Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Inter le 20 septembre 2018, sur la révision des prévisions de croissance, le budget 2019, l'augmentation de la CSG et la politique de l'énergie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Edouard Philippe, Premier ministre, à France Inter le 20 septembre 2018, sur la révision des prévisions de croissance, le budget 2019, l'augmentation de la CSG et la politique de l'énergie.

Personnalité, fonction : PHILIPPE Edouard, SALAME Léa, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Premier ministre; ;

ti : NICOLAS DEMORAND
Un « Grand entretien » spécial ce matin avec Léa SALAME, notre invité jusqu'à 9h00 est le Premier ministre Edouard PHILIPPE, pas de « Carrefour du 7-9 » ce matin, vous pouvez retrouver néanmoins la revue de presse de Claude ASKOLOVITCH en ligne sur le site d'Inter. Vous aurez la parole, amis auditeurs, dans une vingtaine de minutes, vos questions par téléphone 01.45.24.7000, questions, réactions également sur les réseaux sociaux et l'application France Inter. Edouard PHILIPPE, Monsieur le Premier ministre, bonjour.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Nicolas DEMORAND.

NICOLAS DEMORAND
Merci d'être au micro d'Inter. Une question de climat, de moment, pour commencer. Vous avez déclaré que l'année qui commençait là, serait une année de bagarres sur le plan économique, commençons par là. Le tableau s'assombrit, la croissance, on le sait, ralentit, les déficits publics augmentent, l'inflation repart à la hausse, le pouvoir d'achat des Français s'en ressent. Bruno LE MAIRE, à ce micro, disait qu'il fallait du temps pour que les résultats soient perceptibles. Alors, Monsieur le Premier ministre, combien de temps, et quand est-ce que ça va marcher ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord je ne me retrouve pas dans le tableau, presque apocalyptique, en tout cas très sombre, que vous venez de décrire.

NICOLAS DEMORAND
Sombre est le mot.

EDOUARD PHILIPPE
Que vous venez de décrire, qui ne me semble pas correspondre à la réalité. La croissance sera, cette année, d'environ 1,7, et je me permets de vous faire observer, Nicolas DEMORAND, même si ça peut sembler très théorique, que c'est exactement le niveau que nous avions indiqué l'année dernière, lorsque nous avons fait la prévision pour l'année 2018. Il n'y a donc pas de ralentissement qui serait subi, nous savions que l'année 2018 serait probablement un peu moins rapide que l'année 2017, 1,7 % de croissance, Monsieur DEMORAND, c'est deux fois plus que la moyenne des 10 dernières années.

NICOLAS DEMORAND
Donc rien de nouveau et pas de quoi s'inquiéter ?

EDOUARD PHILIPPE
Non.

LEA SALAME
Mais c'est moins que l'année dernière.

EDOUARD PHILIPPE
C'est moins que l'année dernière, c'est vrai, c'est moins que l'année dernière, un peu partout d'ailleurs, et nous sommes à 1,7. C'est trop peu. Je vous rejoins volontiers, c'est trop peu, et nous pourrions faire mieux. Ce qui est fascinant, et inquiétant, c'est que dans notre pays, à 1,7 % de taux de croissance, c'est-à-dire avec une croissance réelle, nous sommes encore à 9,1% de taux de chômage, et, partout, en France, quel que soit le secteur d'activité, dans l'industrie, dans les services, dans l'agriculture, nous peinons à recruter la main-d'oeuvre dont nous avons besoin pour permettre d'avoir plus de croissance et de créer plus de richesse. Donc, c'est vrai qu'il y a un sujet de libération de notre capacité à croître, mais nous nous y attaquons, en levant les freins un par un, en investissant massivement dans la formation et dans la compétence, parce qu'en vérité c'est là qu'est le frein le plus massif à ce redémarrage de la croissance, et donc voilà. Nous regardons la situation en face, nous mettons en oeuvre nos politiques publiques, dans un certain nombre de cas les résultats sont présents, et dans un certain nombre d'autres cas ils seront plus lointains, mais vous savez, quand on change les choses c'est toujours comme ça, il y a des résultats très rapidement, et puis il y en a d'autres qui vont prendre plus de temps.

LEA SALAME
Sur le chômage quand les réformes vont-elles commencer à porter leurs fruits, vous dites on est à 9 % environ aujourd'hui, le chômage va-t-il baisser en 2019, est-ce qu'on passera sous la barre des 8 % dès l'an prochain ?

EDOUARD PHILIPPE
Je me garderai bien de faire des prévisions sur des chiffres précis. Ce que je sais, c'est que le chômage baisse, et il va continuer à baisser. Il va continuer à baisser parce que, sans faire aucun traitement statistique, du chômage, je n'y crois pas, j'ai toujours été contre, sans maquiller les chiffres, car parfois ils ont été maquillés, y compris en recourant à des artifices ou à des contrats qui permettaient de faire semblant de faire baisser le chômage, alors qu'en vérité il ne baissait pas, nous allons continuer sur cette voie de la croissance, et nous allons investir massivement, et vraiment massivement, pour faire en sorte que nous puissions trouver les compétences, que ceux qui sont parfois le plus éloignés de l'emploi, ou ceux qui sont juste à côté de l'emploi, puissent y retourner. Et je voudrais dire que cette question du retour à l'activité, est au coeur de l'ensemble des politiques publiques que nous menons, c'est ce qui explique l'invitation que nous avons faite aux partenaires sociaux à discuter sur la réforme de l'Assurance chômage, c'est ce qui explique une bonne partie du plan de lutte contre la pauvreté présenté par le président de la République la semaine dernière, c'est ce qui explique l'investissement massif dans les compétences auxquelles nous… c'est ce qui explique le développement de l'apprentissage, parce que nous sommes convaincus que l'apprentissage est la voie royale pour trouver un métier, pour trouver un emploi. C'est au coeur de notre politique, c'est très important. C'est par le travail, par un travail qui paye mieux, que nous allons créer plus de prospérité et plus de richesses dans ce pays.

