Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec CNews le 6 septembre 2018, sur la réforme du prélèvement à la source et sur la politique gouvernementale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec CNews le 6 septembre 2018, sur la réforme du prélèvement à la source et sur la politique gouvernementale.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :
ROMAIN DESARBRES
Tout sur le prélèvement à la source, par celui qui le met en place, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald DARMANIN, qui est l’invité de Jean-Pierre ELKABBACH, ce matin, c'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes évidemment le bienvenu Gérald DARMANIN. Bonjour, merci d’être avec nous.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier, devant les caméras, le président de la République vous a exhortés, vous tous les ministres, à tenir. Pourquoi tenir ? Est-ce que ça veut dire que déjà vous êtes gagnés par le doute, les hésitations, une sorte de fatigue, qu’est-ce qui se passe ?

GERALD DARMANIN
Non, mais le quinquennat, comme son nom l’indique, est assez long, il dure cinq ans. On a fait un an, un an et demi, des réformes importantes ont été faites, portées sans doute par l’élection du président de la République, l’élection de la majorité parlementaire, le fait qu’il a proposé un gouvernement d’union nationale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça vous le savez, mais tenir contre quels assauts ? Venus de qui ces assauts ?

GERALD DARMANIN
Nous sommes dans l’an II si j’ose dire, ou dans la deuxième saison, et que, effectivement, c'est une année compliquée, parce que les réformes aujourd'hui elles sont largement menées et d’autres arrivent, l’assurance chômage, les retraites la dépendance, le deuxième budget que présentera le Premier ministre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais donc vous pensez que ça va secouer, que ça va être chaud.

GERALD DARMANIN
Mais c'est toujours un petit peu difficile, le moment où les réformes sont lancées et les résultats ne sont pas encore tout à fait là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça veut dire que le gouvernement est comme une forteresse assiégée et que vous arrivez dans le dur et dans la difficulté, pour ne pas dire dans l’adversité.

GERALD DARMANIN
Nous sommes bien évidemment dans ce que vous appelez le dur, parce que nous faisons des réformes très importantes pour le pays, nous avons quitté, si j’ose dire, la saison dernière avec la réforme de la SNCF, dont je vous rappelle que le gouvernement a réussi à la mener à son terme, malgré les difficultés et les résistances assez fortes. Maintenant, il faut aussi regarder qu’il n’y a pas d’opposition, au sens où il n’y a pas d’opposition crédible, et il y a de très nombreuses oppositions, de multiples oppositions, qui se regroupent dans la démagogie, mais qui ne proposent pas d’alternative crédible à la France, au président de la République. Donc nous devons travailler, parce que sans nous, la France ne pourrait pas se réformer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, vous avez tenu bon, presque, vous n’avez pas besoin de conseil, tenir tenir, vous avez tenu bon, presque seul contre tous, j’ai envie de dire, contre vents et marées, et vous avez presque imposé la réforme de l’impôt sur le revenu à la source et vous considérez comme une récompense de voir que deux Français sur trois, quand on les a sondés, sont d'accord presque avec la réforme que vous portez ?

GERALD DARMANIN
Je n’ai pas imposé la réforme, j’ai essayé de répondre aux interrogations nombreuses du président de la République et du Premier ministre, pour savoir si tout allait bien se passer en janvier prochain, et c'est tout à fait normal qu'un ministre y réponde. Mais monsieur ELKABBACH, ce qui est important, ce n'est pas qu’aujourd'hui deux Français sur trois considèrent que c'est une bonne ou une mauvaise réforme, nous verrons bien si les choses…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est qu’elle s’applique et qu’elle réussisse.

GERALD DARMANIN
Bien sûr, c'est qu’elle s’applique et qu’elle réussisse, parce que c'est une grande réforme l'impôt à la source, de simplification et de modernisation de l'administration.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dites-nous, entre nous, la vérité : est-ce qu'à un moment donné, vous avez pensé que le président de la République n'en voulait pas de la réforme, inspiré peut-être par des visiteurs du soir, il commençait à douter et qu'il était prêt à renoncer à la réforme ?

