Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 12 septembre 2018, sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec BFMTV le 12 septembre 2018, sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : RUGY François de, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :
JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin est François de RUGY. Bonjour.

FRANÇOIS DE RUGY, MINISTRE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes Ministre de la Transition écologique et solidaire. Vous dites : « L'écologie est pour moi l'engagement d'une vie. » La France émet de plus en plus de gaz à effet de serre, l'année dernière on l'a constaté. Un comble…

FRANÇOIS DE RUGY
Une reprise. C'est vrai, c'est un mauvais signe mais qui, heureusement, faisait suite à plusieurs années de baisse et où on peut penser que l'année prochaine ce sera plutôt de nouveau orienté à la baisse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un comble pour le pays garant de l'accord sur le climat, vous êtes bien d'accord. Nous allons parler d'écologie évidemment abondamment. Quelques mots : vous comprenez que le Sénat poursuive son audition sur ce qu'on appelle l'affaire Benalla ? Poursuive ses auditions ?

FRANÇOIS DE RUGY
A l'époque, quand j'étais président de l'Assemblée nationale, au mois de juillet quand il y a eu cette affaire Benalla, l'Assemblée et le Sénat ont suivi deux voies différentes. Il y a eu une commission d'enquête dans les deux assemblées. Mais à l'Assemblée nationale, c'était plutôt le choix d'une commission d'enquête courte sur un temps court pour rapidement établir les faits. Cela a été fait, cela a été contesté par certains. Aujourd'hui, la démarche du Sénat est contestée par d'autres. Moi, je ne fais pas de commentaires surtout dans ma fonction actuelle sur ce que fait le Parlement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucun commentaire, bien. François de RUGY, commentaire peut-être sur l'élection du président ou de la présidente – enfin, du président – de l'Assemblée nationale. Auriez-vous préféré que Barbara POMPILI soit la candidate d'En Marche ? Franchement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je l'avais dit avant la désignation par le groupe En Marche de son candidat pour la présidence de l'Assemblée nationale pour me succéder que je n'aimais pas beaucoup quand j'étais député que l'exécutif, les membres du gouvernement, se mêlent de l'organisation du Parlement et de l'organisation y compris de la majorité au Parlement. Donc je ne m'en suis pas mêlé, je ne m'en mêle pas plus maintenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Enfin, le choix a été fait maintenant. Vous êtes libre de parole.

FRANÇOIS DE RUGY
Je ferai une passation de pouvoir avec Richard FERRAND cet après-midi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Vous auriez voté pour Barbara POMPILI ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais vous voulez me ramener sur le terrain où je ne veux pas aller.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai envie de vous entendre dire ce que vous pensez.

FRANÇOIS DE RUGY
Chacun connaît mes liens d'amitié et d'estime extrêmement anciens avec Barbara POMPILI, le fait que nous avons des idées souvent convergentes. Après, le groupe En Marche avait un choix à faire démocratique, il l'a fait. Richard FERRAND, je le connais aussi depuis longtemps. J'ai eu à travailler avec lui lorsque j'étais président de l'Assemblée nationale, il était président de groupe. Maintenant, en tant que Ministre de la Transition écologique et solidaire, je travaillerai avec le président de l'Assemblée nationale Richard FERRAND et avec la présidente de la Commission du développement durable Barbara POMPILI.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez critiqué Emmanuel MACRON en janvier 2017. On vous a rappelé, on a rediffusé vos propos.

FRANÇOIS DE RUGY
C'est un grand classique des ministres nommés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord. Mais enfin, vous avez dit : « Il ne parle pas d'écologie. Quand il était Ministre de l'Economie, non seulement il n'allait pas dans le sens de l'écologie mais il était plutôt sur l'ancien monde. Lui qui se veut moderne, c'était le nucléaire, c'était le diesel. » Vous le pensez toujours ? Emmanuel MACRON est pro-nucléaire ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non. Moi, j'ai fait campagne avec Emmanuel MACRON et nous nous sommes vus au début.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais ça, c'était avant.

