Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 6 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France 2 le 6 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti :

CAROLINE ROUX
Oui, le ministre de l'Economie, vous avez vu hier le séminaire gouvernemental, le Président tente de reprendre la main, le ministre lui, tente de retrouver la croissance. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour CAROLINE ROUX.

CAROLINE ROUX
Effectivement le message hier du séminaire gouvernemental, c'était, pas de changement de cap. Pas de changement de cap, ne rien changer, est-ce que c'est vraiment le meilleur moyen de retrouver la confiance des Français ?

BRUNO LE MAIRE
Je crois profondément que c'est la constance qui redonnera la confiance des Français. Aujourd'hui on est à un moment qui est difficile, je pense que c'est un moment de vérité pour le quinquennat d'Emmanuel MACRON, un de ces moments où face aux difficultés on se pose la question, est-ce que nous continuons, nous gardons le cap, nous faisons preuve de constance ou est-ce que nous changeons ?

CAROLINE ROUX
Il y a la tentation de changer ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a toujours la tentation, vous savez j'ai une petite expérience politique et je sais que lorsque c'est difficile, il y a toujours la tentation de se dire, tiens on va changer de route, on va changer de chemin, on va essayer autre chose. Le choix qu'a fait le Président de la République, c'est le seul choix responsable, continuer malgré les difficultés. Dans cette heure de vérité, nous avons besoin de constance, donc oui, nous faisons le prélèvement à la source, oui nous faisons le projet de loi sur la croissance, la transformation des entreprises.

CAROLINE ROUX
On va en parler.

BRUNO LE MAIRE
Et oui nous réformerons l'indemnisation du chômage, parce que je pense que ce pourquoi le Président de la République a été élu, c'est bien pour cette transformation en profondeur en gardant le cap.

CAROLINE ROUX
Est-ce que les Français la voit vraiment la transformation, est-ce que ce n'est pas ça le problème ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que les Français, ils attendent des résultats rapides et que le choix que nous avons fait, il est plus difficile, ça prend plus de temps. Prenez par exemple les salaires, nous avons décidé de faire en deux temps la suppression des cotisations assurance maladie, assurance chômage, mais dès le 1er octobre prochain, il n'y a plus que quelques semaines à attendre, des millions de salariés français, ils vont ouvrir leur enveloppe, voir leur feuille de paie et dans la dernière ligne, ils verront qu'il y a plus le 1er octobre qu'il n'y avait à la fin du mois de septembre.

CAROLINE ROUX
Je ne veux pas être désagréable, mais c'était déjà le message l'année dernière.

BRUNO LE MAIRE
Mais parce que nous le faisons progressivement. Nous le faisons en tenant compte aussi des contraintes de finance publique, donc c'est vrai que c'est plus long et que c'est plus difficile, mais ça donnera des résultats solides et comme pour la croissance, comme pour l'emploi, ce qui compte à mes yeux, c'est qu'on ait des résultats solides, c'est ce que j'ai appelé la nouvelle prospérité française. La nouvelle prospérité française, elle ne doit pas être bâtie sur la dépense publique et sur la dette, mais sur la croissance et le travail.

CAROLINE ROUX
Et on va parler du contenu de la loi Pacte, mais quand même un mot quand vous voyez comme vous le disiez, vous avez un peu d'expérience politique, ce sont les mots vous avez utilisés, que le Président de la République a perdu 10 points dans le dernier baromètre Paris Match, qu'il est plus impopulaire que François HOLLANDE, vous vous dites le lien, il est abîmé avec les Français ?

BRUNO LE MAIRE
Je dis que c'est difficile, bien sûr, je dis que je ne suis pas surpris. Moi ce qui me surprenait, je vais vous dire, c'est les 12 ou 14 premiers mois où les choses étaient faciles. En politique quand on fait des vraies transformations en profondeur c'est toujours difficile, puis il y a un moment où tout d'un coup, voilà, nous sommes face à la vérité de Français qui sont impatients, qui ont beaucoup souffert, qui depuis des décennies affrontent le chômage de masse, qui sont inquiets sur ce que va devenir la France.

CAROLINE ROUX
Donc le lien, il n'est pas cassé ?

BRUNO LE MAIRE
Non, le lien n'est pas cassé, en revanche ce que je sais, c'est qu'il va falloir faire preuve encore plus dans les semaines et dans les mois qui viennent de fermeté, de constance et de détermination et je souhaite que toutes les oppositions soient capables, elles aussi, de se positionner par rapport à ce choix du Président de la République.

CAROLINE ROUX
Il y a eu un coup de mou sur l'économie française, je rappelle que vous êtes ministre de l'Economie, les mesures vous les avez mises en place il y a un an, les résultats auraient dû se voir sur la croissance, l'équipe de François HOLLANDE explique désormais ce sont les équipes d'Emmanuel MACRON qui ont cassé la croissance. Pourquoi on s'en sort moins bien que nos voisins européens, par exemple ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord je ne pense pas que les équipes de François HOLLANDE soient les mieux placées pour faire des commentaires sur la croissance, la dette ou l'emploi, je n'aurais pas la cruauté de rappeler dans quel état ils ont laissé la France.

CAROLINE ROUX
Il y avait de la croissance, BRUNO LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Aujourd'hui on a une croissance qui est autour de 1,7, je ne vais pas donner de chiffres définitifs, je rappelle que les 10 dernières années, la moyenne c'était 0,8. Donc les faits sont têtus.

CAROLINE ROUX
En 2017, c'était combien ?