GERALD DARMANIN
Je ne le crois pas. Voilà un an, le président de la République m'a chargé en tant que ministre de travailler à une réforme qui s'appelle l'impôt à la source, c'est moi qui lui avais proposé, et au Premier ministre, de le décaler d'un an, parce que je considérais que nous n'étions pas prêts. Le président de la République n'a jamais considéré, en tout cas il l’a d'ailleurs dit ex-voto, si j’ose dire, que c’était une mauvaise réforme, et il a eu des doutes sur son application, sur son exécution.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il fallait qu’il rende publics ses propres doutes ?

GERALD DARMANIN
Le président de la République, par nature, a le droit de faire du challenge, si j’ose dire, à ses ministres, à son administration, et d'ailleurs je pense que c'était tout à fait l'important, ça a permis de beaucoup parler de la réforme, ce qui n'était pas encore le cas il y a de trois mois, elle va pourtant toucher tous les Français en janvier, et puis surtout, elle a permis des améliorations. A la demande du président de la République, nous avons supprimé les perdants, tous ceux qui avaient des crédits d'impôts et qui les aurait touchés en trésorerie un peu plus tard que prévu. Là vous avez vu l'annonce que nous avons faite grâce au président de la République, 60 % des cris d'impôts seront remboursés dès le 15 janvier sur les comptes en banque des Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour combien de contribuables ou de foyers ?

GERALD DARMANIN
A peu près 8 millions de foyers fiscaux, 5 millions de personnes qui donnent des dons aux associations par exemple, 60 % de ces dons…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est pour ça que vous allez en Haute-Marne tout à l’heure, pour les dons.

GERALD DARMANIN
Exactement, aujourd'hui, et puis 3 millions de personnes pour des services à la personne, les services d'investissements locatifs par exemple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Coût pour l'Etat ?

GERALD DARMANIN
Ce n'est pas vraiment un coût pour l'Etat, puisque c'est, comme diraient les technos, on traite en infra-annuel, c'est-à-dire que nous n'avançons que de l'argent que nous aurions, quoi qu’il arrive, déboursé. C'est très important parce que nous avons aussi relancé la croissance et la consommation, c'est de l'argent disponible dès le mois de janvier, nous aurons donc peut-être demain des recettes grâce à cette consommation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec quel argument ou quels arguments ? Mais quel argument ultime, vous avez convaincu à la fois le Premier ministre et le président de la République ?

GERALD DARMANIN
Je pense que j'ai démontré que, à la fois nous avons gommé les perdants qui étaient encore dans la réforme, 3 millions de perdants qui aujourd'hui ne le sont pas, il se trouve qu’ils sont des gagnants, à la demande de du président de la République, pour ces questions fameuses du crédit d'impôt. Nous avons réglé des petits problèmes, si j'ose dire, mais qui touchaient les personnes qui avaient parfois des faibles revenus, c'est le cas des assistantes maternelles, elles étaient 40 000 un petit peu concernées par ce passage d'une année sur l'autre, d'impôts. Et puis troisièmement, me semble-t-il, j'essaie d'apporter des réponses techniques en montrant que l'impôt à la source, l'administration fiscale et ses agents, qui ont fait l'impôt en ligne, qui ont fait la pré-déclaration par exemple, préremplie, de celle que vous avez reçue cette année, est tout à fait capable de faire cette grande réforme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand vous êtes sorti du bureau, est-ce que vous saviez qu'il allait dire oui, ou vous ne saviez pas ?

GERALD DARMANIN
Le président de la République avait donné une indication et il avait souhaité avoir quelques éléments complémentaires qu'on lui a donnés dans la journée, et vous avez vu que le Premier ministre a confirmé la grande réforme de l’impôt à la source.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous laissez entendre qu'il va y avoir quelques difficultés, comme vous dites, ici ou là, donc vous vous attendez quoi qu'il arrive à quelques bugs techniques en janvier 2019, et est-ce que ça pourrait à ce moment-là, remettre en cause la réforme, on la suspend ?