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà. Avant qu'il présente son programme. C'était avant qu'il présente son programme. Il a présenté son programme au début du mois de mars 2017 et sur le volet écologique, il avait fait une interview quelques jours auparavant avec le WWF, cette grande association de protection de la nature.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A ce moment-là, vous avez complètement changé d'opinion le concernant.

FRANÇOIS DE RUGY
Emmanuel MACRON, ce n'est pas à l'origine un écologiste. Chacun le sait et là-dessus, c'est clair. Après, il a évolué et il a fait un programme dans lequel la transformation écologique – et c'est ce que j'ai redis quand j'ai été nommé – le projet de transformation que porte Emmanuel MACRON, que met en oeuvre le gouvernement avec la majorité parlementaire sur lequel nous avons été élus, parce que moi j'ai été élu sur ce sujet, il concerne tous les secteurs. Je l'ai dit au Président quand il m'a demandé de prendre la succession de Nicolas HULOT à la tête du Ministère de la Transition écologique. Je lui ai dit : « Moi ce que je veux savoir, c'est si on est bien dans la transformation écologique. Si on est pour le statu quo, le conservatisme, l'inertie, je ne suis pas la bonne personne. » Il m'a dit : « Oui, nous avons à mener des transformations écologiques comme dans le domaine de l'économie, de la protection sociale ou les services publics par exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, nous allons voir si vous allez transformer. Dans quelques jours sera annoncée la programmation pluriannuelle de l'énergie…

FRANÇOIS DE RUGY
Dans quelques semaines. A la fin du mois d'octobre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin quelques jours, quelques semaines. Y aura-t-il un calendrier précis de réduction de la part du nucléaire dans la production d'électricité ?

FRANÇOIS DE RUGY
Le but de la programmation pluriannuelle de l'énergie, il faut le dire à celles et ceux qui nous écoutent ou qui nous regardent, c'est justement de dessiner la trajectoire et donc de donner des balises dans le temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura donc un calendrier.

FRANÇOIS DE RUGY
Un calendrier et aussi, surtout, de donner des éléments sur le développement des énergies renouvelables, donnant les différents types d'énergies renouvelables : l'éolien, le solaire, l'éolien offshore, l'éolien à terre et cætera, la géothermie, la biomasse. Parce que l'idée, c'est bien de diversifier. Aujourd'hui, il faut bien le dire, on a hérité d'un système qui est un peu dans la monoculture du nucléaire ; à une époque même, on peut dire le monopole du nucléaire. On est sorti déjà de ce système et aujourd'hui, ce que l'on veut organiser, c'est le développement de la diversification toutes énergies confondues en profitant de ce que nous avons sous notre sol, sur notre sol français, et donc d'avoir y compris de l'énergie made in France. Que l'éolien, le solaire, le bois, la biomasse, le gaz renouvelable, c'est ici et chez nous qu'on le produit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc nous connaîtrons, j'ai bien compris, un calendrier précis. On est bien d'accord ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous aurons une feuille de route. C'est le but de programmation pluriannuelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous connaîtrons les noms des réacteurs qui vont fermer.

FRANÇOIS DE RUGY
Nous dirons… Je ne suis pas venu ce matin, vous le savez d'ailleurs, pour annoncer ni le calendrier, ni la liste des réacteurs puisque ça sera fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, pas la liste mais nous connaîtrons les noms.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais nous aurons, encore une fois, une feuille de route avec une méthode…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec les noms des réacteurs qui vont fermer.

