Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France Inter le 10 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France Inter le 10 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno, DEMORAND Nicolas, SALAME Léa.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances; ;

ti :

NICOLAS DEMORAND
Et avec Léa SALAME nous recevons ce matin le ministre de l'Economie et des Finances, vous avez la parole au 01.45.24.7000, sur les réseaux sociaux et l'application France Inter. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Nicolas DEMORAND.

NICOLAS DEMORAND
Depuis qu'il est aux affaires le gouvernement a pris de nombreuses mesures économiques, Code du travail, chantier de la formation, disparition de l'ISF, désindexation de certains minima sociaux, j'arrête la liste, pourtant, Bruno LE MAIRE, la croissance ralentit en France, l'objectif d'un déficit public à 2.3 ne sera pas tenu, le chômage baisse, mais sur un rythme plus lent, l'inflation remonte et les Français disent perdre du pouvoir d'achat. Pourquoi ça ne marche pas ?

BRUNO LE MAIRE
Ça marchera, j'en suis convaincu.

NICOLAS DEMORAND
Quand ?

BRUNO LE MAIRE
Ça marchera, je l'espère, d'ici quelques mois, ça prendra du temps, je ne l'ai jamais caché, et dans ces moments qui sont plus difficiles, la seule chose qui compte c'est de garder, et son calme, et son cap. Aujourd'hui vous avez une croissance qui est autour de 1,7, je rappelle que la moyenne des 10 dernières années c'est 0,8, donc ce n'est pas si mal. Nous avons créé, en 2017, 220.000, et j'espère que, en 2018, nous créerons entre 80.000 et 100.000 emplois, donc notre économie continue à créer des emplois.

NICOLAS DEMORAND
Elle n'est pas en train de caler, l'économie française ?

BRUNO LE MAIRE
Non, pas du tout, la croissance est solide, je pense qu'on peut faire beaucoup mieux, et c'est le moment où il faut accélérer, c'est le moment où il faut, et nous le faisons actuellement avec les députés de la majorité, examiner toutes les mesures du projet de loi sur la croissance et la transformation des entreprises, simplifier les seuils, alléger les obligations sur les entreprises, mieux rémunérer, aussi, les salariés, pour redonner un coup de booster à notre croissance. Elle est solide, mais on peut certainement faire mieux.

LEA SALAME
Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Au fond, vous avez eu huit premiers mois où tous les indicateurs étaient au vert, la croissance, l'emploi, la consommation, vous répétiez d'ailleurs, vous particulièrement, à chaque interview, « France is Back », et là, depuis 2018, depuis quelques mois, on fait moins bien que quasiment tous nos voisins européens. Qu'est-ce qui s'est passé pour que les indicateurs, qui étaient au vert, passent à l'orange, voire au rouge ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord je vous confirme que la France est de retour, je le vois sur la scène européenne, et puis je vois aussi, dans la confiance des entrepreneurs, qu'elle est solide, qu'elle est forte, et qu'elle va nous servir aussi d'appui pour créer plus d'emplois pour tous les Français. On a fait, à la fin de l'année 2017, trois derniers mois tout à fait exceptionnels, là on faisait beaucoup mieux que nos voisins européens, donc c'était aussi un motif de fierté, aujourd'hui on fait un peu moins bien.

LEA SALAME
Oui, mais pourquoi on redescend là, pourquoi on retombe ?

BRUNO LE MAIRE
Il y a plein d'explications, il y a le prix du pétrole, il y a notre dépendance aux importations, il y a aussi les grèves qui ont joué pour 0,1 point de croissance, ce n'est pas négligeable, mais il y a des aléas dans la conjoncture, il peut y avoir des hauts, il peut y avoir des bas. Ce qui compte, je le redis, c'est de tenir un cap clair. Le cap c'est de libérer la capacité de croissance de nos entreprises, c'est le projet de loi PACTE, c'est de mieux rémunérer les salariés, et c'est de viser ce que j'ai appelé une nouvelle prospérité française, c'est-à-dire une prospérité qui ne soient pas bâtie sur toujours plus de dépenses publiques, parce que ça c'est facile, mais au bout du compte vous creusez la dette et c'est les générations suivantes qui payent, une nouvelle prospérité française qui soit bâtie sur la capacité d'innovation et d'investissement de nos entreprises, et qui touche tous les Français, et tous les territoires. Je veux que aucun territoire français, aucun Français, ne reste en dehors de cette nouvelle prospérité que nous allons construire.

