Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Radio Classique le 12 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec Radio Classique le 12 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :

GUILLAUME DURAND
Il est 8 h 15, nous avons rendez-vous – merci mon cher Guillaume, on se retrouve demain et on va avoir le complément de cette réflexion avec Jean-Louis BOURLANGE qui sera l'invité, le deuxième invité politique de la Matinale tout à l ‘heure donc à 8 h 40 – nous sommes avec Gérald DARMANIN. D'abord un petit soupçon de politique et après nous allons beaucoup parler d'économie et donc de ce grand plan que vous menez et qui a été l'objet d'un suspense pendant plusieurs semaines, on a un peu l'impression avec l'affaire Benalla que c'est un peu comme le scotch du capitaine HADDOCK ou comme Le Fouquet's de Nicolas SARKOZY, c'est-à-dire qu'à la fois ça n'a pas beaucoup d'importance pour certains, beaucoup d'importance pour d'autres, mais on n'arrive pas à s'en défaire, et ça recommence avec l'audition au Sénat. Est-ce que c'est un sentiment que vous partagez ?

GERALD DARMANIN
Non, je ne le partage pas. La commission d'enquête parlementaire du Sénat a fait son travail, la séparation des pouvoirs m'empêche d'avoir une opinion ex-voto de son travail, ce qui est sûr c'est que nous pourrions peut-être tous nous intéresser un peu plus au fond des choses et non pas effectivement à quelque chose qui n'a pas beaucoup d'importance et dont je crois les leçons dans l'opinion ont été tirées à la fin de l'été.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais vous savez, je ne relancerai que sur ce sujet, que les deux quinquennats précédents ont affaire à des – comment dire – à des phénomènes politiques à peu près similaires, c'est –à-dire Le Fouquet's de SARKOZY c'était en soi pas quelque chose de fondamentale et pourtant il l'a traîné pendant cinq ans ?

GERALD DARMANIN
Vous pensez extrêmement sérieusement que les Français s'attachent à ce genre de chose ? Moi je crois que…

GUILLAUME DURAND
Mais ça a joué un rôle, les sondeurs le montrent.

GERALD DARMANIN
Non, moi je crois que ce qui a beaucoup empêché les Présidents de la République d'être réélus pour le président SARKOZY ça été sans doute la crise économique et peut-être des mauvais résultats passagers notamment sur le thème économique et du travail sur lequel il avait été élu, j'ai toujours considéré que c'était assez injuste, mais enfin c'était ainsi ; il me semble que pour le Président de la République actuel, le plus important et c'est ce qu'il est en train de faire de transformer le pays - il le fait d'ailleurs d'une manière très forte, d'une manière économique - de manière très forte dans le domaine régalien, demain de manière très forte dans le domaine social - et je pense que c'est sur ça que le Président de la République va être jugé, pas sur telle ou telle écume des choses.

GUILLAUME DURAND
Demain effectivement c'est le Plan Pauvreté, commençons par évidemment cette grande réforme que vous menez, maintenant c'est décidé, le Premier ministre l'a dit à la télévision. Il n'y aura pas de bug, on va prendre les problèmes dans l'ordre, il n'y aura pas de bug d'ampleur, mais est-ce que ça veut dire qu'il y aura quand même des petits bugs ? Est-ce que vous faites une énorme tournée justement dans tous les centres de prélèvement pour savoir comment ça va se passer - et puis ça tient aussi aux entreprises - donc est-ce qu'il y aura des bugs, comment peut-on dire, de moyenne importance, enfin est-ce que tout cela…

GERALD DARMANIN
D'abord, la première chose c'est quoi ? C'est la simplicité de l'impôt, payer son impôt au moment où on touche ses revenus, pas d'un an de décalage. Est-ce que c'est une réforme difficile à mettre en place ? C'est une réforme complexe à mettre en place, il faut parler aux 38 millions de foyers fiscaux qui ont une vie fiscale si j'ose dire complexe qui est celle de la vie : vous divorcez, vous vous mariez, vous perdez votre emploi, vous partez de votre conjoint, vous partez en retraite, enfin bref votre vie... et il faut que les collecteurs d'impôts – en général désormais les entreprises - 1,7 million de collecteurs d'entreprise et puis des administrations, les caisses de retraite avec le système du fisc fonctionnent bien. Est-ce que le système d'aujourd'hui, le système de l'impôt à la papa, on va dire ça comme ça, c'est-à-dire celui que nous avons vécu quasiment depuis 1920, est exsangue de bugs que vous avez appelé moyens ou des petits bugs individuels qui touchent Guillaume DURAND ou Gérald DARMANIN ? La réponse est non, elle n'est pas exsangue de bugs cette administration, sur 38 millions de foyers fiscaux il y a 2 millions de réclamations chaque année, chaque année, 1,7 million de réclamations qui sont dues aux personnes – on remplit mal sa feuille d'impôts, on va crier au centre des impôts mais on s'aperçoit que c'est nous qui avons fait l'erreur – mais quand même 300.000 qui sont de l'erreur de l'administration même et chaque année, notamment l'année dernière, il y a eu 786.000 remboursements d'impôts monsieur DURAND, on a prélevé 1.200 euros en moyenne de trop aux Français.