FRANÇOIS DE RUGY
Attendez. Pour dire combien de réacteurs doivent fermer pour atteindre les objectifs, parce qu'il faut être clair et aussi, la méthode que nous emploierons. Et nous l'avons toujours dit - Emmanuel MACRON l'avait dit d'ailleurs dans sa campagne présidentielle - c'est l'Autorité de sûreté nucléaire qui dira : « Voilà quels sont les réacteurs les plus vieux, ceux qui nécessiteraient le plus de travaux et le plus d'investissements pour en prolonger la vie, donc voilà ceux que nous pourrions ensuite décider de fermer. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Question précise : est-ce qu'un deuxième EPR sera construit ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ça, c'est aussi un sujet qui est posé on va dire par la filière nucléaire française…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, qui le demande. EDF le demande.

FRANÇOIS DE RUGY
Qui a conçu ce projet d'EPR. EDF qui a été amené à racheter AREVA, donc le producteur des centrales EPR. Aujourd'hui, qu'est ce que nous avons ? Un projet EPR qui n'est même pas encore totalement réalisé en France à Flamanville.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui coûte très, très cher. Beaucoup plus cher que prévu. De trois milliards à onze milliards.

FRANÇOIS DE RUGY
Dont le budget en effet a fortement augmenté, c'est le moins qu'on puisse dire. Vous faites bien de rappeler les chiffres. Aujourd'hui, EDF ne peut pas nous dire quelle va être la date de mise en service de cette centrale nucléaire de nouvelle génération. Donc moi j'ai dit : « Avant d'envisager d'en construire d'autres, d'en commander même d'autres, il faut quand même apporter la preuve que ça fonctionne. »

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais l'Etat pourrait en commander d'autres ? Est-ce qu'on pourrait construire d'autres EPR en France ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est ce que demande la filière nucléaire qui veut évidemment… Vous savez qu'il y a eu un rapport qui a été fait juste avant que ça…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes opposé ou pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi, j'ai dit que la priorité - c'est ce qui est dans la loi de transition énergétique de 2015 que nous voulons appliquer - c'est de diversifier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc plus d'EPR.

FRANÇOIS DE RUGY
C'est donc de faire monter en puissance les énergies renouvelables. Je peux même être plus précis sans vous dévoiler, comme je l'ai dit, des arbitrages qui ne sont pas encore rendus. Si on voulait construire de nouveaux EPR, ça veut dire qu'il faudrait fermer encore plus et encore plus vite de vieilles centrales. Il faut être précis. Donc vous voyez, la filière nucléaire, elle est aussi devant des choix qui ne sont pas faciles car vous savez bien que fermer des centrales - parce qu'il faut aussi le dire, ce n'est pas simplement là, sur un plateau de télévision ou de radio - fermer les centrales, ça veut dire accompagner des salariés dans une reconversion. C'est ce que nous faisons à Fessenheim : une de mes premières réunions de travail, ç'a été avec les élus et directeur de la centrale de Fessenheim.

JEAN-JACQUES BOURDIN
François de RUGY, je voudrais qu'on soit précis. Est-ce qu'on construira de nouveaux EPR en France ?

FRANÇOIS DE RUGY
La décision n'est pas du tout prise d'aller dans cette voie. Mais encore une fois, la programmation pluriannuelle de l'énergie qui va quand même être sur une certaine durée, elle n'est pas encore publiée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais elle ne va pas dans cette voie.

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais je vous dis et je vous redis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes opposé à la construction de nouveaux EPR.

FRANÇOIS DE RUGY
Que les arbitrages ne sont pas rendus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes opposé. Vous l'avez toujours été, François de RUGY. En 2017, vous voulez que je vous rappelle votre programme ? En 2017.

FRANÇOIS DE RUGY
Bien sûr, mais il n'y a aucun problème. Les propositions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
« 1000 % d'énergies renouvelables en 2050 » disiez-vous.