GERALD DARMANIN
Non, parce que quand on gère une grande administration, il y a toujours des moments individuels où il y a des difficultés. Dans l'impôt normal, l'impôt à l'ancienne, l’impôt à la papa, on pourrait dire ça comme ça, que nous allons encore vivre cette année, il y a en général 2 millions de réclamations des contribuables, sur 38 millions de foyers fiscaux. Alors, il y a 1,7 millions de ces réclamations qui sont dues à des personnes qui remplissent mal leur déclaration, et quand même 300 000 qui sont dues à la…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais donc, en janvier 2019, il n’y aura pas 2 millions, il y aura…

GERALD DARMANIN
Qui seront dues à l’administration, mais moi je pense qu’il y aura beaucoup moins, beaucoup moins de réclamations, beaucoup moins d'erreurs, vous savez, on rembourse en moyenne 1 200 € à 700 000 contribuables chaque année. Bon ben ça c'est la trésorerie qu'on leur prend, qu’on ne devrait pas leur prendre, eh bien l’impôt à la source va permettre, au contraire, de diminuer ces erreurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors, vous disiez tout à l’heure ce que vous avez fait pour toucher le plus de monde possible, pour ceux qui bénéficient de réductions d'impôts, parce qu'ils investissent par exemple dans le logement, avec les systèmes Duflot, Pinel et Scellier, quels gestes vous faites pour eux et en même temps je suppose que ça peut favoriser la construction si importante en France ?
GERALD DARMANIN

Eh bien nous leur donnons 60 % de leur crédit d'impôt, c'est-à-dire ils l'auraient touché sans doute en juillet, août, septembre, on leur donne dès le 15 janvier un virement sur leur compte en banque, mais il n’y a pas que les gens qui font de l'investissement dans le Pinel ou dans le Scellier, il y a tous les… vous avez une maman ou un papa dans un EHPAD, vous avez un crédit d'impôt sur le revenu, il fallait attendre juillet et août pour avoir ce bénéfice de crédit d’impôt, on versera 60 % de ce crédit d'impôt dès le 15 janvier, pareil si vous avez une nounou ou si vous avez une femme de ménage, qu’évidemment vous déclarez, vous avez un crédit d'impôt, on vous le verse dès le 15 janvier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comme vous l'avez dit, si on fait des dons, même chose, on bénéficiera de…

GERALD DARMANIN
Exactement. Ça devient de plus en plus intéressant de donner des dons aux associations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites, en matière de trésorerie, il n’y aura aucun perdant. Qui est le principal gagnant ?

GERALD DARMANIN
Le principal gagnant c'est l'ouvrier, le salarié, l'intérimaire, la personne qui arrive malheureusement au chômage…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui doute encore aujourd'hui, qui n’y croit pas.

GERALD DARMANIN
… le chômeur de longue durée, qui a des revenus qui baissent, qui remontent, qui baissent, qui remontent, parce qu'il y a une vie pas simple fiscalement, et l’impôt va s’adapter à votre vie. Je vais vous donner un exemple, monsieur ELKABBACH, qui est très important. Sur la braderie de Tourcoing où vous savez je suis élu, une dame qui habitait en Belgique, qui est française et qui travaille en Belgique, en Belgique il y a l’impôt à la source, m’a dit : « C’est un très bon système, j'ai été en cancer, en longue durée, et bien en Belgique, le mois où on a découvert mon cancer, où j'ai arrêté de travailler, on a suspendu mon impôt. En France, j'aurais dû attendre un an après. J'aurais dû payer mes impôts sur des revenus quand je travaillais, alors que j'étais en arrêt maladie ». Vous voyez, rien que pour ça, il faut faire l’impôt à la source.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais 2018, ce n'est pas une année cadeau.

GERALD DARMANIN
L’année 2018…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est une année Père Noël, non ?

GERALD DARMANIN
Non, c'est une année qui en fait n'existe pas fiscalement, c'est une fiction, parce que l'impôt, vous le savez, depuis qu'on l’a crée en 1920, on le paie un an après, donc là nous payons tous les impôts…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En temps réel, maintenant on va les payer en temps réel.