GUILLAUME DURAND
Mais il y a une sorte de terreur informatique qui règne sur le pays qui est peut-être irrationnelle, c'est-à-dire qu'ils se disent le jour J tout d'un coup : « c'est ça » et puis en plus les petites entreprises elles ne sont forcément habituées à manier ce genre de système et surtout habituées à prélever justement à l'impôt ?

GERALD DARMANIN
Il y a plusieurs questions très intéressantes dans votre question. Ce qui est sûr c'est que pour répondre à votre première question il existe aujourd'hui des bugs individuels, pas très nombreux parce que c'est moins de 2 % si j'ose dire des contribuables et qui sont embêtants si j'ose dire, moi je fais le pari qu'avec l'impôt à a source ces bugs vont diminuer, je ne dis pas qu'il y aura 0 sur 38 millions de foyers fiscaux, ces bugs vont largement diminuer. Alors, est-ce que pour autant on peut avoir confiance dans un système informatique comme vous l'évoquiez ? Vous avez même dit d'irrationnel, je vous en remercie, c'est un peu comme la peur de l'an 2000, moi quand j'ai eu 18 ans on m'a dit au 1er janvier 2000 : « vous allez voir tout va changer, on n'est pas capables, les systèmes informatiques ne sont pas capables de passer de 1999 à 2000 », finalement ça s'est très bien passé.

GUILLAUME DURAND
Mais il n'y a pas eu des armées, ça été un flop terrible ?

GERALD DARMANIN
Mais ce n'est pas du tout le même système…

GUILLAUME DURAND
Je n'ai pas dit que c'était le même système.

GERALD DARMANIN
Je rappelle que le système, notamment sur la question des armées, c'était un système global. Là, en l'occurrence, comment ça fonctionne l'impôt à la source ? Vous avez-vous-même individuellement déclaré vos impôts au mois d'avril, vous avez un taux, ça les impôts le font de manière extrêmement facile si j'ose dire depuis toujours, vous avez ensuite un échange entre l'administration fiscale sur ce taux et l'entreprise, l'entreprise Radio Classique, elle le fait déjà, quand vous avez une déclaration pré-remplie monsieur DURAND ce n'est rien d'autre que Radio Classique qui envoie au fisc le montant de votre rémunération et vous l'avez sur votre feuille d'impôts et il y a extrêmement peu d'erreurs, donc ce système nous le connaissons et l'administration fiscale y est déjà très habituée. Qu'est-ce qui va se passer ? Radio Classique applique selon le même principe que les cotisations sociales, c'est ça l'impôt à la source c'est l'application comme les cotisations sociales sur votre feuille d'un impôt, les cotisations aujourd'hui sont complexes, elles sont envoyées qui à l'URSSAF, qui aux caisses de retraite et après vous.... là on donnera au fisc et le fisc va vérifier périodiquement, tous les mois – comme il le fait pour la TVA – si telle entreprise ou tel collecteur reverse bien l'impôt.

GUILLAUME DURAND
Mais alors attendez on pourra bien négocier si jamais on a l'impression d'être victime d'une injustice, parce que vous avez dit ce matin assez solennellement : « il y aura moins de bugs qu'il y avait des bugs avant », c'est vrai, vous me confirmez ?

GERALD DARMANIN
Oui, oui, bien sûr. Vous pourrez, ce n'est pas de négocier, mais imaginons que…

GUILLAUME DURAND
Enfin converser avec le fisc.