NICOLAS DEMORAND
Le déficit public sera à quelle hauteur pour 2019 ?

BRUNO LE MAIRE
Il sera, en 2018, autour de 2,6, je ne peux pas donner encore le chiffre précis, autour de 2,6, il est plus élevé que ce que nous avions inscrit, vous l'aviez rappelé, c'était 2,3, mais il y a la reprise d'une partie de la dette de la SNCF, il y a une croissance un peu plus faible que prévu, donc on sera autour de 2,6.

NICOLAS DEMORAND
Plus entre 2,6 et…

BRUNO LE MAIRE
Pour 2019…

NICOLAS DEMORAND
Pour 2019, voilà, c'était ma question.

BRUNO LE MAIRE
Pour 2019 nous resterons sous la barre des 3 %, nous continuerons à respecter nos engagements européens, alors même, je le rappelle, qu'en 2019 on fait une opération qui est très coûteuse pour l'Etat, on transforme le crédit d'impôt compétitivité des entreprises en allégements de charges définitif, ça a un coût de 20 milliards d'euros pour l'Etat. Malgré cette opération-là, nous resterons sous la barre des 3 %, et je me porte le garant…

LEA SALAME
Ça veut dire combien, 2.9 ?

BRUNO LE MAIRE
Du respect des engagements européens de la France. Ça fait partie des grands engagements du président de la République dans sa campagne, nous serons sous les 3 % de déficit public en 2019.

LEA SALAME
On parle beaucoup du déficit, un peu moins de la dette, est-ce qu'à l'heure où nous parlons, là, il est 8h27, est-ce que la dette publique française a franchi pour la première fois le cap symbolique des 100 % du PIB ?

BRUNO LE MAIRE
Non, elle s'en approche, je le reconnais bien volontiers…

LEA SALAME
Vous êtes sûr ?

BRUNO LE MAIRE
Elle n'a pas touché le cap symbolique des 100 %, ce qui compte, à mes yeux, c'est que sur le long terme nous puissions réduire cette dette de 5 points. Mais, je rappelle que la divergence de la dette française elle remonte à plusieurs années, à un moment donné il y a un choix qui a été fait d'investir massivement pour relancer l'économie française, je ne reviens pas sur ce choix, ça alourdit massivement la dette publique française, et depuis nous naviguons à des niveaux de dette qui sont compris entre 90 et 95 %, c'est trop, et toute la politique que nous menons avec le président de la République et le Premier ministre…

LEA SALAME
Là vous flirtez avec les 100 !

BRUNO LE MAIRE
Oui, on flirte avec les 100.

LEA SALAME
Vous imaginez si le président MACRON devient le président qui franchit le cap symbolique des 100 % ?

BRUNO LE MAIRE
Je le reconnais bien volontiers que nous flirtons avec les 100, mais c'est l'héritage de choix qui ont été faits il y a plusieurs années, qui ont amené le niveau de dette française autour de 90, 95 %, et toute la politique que nous menons vise à réduire cette dette publique, à la fois en tenant la dépense publique et en recréant de la croissance.

NICOLAS DEMORAND
Sur le prélèvement de l'impôt à la source, avant de venir à des questions très précises et très pratiques, est-ce que vous redoutez tout de même qu'il ait un impact sur la consommation des Français, et donc la croissance, quand on sait l'importance de la consommation dans la croissance en France ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne redoute pas cet impact, je vous le dis très simplement. Qu'est-ce que vont voir aujourd'hui des millions de salariés français ? Le 1er octobre, ils vont voir, sur leur feuille de paye, je pense que c'est ce que tout le monde regarde, que leur salaire net augmente, parce qu'on aura supprimé les cotisations assurance maladie et aussi les cotisations assurance chômage, il reste, pour être très précis, 0,96 points de cotisations qui seront définitivement supprimés le 1er octobre, salaire net qui augmente. Ils vont voir, à partir de janvier, que l'impôt est prélevé à la source, mais je pense que tous ceux qui payent des impôts, et qui nous écoutent ce matin, il y a deux chiffres qu'ils connaissent par coeur, c'est le niveau de leur salaire net, il va augmenter à partir d'octobre, et c'est le montant de leurs prélèvements mensuels, je pense que c'est un chiffre aussi que tous les Français, qui payent leurs impôts, ont en tête. Eh bien ce chiffre-là, désormais, il sera inscrit directement sur la feuille de paye, mais je ne crois pas à cet effet psychologique, je crois beaucoup plus à l'effet psychologique de l'augmentation du salaire net, de la suppression, pour un tiers, de la taxe d'habitation, qui va venir d'ici la fin de l'année.

