Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Info le 10 septembre 2018, sur la politique agricole et les questions environnementales. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec France Info le 10 septembre 2018, sur la politique agricole et les questions environnementales.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :

MARC FAUVELLE
Franceinfo radio et Franceinfo télé réunies comme chaque matin jusqu'à 9 heures pour l'invité politique. L'invité ce matin est Ministre de l'Agriculture et de l'alimentation et la première question vous est posée par Renaud DELY.

RENAUD DELY
Bonjour Stéphane TRAVERT.

STEPHANE TRAVERT, MINISTRE DE L'AGRICULTURE ET DE L'ALIMENTATION
Bonjour Renaud DELY.

RENAUD DELY
Ça fait maintenant presque dix jours que Nicolas HULOT a claqué la porte du gouvernement. Est-ce que vous avez eu des nouvelles, des contacts ? Comment va-t-il ?

STEPHANE TRAVERT
Non, pas de nouvelles, pas de contact. Mais, vous savez, nous sommes dans la continuité de l'action gouvernementale. Par contre, j'ai eu des contacts déjà avec son successeur, avec François de RUGY et nous nous sommes entretenus ensemble la semaine dernière.

RENAUD DELY
Vous avez déjà tourné la page Nicolas HULOT visiblement. Vous n'avez pas d'état d'âme.

STEPHANE TRAVERT
Je suis membre du gouvernement et un membre du gouvernement arrive, il est nommé Ministre d'Etat, Ministre de la Transition écologique et solidaire. Le ministère de l'agriculture et ce ministère travaillent énormément ensemble et donc j'ai voulu le rencontrer. Nous avons voulu nous rencontrer très vite pour faire le point sur un certain nombre de dossiers et préparer les semaines à venir.

MARC FAUVELLE
Vous vous sentez libéré aujourd'hui Stéphane TRAVERT ?

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est pas le problème d'être libéré. Nicolas HULOT a fait un choix, c'est celui de quitter un collectif. Aujourd'hui, moi je m'inscris toujours dans ce collectif avec François de RUGY à la tête du ministère de la Transition écologique et solidaire et c'est désormais avec lui que je vais travailler, parce que les interactions sont très nombreuses entre nos deux ministères.

RENAUD DELY
Vous espérez qu'il y aura moins de conflits qu'il n'y en a eu avec Nicolas HULOT ? Vous avez eu quand même des sujets de conflits multiples.

STEPHANE TRAVERT
Mais comme je l'ai souvent dit, nous avions des objectifs communs. D'abord l'objectif, le principal objectif c'est la feuille de route du président de la République et nous la conduisons, et puis parfois des divergences d'appréciation sur les moyens de parvenir à l'objectif. Si vous voulez, avec François de RUGY nous souhaitons nous placer sous le signe d'une collaboration étroite, engagée bien évidemment, pour faire en sorte qu'à la fois l'agriculture, l'environnement cessent d'être opposés comme cela a été fait souvent en permanence.

RENAUD DELY
En démissionnant, Nicolas HULOT annoncé, en tout cas il a accusé un centre de lobbies d'avoir eu sa peau de ministre en quelque sorte et d'abord le lobby des chasseurs. Nous allons écouter Willy SCHRAEN, le président de la Fédération nationale des chasseurs. C'était hier dimanche sur Franceinfo.

WILLY SCHRAEN, PRESIDENT DE LA FEDERATION NATIONALE DES CHASSEURS
On n'a aucune victime du côté des ministres. Non, non, on chasse le lapin, on ne chasse pas le ministre, rassurez-vous. Nicolas HULOT, c'est un petit peu dommage. La sortie est un petit peu fébrile. Prendre comme prétexte la chasse, d'abord c'est nous donner un pouvoir politique que nous n'avons pas du tout. Il y avait peut-être une accumulation de choses mais par contre, même la goutte d'eau qui aurait fait déborder le vase du côté de la chasse, c'est vraiment risible.

RENAUD DELY
Ce n'est pas le lobby de la chasse qui a eu la peau de ministre de Nicolas HULOT ?