GERALD DARMANIN
En 2018, là 17 septembre, il faut payer ses impôts, on paie ses impôts de l'année dernière. En janvier 2019 on paiera nos revenus… nos impôts par rapport aux revenus de janvier 2019, et l'année 2018 est ce qu'on appelle une année blanche, qui est poussée devant nous, qui ne sera pas touchée par l'Etat, jamais, puisqu'à la fin du monde, on ne sera sans doute pas là pour le voir, cette année tombera fiscalement mais c'est une fiction, l'Etat ne perd pas évidemment … impôt.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, est-ce que vous avez entendu, vous avez parlé de la droite tout à l'heure, par exemple Valérie PECRESSE qui parle : « Attention, overdose fiscale » et surtout Laurent WAUQUIEZ qui répète « Rendez l'argent aux Français ». Rendez l'argent aux Français, c'est-à-dire que l'Etat voleur est en train de piquer dans les poches des Français.

GERALD DARMANIN
Moi j’ai connu Les Républicains, qui était un parti qui aimait l'Etat et qui n'a jamais fait de démagogie sur ce point, d'ailleurs l’impôt à la source ça a été une grande réforme, poussée d'ailleurs par Valéry GISCARD d'ESTAING, par Jacques CHIRAC, et qui n'a jamais été mis en place par ailleurs. Je constate qu'aucun gouvernement n’a eu le courage de la faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais aujourd'hui ils n’en veulent pas.

GERALD DARMANIN
Oui, mais enfin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quand on vous dit « Rendez l'argent aux Français », comment…

GERALD DARMANIN
Bon, d’abord, l’impôt à la source, ce n’est pas un changement de votre impôt, c'est un changement de la façon dont vous le payez, c'est très différent. Je constate par ailleurs que monsieur WAUQUIEZ, madame PECRESSE, à part pérorer pour les uns, envoyer des SMS sur des fichiers qui manifestement, de ce que je comprends, ne sont pas faits pour ça, pour les autres, ils n'ont pas de projet pour la France, et ce qu'on attend de l'opposition, c'est pourtant des gens qui sont intelligents et qui normalement travaillaient, font normalement des propositions d'alternatives. Quelle est la position de l'alternative, quelle est la proposition d’alternative aujourd'hui de madame PECRESSE et de monsieur WAUQUIEZ ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La mensualisation contemporaine, comme dit Eric WOERTH,

GERALD DARMANIN
Mais la mensualisation contemporaine, c'est deux choses totalement différentes. D'abord vous ne rendez pas votre impôt contemporain, ça aide les gens qui sont riches, la mensualisation contemporaine, mais ça ne règle pas le problème de l'intérimaire ou de la personne qui a un cancer et qui est ouvrière et qui paie son impôt un an après. Voilà. La deuxième des choses c'est que la mensualisation n’aurait pas permis de faire ces crédits d'impôts que je vous proposais de 60 % au mois janvier. Et par ailleurs, monsieur ELKABBACH, ce qui est très important de savoir, c'est qu’il y a des gens qui, aujourd'hui, ont des découverts, parfois se surendettent pour payer leurs impôts. Et ça, je crois que malheureusement, la droite a oublié son mode social lorsque j’y étais.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Gérald DARMANIN, est-ce qu'un jour on verra une vraie réforme fiscale et en même temps une vraie baisse d’impôt ?

GERALD DARMANIN
Mais, monsieur ELKABBACH, nous la faisons. Le projet de budget que je vais présenter avec Bruno LE MAIRE au nom du Premier ministre et du président, c'est la baisse encore de l'impôt sur les sociétés, c'est la suppression totale d'un impôt, c'est très rare la suppression totale d’un impôt, qu’est la taxe d'habitation. C'est, nous l’avons fait l’année dernière, la suppression de l'impôt sur la grande fortune, c'est aujourd'hui la façon dont nous revoyons la fiscalité sur les brevets, qui est très importante pour notre industriel. C’est après demain et nous serons avec Stéphane TRAVERT, la nouvelle fiscalité agricole, plus simple pour les agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que, parce qu’on ne parle plus par exemple des heures supplémentaires désocialisées, sans charges sociales. Comment ça se fait ? Ça va disparaître, ça va être escamoté ou…

GERALD DARMANIN
Pas du tout, le président de la République, et j'en suis très heureux de ces arbitrages, a souhaité mettre en avant cette grande réforme de pouvoir d'achat pour les ouvriers et les employés, que la droite d'ailleurs ne soutenait plus, je vous rappelle que moi je l'avais déploré dans le programme de François FILLON, il n'y avait plus les heures supplémentaires, et là, le président de la République a demandé qu'on avance, ce qui était prévu dans son programme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça sera fait.