LEA SALAME
Bruno LE MAIRE, question très pratique et pédagogique, est-ce que vous pouvez rappeler aux auditeurs, ce matin, ce qu'il faut faire avant samedi, parce qu'il y a une deadline samedi, donc…

BRUNO LE MAIRE
Oui, il y a une deadline, mais la plupart ne feront rien, et ils auront raison, parce que le montant d'impôt, le taux d'imposition sera calculé par le ministère des Finances, donc il n'y a pas grand-chose à faire, seuls ceux qui souhaitent marquer qu'il y a une différence importante de revenu entre les deux membres d'un couple, s'ils souhaitent avoir un taux d'imposition différencié, peuvent se déclarer, mais je pense que l'immense majorité des Français garderont le taux qui leur est proposé par le ministère des Finances, et ça me paraît tout à fait raisonnable.

LEA SALAME
Elle n'est pas contente, la toute nouvelle ministre des Sports, Roxana MARACINEANU a découvert sa lettre de cadrage avec une baisse du budget et des coupes dans les effectifs, 1600 postes de moins d'ici la fin du quinquennat, elle dénonce une annonce brutale. Qu'est-ce que vous lui répondez ce matin ?

BRUNO LE MAIRE
Je lui réponds qu'elle va en discuter avec le Premier ministre, je suis persuadé que le Premier ministre saura expliquer les raisons de ce choix, qu'ils en discuteront aussi avec les responsables du sport, et puis nous verrons ensuite quels seront les arbitrages du Premier ministre. Ce que je veux dire, pour revenir à ce que vous disiez précédemment, on ne peut pas me dire que la dette française est trop élevée et qu'il faut la réduire, et vous avez raison, parce que c'est une épée de Damoclès qui pèse sur tous les Français, ça ne pèse pas sur l'Etat, ça pèse sur nos enfants, sur leur niveau de revenu, sur leur prospérité personnelle, on ne peut pas me dire il faut baisser la dette, et de l'autre, on ne peut pas supprimer d'emplois publics. Dans le ministère, dont j'ai la responsabilité, on fait aussi des choix qui sont très courageux, les services déconcentrés de mon ministère dans les régions. Aujourd'hui il y a 500, 520 personnes qui travaillent en région, or nous allons confier aux régions la responsabilité de l'économie au niveau des territoires, et nous allons passer d'un peu plus de 500 personnes à 100 personnes environ. Je l'ai dit aux syndicats, c'est des choix qui sont difficiles, mais c'est comme ça aussi qu'on réduira la dette française.

LEA SALAME
Est-ce qu'au-delà de ça, ça ne pose pas la question des ministres issus de la société civile ? Nicolas HULOT, on s'en souvient, dans ce studio, Laura FLESSEL, et maintenant la nouvelle ministre des Sports qui est une championne de natation, et qui au fond ont une sincérité dans la parole…

BRUNO LE MAIRE
Et tant mieux.

LEA SALAME
Tant mieux, sauf qu'elle critique votre budget.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est très bien, tant mieux, ça ne me pose aucune difficulté que la ministre des Sports arrive, voit qu'il y a des choix budgétaires difficiles qui ont été faits, et arrive avec toute sa sincérité, et aille s'en expliquer…

LEA SALAME
Et dit « c'est brutal »…

BRUNO LE MAIRE
Il n'y a aucune difficulté avec ça. Je pense que, justement, les gens ont besoin de cette sincérité. Moi je vous dis aussi avec beaucoup de sincérité à quel point je crois à cette nouvelle prospérité française et à nécessité de réduire la dette, eh bien la ministre des sports, avec la même sincérité, elle dit voilà il faut aider au développement du sport, on a besoin de ces conseillers techniques, elle va en discuter que le Premier ministre, moi je crois que c'est utile d'avoir des ministres issus de la société civile, qui viennent avec leur sincérité, qui viennent dire ce qu'ils ont sur le coeur, je pense que c'est comme ça aussi que la politique retrouvera de la conviction et de la dignité aux yeux des Français.

NICOLAS DEMORAND
Vous avez dit que la mondialisation serait verte, ou ne serait pas, quand vous allez inaugurer ce giga un porte-containers français, qui est une prouesse technologique, la semaine dernière, êtes-vous véritablement du côté de la mondialisation verte ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, parce que je pense qu'il vaut mieux transporter les marchandises par containers et sur bateaux, que les transporter par camions.