STEPHANE TRAVERT
C'est un ensemble de choses certainement mais sur la chasse, je crois que les éléments et la réforme qui est en train de se faire avaient été préparés à la fois par Sébastien LECORNU mais sous l'autorité de son ministre de tutelle qu'était Nicolas HULOT donc les choses avancent. Aujourd'hui ce qui m'intéresse moi, ce n'est pas de regarder derrière ou de regarder dans le miroir.

MARC FAUVELLE
C'est du passé Nicolas HULOT quand on vous écoute.

STEPHANE TRAVERT
Je ne dis pas que c'est du passé parce que Nicolas HULOT incarne quelque chose bien évidemment aux yeux des Français ?

MARC FAUVELLE
Qu'est-ce qu'il incarne ?

STEPHANE TRAVERT
Mais c'est un idéal sur l'environnement. Il incarne une idée de l'écologie. Il incarne cette défense de l'environnement, cette défense de la planète mais c'est un enjeu global et c'est quelque chose qui nous concerne tous. Mais aujourd'hui, nous sommes confrontés aussi à un certain nombre de réalités dont nous devons bien évidemment tenir compte. Gouverner, c'est difficile. Gouverner, c'est prendre ses responsabilités, faire des choix, trouver des compromis. Trouver des compromis acceptables pour que l'on puisse avancer sur nos objectifs sans prendre de retard. Mais il faut avancer et tenir compte de contraintes : des contraintes économiques, des contraintes environnementales bien évidemment et faire en sorte que nous puissions être au rendez-vous de ce qu'attendent nos concitoyens.

RENAUD DELY
Donc gouverner, c'est parfois accepter de renoncer aussi.

STEPHANE TRAVERT
Ce n'est pas accepter de renoncer, il ne faut jamais renoncer. Il faut toujours suivre sa route, suivre son chemin mais ce chemin est parfois plus sinueux qu'on ne le souhaiterait.

RENAUD DELY
Vous avez rencontré donc François de RUGY dès la fin de semaine.

STEPHANE TRAVERT
Jeudi dernier tout simplement.

RENAUD DELY
Comment ça s'est passé ? C'est l'entente cordiale ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, ça s'est très bien passé, d'abord parce que nous nous connaissons bien. Nous avons siégé ensemble à l'Assemblée nationale dans le dernier quinquennat. Il était président du groupe des écologistes à l'Assemblée nationale et à la fin du quinquennat, nous étions dans le même groupe politique. Nous nous entendons bien et nous avons le souhait et la volonté tous les deux de travailler, de faire avancer nos dossiers, de faire avancer bien évidemment les préoccupations environnementales que portent nos Français et tout simplement de remplir la feuille de route que nous a donnée le président de la République. C'est aussi simple que ça.

MARC FAUVELLE
On a entendu il y a quelques instants le président de la fédération des chasseurs. Est-ce que les chasseurs sont, comme ils le disent dans leur dernière campagne de pub, les premiers écologistes de France ?

STEPHANE TRAVERT
Vous savez, c'est toujours difficile de dire qui est le premier, qui est le deuxième, et cætera ; je ne rentre pas dans ce registre.

MARC FAUVELLE
Alors est-ce qu'ils sont écologistes ? Est-ce que vous les considérez comme des écologistes ?

STEPHANE TRAVERT
Moi, je ne suis pas chasseur mais les chasseurs comme je les vois, comme je les connais chez moi dans mon département, ce sont des gens qui aujourd'hui sont soucieux de la qualité de la biodiversité. Ils sont soucieux de leur environnement et ils participent à la régulation aussi d'un certain nombre de gibiers. Vous avez vu qu'en ce moment, nous faisons face à des dégâts dans les cultures de gros gibier. Bien les chasseurs, ils sont là aussi pour réguler cette faune sauvage et, aujourd'hui, ils ont un rôle important à jouer dans la protection de la biodiversité et dans la protection de l'environnement. Il est nécessaire aussi de pouvoir dialoguer et travailler avec eux.

MARC FAUVELLE
Vous les considérer comme des écologistes ? Pardon, je repose ma question.