LEA SALAME
Monsieur le Premier ministre, pardon de vous ramener aux chiffres, mais c'est le chiffre donné par votre ministre Muriel PENICAUD, est-ce que vous maintenez l'objectif de ramener à 7 % le chômage à la fin du quinquennat ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais bien entendu. L'objectif c'est de faire en sorte que le chômage baisse, et qu'il baisse nettement, et nous pouvons le faire, mais nous ne pouvons pas le faire en regardant les chiffres et en se contentant de, pardon, de faire de la météo, il faut prendre des mesures, des mesures qui sont parfois difficiles à expliquer, mais qui sont indispensables, nous l'avons fait avec les ordonnances Travail, nous l'avons fait avec… nous sommes en train de le faire avec les négociations sur l'Assurance chômage, nous le faisons avec la transformation du système scolaire. Encore une fois, c'est un objectif qui est parfaitement atteignable, ce qui est scandaleux c'est le niveau très élevé du chômage aujourd'hui dans notre pays.

NICOLAS DEMORAND
Edouard PHILIPPE, le budget va être annoncé, détaillé. Jean-Michel BLANQUER, pour l'Education, a déjà indiqué qu'il y aurait 1800 postes en moins dans le secondaire, 1400 de professeurs, 400 pour des personnels administratifs, mais en fait ce sont 2600 postes en moins dans le secondaire, a-t-on appris hier soir. J'avoue qu'on n'y comprend plus grand-chose. Combien de postes, au final, supprimés dans cette partie du système scolaire, collèges et lycées ?

EDOUARD PHILIPPE
Je suis assez sûr, au contraire, Nicolas DEMORAND, que vous comprenez très bien. D'abord vous comprenez très bien, et vous allez parfaitement comprendre ce que je dis, nous avons dit, dès le début, que l'éducation, l'enseignement supérieur, tous ce qui contribuait à faire en sorte que notre population soit mieux formée, était une priorité.

NICOLAS DEMORAND
Etait une priorité, d'où mon étonnement.

EDOUARD PHILIPPE
Ça se traduira comment ? L'année prochaine, dans le budget 2019, le budget du ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, augmentera d'environ 500 millions, le budget de l'Education nationale, qui est de l'ordre de 50 milliards, augmentera de 850 millions, c'est-à-dire que nous investissons dans l'avenir, nous consacrons une part croissante de nos moyens au système de l'Education nationale.

NICOLAS DEMORAND
En supprimant des postes de profs, c'est un investissement dans l'avenir ?

EDOUARD PHILIPPE
Absolument, en supprimant un certain nombre de postes, parce que, investir dans l'avenir ça ne veut pas dire ajouter sans transformer. Nous allons mettre plus de moyens, et nous assumons le fait de vouloir transformer. Quelques éléments, une priorité, la priorité absolue, c'est l'école primaire, c'est là que ça se jouer.

NICOLAS DEMORAND
Donc là il y a 1900 postes en plus, c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est là que ça se joue, parce que nous avons des résultats, il y a des éléments objectifs qui permettent de montrer que notre système ne fonctionne pas aussi bien qu'il devrait fonctionner, et nous savons que pour faire en sorte que la population française soit mieux éduquée, mieux armée, face au monde qui vient, il faut mettre le paquet sur l'école primaire, c'est ce que nous faisons, avec le dédoublement des classes, avec des systèmes d'évaluation qui vont nous permettre de mieux identifier à la fois individuellement les difficultés, et collectivement les faiblesses. Donc, nous sommes en train de transformer profondément les premières phases de l'éducation, avec l'école maternelle obligatoire, ce qui n'était pas le cas, avec ce dédoublement des classes en primaire, qui fonctionne très bien, et vous le savez.

NICOLAS DEMORAND
Ça veut dire qu'il y a assez de profs, ou qu'il y en a trop en France ?

EDOUARD PHILIPPE
Ça veut dire que nous mettons le paquet sur l'école primaire, et ça veut dire que nous sommes parfaitement déterminés à transformer le système d'éducation, pour faire en sorte que, oui, on puisse supprimer quelques postes, quand c'est possible, pour pouvoir développer d'autres activités là où c'est nécessaire. 1800 postes au global, comme vous le dites, 1800, qui ne sont pas 1800 postes de professeurs, mais enfin 1800 postes, au global, à l'Education nationale, c'est 0,2 % du nombre de postes à l'Education nationale. Il est absolument certain, monsieur DEMORAND, que nous pouvons réorganiser le cycle secondaire, de façon à mettre le paquet sur le primaire, et absorber cela. Et, un mot : je suis totalement convaincu que si l'on veut améliorer les choses, il faut réorganiser le système, c'est la réforme du baccalauréat que nous sommes en train d'engager, c'est beaucoup d'éléments que nous sommes en train d'engager, et il faut mieux payer les professeurs.

LEA SALAME
Est-ce que vous avez une annonce sur les professeurs, sur leur salaire ?

EDOUARD PHILIPPE
Lorsque nous nous sommes engagés, nous avons commencé à mettre en oeuvre cette mesure dès 2018, nous avons dit pour les professeurs, qui sont, et qui enseignent, dans les classes, qu'elles soient primaire, collège ou lycée, les plus difficiles, celles qui sont classées dans ce qu'on appelle les REP+, donc nous donnons 1000 euros de plus en 2018, 1000 euros de plus en 2019, 1000 euros de plus en 2020. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que en 2020, le professeur qui est encore enseignant en REP+, il aura 3000 euros de plus par an. Pourquoi ? Parce que c'est redoutablement difficile, et parce qu'il faut aider les professeurs. Nous développons les heures supplémentaires pour les professeurs, pas 50 heures supplémentaires mais, nous ouvrons la possibilité pour les chefs d'établissement de faire des heures supplémentaires dans leurs établissements, et nous ferons en sorte, grâce à la mesure sur les heures supplémentaires, qu'elles payent mieux et qu'elles payent plus ceux qui les font. Donc, encore une fois, je le dis, parce que sur France inter il y a appétence particulière sur ces questions d'éducation, et à juste titre, c'est la priorité, le combat des années qui viennent c'est le combat de l'intelligence, et nous allons le livrer.