NICOLAS DEMORAND
C'est écologique ?

BRUNO LE MAIRE
C'est plus écologique que par camions. On peut toujours mieux faire, on en a discuté avec les représentants de CMA CGM, qui travaillent au développement de bateaux qui vont fonctionner au gaz liquéfié, qui seront moins polluants, donc ils vont faire des investissements dans ce domaine-là. Mais, à ce même micro, il y a quelques semaines, vous aviez le ministre d'Etat Nicolas HULOT, je voudrais redire à quel point, d'abord, cette émission m'a touché, comme, je pense, tous ceux qui l'ont écoutée, tous ceux qui l'ont vue, mais nous avons bien travaillé avec Nicolas HULOT, il m'a fait évoluer sur beaucoup de sujets.

LEA SALAME
Lesquels ?

BRUNO LE MAIRE
Quand on prend la décision de fermer toutes les centrales à charbon ; moi, vous savez, je suis là pour que l'économie française tourne bien, tourne vite, et crée des emplois, donc tout ce qui me donne le sentiment que ça peut faire ralentir la croissance, j'ai toujours quelques réserves, il m'a convaincu que c'était indispensable d'aller dans cette direction-là, et c'était, de toute façon, un engagement qui avait été pris dans la campagne. Les véhicules électriques, moi je me suis engagé totalement, dans l'industrie automobile, pour la transformation de notre industrie automobile, on va multiplier par 5 le nombre de véhicules électriques d'ici 2022, mais ça c'est un choix dont Nicolas HULOT m'a convaincu, et que nous avons fait ensemble. On va investir pour travailler sur le stockage des énergies renouvelables c'est le point stratégique du développement des énergies renouvelables, c'est très bien de développer des champs éoliens offshores, le Premier ministre l'a décidé, c'est très bien développer le solaire, mais ce qui est encore mieux c'est d'être le premier continent au monde à maîtriser la technologie du stockage des énergies renouvelables parce que ça, ça les rendra plus compétitives que toutes les autres formes d'énergie, mais c'est Nicolas HULOT aussi qui m'a amené à avoir ces réflexions-là et à progresser dans cette direction-là.

LEA SALAME
Bruno LE MAIRE, votre ancien ami Xavier BERTRAND, après avoir observé une année plutôt bienveillante vis-à-vis de l'action du gouvernement, a des mots très durs sur votre politique hier dans le Parisien, il dénonce un pouvoir technocratique comme jamais, un président couper des territoires et déconnecté, un président qui souffre d'un complexe de supériorité.

BRUNO LE MAIRE
Xavier BERTRAND est toujours un ami, mais je conteste totalement ce qu'il dit, et j'y vois le retour de la politique politicienne que, parait-il, il ne veut plus faire. Nous ne sommes pas un pouvoir déconnecté des territoires, je suis élu dans les territoires, nous avons mis en place le rapprochement de la CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS et de LA POSTE, pour créer un grand pôle financier public qui est réclamé depuis des années, des années et des années, par beaucoup d'élus, toutes tendances politiques confondues, ça va faire un pôle financier de 1000 milliards d'euros de bilan, dont la seule vocation sera le développement des territoires. Tout à l'heure je vais, avec Jean-Michel BLANQUER, présider le Conseil national de l'industrie, avec un objectif : relancer l'industrie partout sur les territoires. Donc, je conteste totalement ce que dit Xavier BERTRAND. Et quand je vois que, aujourd'hui, une partie des forces politiques, face à ce qui se passe en Europe, la montée des pouvoirs autoritaires contre la démocratie libérale, face aux risques qui pèsent sur la démocratie libérale, n'ont pas d'autre angle d'attaque contre nous que d'aller taper sur le président de la République, avec des arguments personnels, je pense qu'ils sont à côté de ce qu'attendent les Français.

LEA SALAME
Alors, est-ce que Gérard COLLOMB est à côté de ce qu'attendent les Français quand lui-même, ministre d'Emmanuel MACRON, dit, il parle « d'Hubris », il parle du manque d'humilité de ce gouvernement et du président de la République, et fait une référence aux Dieux antiques, « l'Hubris » c'est la malédiction des Dieux, dit Gérard COLLOMB, quant, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, que vous pensez que vous allez tout emporter, nous avons souffert d'un manque d'humilité.