GERALD DARMANIN
Mais imaginons qu'on vous applique un taux qui n'est pas le vôtre ou qu'on vous a appliqué le taux neutre parce qu'on ne vous connaît pas, par exemple vous venez de rentrer dans la vie si j'ose et que vous n'avez pas fait de déclaration d'impôts, vous venez de rentrer en France et auparavant vous n'avez pas fait de déclaration d'impôts, le mois qui suit ce taux que vous nous contester si j'ose dire vous appelez l'administration fiscale – il y a 40.000 agents qui sont formés – et dans le mois qui suit, si vous avez raison, nous vous remboursons.

GUILLAUME DURAND
Donc, vous avez fait le tour des centres d'impôts, vous le faites en ce moment…

GERALD DARMANIN
Je continue.

GUILLAUME DURAND
Vous le faites, donc vous leur donnez un peu cette consigne justement de souplesse au départ pour qu'ils soient à l'écoute des gens qui pourraient éventuellement être déstabilisés ?

GERALD DARMANIN
Mais... d'abord vous avez tout à fait raison, l'administration de manière générale et la fiscale en particulier est très à l'écoute…

GUILLAUME DURAND
J'ai plein de questions !

GERALD DARMANIN
Très à l'écoute de nos citoyens, chacun constatera que c'est une grande administration qu'est l'administration fiscale, qu'elle répond toujours très vite, que ses professionnels sont pour le coup très reconnus – elle ne répond pas toujours ce qu'on a envie qu'elle réponde puisque parfois on peut contester le montant de ses impôts, on peut râler parce qu'on paie des impôts - mais quiconque à téléphoner ou envoyer un mail à une administration fiscale voit que c'est une administration professionnelle qui a su se moderniser : elle a fait il y a 15 ans l'impôt en ligne, elle a fait il y a quelques années la déclaration pré-remplie et elle saura faire évidemment comme tous les pays européens l'impôt à la source, il faut avoir confiance dans nos agents publics.

GUILLAUME DURAND
Tout à l'heure évidemment on posera des questions à caractère macro-économique parce qu'il n'y a pas simplement... dans l'affaire des impôts il y a aussi l'affaire de la dette, l'affaire du déficit public, enfin on va y revenir dans un instant. Il y a des problèmes de trésorerie pour beaucoup de gens, beaucoup de gens ont été habitués finalement à gérer leur trésorerie et puis après, en bout de course, payaient leurs impôts, prenons un exemple simple : un type jeune qui n'a jamais travaillé, ce n'est pas mon cas, il arrive, il touche son premier salaire et il aimerait bien peut-être pas être prélevé au début et pouvoir pendant huit mois par exemple utiliser son argent comme il veut et puis après économiser ou se serrer la ceinture les deux derniers mois, ça va être compliqué pour faire un certain nombre de catégories, argent qu'ils n'auront pas justement, la capacité à gérer eux-mêmes leur trésorerie ?

GERALD DARMANIN
Je n'ai pas la même appréciation, pour deux raisons essentielles : d'abord si cette personne rentre dans la vie active, qu'elle est jeune et qu'elle doit payer ses impôts désormais immédiatement par mois au lieu de les payer un an après, elle paie des impôts – c'est déjà je dois dire une bonne nouvelle pour elle parce que 50 % de la population n'en paie et qu'en général les jeunes qui rentrent dans la vie active ne sont pas soumis à l'impôt, l'impôt la source ce n'est rien d'autre que la modalité de paiement, ce n'est pas un nouveau calcul de l‘impôt – imaginons que ce jeune qui touche imaginons 1.500 euros ou 2.000 euros par mois pour son premier travail, ce qui est une félicitation qu'on lui faire, beaucoup de jeunes aimeraient la même chose, moi j'ai été dans cette configuration aussi, qu'est-ce qui s'est passé un an après ? Un an après j'étais dans la mouise, un an après moi je n'avais pas forcément compris comme beaucoup je pense de mes compatriotes que…

GUILLAUME DURAND
Mais on peut aimer être dans la mouise et décider soi-même d'y être.

GERALD DARMANIN
Non, mais je n'avais pas forcément qu'il fallait effectivement épargner, enfin une épargne de précaution pour payer son impôt sur le revenu, et, comme je n'étais pas issu d'une famille dont les parents pouvaient m'aider, j'ai dû faire un certain nombre de démarches auprès de banque ou auprès des impôts pour étaler cet impôt, ce n'est pas super pour commencer dans la vie de commencer par un crédit à la consommation ou un crédit bancaire pour payer un impôt qu'on doit normalement payer. Parce que ça c'est du…

GUILLAUME DURAND
Donc vous allez nous dire que c'est aussi une éducation, cette réforme qui va entrer en phase c'est aussi une sorte d'éducation à l'égard de l'impôt ?