LEA SALAME
Monsieur le Premier ministre, le temps presse, il y a beaucoup de questions à vous poser. Il n'y a pas une matinale, vous écoutez cette radio, il n'y a pas une matinale sans qu'on ait un appel d'auditeur retraité qui dit qu'il n'en peut plus de voir son pouvoir d'achat baisser. Entre la hausse de la CSG et le quasi gel de leurs pensions, cette année, l'année prochaine, les retraités s'estiment lésés, mal aimés, est-ce que vous entendez leur colère, Monsieur le Premier ministre, et est-ce que vous allez faire un geste en leur direction ?

EDOUARD PHILIPPE
D'abord je veux dire qu'ils ne sont pas mal aimés, ils ne sont pas mal aimés du tout…

LEA SALAME
Ils le ressentent.

EDOUARD PHILIPPE
Non, mais vous me posez la question, je dis ce que moi je sens aussi, et ce que je ressens, ils ne sont pas mal aimés. Nous avons pris un certain nombre de décisions, l'année dernière, l'augmentation de la CSG pour les retraités qui disposaient de pension supérieure à un certain seuil, et cette année, et l'année prochaine, une progression limitée des dépenses de transfert, une progression limitée des pensions, dont ils vont bénéficier. Il y aura progression, mais elle sera limitée…

LEA SALAME
0,3 %, c'est presque rien.

EDOUARD PHILIPPE
Mais elle sera limitée, c'est vrai. Pourquoi est-ce que nous le faisons…

LEA SALAME
Est-ce que vous allez faire un geste Monsieur le Premier ministre ?

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, attendez. Pourquoi est-ce que nous le faisons ? Nous le faisons parce que nous faisons des choix, et nous voulons que le travail paye. Nous voulons que ceux qui, aujourd'hui, payent les pensions, puissent bénéficier de leur effort accru. Un chiffre, et je vous dirai ensuite quelque chose sur la CSG. En 2002, il n'y a pas très longtemps 2002, il y avait 100 actifs qui payaient 50 retraités, aujourd'hui ces 100 actifs ils payent 60 retraités, et c'est très bien ainsi, et ces retraités vivent plus longtemps, et c'est très bien ainsi, mais si on ne veut pas faire peser un fardeau considérable sur ceux qui créent de la prospérité, alors il faut qu'on ait un système qui permette d'encadrer la progression des pensions. Mais, un mot, parce que cet argent, cet argent, il va au financement d'éléments qui sont indispensables pour les retraités. Quand nous investissons plus de 400 millions supplémentaires dans le système de santé, comme l'a annoncé le président de la République, pour l'hôpital, ce n'est pas un choix qui est sans intérêt pour les retraites. Quand nous nous engageons dans une réforme pour trouver les mécanismes de financement pérennes et durables sur les questions de dépendance, ce n'est pas du tout un choix sans intérêt pour les retraités. L'année dernière…

LEA SALAME
Sur le sonnant et le trébuchant, Monsieur le Premier ministre, pardonnez-moi, est-ce qu'il va y avoir un geste, est-ce qu'un certain nombre de retraités vont voir un geste très clair sur leur retraite ?

EDOUARD PHILIPPE
Vous vous souvenez peut-être que l'année dernière nous avions identifié, dans la mesure d'augmentation de la CSG, une question technique qui faisait que, environ 100.000 retraités, alors qu'ils étaient individuellement en dessous du seuil, mais en couple, tous les deux individuellement en dessous du seuil, passaient au-dessus du seuil à deux, et donc voyaient une augmentation de leur CSG, et j'avais dit qu'il y avait là quelque chose qui était à corriger. Nous allons le corriger cette année, de la façon suivante, nous allons indiquer cette année qu'il faudra être passé 2 ans, pendant 2 ans en continu, au-dessus du seuil qui a été arrêté l'année dernière, pour être frappé par l'augmentation de cette CSG. Ça veut dire quoi ? ça veut dire qu'il y a 300.000 personnes, ce n'est pas 100.000, c'est 300.000 personnes, qui n'auront pas à payer cette augmentation de la CSG dans les années qui viennent, parce que justement leurs revenus sont très variables, ou même un tout petit peu variables, et le fait de basculer un tout petit peu au-dessus du seuil, les aurait fortement pénalisés. Donc ça, cette mesure de correction…

LEA SALAME
Donc les 300.000 qui l'ont payée cette année, ne la paieront pas l'année prochaine, ni les années qui suivent ?

EDOUARD PHILIPPE
300.000 personnes à partir de 2019, au moment où la mesure va entrer en vigueur, ne paieront pas cette augmentation de la CSG, c'est un effort de 350 millions d'euros.

NICOLAS DEMORAND
Et sur les emplois aidés, Monsieur le Premier ministre, il y en avait 320.000 en 2017, 200.000 cette année, vous avez annoncé, Edouard PHILIPPE, vouloir poursuivre la réduction de ces emplois aidés, combien y en aurait-il en 2019 ?

EDOUARD PHILIPPE
Là encore, nous avons décidé de changer de pied sur cette question des contrats aidés, ce n'est pas sans lien d'ailleurs avec ce que je disais tout à l'heure sur l'habillage des chiffres, lorsqu'on avait envie de faire baisser le chômage, sans très bien savoir comment est-ce qu'on pouvait le faire baisser. Vous vous souvenez sans doute, parce que vous êtes un observateur attentif, qu'il y avait des très forts pics de contrats aidés, en général, une année avant des élections majeures, et on voit bien pourquoi, ça n'avait pas grand-chose à voir avec l'activité, ça avait beaucoup à voir avec la présentation des chiffres, moi je veux sortir de cette logique, elle est absurde, elle n'est pas digne, et surtout elle ne…

NICOLAS DEMORAND
Et donc la baisse continue.

EDOUARD PHILIPPE
Et donc, ce que nous voulons c'est consacrer nos moyens sur des politiques efficaces. Les contrats aidés, pendant longtemps, ça n'a pas été une politique très efficace, moi je pense qu'il faut aider les personnes plus que les contrats, et donc notre objectif ça a été de corriger cela.

NICOLAS DEMORAND
Et donc ?

EDOUARD PHILIPPE
Nous avons baissé le nombre de contrats aidés. Cette année, en 2018, il y en aura environ peut-être entre 130 et 150.000, parce que nous les avons transformés, ils marchent mieux d'ailleurs, Parcours Emploi Compétences ça marche mieux parce qu'on vérifie qu'il y a effectivement de la formation et de l'accompagnement, et il y en aura, pour l'année 2019, environ le même montant, c'est-à-dire de l'ordre de 130.000.