GERALD DARMANIN
Effectivement, au 1er septembre prochain, 11 % de pouvoir d'achat en plus, parce qu’il y aura moins d'impôts sur les heures supplémentaires que font les ouvriers et les employés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, comment arriverez-vous à convaincre les retraités qu'ils ne sont pas les cocus du macronisme ?

GERALD DARMANIN
Mais ils ne le seront pas, pour la bonne et simple raison, qu’ils vont bénéficier de toutes les baisses d'impôts que nous faisons également pour toutes les classes moyennes. Quand nous supprimons la taxe d'habitation, les retraités qui la paient, je vous le rappelle, en bénéficient. Lorsque nous regardons le système des retraites, nous augmentons très fortement ce qu'on appelle les petites retraites. Quelqu'un qui a 700 € par mois, un agriculteur, une femme d’un artisan qui n'a pas été très bien déclarée, parce que parfois c'est le cas, aujourd'hui elle vit quasiment sous le seuil de pauvreté, grâce à Emmanuel MACRON ce sera une augmentation très importante de ce minimum vieillesse, qu'elle a pu déjà constater, elle sortira de ce seuil de pauvreté.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vais vous proposer deux témoignages, et qui vous sont adressés d'abord par Vanessa WAGNER, elle est vice-président du Grand Est elle est chef d'entreprise, elle a peut-être une question, et il y aura tout à l'heure un deuxième témoignage.

VANESSA WAGNER, VICE-PRESIDENTE CGPME GRAND-EST
Monsieur le Ministre, vous avez conscience j'imagine du temps pour les entreprises, que ce changement systémique va engendrer, j'aurais voulu savoir comment vous entendez dédommager l'entreprise par rapport à cette nouvelle gestion et à ce temps qu'ils vont y passer ?

GERALD DARMANIN
Bon, d'abord, l'impôt à la source, il a parfois été soutenu par le patronat. Madame PARISOT, quand elle était présidente du MEDEF, elle soutenait l'impôt à la source. Tous les pays européens le font, l’impôt à la source, donc ce n'est pas extrêmement nouveau. Deuxièmement, les entreprises sont nos partenaires, moi j'ai supprimé ce qui effectivement apparaissait comme étant défiant vis-à-vis des entreprises, notamment les sanctions, les fameuses sanctions pénales. Deuxièmement, je leur ai proposé un système, je leur ai écrit d'ailleurs cette semaine, à toutes les petites entreprises, toutes celles de moins de 20 salariés ou les petites associations qui emploient des gens, que l'Etat, l'URSSAF en l'occurrence, fasse des choses pour elles, si elles le souhaitent, facultatif et gratuit, ils vont sur le site des URSSAF, TESE, T.E.S.E.FR, et on fait l'impôt à la source pour cette dame si elle le souhaite. Et puis troisièmement, j'assume que ce n'est pas une réforme qui est faite pour les chefs d'entreprise, il y a beaucoup de choses que l'on fait aujourd'hui, nous, le gouvernement, pour les chefs d’entreprise, c'est de réformes pour les salariés, c'est une réforme pour les ouvriers, c'est une réforme pour tous ceux qui, 90 % c'est des CDD.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien voilà le deuxième témoignage, Vincent SCHALLER, il est conducteur de TGV et il est à SUD RAIL Strasbourg. Ecoutez-le.