FRANÇOIS DE RUGY
Ça, c'était mon programme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on est d'accord. Mais enfin, vous n'avez pas tu vos convictions.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, pas du tout. Et je ferai toujours d'ailleurs des propositions au Président de la République, au Premier ministre. Je défendrai un certain nombre de positions dans les arbitrages qui seront débattues au sein du gouvernement. Mais évidemment, ce n'est pas le programme de de Rugy qui sera mis en oeuvre. C'est quelque chose qui est bâti et moi je veux insister sur ce point. Vous savez, j'ai dit : « Je suis pour l'écologie qui agit et l'écologie qui agit, on n'agit pas tout seul. » Ce n'est pas François de RUGY qui agit tout seul dans son bureau de ministre. C'est en agissant avec les industriels, avec les entreprises, avec les associations, avec les citoyens et les citoyens… Vous savez, moi je crois que sur le nucléaire comme sur l'énergie en général, j'ai dit : « Il faut sortir de la guerre de religion. » Pourquoi ? Mais parce qu'on est souvent un peu irrationnel sur le sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça, j'ai compris.

FRANÇOIS DE RUGY
Soyons rationnels sur la question économique et soyons rationnels sur la question de la sécurité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Compte tenu du coût d'un EPR, soyons rationnels.

FRANÇOIS DE RUGY
C'est ça les vrais sujets. Les sujets lourds, c'est la sécurité. On doit la sécurité aux Français dans ce domaine-là comme dans d'autres. Et on a un dispositif en France qui est très, très, très sérieux sur la sécurité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

FRANÇOIS DE RUGY
On est un des pays qui est le plus contrôlé, qui contrôle le plus le nucléaire et par ailleurs on a aussi des enjeux économiques, l'endettement d'EDF, le prix de l'énergie et aujourd'hui les énergies renouvelables deviennent de plus en plus compétitives. Voilà les débats rationnels que nous devons avoir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement 32 % d'énergies renouvelables dans la production d'électricité en 2030, vous gardez cet objectif ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est l'objectif qui est dans la loi.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc vous le gardez.

FRANÇOIS DE RUGY
Et c'est ce que nous voulons atteindre, mais encore une fois nous dirons dans la programmation pluriannuelle de l'énergie, vous me réinviterez peut-être dans quelques semaines pour en reparler si vous le souhaitez et là on pourra donner les détails.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais ce n'est pas des petits sujets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans tous les cas…

FRANÇOIS DE RUGY
Monsieur BOURDIN, vous savez comme moi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je suis d'accord.

FRANÇOIS DE RUGY
… que quand on ferme par exemple des centrales thermiques à charbon, et mon prédécesseur a beaucoup oeuvré pour qu'on les ferme plus vite que prévu, 2022 au lieu de 20 25. Moi je suis, je sais bien, je connais bien le sujet, il y en a une en Loire-Atlantique, le département dont je suis l'élu. Eh bien vous savez la centrale thermique de Cordemais à charbon, tout le monde, de loin tout le monde est d'accord, le charbon, c'est sale, le charbon ça émet beaucoup de CO2, beaucoup de gaz à effet de serre, mais quand on est plus près là déjà, il y a beaucoup de gens qui disent, ah mais non, il faudrait reporter à plus tard, etc… Et il faut entendre aussi ce que vivent les salariés, qui d'ailleurs travaillent sur des projets de reconversion et c'est ce que je ferai dans ce ministère plutôt que d'en rester à des grands symboles ou des choses qui sont là pour faire des déclarations tonitruantes, mais qui ont ensuite ne sont pas suivies d'effets.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La rénovation énergétique des bâtiments.

FRANÇOIS DE RUGY
Un enjeu extrêmement important.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, mais il n'y a pas d'argent suffisant, vous le savez bien. Est-ce qu'il y a une volonté d'accélérer cette rénovation, non disait Nicolas HULOT.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais bien sûr que si et je peux vous dire que j'ai fait un de mes premiers déplacements à Rosny-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, vous voyez, je n'ai pas choisi les beaux quartiers bobos comme on dit parfois. Une copropriété, 366 logements, 4 millions d'euros d'investissement, donc environ 10 à 11.000 euros par copropriétaires qu'il a fallu convaincre. Et j'ai rencontré le président de la copropriété et ils ont fait isolation, changement de toutes les fenêtres, isolation des façades par l'extérieur, changement la chaudière et à la fin qu'est-ce qu'ils ont ? Ils ont une facture maîtrisée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin les Français les plus précaires, ils n'ont pas les moyens.