LEA SALAME
Vous avez entendu le cri du coeur de Nicolas HULOT pour l'environnement et le climat il y a trois semaines à ce micro, il avait qualifié le nucléaire de folie inutile, est-ce que vous prenez l'engagement de ne pas construire, et de ne pas lancer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires d'ici la fin du quinquennat ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est une question qui se posera dans le cadre de la PPE, la Programmation Pluriannuelle de l'Energie, c'est une discussion qui est en cours, c'est une étude qui est en cours, pour savoir comment est-ce qu'on organise, et c'est un sacré sujet, nos investissements en termes de production d'énergie dans les 15 ou 20 ans qui viennent. L'engagement qui a été pris par le président de la République, et que nous allons tenir, c'est de faire en sorte que la production d'électricité atteigne un mix, un équilibre, où il y aura 50 %, à terme, qui relèveront du nucléaire, et 50 % qui n''en relèveront pas, sans charbon.

LEA SALAME
C'est quand le terme ?

EDOUARD PHILIPPE
Là encore, c'est la PPE qui va le dire…

LEA SALAME
Ça fait 1,5 an qu'on attend ce calendrier !

EDOUARD PHILIPPE
Eh bien oui, mais, vous savez Madame SALAME…

LEA SALAME
On brûle d'impatience.

EDOUARD PHILIPPE
Mais je vous comprends, moi aussi, et c'est redoutablement complexe, parce qu'on parle de décisions d'investissements considérables, de sécurité d'approvisionnement, de prix de l'électricité dans 5, dans 10, dans 15 ans, et c'est des sujets qui sont redoutablement complexes, avec des questions de sécurité d'approvisionnement, avec des questions de sécurité technique, avec des questions d'évolution des prix en fonction des technologies, c'est difficile, et ça nous engage très fortement. Et donc, oui, nous prenons le temps d'en discuter, nous prenons le temps d'expertiser, et de contre-expertiser, et la PPE sortira à la fin du mois d'octobre, elle dessinera le chemin et les hypothèses qui nous permettront de documenter l'engagement qui a été pris par le président de la République.

LEA SALAME
Donc vous n'excluez pas l'idée d'en construire peut-être, ou de lancer la construction.

EDOUARD PHILIPPE
Je ne réponds pas aujourd'hui, je vous dis que c'est la PPE, que c'est un document qui sera discuté, ça arrivera à la fin du mois d'octobre, et il y aura là toutes les hypothèses qui seront sur la table, qui seront publiques, et qui seront discutées.

NICOLAS DEMORAND
D'ici la fin du quinquennat il va y avoir une hausse substantielle des prix des carburants, 30 centimes, pourquoi ne pas assumer clairement, Edouard PHILIPPE, cette hausse, en disant aux Français c'est douloureux, ça coûte cher, c'est pour la planète, donc…

EDOUARD PHILIPPE
Mais je l'assume complètement, Monsieur DEMORAND.

NICOLAS DEMORAND
Donc, pour finir, c'est une bonne décision, de nature écologique.

EDOUARD PHILIPPE
Je l'assume complètement, mais vous avez observé, comme moi, qu'il arrive parfois que dans notre monde politique et public, il y ait des gens qui aient du mal à assumer, y compris les décisions difficiles, eh bien écoutez, moi, de ce point de vue-là, je l'assume cette décision. C'est vrai que le prix du gazole et le prix de l'essence vont augmenter, ils vont augmenter d'ailleurs du fait de décisions que nous prenons, en partie, et que j'assume, ici, et puis du fait de décisions que nous subissons, qui ne relèvent absolument pas du gouvernement. Si vous regardez l'augmentation du prix du gazole et de l'essence cette année, en 2018, il y a entre 50 et 70 % de l'augmentation qui est due à l'évolution du prix des matières premières, qui n'est pas liée au gouvernement, mais, c'est vrai, il y a une augmentation de la taxe carbone, que nous assumons. Pourquoi ? Si je devais le dire en une formule, parce que nous avons fait le choix de baisser l'impôt sur le travail et d'augmenter l'impôt sur la pollution, et tout le monde peut comprendre ça. Je ne dis pas que c'est agréable, et je ne dis pas que ça ne pose pas de difficultés à certains, et je peux y revenir si vous me laissez une seconde pour expliquer ce que nous allons faire pour ceux qui subissent l'augmentation de la fiscalité sur le gazole et sur l'essence. Mais l'objectif du gouvernement c'est de favoriser le travail, donc on baisse la fiscalité sur le travail, en baissant les cotisations salariales, on fait en sorte que le travail paye, et on augmente la taxation d'éléments qui posent un problème pour la collectivité, la pollution, avec la pollution engendrée par les transports, le tabac, on augmente le prix du tabac, c'est vrai, et je l'assume, c'est un choix politique, et je pense que c'est un bon choix, et c'est un choix qui sera d'autant mieux compris parce qu'il pose des problèmes pour les plus modestes, pour ceux qui sont les plus loin des centres-villes, je vois très bien les problèmes qu'il pose, il sera d'autant mieux compris que nous mettrons en place les instruments qui accompagnent, et c'est ce que nous faisons. Un exemple. Vous connaissez peut-être l'existence de ce qu'on appelle la prime à la conversion, nous l'avons lancée, avec Nicolas HULOT d'ailleurs, cette prime à la conversion elle accompagne les propriétaires de véhicules anciens, et donc très polluants, pour qu'ils achètent des véhicules nouveaux, et donc très peu polluants. C'est une prime importante, qui marche beaucoup mieux que ce qu'on pensait, c'est-à-dire que les Français se précipitent sur le dispositif, 95 % de cette prime à la conversion ont été versés à des automobilistes qui habitent hors Ile-de-France, 70 % ont été versés à des automobilistes ou à des foyers qui sont, Monsieur DEMORAND, non imposables. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, avec cet instrument, nous accompagnons ceux qui subissent de plein fouet cette décision, et ce choix, et qu'il faut accompagner, et je pourrai vous dire la même chose sur le chèque énergie, je pourrai vous dire la même chose sur toute une série de dispositifs que nous mettons en place pour accompagner cette transition. Et, pardon, mais ce n'est pas spectaculaire, c'est sûr que ce n'est pas des grandes décisions spectaculaires, c'est sûr que, quand vous subissez l'augmentation du gazole vous vous dites « mais, et mon pouvoir d'achat ? », mais c'est parfaitement assumé, et la transition écologique, qui est un vrai sujet, un vrai sujet de transformation de nos sociétés, c'est ça aussi, mais il faut pouvoir l'expliquer, et il faut aussi pouvoir assumer les décisions qui parfois font mal.