STEPHANE TRAVERT
Mais je n'ai pas, moi, à décerner de brevet d'écologie.

MARC FAUVELLE
Eux se le décernent. Eux se sont décerné ce brevet.

STEPHANE TRAVERT
Mais chacun fait comme il le veut. Moi, je ne décerne pas de brevet ici. Moi, je tiens compte - d'ailleurs, ce n'est pas le ministère de l'Agriculture qui a la compétence sur la chasse - mais moi ce qui m'intéresse, c'est qu'à la fois nous ayons un dialogue singulier, régulier entre à la fois les chasseurs et les agriculteurs pour trouver des solutions, notamment sur cette question des dégâts de gibier auquel je viens de faire allusion. Et puis que nous puissions trouver les voies pour régler tous les conflits d'usage, faire en sorte que les chasseurs puissent le faire dans de bonnes conditions mais aussi tenir compte des contraintes environnementales, des contraintes des habitants qui vivent à proximité des lieux de chasse. Il faut essayer d'harmoniser la vie de chacun et les chasseurs ici ont tout leur rôle à jouer.

RENAUD DELY
Donc on peut être en même temps défenseurs de l'environnement et chasseur.

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr.

RENAUD DELY
Pour vous, ce sont effectivement…

STEPHANE TRAVERT
Moi, je fréquente et je connais des chasseurs qui sont toujours soucieux de la défense de l'environnement, de la protection de la planète et quelque part, pour certains, ce sont aussi des vigies de ce qui peut se passer et qui peuvent aussi, quand ils sont dans leur activité, peuvent vérifier si des cours d'eau sont bien entretenus, vérifier un certain nombre de choses qui mettent en avant ce que nous voulons faire, c'est-à-dire avoir un environnement qui soit laissé le plus naturel et le plus propre possible pour nos enfants. (…)

MARC FAUVELLE
Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture, on va écouter maintenant quelqu'un qui ne vous apprécie pas vraiment.

RENAUD DELY
Oui, Stéphane TRAVERT…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas à vous, Renaud DELY que je dis ça, c'était une tentative de transition, ce n'était pas Renaud DELY, on ne se permettrait pas.

RENAUD DELY
En l'occurrence, on évoquait le lobby de la chasse à l'instant, mais il y a d'autres lobbies qui pèsent sur l'agriculture et sur votre domaine d'activités, je vous propose d'écouter, comme le disait Marc à l'instant, Audrey PULVAR, qui est la présidente de la Fondation pour la Nature et l'Homme, qui est d'ailleurs l'ex-Fondation Nicolas Hulot.

AUDREY PULVAR, PRESIDENTE DE LA FONDATION POUR LA NATURE ET L'HOMME
Personnellement, j'ai eu à faire à un ministre de l'Agriculture, Stéphane TRAVERT, m'expliquant les yeux dans les yeux, et devant plusieurs personnes, ce n'était pas du tout secret, que lui il faisait avant tout ce que lui indiquait la FNSEA. Bon. Alors on peut considérer que la FNSEA c'est un lobby, je pense que l'on est nombreux à le considérer.

RENAUD DELY
Alors, Stéphane TRAVERT, vous êtes le ministre de la FNSEA ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr que non, c'est faux, diffamatoire, mensonger. J'ai vu Audrey PULVAR, elle est venue effectivement dans mon bureau, mais comment peut-on imaginer qu'on puisse tenir des propos comme celui-là ? Nous avons eu une conversation avec Audrey PULVAR, et je me suis aperçu que trouver des compromis avec elle c'était compliqué, difficile. Un compromis avec madame PULVAR, c'est venir sur ses positions, et elle n'est pas visiblement du genre, à accepter de faire un pas vers l'autre, comme moi je suis toujours prêt à le faire, parce que c'est comme ça qu'on construit les politiques publiques. Mais comment peut-on dire que je regarde quelque un les yeux dans les yeux, que je fais ce que me dit la FNSEA ? C'en est terminé de la cogestion. Moi je reçois les organisations syndicales, les unes après les autres, la Confédération paysanne, la Coordination rurale, le MODEF et la FNSEA, bien évidemment, ce sont des partenaires incontournables du ministère de l'Agriculture. Mais je prends mes décisions en fonction aussi de ce que je crois être bon.

