolue, et qui se fait tuer à son domicile.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puis l'ascension encore le week-end dernier à Paris, une agression à Paris. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que l'on ne combat pas suffisamment l'islamisme radical ? Par peur de stigmatiser, de commettre un amalgame coupable ?

GERARD COLLOMB
Non, non, non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est ce que dit la communauté juive.

GERARD COLLOMB
Oui mais je crois que, aujourd'hui nous sommes décidés, et moi en particulier, à lutter contre ces phénomènes. Toutes les religions peuvent s'exercer dans notre société, à une condition, c'est qu'elles respectent l'ordre public, et nous avons déjà pris des dispositions, moi j'ai fermé par exemple des mosquées, j'ai renvoyé un imam en Algérie récemment. Chacun peut s'exprimer. Il ne peut pas y avoir de stigmatisation générale, mais en même temps, il ne peut pas y avoir d'excuses générales aux fauteurs de troubles, et il faut effectivement les sanctionner durement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez sanctionné récemment, là, vous avez vous avez renvoyé d'autres imams ou vous êtes en train de…

GERARD COLLOMB
Aujourd'hui, je peux vous dire par exemple que sur les étrangers en situation irrégulière, fichés au FSPRT, nous renvoyons systématiquement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Systématiquement ?

GERARD COLLOMB
Systématiquement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de renvois depuis le début de l'année ? Vous avez les chiffres ? Oh, on a dû en faire 300 à peu près.

JEAN-JACQUES BOURDIN
300.

GERARD COLLOMB
Oui, et nous en avons à peu près 300 encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Gérard COLLOMB.


Source ! Service d'information du Gouvernement, le 19 septembre 2018

Rechercher