LEA SALAME
Monsieur le Premier ministre, on a beaucoup parlé de chiffres depuis le début de cet entretien, c'est parfois un peu technique mais c'est normal parce qu'on est autour du budget et de l'annonce du budget 2019. Parlons si vous le voulez bien un petit peu du climat, de la vision et du Cap pour cette prochaine année. Depuis cet été, il y a eu le feuilleton BENALLA, la démission fracassante de Nicolas HULOT, celle annoncée de Gérard COLLOMB, il y a eu les hésitations autour du prélèvement sur l'impôt à la source, pour la première fois depuis l'arrivée d'Emmanuel MACRON au pouvoir on a senti que vous aviez perdu la main, que la machine gouvernementale s'était déréglée, est-ce que vous reconnaissez des erreurs et si oui, lesquelles ?

EDOUARD PHILIPPE
Alors là, moi je suis tout à fait prêt à reconnaître qu'on peut s'améliorer, j'ai toujours pensé qu'on pouvait s'améliorer dans tous les domaines, c'est vrai pour moi, c'est vrai pour le gouvernement, c'est vrai pour tout le monde.

LEA SALAME
C'est vrai pour le président de la République ?

EDOUARD PHILIPPE
C'est vrai pour tout le monde, enfin je veux dire, les gens qui pensent qu'ils ne peuvent pas s'améliorer, sont des dingues, donc évidemment qu'on peut s'améliorer, évidemment qu'on apprend, je n'ai pas de problème à assumer ça. Alors vraiment au contraire ça me semble du bon sens.

LEA SALAME
Alors quelles erreurs avez-vous faites ?

EDOUARD PHILIPPE
Le minimum de bon sens nécessaire quand on exerce, quelles que soient les responsabilités qu'on exerce, je n'ai aucun sujet là-dessus. En revanche je conteste totalement l'idée que nous aurions, comme vous dites, je ne sais pas perdu le fil ou perdu le cap, le cap il est très clair. Quand vous regardez le programme de travail que nous sommes imposé, le nombre de réformes majeures avec un vrai sens, avec une vraie ambition, avec une vraie méthode, parlons du plan de lutte contre la propreté, parlons du plan de transformation des systèmes de santé, parlons du plan vélo puisque nous parlions d'environnement il y a quelques minutes. Vous avez et d'ailleurs ce qui est fascinant, pardon de le dire là aussi, c'est que les associations qui ne sont pas naïve, qui sont exigeantes elles ont raison de l'être, ont toutes salué ce que je suis en train de dire, c'est-à-dire le fait que les ambitions affichées étaient bonnes, que la méthode affichée était respectable et que, il fallait voir si ça se transformait en réalité, ils ont parfaitement raison d'être exigeants, mais qu'on était sur le bon chemin. Donc moi j'assume parfaitement a, il y a une volonté, il y a des engagements qui ont été pris par le président de la République, moi, je suis là pour faire en sorte…

NICOLAS DEMORAND
Et pas de démesure, ni d'arrogance comme l'a dit votre ministre de l'Intérieur…

EDOUARD PHILIPPE
Je suis là pour faire en sorte qu'il soit mis en oeuvre et c'est ce que je fais.

NICOLAS DEMORAND
… pas de démesure, d'arrogance…

EDOUARD PHILIPPE
Non, je ne crois pas, chacun peut avoir sa lecture des faits après tout c'est très bien ainsi.

NICOLAS DEMORAND
Pas n'importe qui quand même, le numéro deux du gouvernement.

EDOUARD PHILIPPE
Mais je n'ai pas dit ça. Chacun peut avoir sa lecture des faits, moi je suis tout à ma tâche et je sais que le président de la République est tout entier à sa tâche et notre objectif, c'est de faire en sorte de tenir ce sur quoi il s'est engagé.

LEA SALAME
Donc les mots d'orgueil, vous lez réfutez ce matin ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais qu'il y ait une part d'orgueil dans l'esprit de ceux qui exercent des responsabilités, quelles que soient ces responsabilités, peut-être, peut-être, on ne vit pas dans un monde de machines, on vit dans un monde d'êtres humains. Quand vous êtes confrontés à des décisions qui sont redoutablement complexes, il peut arriver que vous exprimiez ici ou là une réaction, qui pardon mais est une réaction humaine.

LEA SALAME
Alors justement…

NICOLAS DEMORAND
La vidéo de l'horticulteur au chômage auquel le président de la République dit de traverser la rue pour trouver du travail dans la restauration, cette vidéo, vous le savez a fait grand bruit. Une question sur le fond, est-ce que c'est ça le macronisme, oublier vos désirs de vie et aller en cuisine ?

EDOUARD PHILIPPE
Arrêtez de dire ça, Nicolas DEMORAND, vous savez bien d'abord, pour formuler la question en disant, est-ce que le macronisme, ce serait ça, mais bien sûr que non.

NICOLAS DEMORAND
Alors quel est le sens d'un tel conseil ?

EDOUARD PHILIPPE
Le sens de la réponse du président de la République à mon avis…

NICOLAS DEMORAND
Et en plus ça peut ne pas être infamant de dire comme vous l'avez dit tout à l'heure, allez travailler quoi qu'il en soit et quelles que soient les conditions…

EDOUARD PHILIPPE
Je ne vous le fais pas dire et ça va être le sens de ma réponse.

NICOLAS DEMORAND
Voilà donc est-ce que c'est ça ?