FRANÇOIS DE RUGY
Vous croyez qu'à Rosny-sous-Bois dans cette copropriété, c'est que des gens qui ont des hauts salaires ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous offrirez 100 % de subventions aux français les plus précaires qui ne peuvent pas…

FRANÇOIS DE RUGY
Attendez les économies d'énergie, les travaux d'isolation, ça permet de faire des économies d'énergie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
7 milliards d'euros, il faut engager…

FRANÇOIS DE RUGY
Donc ça permet de financer, d'amortir les travaux. Vous savez quand on refait sa cuisine ou sa salle de bain, c'est pour l'agrément et le confort, on ne gagne pas d'argent. Quand on refait l'isolation de sa maison ou de son appartement, on gagne en confort, on gagne en qualité de vie et on gagne sur sa facture.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le taux de TVA réduit sur la rénovation sera abandonné ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, il sera maintenue 5,5, c'est le taux le plus bas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il sera maintenu.

FRANÇOIS DE RUGY
… et c'est une bataille que nous avons longuement menée et qui sera, c'est un engagement qui sera tenu, les certificats d'économie d'énergie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
500.000 passoires thermiques rénovées chaque année ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui et c'est toujours notre objectif.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous gardez cet objectif.

FRANÇOIS DE RUGY
Vous savez qu'aujourd'hui, on a 700.000 foyers qui font des travaux, après ils ne font pas toujours, ils vont peut-être changer les fenêtres, ils ne vont peut-être pas tout refaire et il y en a moins évidemment qui refont tout. Donc l'objectif c'est d'augmenter le nombre de foyers qui peuvent faire une rénovation plus importante. Et à ce moment-là nous atteindrons ces objectifs et nous allons augmenter les moyens, c'est ce qui sera fait dans les budgets qui viennent 2019 et 2020pour les foyers les plus modestes, mais pas simplement l'argent aussi l'accompagnement parce que si vous êtes uniquement à dire, on vous fait une subvention mais débrouillez-vous, ça ne marchera pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors qu'est-ce que vous allez offrir aux foyers les plus modestes ?

FRANÇOIS DE RUGY
L'Agence nationale d'amélioration de l'habitat, c'est un organisme qui existe déjà, qui était plutôt pour la lutte contre l'habitat insalubre, elle s'est ces dernières années dotées de compétences pour accompagner les familles notamment vous savez des propriétaires, des petits propriétaires qui sont propriétaires de leur logement mais, ils ne sont pas riches parce qu'on croit toujours les propriétaires sont riches, les locataires sont pauvres, c'est fini ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien sûr.

FRANÇOIS DE RUGY
Donc aujourd'hui, dans la réalité, eh bien, on a des petits propriétaires qui veulent faire des travaux, mais ils ne savent pas forcément comment faire, souvent, le principal obstacle, avant d'être financier, il est : qu'est-ce que je dois faire ? Mais il y a des artisans, ils me disent qu'il faut que je fasse ça, mais est-ce que c'est le bon choix ? Et là, on les accompagne, et ensuite, on leur donne aussi une aide financière, et l'exemple que je vous donnais à Rosny-sous-Bois, beaucoup de copropriétaires ont bénéficié d'une aide, mais évidemment, ce n'est pas la même selon le niveau de revenus ou la situation de famille.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Plan vélo sera présenté vendredi à Angers, on est bien d'accord, 200 millions d'euros par an, c'est cela ?