BRUNO LE MAIRE
Et les chiffres sont têtus. En 2017, il y a eu de très bons résultats, à la fin de l'année, il y a eu une poussée de croissance très forte dans l'économie française et là on a fait mieux à la fin 2017 que nos voisins européens mais ça, personne n'a voulu en tirer de la fierté. Moi je pense qu'il faut en tirer de la fierté. Aujourd'hui nous faisons moins bien que nos voisins européens, c'est vrai, la croissance reste solide…

CAROLINE ROUX
Vous l'expliquez ?

BRUNO LE MAIRE
.. Mais nous faisons moins bien pourquoi ? Tout simplement parce que notre outil de production, notre tissu d'entreprises, il est trop fragile, il est trop faible, on n'innove pas assez, on n'investit pas assez, on ne forme pas assez.

CAROLINE ROUX
C'est de la faute des entreprises ?

BRUNO LE MAIRE
On ne qualifie pas assez.

CAROLINE ROUX
C'est de la faute des entreprises, BRUNO LE MAIRE, c'est-ce que vous nous expliquez.

BRUNO LE MAIRE
Non, c'est la faute du modèle économique que nous avons choisi où nous ne formons pas assez, nous ne qualifions pas assez, c'est ce à quoi s'attaque Muriel PENICAUD avec beaucoup de déterminations, et de l'autre côté nous avons des entreprises qui ne sont pas assez compétitives et qui ont les produits qui ne sont pas suffisamment compétitifs, valables aux yeux de ce que proposent nos concurrents, c'est tous les sujets que nous traitons aujourd'hui.

CAROLINE ROUX
Et ce que vous traitez dans la loi Pacte, 73 articles, vous expliquez que ça va rétablir la prospérité française. La loi Pacte, c'est un point de PIB ?

BRUNO LE MAIRE
Oui. Exactement, c'est ce qui est prévu en tout cas par le Trésor, après on jugera là aussi aux résultats et je suis prêt à ce qu'il y ait une évaluation très précise de toutes les dispositions de la loi Pacte par les parlementaires comme par l'OCDE.

CAROLINE ROUX
Quel est l'objectif ? Je le disais 73 articles, 4 chapitres : certains disent c'est la loi Macron II, c'est une loi fourre-tout. S'il fallait retenir deux objectifs clairs que vous fixez avec cette loi ?

BRUNO LE MAIRE
C'est une loi cohérente avec deux objectifs clairs, des entreprises plus fortes, des salariés mieux rémunérés. Voilà les deux objectifs.

CAROLINE ROUX
Des salariés mieux rémunérés ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, des salariés mieux rémunérés, moi je considère qu'aujourd'hui les salariés français doivent être mieux récompensés de leurs efforts. Quand l'entreprise tourne bien, qu'elle a de bons résultats, il faut qu'ils puissent en toucher directement les bénéfices sur leur feuille de paie et c'est pour ça que nous allons supprimer la taxe de 20 % sur l'intéressement pour toutes les entreprises de moins de 250 salariés et j'invite tous les chefs d'entreprise des entreprises de moins de 250 salariés à se saisir de cette possibilité d'offrir de l'intéressement à leurs salariés, l'entreprise tourne bien, le premier bénéficiaire, ça doit être le salarié.

CAROLINE ROUX
Alors il y a certains amendements qui ont été déposés par votre majorité, par exemple travailler plus le dimanche.

BRUNO LE MAIRE
Je ne souhaite pas qu'on ouvre ce sujet.

CAROLINE ROUX
Ah bon.

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne souhaite pas qu'on ouvre ce sujet dans la loi Pacte, tout simplement parce que ce n'est pas l'objet de la loi, je le redis, cette loi, elle a une cohérence forte, c'est faire grandir nos entreprises, lui permettre d'innover, permettre aux salariés d'être mieux rémunérés et de participer davantage à la vie de l'entreprise. La question du travail le dimanche est une vraie question politique importante, elle n'a pas sa place dans la loi Pacte.

CAROLINE ROUX
Obliger les entreprises à révéler les écarts entre les niveaux de rémunération et repérer les déséquilibres, voilà une proposition aussi qui vous est faite par la majorité.

BRUNO LE MAIRE
J'y suis favorable, j'y suis favorable parce que je considère que l'on doit faire preuve de transparence et je considère également qu'il est bon que dans une entreprise les écarts salariaux ne soient pas trop importants pour garder la cohésion au sein de l'entreprise. Moi je suis très attaché et à la cohésion dans l'entreprise et à la cohésion nationale et je pense que ce qui tue la cohésion dans une nation comme dans une entreprise, ce sont les excès.

CAROLINE ROUX
Alors selon une note confidentielle du ministère des Finances allemand, la diabolisation des grandes entreprises numériques n'est pas productive. Alors là c'est un sujet, on sait, qui vous tient à coeur, la taxation des Gafa, est-ce que vous êtes lâché par les Allemands ?

BRUNO LE MAIRE
Non, j'ai eu l'occasion d'en discuter avec le ministre des Finances allemand la semaine dernière, je le reverrai samedi à Vienne, les Allemands nous accompagnent depuis le début pour arriver à une juste taxation des gens du numérique, je suis convaincu qu'ils seront aussi avec nous à la fin. Mais je voudrais vraiment appeler mes homologues ministres des Finances européens à une prise de conscience, qu'ils entendent ce que veulent les peuples européens. Les peuples européens veulent de la justice et ils veulent notamment de la justice fiscale et ils ne comprennent pas que nous laissions des entreprises comme Google, Amazon ou Facebook avoir 14 points, 14 points de taxation de moins qu'une PME ou qu'une entreprise européenne et ils l'accepteront de moins en moins. J'appelle les ministres des Finances européens à une prise de conscience, et à une décision.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup BRUNO LE MAIRE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 septembre 2018

Rechercher