EDOUARD PHILIPPE
Le sens de ma réponse est celui-là, le président de la République, moi-même, lorsqu'on va, comme on dit parfois sur le terrain, c'est-à-dire lorsqu'on fait, quand on remplit notre fonction, lorsqu'on va dans telle ou telle partie de la France, il n'y a pas un secteur de l'activité économique, pas un, industrie, services, agriculture, il n'y a pas une région française où on ne nous dit pas, on veut recruter et on y arrive pas. Alors une fois vous rencontrez quelqu'un qui vous dit ça, vous vous dites, est-ce que c'est vrai vraiment, est-ce qu'il s'y prend vraiment bien ? Deux fois, vous vous dites tiens, mais ce n'est pas deux, trois, quatre, c'est systématiques monsieur DEMORAND. Ça veut dire quoi ? C'est ce que je disais tout à l'heure, en le disant avec des chiffres, donc c'était un petit peu plus théorique, c'est qu'il y a énormément, énormément d'entreprises en France qui veulent recruter et qui ne trouvent pas, qui ne trouvent pas la bonne personne…

NICOLAS DEMORAND
Ça veut dire abandonner son projet de vie, abandonner son ambition professionnelle, c'est ça la question aussi ?

EDOUARD PHILIPPE
Je termine. Ça veut dire qu'il y a un vrai problème et je n'accuse pas ceux qui ne travaillent pas, je dis qu'il y a un vrai problème. Et quand on voit un jeune homme, quand le président de la République rencontre un jeune homme qui lui dit : « Je veux travailler mais, je n'y arrive pas ».

LEA SALAME
Dans l'horticulture ?

EDOUARD PHILIPPE
Et que le président de la République lui dit, il y a du boulot, il lui dit « en traversant la rue, on va trouver du boulot », d'ailleurs je crois qu'il y a des journalistes qui l'ont fait et qui ont vu qu'effectivement il y avait du boulot. Bon passons. Il lui dit quelque chose, que certains ont pu trouver difficile, mais quelque chose qui est vrai, on peut retourner dans l'activité, et c'est ça qu'il dit, et il le dit directement, et je pense qu'il a raison de dire, nous avons raison de dire, que le retour à l'activité c'est la solution pour plus de prospérité dans notre pays, et que ce retour à l'activité il passe par le fait qu'on arrête d'enlever, enfin, pardon, on enlève les freins qui permettent de retourner vers l'activité.

LEA SALAME
Lui veut changer de boulot, Gérard COLLOMB, il a annoncé qu'il quitterait le gouvernement après les élections européennes pour être candidat à nouveau à la mairie de Lyon. Gérard COLLOMB est numéro 2 du gouvernement, il porte des dossiers très lourds, l'islam, l'immigration, la sécurité, est-ce qu'il peut rester au gouvernement tout en pensant à Lyon ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais je trouve que toute cette histoire relève un peu de la tempête dans un verre d'eau. Gérard COLLOMB a été maire de Lyon pendant très longtemps, moi j'ai été maire du Havre, Gérald DARMANIN était maire de Tourcoing, lorsque le président de la République m'a nommé, lorsque je lui ai fait des propositions pour la composition du gouvernement, nous avons indiqué qu'il faudrait abandonner cette fonction de maire, c'est la plus belle des fonctions électives, je n'ai aucun problème à le dire, je n'ai aucun doute là-dessus, c'est la plus belle des fonctions électives. J'ai aimé être maire du Havre, comme je n'ai jamais rien aimé d'autre autant dans ma vie, publique ou professionnelle, c'est très simple, et c'est la même chose pour Gérard COLLOMB, la même chose pour Gérard COLLOMB.

LEA SALAME
Est-ce qu'il peut rester, est-ce qu'il ne faut pas clarifier les choses et qu'il parte du gouvernement maintenant ?

EDOUARD PHILIPPE
Attendez, attendez, je termine… non, ça veut dire que quand on est ministre on se consacre à temps plein à sa fonction de ministre, et ça veut dire que lorsqu'il sera, au futur, lorsqu'il sera en campagne, s'il décide, et en l'occurrence il a indiqué que c'était sa préférence, s'il décide d'être pleinement candidat à la mairie de Lyon, ou à la Métropole lyonnaise, il se consacrera à temps plein à cette conquête, ou reconquête, électorale.

LEA SALAME
Donc il reste jusqu'aux européennes ?

EDOUARD PHILIPPE
Aujourd'hui il est ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, en charge, vous l'avez dit, de missions redoutablement complexes et importantes, et il se consacre pleinement à sa tâche.

NICOLAS DEMORAND
Et c'est Laura qui est en ligne. Bonjour et bienvenue !

LAURA
Bonjour Monsieur DEMORAND. Bonjour Madame SALAME. Monsieur le Premier ministre, bonjour. Je voulais intervenir concernant votre plan santé, malheureusement, les infirmières sont les grandes laissées pour compte, tout a été axé sur les médecins, et malheureusement pas grand-chose pour nous, je voulais – eh bien, je suis moi-même infirmière – je voulais juste passer un petit coup de gueule, parce que, vraiment, on a un salaire indigne au vu de nos compétences, de nos responsabilités, on a un manque de reconnaissance, énormément de travail, et une charge toujours plus importante, on nous en demande toujours plus, mais rien ne suit, et ça, c'est vraiment dommage, dommage parce que dans le système de santé, je pense que nous avons une place primordiale, et…

NICOLAS DEMORAND
Laura, restez en ligne pour dialoguer avec Edouard PHILIPPE, avec le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Madame. Je voudrais juste vous poser une question, vous exercez dans quel cadre ?

LAURA
Alors, je suis infirmière à l'hôpital, mon mari est infirmier anesthésiste, cinq ans d'études, Monsieur le Premier ministre…

EDOUARD PHILIPPE
Oui, oui, non, je vois très bien…

LAURA
Cinq ans d'études pour très peu, un salaire de misère, vraiment, et un manque de reconnaissance, tout est axé sur les médecins, et malheureusement, les infirmières sont vraiment les grandes laissées pour compte et c'est malheureux.

NICOLAS DEMORAND
Merci Laura pour cette question. Edouard PHILIPPE.