FRANÇOIS DE RUGY
Même plus que cela, vous verrez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même plus que cela, combien ? Plus que ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, oui, vous verrez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais plus que ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est un engagement, mais qui, là aussi, n'est pas que financier, c'est aussi des nouveaux moyens pour les collectivités locales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'indemnité kilométrique vélo sera remplacée, on est bien d'accord ?

FRANÇOIS DE RUGY
On va en effet proposer un système…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Par un forfait mobilité durable ?

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà, un système simple pour que les salariés des entreprises, qu'ils soient dans des entreprises privées ou des agents, des fonctionnaires, des agents publics, ils pourront demander à leur employeur de bénéficier d'une prise en charge forfaitaire, parce que si on allait demander aux gens qui font du vélo, je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé d'aller au travail à vélo, moi, je l'ai déjà fait, s'il faut noter le nombre de kilomètres qu'on fait, etc., c'est de la paperasse, est beaucoup trop compliqué…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un forfait…

FRANÇOIS DE RUGY
Donc ce sera un forfait, ce sera simple, il n'y aura pas de cotisations sociales dessus ni d'impôts à payer pour celui qui en bénéficiera.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y aura même une déduction de ses revenus imposables jusqu'à 400 euros.

FRANÇOIS DE RUGY
Et ça permettra, comme on l'a fait, il y a quelques années, sur les transports en commun, par étapes, de développer le vélo comme mode de déplacement, vous voyez, regardez le changement, vous imaginez, il y a quelques années, qu'on en parlerait dans une grande émission de radio ou de télévision, que le Premier ministre s'engagerait personnellement sur un Plan vélo, il y a quelques années, la vérité, c'est que tout le monde aurait rigolé. On aurait dit : écolo, vélo, rigolo. Aujourd'hui, c'est quelque chose qui est considéré comme un mode de déplacement, tout simplement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est vrai…

FRANÇOIS DE RUGY
Qui est à la portée de toutes et de tous, l'un des moins chers au passage, celui qui permet de faire des économies…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, François de RUGY, j'ai deux, trois questions encore, vite, parce que le temps presse…

FRANÇOIS DE RUGY
J'imagine…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Glyphosate, pourquoi est-ce que vous vous êtes abstenu lors de l'amendement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah, non, le glyphosate... mais parce que j'étais président de séance, et le président de séance à l'Assemblée nationale, traditionnellement, ne participe pas au vote, mais vous connaissez ma position sur le glyphosate, j'ai toujours été évidemment pour la sortie de ce produit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous l'êtes toujours ?

FRANÇOIS DE RUGY
Et dans les trois ans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus que jamais, dans les trois ans ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est l'engagement qui a été pris par le Président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et il sera tenu, dans les trois ans ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il sera tenu, j'en ai parlé avec le ministre de l'Agriculture, qui est le premier membre du Gouvernement que j'ai rencontré pour travailler ensemble, notamment sur ce sujet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon, donc, dans les trois ans, plus de glyphosate, on est bien d‘accord ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui. En discutant avec toutes les filières, pour que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Trouvent des solutions...

FRANÇOIS DE RUGY
Elles puissent elles-mêmes trouver des solutions qui sont un peu différentes selon les filières…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le plastique sera banni dans les cantines ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah, vous voulez dire les barquettes en plastique ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais il faut évidemment, mais bien sûr, il y a quelques années, on en avait parlé pour les couverts en plastique ou les assiettes en plastique. Evidemment qu'il faut aller dans ce sens-là, après, c'est toujours pareil, il faut faire les choses avec méthode, c'est-à-dire, voilà l'objectif, on veut sortir du glyphosate, on veut sortir du plastique, ensuite, on va discuter avec les professionnels, ceux qui font les cantines ou ceux qui font les produits qui sont livrés aux cantines, et on va leur dire : quelles sont vos contraintes réelles ? Moi, je les entends les contraintes. Ceux qui diront : on ne veut rien changer, ce n'est pas la peine qu'ils viennent dans mon bureau. Ceux qui, en revanche, disent : j'ai des contraintes à faire entendre, donnez-nous un délai, négocions, oui, si on ne dévie pas de l'objectif qui est la transformation écologique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que TOTAL pourra forer en Guyane ?