GERALD DARMANIN
Mais c'est surtout tout à fait normal, Guillaume DURAND, de payer son impôt au moment où on touche ses revenus. Je prends un exemple très concret : sur le marché de Tourcoing où je suis élu une dame qui a été payée en Belgique m'a dit : « l'impôt à la source en Belgique c'est formidable, j'ai eu un cancer l'année dernière, on m'a suspendu - l'impôt à la source existe en Belgique depuis très longtemps - on m'a suspendu le mois où je me suis arrêtée et constatée mon cancer mes impôts en Belgique, j'avais déjà assez de problèmes notamment financiers avec mon cancer ne travaillant plus, en France j'aurais été obligée l'année de mon cancer, alors que j'avais des revenus en moins et que j'avais des difficultés en plus par nature, de payer au mois de septembre maintenant par exemple des revenus de l'année dernière quand je n'avais pas mon cancer ». Là avec l'impôt à la source, vous avez demain une maladie grave, vous ne travaillez plus, les impôts suspendront, suspendront, le paiement de votre impôt.

GUILLAUME DURAND
Tout à l'heure en présentant votre venue, je disais : « il y a une grande maladie française, parce que vous savez qu'on parle beaucoup de l'augmentation de la dépense publique, cette grande maladie française c'est au fond on ne peut pas augmenter la dépense publique et beaucoup de gens ont l'impression que ça ne ralentit pas en France réduire le déficit le budgétaire et diminuer les impôts, or on est quand même encore un peu les champions d'Europe dans ce domaine et, au départ, le prélèvement à la source c'est aussi une idée qu'on allait enfin réformer l'impôt en France, que tout le monde le paierait et pas 50 % simplement de la population et que la pression fiscale allait diminuer, parce que quand même pour que le moteur économique fonctionne il faut quand même que les gens puissent consommer et donc qu'ils paient moins d'impôts, or ça à l'horizon prélever oui mais moins d'impôts non ?

GERALD DARMANIN
Si je puis me permettre je n'ai pas non plus le même regard que vous. Est-ce que nous touchons à l'impôt sur le revenu ? Non, c'est vrai nous ne touchons pas ni aux barèmes, ni aux montants de l'impôt sur le revenu, le Président de la République ne s'y est pas engagé, ce n'était pas dans son programme électoral…

GUILLAUME DURAND
Et je peux vous demander pourquoi ?

GERALD DARMANIN
Permettez-moi de poser juste ce constat. Est-ce que l'impôt sur le revenu est le seul impôt français ? Non, d'ailleurs l'impôt sur le revenu il nous rapporte finalement assez peu, c'est une question intéressante, philosophique, de : est-ce que l'impôt sur le revenu décourage ou ne décourage pas l'activité personnelle ? Mais il y a plein d'autres impôts que nous baissons : nous baissons, au mois d'octobre les Français vont le constater ils vont recevoir leur feuille de taxe d'habitation cette semaine, la semaine prochaine, nous baissons un tiers de l'impôt taxe d'habitation pour 80 % des Français et d'ici trois ans il n'y en aura plus, c'est – excusez-moi du peu – quasiment neuf milliards d'euros d'impôts en moins en trois ans, trois milliards rien que cette année ; nous baissons l'impôt sur les sociétés, parce que oui l'impôt c'est l'impôt des particuliers mais c'est aussi l'impôt des entreprises, certes il faut savoir consommer avec l'argent qu'on a mais il faut surtout que des entreprises puissent embaucher et produire, nous baissons pour la deuxième année dans le projet de loi de finance qu'on va présenter avec Bruno Le MAIRE dans une semaine la deuxième tranche de l'impôt sur les sociétés et nous avions – vous parliez de record européen – l'impôt de sociét le plus important, avec Emmanuel MACRON nous aurons l'impôt de société à la moyenne européenne.

GUILLAUME DURAND
Oui on a avancé un peu, mais on n'avance pas beaucoup, c'est ça le constat que font beaucoup de gens.