EDOUARD PHILIPPE
Merci beaucoup pour cette question. Ce que vous dites, et vous le dites très justement, c'est la fatigue, et c'est même, à certains égards, le découragement, même si individuellement, je sais que l'ensemble de ceux qui contribuent au système de santé, ils sont dynamiques, ils y croient, mais c'est une forme de découragement, c'est exactement la raison pour laquelle nous pensons qu'on doit changer de logique, et qu'il faut très profondément reconstruire le système de santé, le système de santé tel qui prévaut aujourd'hui, l'hôpital dans lequel vous exercez, ce sont les résultats de choix qui ont été faits, et de choix que je ne conteste pas, parce que je crois qu'à l'époque, ils étaient excellents, qui ont été faits il y a 60 ans maintenant. Il faut qu'on construise le système des 60 prochaines années et ce système-là, par définition, il ne va pas être exactement comme celui d'aujourd'hui, parce que celui d'aujourd'hui, il ne marche plus. Et donc c'est ça qu'a voulu dire le président de la République. L'hôpital doit fonctionner mieux avec la médecine de ville, sinon, on ne s'en sortira pas, la formation des médecins doit être revue sinon on ne s'en sortira pas, le temps d'exercice médical doit être libéré et on ne doit pas écraser les médecins sous l'activité administrative, sinon on ne s'en sortira pas, c'est pour ça que le président de la République a annoncé la création de 4.000 assistants médicaux. Ces 4.000 assistants médicaux, ils seront financés par l'Assurance-maladie, ils vont permettre quoi ? Ils vont permettre aux médecins de faire de la médecine, ce qui est indispensable…

NICOLAS DEMORAND
Un mot, Léa, et puis, on retourne au standard…

EDOUARD PHILIPPE
Et les mesures, pardon, et les mesures sur les infirmières, parce que c'est un métier indispensable, et il suffit d'être passé dans un hôpital pour savoir combien c'est indispensable, elles viendront, il s'agit de mieux les associer à la pratique médicale, de leur faire confiance, et je pense que c'est indispensable, il faut leur faire confiance, j'en suis absolument convaincu…

NICOLAS DEMORAND
Léa et le standard.

LEA SALAME
Une petite précision, Monsieur le Premier ministre, un rapport remis mardi, par l'Inspection générale des affaires sociales, préconise de rendre le congé paternité partiellement obligatoire, pour favoriser l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, est-ce que vous y êtes favorable, et est-ce que, par ailleurs, vous allez unifier, rendre plus juste le congé maternité pour toutes les femmes ?

EDOUARD PHILIPPE
On va commencer à bouger sur le congé maternité, il y a un très bon rapport qui a été rendu par une députée de la majorité, qui s'appelle Marie-Pierre RIXAIN, et on va s'en inspirer avec Agnès BUZYN et Marlène SCHIAPPA, pour faire en sorte en effet d'améliorer la situation, je pense notamment aux exploitantes agricoles ou aux travailleurs indépendants, travailleuses indépendantes, en matière de congé maternité, l'idée, ça va être d'augmenter la durée minimale du congé maternité en la faisant passer à huit semaines, deux semaines avant l'accouchement, six semaines ensuite, et de porter, d'augmenter de seize semaines plus exactement la durée du congé maternité, alors en prenant en compte les spécificités des activités, je vous donne juste un exemple parce qu'il est sensible, s'agissant des exploitantes agricoles c'est bien de prévoir l'arrêt d'une femme qui met un enfant au monde, c'est bien pour sa santé, c'est bien pour la santé de l'enfant, à tous égards, c'est parfait, mais enfin, si vous exploitez une ferme, il faut qu'elle tourne, et donc si vous vous arrêtez, on peut vous donner un revenu, mais ça n'a pas de sens, donc il faut trouver du remplacement. Ça veut dire que, il faut augmenter les droits et prendre en compte les spécificités, c'est-ce qu'on va faire, et on va s'engager très fortement là-dedans, c'était un engagement du président de la République, cette question du congé maternité, elle est sensible, et ensuite, on regardera sur le congé de paternité.

NICOLAS DEMORAND
On retourne au standard, je salue Paule. Bonjour ! Bienvenue !

PAULE
Bonjour toute l'équipe. Bonjour Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
Bonjour Madame.

PAULE
Alors, un deuxième petit coup de gueule, n'est-ce pas, des petits-déjeuners, je suis retraitée, ma compagne aussi, nous avons 2.300 euros chacune environ par mois, vous nous avez pris 100 euros par mois, nos pensions n'augmenteront pas ou quasiment pas. Nous continuerons à payer la taxe d'habitation, parce que nous sommes sans doute beaucoup trop riches, alors, je vous entends parler du travail, du travail, soit, nous avons, elle et moi, travaillé 43 et 44 ans, elle, dans l'enseignement, moi, dans une grande entreprise publique. J'ai la sensation et le sentiment que nous avons contribué à la productivité du pays, or, là, on a le sentiment que vous nous demandez des efforts, alors, je vais vous donner... on va terminer-là, parce que je suis furieuse, et j'ai voté pour Emmanuel MACRON, je vous ai vu arriver, vous…

NICOLAS DEMORAND
Et on l'entend…

PAULE
Je vous ai vu arriver, vous, Monsieur le Premier ministre, avec enthousiasme, je me suis dit : tiens, voilà, un…

NICOLAS DEMORAND
Et maintenant, Paule, vous êtes en colère, et on l'entend. Alors, Edouard PHILIPPE va vous répondre rapidement, s'il vous plaît Monsieur le Premier ministre.

EDOUARD PHILIPPE
D'abord, j'entends votre question, et j'entends le ton marqué par la colère et l'agacement, et peut-être même, à certains égards, l'incompréhension. Je vais essayer de vous répondre, d'abord, vous dites que vous n'allez pas bénéficier de la réduction de la taxe d'habitation, eh bien, je ne crois pas, Madame, attendez de recevoir votre feuille sur la taxe d'habitation, on va baisser d'un tiers la taxe d'habitation, pour 80 % des Français, et compte tenu de ce que vous m'avez indiqué, s'agissant de vos revenus, je pense que vous êtes parfaitement dans la cible, et donc vous allez voir votre taxe d'habitation baisser d'un tiers cette année, grâce à la mesure décidée par le gouvernement. La deuxième chose, c'est que, bien sûr, vous avez contribué à l'activité, bien sûr, ceux qui sont aujourd'hui à la retraite et qui touchent leur pension, ils ont contribué à l'activité, évidemment. Mais quand ils travaillaient, ils payaient la retraite de ceux qui étaient à la retraite, aujourd'hui, ce sont ceux qui travaillent qui payent leur retraite, il se trouve, et encore une fois, c'est tant mieux, qu'il y en a de plus en plus, et qui, heureusement, vivent de plus en plus longtemps. Et on doit aussi en tenir compte, parce que ce sont nos enfants, nos petits-enfants, voilà, donc je l'ai indiqué tout à l'heure, il n'y a aucune malveillance, mais beaucoup de détermination.