MARC FAUVELLE
Il vous arrive de dire non à la FNSEA ?

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr !

MARC FAUVELLE
Sur quoi par exemple ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, sur énormément de sujets.

MARC FAUVELLE
Sur quels sujets par exemple ?

STEPHANE TRAVERT
Eh bien vous savez que, par exemple, sur les sujets de l'assurance récolte, la FNSEA nous demande de baisser les taux d'intervention de 30 % à 20 %, eh bien j'ai toujours jusque-là refusé de le faire, parce que, eh bien il y a d'abord une question budgétaire et puis une réflexion politique que nous devons mener là-dessus, et puis d'autres sujets, bien évidemment, mais il m'arrive aussi d'accepter un certain nombre de sujets que peut porter la Confédération paysanne. Moi j'écoute les organisations syndicales. C'est terminé le temps où le ministère était aux ordres d'une organisation syndicale. Moi j'ai beaucoup de respect pour les corps intermédiaires, beaucoup de respect pour les organisations syndicales, j'ai été hier au Terres de Jim, avec les jeunes agriculteurs. Ils ont du mérite, c'est un travail difficile, et puis parfois nous avons des discussions qui sont franches, sérieuses, et bien évidemment…

MARC FAUVELLE
Là, on va rentrer dans…

STEPHANE TRAVERT
…et puis parfois, le gouvernement peut être amené à refuser des demandes. Mais on avance, on construit.

RENAUD DELY
Justement, Stéphane TRAVERT, vous dites que parfois vous dites non à la FNSEA ou d'autres organisations syndicales.

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr.

RENAUD DELY
Mais parfois vous dites oui, visiblement, parce que votre texte, donc qui est issu des états généraux de l'alimentation, votre projet de loi arrive en seconde lecture cette semaine à l'Assemblée nationale, et il y a beaucoup, notamment sur la question du bien-être animal, beaucoup de sujets qui ont semble-t-il disparu. Par exemple, vous avez refusé l'installation de vidéosurveillance dans les abattoirs.

STEPHANE TRAVERT
Oui, mais ça n'a rien à voir avec les exigences d'une organisation syndicale ou d'une autre, c'est une autre question. Moi je me pose la question de la vidéosurveillance par rapport aux droits des salariés. Je pose la question de la vidéosurveillance par rapport au fait que, est-ce qu'on accepte demain d'être filmé 24 heures sur 24, pendant que l'on travaille ? Parce que c'est ça la société que l'on veut ?

MARC FAUVELLE
On met aujourd'hui des caméras dans les écoles, on met des caméras dans les gares, on ne peut pas en mettre dans les abattoirs.

STEPHANE TRAVERT
Ce sont… c'est destiné à la sécurité, à la surveillance, mais nous avons à penser là-dessus, nous avons permis à travers la loi, que les caméras puissent être installées si le propriétaire de l'abattoir…

MARC FAUVELLE
Sur la base exclusivement du volontariat, et pour une période sur la base de deux ans, c'est ça ?

STEPHANE TRAVERT
Non, sur la base, une expérimentation pendant deux ans, mais sur la base du volontariat, les propriétaires d'abattoirs, s'ils veulent installer des caméras, ont la liberté de le faire. Ils doivent aussi…

MARC FAUVELLE
Pardon d'être un peu technique, on ne pouvait pas mettre des caméras uniquement sur les vaches ou sur les poules qui… les filmer 24 heures sur 24 sans que les salariés soient eux-mêmes filmés ?

STEPHANE TRAVERT
Mais, comment faites-vous le contrôle ? Comment utilisez-vous les images ? Parce que filmer, comme vous le dites, des vaches ou des poules 24 heures sur 24, il faut qu'il y ait un traitement de l'image, ensuite pour que l'on puisse admettre, contrôler s'il y a eu des manquements au bien-être animal. Nous, ce que nous avons voulu faire c'est avancer avec les acteurs, en ce qui concerne le bien-être animal…

RENAUD DELY
Pour avancer, à l'heure qu'il est justement, vous avez déjà des entreprises, des abattoirs qui sont volontaires ?