GERALD DARMANIN
C'est totalement octogonal monsieur DURAND avec les critiques que vous auriez pu me faire voilà encore quelques semaines qui consistaient à dire : « vous avez finalement fait le choix de baisser les impôts de ceux qui en paient, c'est-à-dire des plus riches- c'est parfois une critique qui nous est portée – et aujourd'hui on comprend qu'on ne va pas assez loin ». Au contraire, nous faisons la plus grande baisse d'impôt depuis la loi TEPA de Nicolas SARKOZY, nous faisons la plus grande baisse d'impôt et elle touche toutes les catégories de population, quasiment tout le monde paie la taxe d'habitation, elle baisse les impôts sur les charges sociales, notamment sur les heures supplémentaires qui touchent les ouvriers et les employés, mais c'est aussi une baisse d'impôts bien sûr pour les entreprises.

GUILLAUME DURAND
Pour ce qui concerne l'activité économique, il y a le grand débat sur la dépense publique, vous vous souvenez que François HOLLANDE s'était engagé à inverser la courbe du chômage à la fin de son quinquennat et plutôt que de l'avoir fait au début finalement il l'a fait à la fin - vous me diriez il ne maîtrisait pas tout » mais en tout cas ça a abouti à un échec politique. Là quand le Président MACRON dit au fond, je le cite : « moi je diminuerai la dépense publique de trois points en 2022 » mais pourquoi ne pas le faire maintenant ?

GERALD DARMANIN
Mais nous le faisons, nous avons diminué depuis que je suis ministre du Budget…

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il n'y a pas un risque d'attente et d'être pris par la hausse du prix du pétrole, les évènements internationaux ?

GERALD DARMANIN
Monsieur DURAND, nous subissons les évènements internationaux – mais ça c'est la vie de tous les Gouvernements – nous n'avons changé en aucune manière nos hypothèses, l'année dernière j'ai présenté, je suis même venu ici présenter un budget qui prévoyait 1,7 % de croissance chaque année pendant cinq ans, nous sommes à 1,7 % de croissance, nous prévoyions l'année dernière 2,9 % du déficit cette année, nous proposons 2,8, nous tenons la Loi de programmation des finances publiques et vous verrez d'ailleurs dans le budget qu'il n'y a aucun remaniement budgétaire, nous pouvons maîtrisons si j'ose dire notre budget sans rogner des…

GUILLAUME DURAND
Donc, on ne repassera jamais au-dessus des 3 % ?

GERALD DARMANIN
Non seulement on ne repassera pas au-dessus des 3 %…

GUILLAUME DURAND
Vous en prenez l'engagement ce matin, ça ne sera jamais le cas ?

GERALD DARMANIN
Exactement, mais monsieur DURAND…

GUILLAUME DURAND
Quels que soient les évènements internationaux ?

GERALD DARMANIN
Ce que je peux vous dire c'est qu'en 2017 nous sommes passés de 3,4 à 2,6, donc nous avons baissé de moins de 3 %, en 2018 nous serons à moins de 3 %, en 2019 nous serons à moins de 3 %, c'est la première fois depuis 20 ans - depuis 20 ans - qu'un Gouvernement trois années de suite sera en dessous de moins de 3 % de déficit ; et deuxièmement, pour répondre sur la dépense publique, le Président de la République s'est engagé à moins trois points de dépense publique sur cinq ans, on a déjà fait moins un point, on a déjà fait moins un point de dépense publique.

GUILLAUME DURAND
Et les 50.000 fonctionnaires en moins ça aura lieu, c'est-à-dire que vous êtes certain que ça aura lieu à terme ?

GERALD DARMANIN
Exactement, alors là évidemment pour le coup ça ne peut pas être... on n'a pas fait le choix du un sur deux ou deux sur trois du rabot, nous sommes un petit peu loin de la cible encore parce que nous avons d'abord des transformations à faire, l'année dernière c'était 1.500 postes, cette année c'est à peu près 4.500 en moins, mais des grandes transformations se font, ça été le cas - ce sera le cas pardon…

GUILLAUME DURAND
Oui, mais ça sera le cas, il y aura 50.000 ?

GERALD DARMANIN
Oui, bien sûr.

GUILLAUME DURAND
Vous en prenez l'engagement ce matin ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr, 70.000 pour les collectivités territoriales, 50.000 pour l'Etat.