LEA SALAME
Alexandre BENALLA a finalement été entendu hier par la Commission des lois du Sénat. Est-ce que vous avez écouté l'audition ?

EDOUARD PHILIPPE
Non, parce que j'étais en Conseil des ministres pendant l'audition.

LEA SALAME
Il a dit, je vous le dis, il a dit qu'il avait l'impression d'avoir été instrumentalisé à des fins politiques par le Sénat notamment. Est-ce qu'il a raison Alexandre BENALLA ?

EDOUARD PHILIPPE
Ecoutez, dans ce dossier, dans cette affaire dont on parle beaucoup - et ce n'est pas à moi de dire si on n'en parle pas assez ou si on en parle trop - je crois avoir répondu à toutes les questions et m'être exprimé complètement sur le sujet. Je l'ai fait à l'Assemblée nationale puis au Sénat où, en une après-midi, j'ai répondu à 17 questions sur le sujet. 10 à l'Assemblée nationale, 7 au Sénat.

LEA SALAME
Mais ça, c'était pendant l'été. Là, on est en septembre.

EDOUARD PHILIPPE
Oui, c'était pendant l'été. Et ensuite, j'ai répondu à la tribune de l'Assemblée nationale et publiquement à une double motion de censure qui était déposée. Et j'ai dit ce que je pensais de l'affaire, des procédures administratives, judiciaires et parlementaires qui avaient été engagées, de la question de la séparation des pouvoirs. Je l'ai dit publiquement. J'en pense tous les mots et je n'ai pas changé d'avis.

LEA SALAME
Est-ce que le Sénat a outrepassé ses droits dans cette affaire ?

EDOUARD PHILIPPE
Je n'ai pas à me prononcer là-dessus, j'ai dit ce que j'en pensais. La séparation des pouvoirs est un concept précieux qui s'applique à l'exécutif, qui doit respecter l'institution judiciaire, qui doit respecter le parlementaire, mais qui s'applique aux autres, c'est-à-dire au législatif et au judiciaire. C'est un principe qui s'applique à tout le monde et j'essaie de le respecter strictement. Voilà.

NICOLAS DEMORAND
Le vent mauvais du populisme souffle dans le monde et en Europe, critique des élites, critique aussi des médias et du travail des journalistes, Edouard PHILIPPE. Est-ce que vous remerciez Le Monde d'avoir enquêté et rendu publics les agissements d'Alexandre BENALLA et les dysfonctionnements graves au coeur de l'Elysée ?

EDOUARD PHILIPPE
Il m'arrive, comme beaucoup de Français, d'être parfois étonné par le traitement que prend une affaire par rapport à d'autres. Et vous savez qu'on vit dans un monde où parfois ça monte et puis parfois on ne parle pas de sujets qui sont, à mes yeux, au moins aussi importants et souvent bien plus importants. C'est comme ça, c'est la vie, je n'ai pas de sujet là-dessus. Vous ne m'avez jamais entendu critiquer la presse et certainement pas sa liberté. Elle doit en faire le meilleur usage et je lui fais confiance pour en faire un usage qui est souvent critique.

LEA SALAME
Une petite question. Vous parliez de l'égalité entre les hommes et les femmes. Au ministère de l'Ecologie, il y a désormais un homme, François de RUGY ; au perchoir un homme, Richard FERRAND ; à la présidence du groupe La République en Marche un homme, Gilles LE GENDRE. Pour plagier le président de la République…

EDOUARD PHILIPPE
C'était le cas avant.

LEA SALAME
Pour plagier le président de la République, je croyais que c'était fini le règne des mâles blancs de 50 ans qui se partagent les postes.

EDOUARD PHILIPPE
Vous auriez pu utilement aussi rappeler que, du fait des choix qui avaient été faits par le président de la République, portés très fortement par Richard FERRAND lorsqu'il s'est occupé de la campagne présidentielle et des campagnes législatives, il y avait eu un nombre d'investitures accordées, données, confiées à des femmes record au sein de La République en Marche, ce qui faisait que grâce à La République en Marche et au MoDem, on était presque – presque, pas encore complètement – mais presque à la parité entre les hommes et les femmes dans l'Assemblée nationale.

LEA SALAME
Pour les postes stratégiques, il n'y avait pas de femmes compétentes sur ces trois postes-là ?

EDOUARD PHILIPPE
Mais il y avait évidemment des femmes compétentes, mais enfin ce n'est pas moi qui élis le président de l'Assemblée nationale. Je ne suis pas député. Ce n'est pas moi qui élis le président du groupe mais il y a aussi un moment où, dans une élection, il y a des candidats. Il y a eu une vraie élection. Vous savez, j'ai des souvenirs de groupes où l'élection du président de groupe ne se faisait pas véritablement par une élection ou alors elle était très formelle. Il y a eu une vraie élection, les gens se sont prononcés et voilà. Et je me permets de dire que le choix de François de RUGY pour venir au ministère d'Etat en charge de la Transition écologique traduit la volonté, pour quelqu'un qui était président de l'Assemblée nationale, de redescendre dans l'arène, de prendre des coups, de faire. Vous voyez, pas simplement de dire, pas simplement d'incarner, de faire et de transformer la réalité. Je pense que c'est un très bon choix.

NICOLAS DEMORAND
Allez, il est bientôt 9 heures. On est très en retard évidemment, c'était prévu. Dans quelques instants, Chris ESQUERRE. Bonjour, c'est à vous.

- Chronique de Chris ESQUERRE

NICOLAS DEMORAND
Merci Chris. Un mot de réaction, Monsieur le Premier ministre ?

EDOUARD PHILIPPE
J'ai parfois l'impression qu'en effet, on interprète les statistiques exactement comme ça vient d'être fait.

NICOLAS DEMORAND
Merci beaucoup, en tout cas, d'avoir été au micro d'Inter ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2018

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