STEPHANE TRAVERT
Mais il y a des abattoirs, oui, qui le font…

RENAUD DELY
Ils réclament des caméras aujourd'hui.

STEPHANE TRAVERT
Mais vous avez des abattoirs qui le font, parce qu'ils ont décidé d'avancer sur cette question. Nous avons demandé à ce qu'il y ait un référent bien-être animal dans chacun des abattoirs. Nous avons renforcé un certain nombre de sujets sur le bien-être animal, notamment dans les abattoirs. Le fait que les associations puissent se porter demain partie civile pour déposer une plainte s'il y a des manquements dans…

MARC FAUVELLE
Mais vous savez que les associations, aujourd'hui, elles ont quasiment un seul moyen pour faire connaître au grand public ce qui se passe, c'est de s'y infiltrer illégalement, de filmer ce qui se passe, parce qu'encore une fois il n'y a pas assez de caméras à l'intérieur.

STEPHANE TRAVERT
Oui, mais à partir du moment où nous avons quelqu'un qui, une forme de lanceur d'alerte, un référent bien être animal dans chacun des abattoirs, il est là aussi pour répondre aux questions que l'on peut lui poser, et ce contrôle il se fait. Mais on avance, et plutôt que d'imposer les choses d'en haut, on avance avec les territoires, on avance avec les acteurs, sur toutes les questions du bien-être animal.

RENAUD DELY
Même s'il y a des amendements qui ont été repoussés, des amendements des députés La République en Marche, par exemple sur un autre sujet qui est extrêmement, l'opinion est assez sensible à ce sujet-là, c'est la question du broyage des jeunes poussins mâles, il y a eu toute une batterie, si j'ose dire, d'amendements…

MARC FAUVELLE
Broyages vivants.

RENAUD DELY
Vivants, bien sûr. Toute une batterie d'amendements présentés par des députés la République en Marche qui ont été systématiquement repoussés en première lecture. En seconde lecture, est-ce que cette question-là elle peut avancer sur ce sujet-là ?

STEPHANE TRAVERT
La France produit aujourd'hui 16,2 milliards, à peu près, et effectivement, il y a cette technique pour sélectionner les poussins mâles, pour les retirer des circuits de collecte.

RENAUD DELY
Cette technique que vous évoquez, c'est bien le broyage de poussins vivants.

STEPHANE TRAVERT
C'est le broyage de poussins, bien évidemment. Mais, aujourd'hui, qu'est-ce que nous avons fait ? Nous avons travaillé avec une entreprise qui fait de l'innovation et qui, nous avons mis 4,5 millions d'euros sur la table, pour mettre au point un dispositif qui nous permettra de faire du sexage à l'intérieur de l'oeuf, ce qui nous permettra donc d'éviter le broyage des poussins et donc de mettre un terme à cette activité.

MARC FAUVELLE
Ça marchera quand ?

STEPHANE TRAVERT
Ça, ça va marcher, nous sommes aujourd'hui en train de travailler avec l'entreprise, il y a des essais qui vont se faire, mais aujourd'hui par exemple en Allemagne…

RENAUD DELY
Mais l'interdiction, ça ne sera pas avant 2024, c'est ça ? Six ans encore.

STEPHANE TRAVERT
Non non, il n'y a pas d'interdiction. Nous sommes aujourd'hui à 2022, mais sur cette question…

RENAUD DELY
C'est une alternative.

STEPHANE TRAVERT
Non non, sur cette question du broyage des poussins, nous travaillons avec l'entreprise, et plus vite nous serons prêts, plus vite nous aurons la capacité de mettre un terme à cette activité. Mais nous avançons avec les entreprises, sinon comment ferions-nous ? Aujourd'hui les Allemands ils font un trou dans l'oeuf avec une aiguille pour vérifier les choses, mais les Allemands produisent beaucoup beaucoup moins d'oeufs que nous en France, et donc nous avons aussi cette question économique à traiter.