VINCENT SCHALLER, CONDUCTEUR DE TGV ET REPRESENTANT REGIONAL SUD RAIL SNCF STRASBOURG
Monsieur DARMANIN bonjour. Dans une entreprise comme la SNCF, qui compte encore 145 000 salariés, on s'aperçoit que les gestionnaires, qui font justement la paie de tous ces cheminots, n’ont encore absolument aucune information, aucune directive quant à la mise en place du prélèvement à la source. Est-ce que vous pensez sérieusement qu'à 4 mois de l'échéance ça sera réalisable dans des conditions tout à fait normales ?

GERALD DARMANIN
Alors, si je puis me permettre de corriger monsieur, dans son entreprise qu’est la SNCF, avec un chef d’entreprise qui s'appelle Guillaume PEPY, la SNCF a participé par l'intermédiaire de ses éditeurs de logiciels, au travail que nous avons fait déjà de test. Pour vous donner un exemple, 96 % des salariés, dont évidemment les salariés de la SNCF, ils ne le savent pas parce qu'on l’a fait sans qu'ils le voient, ont été testés, nous avons testé 120 millions de lignes de salaires, alors qu'il y a 38 millions de foyers fiscaux, donc la quasi-intégralité, vous ne le savez pas, mais ont été testées par l’intermédiaire des indépendants, des collectivités locales, évidemment des hôpitaux, évidemment des entreprises. A partir du mois d'octobre, du mois de novembre, les Français vont recevoir et j’encourage la SNCF à le faire, une feuille de paie, comme si c'était l'impôt à la source. On l'appliquera en janvier mais ça permettra à monsieur d’être rassuré sur la façon dont…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah, et on va le rassurer, parce que demain je recevrai Guillaume PEPY, en exclusivité, pour Cnews.

GERALD DARMANIN
Et vous lui poserez la question.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous allez faire des économies dans le budget 2019, qui va, ou souffrir ou bénéficier de ce que vous allez faire, et est-ce que ce n'est pas le domaine social qui va casquer le plus ?

GERALD DARMANIN
Non, nous avons fait à des choix politiques très importants et donc des choix budgétaires, le budget n'est que l'instrument de la politique, d'abord l'augmentation très importante des crédits dans le domaine régalien, parce que le monde est difficile pour la France, les armées bien sûr, la police, la justice…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis les économies sur le social.

GERALD DARMANIN
D'abord je vous explique quand même ce qui augmente, c'est les choix. Bon, deuxièmement dans le social, effectivement, de grandes avancées, y compris budgétaires, c'est le cas du monde de la santé, c'est le cas du plan pauvreté que va annoncer me semble-t-il dans 10 jours…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi on dit plan pauvreté et pas le plan anti-pauvreté ?

GERALD DARMANIN
Il appartiendra à madame la ministre de la Santé et des solidarités de vous dire à quel point l'activation des dépenses sociales, c'est-à-dire le fait que bien sûr il faut donner de l'argent aux gens pour qu'ils s'en sortent, mais il faut surtout les aider à sortir de la détresse dans laquelle ils sont et pas simplement donner de l'argent. C'est un point important d'activation des dépenses sociales, ce serait même encore plus juste. Et puis troisièmement, l'écologie. Moi je rappelle quand même, même si il y a cette discussion autour de Nicolas HULOT et de François de RUGY, que l'augmentation des crédits de l'écologie c'est des plus grandes augmentations depuis la création du ministère de l’Ecologie, 850 millions d'euros de plus de crédits, d’une année sur l’autre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dont va bénéficier François de RUGY évidemment, pas seulement consacré à Nicolas HULOT.

GERALD DARMANIN
Dont vont bénéficier les Français, et les Français vivent aujourd'hui une transition écologique et le gouvernement y met beaucoup de moyens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous pouvez nous dire, au fond, quel est le sens de la stratégie MACRON ? Est-ce que vous savez où vous allez ? Est-ce que vous savez où vous conduisez les Français ?

GERALD DARMANIN
Mais, j'allais dire évidemment.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Où ?

GERALD DARMANIN
Le président de la République il a été élu face à madame LE PEN qui avait fait 11 millions de voix au second tour de l’élection présidentielle…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D’accord. Vous ne pouvez pas le répéter chaque fois.