FRANÇOIS DE RUGY
Sur la question, vous savez, que c'est mon prédécesseur qui s'est battu et qui a fait voter à l'Assemblée nationale et au Sénat une loi interdisant les permis d'exploration pour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et la mine de la Montagne d'Or…

FRANÇOIS DE RUGY
Non, mais je sais que vous êtes sensible en plus à ce sujet, les gaz de schiste, vous vous rendez compte que la France, où il y a des gaz de schiste sous son sol, aurait pu dire : on va les exploiter, certains disaient : mais c'est une richesse, on a renoncé par une décision politique, par nous-mêmes, certains nous l'ont reproché. Mais aujourd'hui, on n'en parle même plus, ça paraît une évidence. Pourquoi ? Parce qu'on a dit : ça va polluer nos sous-sols, et en plus, ça va émettre des gaz à effet de serre si on exploite ces gaz de schiste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La mine de la Montagne d'Or sera exploitée ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est un sujet aussi lourd, un sujet chaud, on peut le dire, pas simplement en Guyane, c'est devenu aussi un sujet, et j'ai dit dès ma prise de fonction, que c'est un projet qui devra être revu de fond en comble. De fait, la Commission nationale du débat public, qui avait organisé le débat, qui a été très difficile d'ailleurs sur place, en Guyane, a, elle-même, rendu son rapport. Et donc maintenant, dans les jours ou les semaines qui viennent, nous serons amenés à prendre une décision avec le Premier ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et j'ai une dernière question, le projet d'autoroute, contournement de Strasbourg, sera poursuivi ou pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
C'est un projet qui a été lancé, qui a été validé, etc. Moi, ce que...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui est très contesté sur le terrain…

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, eh bien, comme souvent dans ce cas, et c'est normal, vous savez, les riverains d'une zone périurbaine, plutôt à la campagne, qui vont voir à côté d'eux une voie routière importante, évidemment, ça les perturbe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 24 kms…

FRANÇOIS DE RUGY
Mais les habitants du coeur de Strasbourg qui, aujourd'hui, voient passer les camions allemands, belges, néerlandais, de tout le trafic international, plus 4.000 camions, sur les dix dernières années, plus 4.000 camions dans le coeur de Strasbourg, on ne peut pas laisser faire ça. Et donc moi, je rencontrerai…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et donc, vous irez au bout du projet…

FRANÇOIS DE RUGY
Je rencontrerai et les opposants et les collectivités locales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous irez au bout du projet ?

FRANÇOIS DE RUGY
Pour leur dire : eh bien, il est lancé, il est déjà parti…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous irez au bout ?

FRANÇOIS DE RUGY
Il est déjà parti. Mais en leur disant clairement que je serai très exigeant et qu'on va se donner les moyens, nous, l'Etat, d'ailleurs, ce sera dans la loi sur les transports, pour le contrôle automatisé des camions pour que plus un camion ne passe par le centre de Strasbourg sur l'autoroute A35, qui existe aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Contrôle automatisé qui permettra les péages.

FRANÇOIS DE RUGY
Non, non, qui sera là pour dissuader. En revanche, vous faites bien de le dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une taxe sur les poids lourds…

FRANÇOIS DE RUGY
Le contournement routier, lui, il est à péage, c'est-à-dire que les camions devront payer dorénavant alors qu'aujourd'hui, ils ne le font pas, ils ont... vous savez ce qui s'est passé, quand la taxe poids lourds a été mise en place en Allemagne, les camions sont venus passer par la France, malheureusement, la taxe poids lourds a été abandonnée en France, et donc nous trouvons d'autres solutions aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci François de RUGY.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2018

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