RENAUD DELY
Votre projet de loi, il vise aussi normalement à garantir le revenu des agriculteurs, il y a un certain nombre de dispositions qui leur sont attribuées, sauf que les agriculteurs réclament que l'Etat fixe un prix plancher, les producteurs souhaiteraient un prix plancher fixé par l'Etat, pour éviter de se retrouver dans la main de la grande distribution.

STEPHANE TRAVERT
Non, les agriculteurs ne demandent pas de prix plancher, parce que vous le savez comme moi, lorsque vous fixez un prix plancher, cela devient souvent un prix plafond, et nous, nous souhaitons que ce soit le prix le plus juste et le meilleur prix, pour que les agriculteurs puissent recevoir le fruit de leur travail. Nous avons aujourd'hui une séquence sur ces indicateurs. Les indicateurs c'est quoi ? Nous avons demandé aux filières, et nous les recevons tout à l'heure, je reçois la filière volaille en quittant cette émission, nous avons demandé aux interprofessions de définir des indicateurs de coûts de production, qui permettront de bâtir le prix sur lequel les agriculteurs pourront être bien rémunérés, mais qui rémunérera aussi l'ensemble de la chaîne, c'est-à-dire le transformateur, mais aussi le distributeur. Pour cela, nous mettons en place un dispositif qui va permettre à c que l'Observatoire de la formation des prix et des marges, puisse venir aider à trouver ces indicateurs, et en cas de blocage, nous pouvons faire appel au médiateur des relations commerciales agricoles, qui, ici, pourra aider les interprofessions à définir, les indicateurs, et à se mettre d'accord. Ce que nous voulons, c'est trouver une solution qui fasse consensus, que les agriculteurs ne soient pas les laissés-pour-compte dans ces discussions et que le juste prix, soit le prix qui sorte à la fin pour une garantie d'un bon, d'un meilleur revenu pour les agriculteurs.

MARC FAUVELLE
Stéphane TRAVERT, vous restez avec nous s'il vous plaît, on va évoquer dans quelques instants, un autre dossier qui vous a opposé pendant de longues semaines à Nicolas HULOT, c'est celui du glyphosate, on va en parler juste après le rappel des titres à 8 heures 50.

- La question du glyphosate, Renaud DELY.

RENAUD DELY
Oui. Stéphane TRAVERT, vous avez eu une bataille homérique avec Nicolas HULOT sur ce sujet-là. Nicolas HULOT souhaitait que l'interdiction du glyphosate en 2021, objectif fixé par Emmanuel MACRON, soit mentionnée noir sur blanc dans le projet de loi. Ce n'est pas le cas, il n'y a rien dans la loi. Pourquoi ?

STEPHANE TRAVERT
Mais parce que nous avons choisi de faire autrement et d'entraîner avec nous tous les acteurs. Nous l'avons fait que Nicolas HULOT le 22 juin dernier : nous avons réuni ce qu'on appelle la task force. Nous avons réuni tous les acteurs, les transformateurs, les distributeurs et les producteurs pour trouver des solutions ensemble. Nous avons une date, un engagement, celui du président…

RENAUD DELY
Oral, purement oral.

STEPHANE TRAVERT
Un engagement, celui du président de la République de mettre fin à l'utilisation du glyphosate dans les trois ans. Nous avons mobilisé la recherche, les secteurs d'innovation et, à travers cette task force que nous mettons en place, aujourd'hui nous avons créé une banque de solutions. C'est quoi la banque de solutions ? C'est partager toutes les bonnes pratiques agronomiques qui existent en France pour pouvoir se passer ou réduire l'utilisation du glyphosate.

RENAUD DELY
La loi, ce n'était pas la solution ?