NICOLAS DEMORAND
La démesure.

BRUNO LE MAIRE
Je partage ce qu'il dit sur « l'Hubris », c'est une très bonne analyse d'un défaut qui touche tous les responsables politiques, quels qu'ils soient, lorsqu'ils sont au pouvoir, c'est le mérite d'avoir 10 ou 15 années d'expérience politique derrière soi, je sais que c'est ce qui guette tous les responsables politiques.

LEA SALAME
C'est à quel moment que vous pétez les plombs ?

BRUNO LE MAIRE
Ça veut dire qu'à un moment vous ne voyez plus les Français. Je ne pense pas que ce soit un risque qui, aujourd'hui, guette le pouvoir qui est en place, je ne le pense pas.

LEA SALAME
Il a tort Gérard COLLOMB de dire ça ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense qu'il a raison sur son analyse de « l'Hubris », il a raison quand il dit qu'il faut faire preuve d'humilité sans cesse, il a raison quand il dit qu'il faut aller au contact des Français le plus possible, pour écouter ce qu'ils ont à nous dire, voir leurs inquiétudes, voir aussi leur colère, les entendre, y apporter des réponses, sur tout ça il a raison. Que nous soyons tombés dans ce piège-là, je ne le pense pas, et de toute façon, je vais vous dire, c'est les Français qui nous rappelleront à nos devoirs le moment venu.

NICOLAS DEMORAND
La « Némésis » ça arrive toujours dans la tragédie grecque après « l'Hubris », la punition, le châtiment, vous vous y attendez, ou c'est déjà acté avec un effondrement de cote de popularité et une rentrée cafouilleuse ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que c'est une incitation à faire plus et à faire mieux. Vous savez, tous les matins je me lève en me demandant est-ce qu'on peut faire plus, est-ce qu'on peut faire mieux, puisque vous êtes dans les traditions antiques. La vie politique c'est vraiment la toile de Pénélope, il faut sans cesse remettre la toile sur le métier, ça ne finit jamais. Prenez la taxation des géants du numérique, personne n'en voulait, nous avons obtenu une avancée il y a un peu plus d'1 an, 19 Etats qui étaient pour , l'Allemagne qui nous soutenait, aujourd'hui l'Allemagne a des hésitations, donc il a fallu que je revois le ministre des Finances, que je le convaincs, j'irai à Berlin prochainement, je suis convaincu qu'au bout du compte on y arrivera, mais sans cesse il faut remettre l'ouvrage sur le métier, c'est la vie politique. Vous parliez de la croissance, c'est la même chose, on a tout d'un coup une croissance qui est formidable, et puis ensuite il y a un petit ralentissement, et il faut garder son cap et remettre sans cesse l'ouvrage sur le métier.

LEA SALAME
Sur la taxation des GAFA, je sais que c'est quelque chose qui vous tient à coeur, Bruno LE MAIRE, pourquoi est-ce que l'Allemagne ne vous suit pas sur ça, alors qu'elle devrait signer…d'ailleurs, de manière générale, pourquoi ça ne fait pas consensus chez les ministres des Finances européens ?

BRUNO LE MAIRE
Pour une raison qui est simple.

LEA SALAME
Pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Pour l'Allemagne, une raison qui est simple, c'est qu'il y a une inquiétude de son industrie, notamment de son industrie automobile, parce que l'industrie automobile, désormais, c'est moins des carrosseries et des roues que des données qui sont intégrées à la voiture, voilà, c'est aussi simple que cela. Et je pense que, ce qui fait la force européenne, c'est d'être capable de tenir compte des inquiétudes des autres peuples et des autres Etats, et donc je vais reprendre mon bâton de pèlerin, je vais retourner à Berlin, comme je l'ai vu la semaine dernière à Vienne, où nous avons échangé longuement, et nous y arriverons, je suis convaincu que nous y arriverons.

LEA SALAME
Est-ce que vous confirmez que d'ici la fin de l'année il y aura un accord ? Vous vous étiez engagé sur d'ici la fin de cette année.

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est un engagement que je prends.

LEA SALAME
Il y aura un accord ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne peux pas m'engager aux noms des autres, mais je suis convaincu que l'accord est à portée de main, et je suis convaincu d'une autre chose, une Europe qui laisse ses PME avoir 14 points d'imposition de plus que GOOGLE, eh bien c'est une Europe qui est mal partie.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2018

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