GERALD DARMANIN
Eh bien c'est quand même très important, parce que lorsqu’on ne comprend pas la vie politique, qu’on ne comprend pas les choix très courageux que fait le président de la République, si on ne voit pas que la maison brûle.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Où conduisez-vous les Français ?

GERALD DARMANIN
On les conduit, nous l’espérons, sur le chemin qui permet de sortir de la grande pauvreté. Une très grande partie de nos concitoyens qui ont, qui sont éloignés de la République ou du pacte social, nous assurons des grandes réformes sociales, qui sauvent des systèmes entiers, sur lesquels depuis quelques années, nous n’avons pas fait de réformes, c'est le cas des retraites, c'est le cas de la dépendance. Monsieur ELKABBACH, songez que nous allons être la génération qui va à la fois être dans une difficulté de financement de sa retraite, et qui par ailleurs doit financer la dépendance de ses parents ou de ses grands-parents. Et troisièmement, nous allons protéger la France des difficultés très fortes, c'est le cas notamment du terrorisme, et c'est pour ça que nous mettons les moyens qui depuis quelques années n’ont pas été mis, sur la police et les armées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Même si ces années, vous allez sortir d’un climat qui va chauffer. Vous, qu’est-ce que vous avez appris pendant ces dix jours de tempête, personnellement ?

GERALD DARMANIN
Non, mais je pense qu’il y a bien d’autres tempêtes pour les Français qui nous regardent, que celle d’un ministre qui doit justifier l’exécution de sa réforme. Ministre, ça veut dire serviteur, je n’ai été que le serviteur à la fois de mon administration qui a beaucoup travaillé, et d’un président de la République qui m’a nommé et qui était…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C’est beau, il faudrait des violons pour accompagner ce que vous dites.

GERALD DARMANIN
Non mais, et qui est exigeant. Mais, moi, vous savez, je suis aujourd'hui très fier des agents des finances, des 100 000 qui ont beaucoup travaillé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais bien sûr, mais qu’est-ce que vous allez faire pour faire fructifier, comme disait le président de la République, votre capital politique ?

GERALD DARMANIN
Bon, ce n’est pas comme ça que j’imagine, si j’ai une ambition, c'est d’être réélu à Tourcoing. Surtout, monsieur ELKABBACH, j’ai la responsabilité de mener une grande réforme pour tous les Français en janvier prochain, peut-être que nous pourrons constater en février ou en mars qu’elle est réussie, et si elle est réussie, j’espère que je pourrai vous dire que j’aurai apporté ma petite pierre à l’édifice de la modernisation de mon pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je peux vous poser une question personnelle ? Après les deux classements sans suite du Parquet contre les plaintes qui ont eu lieu contre vous, est-ce que vous en avez fini définitivement ? Fini, vous, avec la justice ?

GERALD DARMANIN
Alors oui c'est le cas, moi je pense qu’il faut regarder les choses avec sérénité. Il y a des moments où la calomnie existe, moi j’ai déposé plainte pour que cette calomnie puisse être jugée, je poursuivrai évidemment cette plainte, et…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, de votre côté, il y aura une suite.

GERALD DARMANIN
Bien sûr, elle a été déposée d’ailleurs dès le lendemain de la « révélation », je mets des guillemets, de cette pseudo affaire. Moi je remercie particulièrement le président de la République et le Premier ministre d’avoir soutenu dans des périodes difficiles, ça a été aussi le cas pour Nicolas HULOT, et moi je voudrais simplement les remercier de ce soutien, parce qu’ils ont eu, me semble-t-il un comportement qui m’a permis de continuer à travailler.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans les deux cas, vous avez une carapace, ou elle s’est formée ?

GERALD DARMANIN
La politique, on n'est jamais tout à fait habitué, mais la politique fait naître des attaques, elles ne sont pas agréables, mais c'est la rançon de la gloire, ou comme dirait Georges BRASSENS, les trompettes de la renommée.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d’être venu. Demain, en effet je recevrai Guillaume PEPY, le patron de la SNCF, pour parler à la fois de l’été, ce qui s’est passé, de l’avenir et de la réforme de la SNCF. Merci à vous.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A bientôt.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 19 septembre 2018

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