STEPHANE TRAVERT
Mais aujourd'hui, vous savez, on a plein d'exemples aujourd'hui où des choses ont été inscrites dans la loi et qui n'ont jamais été suivies d'effet. Bien souvent, on se fait plaisir, on gagne une victoire politique peut-être en inscrivant quelque chose dans la loi et puis moi, ce qui m'intéresse, c'est le résultat. Le résultat, c'est que le président de la République s'est engagé à ce que dans les trois ans, nous en ayons fini avec l'utilisation du glyphosate. Bien, nous nous donnons les moyens de pouvoir le faire avec cette task force. Nous ne voulions pas faire peser uniquement le coût de cette transformation, le coût de cette transition uniquement sur les épaules des agriculteurs mais nous souhaitions à ce que ce soit partagé entre les transformateurs, les distributeurs et les producteurs. Ce groupe il marche, il fonctionne aujourd'hui. Nous allons nommer bientôt quelqu'un qui aura la charge de le coordonner pour trouver des solutions. Aujourd'hui, il existe des alternatives au glyphosate mais il y a encore des pratiques agronomiques pour lesquelles nous n'avons pas d'alternatives. C'est l'agriculture en terrasse, c'est la transformation de fruits et légumes pour l'industrie et c'est aussi tout ce qui concerne l'agriculture de conservation.

MARC FAUVELLE
Il nous reste quelques minutes seulement, Stéphane TRAVERT. Je voudrais vous faire écouter et voir, si ce n'est pas encore le cas, ce qui s'est passé ce week-end à Marseille. Vous êtes sans doute au courant : la déclaration de Jean-Luc MELENCHON assez tonitruante au sujet d'Emmanuel MACRON et puis, quelques heures plus tard, rencontre prévue ou pas – ça, on ne sait pas - entre Jean-Luc MELENCHON et Emmanuel MACRON et là, le ton un peu changé. On vous a mis les deux séquences bout à bout. Ecoutez bien.

JEAN-LUC MELENCHON, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE DES BOUCHES-DU-RHONE
Le plus grand xénophobe qu'on ait, c'est quand même lui, Monsieur le Président de la République française.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Monsieur MELENCHON, ce n'est pas mon ennemi.

JOURNALISTE
Il y a eu des mots très forts quand même tout à l'heure sur la xénophobie.

JEAN-LUC MELENCHON
Bah, bah, bah, bah.

JOURNALISTE
Vous avez dit que c'est le plus grand xénophobe qu'on ait, Emmanuel MACRON.

JEAN-LUC MELENCHON
Non, non, non.

JOURNALISTE
Si, si, vous l'avez dit.

EMMANUEL MACRON
Non, ça m'étonnerait.

JOURNALISTE
Il l'a dit.

JEAN-LUC MELENCHON
Vous ne pouvez pas le croire.

EMMANUEL MACRON
Non, non, non.

RENAUD DELY
Qu'est-ce que ça vous inspire ?

STEPHANE TRAVERT
On est exactement dans la même logique que ce que l'on connaît aujourd'hui sur les réseaux sociaux. Il est toujours facile, seul derrière un micro ou seul derrière un ordinateur, d'agonir d'injures les gens puis quand on est en face, la réalité est tout autre. Je pense que le débat public aujourd'hui est en train de s'enfoncer. Il y a une pauvreté du débat public et politique et nous devons ensemble, et c'est collectivement, que nous devons le faire progresser.

MARC FAUVELLE
Il s'est dégonflé Jean-Luc MELENCHON ou, au contraire, il a du respect pour la fonction présidentielle ?

STEPHANE TRAVERT
Mais je pense qu'il a du respect pour la fonction présidentielle bien évidemment parce que c'est quelqu'un qui respecte les institutions et qui connaît le sens des mots et le poids des mots. Mais justement, parce qu'il connaît le sens des mots et le poids des mots, je pense que parfois il devrait assagir son vocabulaire.

RENAUD DELY
Mais MACRON-MELECHON, c'est un vrai duel ou c'est un duo plutôt ?

STEPHANE TRAVERT
Mais aujourd'hui, non, ce n'est pas un duo, vous aurez remarqué que…

RENAUD DELY
Ils n'ont pas besoin l'un de l'autre ?

MARC FAUVELLE
On les voit là, pardon du jeu de mots, mais copains comme cochon sur la vidéo. On a l'impression qu'ils sont heureux de se retrouver.