GUILLAUME DURAND
Ce sera une certitude. Dernière question, elle est importante, il y a un Plan Pauvreté qui intervient demain, il y a évidemment de l'argent qui va être impliqué dans cette volonté de réduire la pauvreté en France, mais il y a toujours une sorte de contradiction parce qu'effectivement comment faire des économies et augmenter les dépenses sociales, beaucoup de gens s'interrogent aussi sur la CSG, les retraités ne sont pas très satisfaits vous le savez puisqu'on a un peu désindexé en fonction de l'inflation un certain nombre de retraites, donc est-ce qu'on peut avoir à la fois une politique sociale et maintenir justement un équilibre public ?

GERALD DARMANIN
Oui on peut le faire.

GUILLAUME DURAND
Et est-ce qu'on le fait au détriment des retraités, est-ce que c'est le choix du Président MACRON ?

GERALD DARMANIN
Oui on peut le faire, il faut faire des choix politiques avec des hausses et des baisses, c'est ce que nous faisons dans le budget - personne ne peut le contester, en tout cas peut contester le principe si j'ose dire mais pas voir que nous avons fait des choix budgétaires – nous augmentons le budget de ceux qui travaillent si j'ose dire en supprimant des impôts et en donnant par exemple plus d'argent sur la prime d'activité ou des heures supplémentaires, le régalien très grande hausse du budget des Armées, de l'Intérieur et de la Justice – madame BELLOUBET ce matin annonce son projet pour la Justice – et pour l'Ecologie, 850 millions d'euros de crédit d'une année sur l‘autre. Nous avons fait des choix…

GUILLAUME DURAND
Vous pouvez redonner le chiffre officiellement de madame BELLOUBET ce matin ?

GERALD DARMANIN
Ce matin madame BELLOUBET peut constater, elle ne l'a pas forcément fait de manière annuelle, mais cette année c'est 310 millions de plus pour le budget de la Justice d'une année sur l'autre parce que les magistrats en ont besoin et les citoyens en ont évidemment besoin. Pour autant, il y a effectivement des baisses et ces baisses elles ont été portées très fortement par des réformes, la réforme du logement et par exemple des contrats aidés l'année dernière, cette année la réforme de l'audiovisuel public, mais c'est aussi la réforme suite aux Etats généraux de l'Outremer, c'est aussi la réforme qui touche on l'a vu ici le ministère des Sports et demain Bercy puisque j'ai proposé également une grande réforme de baisse des dépenses publiques dans mon ministère.

GUILLAUME DURAND
Mais les retraités, c'était le coeur de ma question, les retraités sont très nombreux en France comme dans tous les pays occidentaux parce que la courbe démographique fait qu'il y a beaucoup de gens qui sont à la retraite, dans la dernière élection présidentielle 50 % des gens qui votaient avaient plus de 50 ans, donc pourquoi faut-il ou pourquoi faudrait-il que les retraités –même si vous avez la philosophie du travail – soient un peu les dindons de la farce ?

GERALD DARMANIN
Mais les retraités ne sont pas les dindons de la farce, d'abord leur retraite ne baisse pas, nous évoquons un 0,3 % d'augmentation, c'est certes en dessous de l'inflation mais ça avait été le cas depuis extrêmement longtemps, je rappelle que la dernière augmentation elle était de 0,8, donc ne disons pas qu'auparavant c'était le paradis où l'inflation était absolument comblée et cette année ce serait l'enfer, ce n'est absolument pas vrai – les retraites ne baisseront pas, elles augmentent pour une très grande partie d'entre eux, notamment ceux qui ont les retraites les plus petites – vous le savez il y a des gens qui touchent des retraites de 600 – 700 euros – ça c'est 100 euros d'augmentation par mois, alors oui les plus grandes retraites augmentent moins que les plus petites c'est vrai, mais nous avons fait le choix social…

GUILLAUME DURAND
.... on l'a entendu, mais vous entendez les protestations aussi ?

GERALD DARMANIN
Nous avons fait le choix social... mais si c'était facile Emmanuel MACRON ne serait pas élu, je ne serais pas son ministre, donc je ne vous dis pas que c'est facile, d'augmenter les petites retraites ; et puis troisièmement les retraités comme tout le monde auront des baisses d'impôt, notamment dès le mois d'octobre la baisse de la taxe d'habitation, ils la paient en majorité, ils verront que plutôt que de leur donner de l'argent en plus on préfère ne leur en retirer en moins, c'est-à-dire en supprimant un impôt qui les touche directement.

GUILLAUME DURAND
Gérald DARMANIN, donc ministre des Comptes publics, était l'invité politique de la Matinale, merci d'être venu, bonne journée à vous, c'est une réforme importante.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2018

Rechercher