STEPHANE TRAVERT
Mais vous savez, il arrive aussi avec des opposants que nous puissions… Mais l'esprit français, la politique comme on aime la faire, c'est pouvoir débattre avec respect avec son contradicteur et puis, ensuite, de pouvoir échanger.

MARC FAUVELLE
Pardon mais quel est le faux MELENCHON d'après vous des deux que vous venez de voir ?

STEPHANE TRAVERT
Je ne suis pas là pour faire de la psychologie de comptoir sur Jean-Luc MELENCHON.

MARC FAUVELLE
Oui. Celui qui est courtois ou celui qui tape ?

STEPHANE TRAVERT
Jean-Luc MELENCHON est un acteur de la vie politique aujourd'hui. Il dirige un mouvement politique qui est présent à l'Assemblée nationale et aujourd'hui nous devons composer avec ce mouvement politique. Il mène une opposition farouche à notre majorité, bien à nous de trouver les voies et les moyens de pouvoir d'abord contredire ses propos et de faire valoir que ce que nous faisons va dans l'intérêt des Français.

RENAUD DELY
Stéphane TRAVERT, il y a une de vos nouvelles collègues au gouvernement qui a un rendez-vous ce matin avec le Premier ministre Edouard PHILIPPE. C'est Roxana MARACINEANU parce qu'elle a tapé du poing sur la table à cause de la suppression de 1 600 postes au ministère des Sports. Qu'est-ce qu'elle doit faire ? Est-ce qu'elle peut rester au gouvernement ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, elle vient d'arriver. Elle a rendez-vous ce matin avec le Premier ministre, voilà. Il y aura des arbitrages qui seront pris sous l'autorité du Premier ministre.

MARC FAUVELLE
On a connu dans le quinquennat précédent des ministres qui critiquaient et qui étaient virés dans la journée.

STEPHANE TRAVERT
Mais vous savez, le monde sportif a besoin à ce que on ramène aussi du monde à ses côtés et sur le terrain, dans la proximité. Les fédérations, justement, ont besoin d'avoir des gens sur le terrain pour venir en aide avec elles…

MARC FAUVELLE
Donc elle a raison de s'opposer à Matignon.

STEPHANE TRAVERT
Non, je ne dis pas qu'elle a raison de s'opposer à Matignon.

MARC FAUVELLE
Vous dites qu'il faut du monde sur les terrains et qu'il faut se battre.

STEPHANE TRAVERT
Oui, mais c'est ça. C'est quoi la proposition qui a été faite ? C'est justement de faire en sorte que les personnels d'Etat puissent être plus dans la proximité du terrain et donc…

MARC FAUVELLE
Pardon, je n'ai pas compris. Elle a raison ou elle a tort ?

STEPHANE TRAVERT
Mais aujourd'hui, il y a des arbitrages qui seront pris. Moi, vous savez, ce n'est pas moi qui ai construit budget du ministère des Sports.

MARC FAUVELLE
Non.

STEPHANE TRAVERT
Et donc moi, je suis là-dessus…

MARC FAUVELLE
Mais je n'ai pas compris votre position : elle a raison ou elle a tort de mettre ça sur le débat public ?

STEPHANE TRAVERT
Non. Ce que je veux vous dire, c'est que le mouvement sportif aujourd'hui a besoin de proximité. Nous avons besoin de gens qui soient sur le terrain et peut-être qu'il n'y a pas suffisamment de monde sur le terrain, et peut-être qu'il y a peut-être trop de monde aussi ailleurs, et donc nous avons travaillé à redéployer aussi des effectifs. Mais moi, tout cela ne me concerne pas. Enfin, ne me concerne pas…. Je n'ai pas participé à la construction de ce budget. Moi, je fais confiance au Premier ministre et à ma collègue pour trouver toutes les solutions qui permettront à la fois au monde sportif de continuer à se développer sur nos territoires.

MARC FAUVELLE
Merci Stéphane TRAVERT, merci à Renaud DELY. Merci à vous d'avoir été ce matin l'invité de Franceinfo.

STEPHANE TRAVERT
Merci.


Source ; Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2018

Rechercher