Interview de M Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec LCI le 20 septembre 2018, sur les conséquences de la sécheresse pour les agriculteurs, le glyphosate, les abattoirs, les prix agricoles, la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, l'affaire du lait contaminé par des salmonelles et sur la peste porcine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec LCI le 20 septembre 2018, sur les conséquences de la sécheresse pour les agriculteurs, le glyphosate, les abattoirs, les prix agricoles, la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, l'affaire du lait contaminé par des salmonelles et sur la peste porcine.

Personnalité, fonction : TRAVERT Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de l'alimentation

ti :
CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous, notre invité effectivement c'est le ministre de l'Agriculture Stéphane TRAVERT, bonjour Stéphane TRAVERT…

STEPHANE TRAVERT
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va faire comme Jean-Pierre PERNAUT, on va commencer par la météo avec les températures de cet après-midi, regardez 26 à Paris, 33 degrés à Marseille ou Lyon, Montélimar, ça s'appelle le réchauffement climatique ?

STEPHANE TRAVERT
On a effectivement une problématique de sécheresse, nous avons eu une canicule pendant l'été qui a entraîné une sécheresse sur nos terres agricoles.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va regarder cette carte, vous avez raison, regardez la carte des restrictions d'eau du coup – qui dit sécheresse dit restriction d'eau – avec les zones de crise qui concernent vous avez vu près de plus d'un tiers des départements français ?

STEPHANE TRAVERT
Nous avons effectivement une partie du Massif central, la région du Grand-Est qui est touchée bien évidemment et nous ce que nous avons fait c'est anticiper bien évidemment. J'ai entendu ce qu'a pu dire la présidente de la FNSEA ce matin…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Attendez, puisque vous en parlez et je vous interromps, on va la réécouter pour ceux qui n'étaient pas avec nous il y a un peu plus d'une heure, c'était sur l'antenne de LCI avec Pascale DE LA TOUR DU PIN ; Christiane LAMBERT.

CHRISTIANE LAMBERT, PRESIDENTE DE LA FNSEA – EXTRAIT LCI CE MATIN
Je pense qu'il faut dire aussi que financièrement l'Etat n'est pas au rendez-vous pour accompagner les agriculteurs, les pertes de trésorerie sont dramatiques et nous souhaitons que l'Etat mesure davantage ce dont nous avons besoin. Alors, il dit : « j'ai annoncé, je vais, je vais... », oui, mais non, mais rien en sonnants et trébuchants, 60 départements qui connaissent de graves problèmes, très peu de cellules d'urgence réunies par les préfets... nous, nous avons besoin que ça aille beaucoup plus vite et qu'il y ait de vraies aides financières.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ca s'appelle une interpellation, Monsieur le Ministre ?

STEPHANE TRAVERT
Mais je vais y répondre. D'abord nous n'avons pas attendu, dès le mois de juillet, dès la mi-juillet nous avons saisi la Commission européenne pour pouvoir obtenir le fait de faucher les pâtures ou les jachères de manière à ce que les agriculteurs qui étaient touchés par la sécheresse puissent avoir du fourrage…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Des stocks de fourrage.

STEPHANE TRAVERT
Pour ne pas je dirais utiliser leurs stocks d'hiver.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Utiliser leurs stocks d'hiver.

STEPHANE TRAVERT
Mais c'est ça.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est ça, ils ont acheté du fourrage.

STEPHANE TRAVERT
Ils en ont besoin.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
OK.

STEPHANE TRAVERT
Ensuite nous avons mobilisé tous nos outils, tous nos outils nationaux que nous connaissons, c'est l'exonération de la taxe sur le foncier non bâti - je rappelle que sur 2017 c'est 18 millions d'euros - nous avons mis en place le report des cotisations sociales et nous pouvons annoncer – et je l'ai déjà fait à plusieurs reprises et la Commission européenne s'y est engagée parce qu'elle a entendu notre appel – que des avances sur la PAC seront touchées par les agriculteurs…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
De combien ?

STEPHANE TRAVERT
Dès la mi-octobre.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parce que 70 % ils demandent 90 %.

STEPHANE TRAVERT
70 %, je sais ils demandent 70 %, ils devaient toucher 50 % d'avance sur ces aides PAC et ils toucheront 70 % sur le premier pilier, 80 % sur le deuxième pilier, ce sont des éléments que nous avons…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est important parce qu'il faut bien expliquer à ceux qui nous regardent…

STEPHANE TRAVERT
Oui, c'est important.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qu'il y a des problèmes de trésorerie pour les agriculteurs…

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et qu'on risque le dépôt de bilan si on ne peut pas payer le fourrage ?

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr, donc ce sont des avances de trésorerie qui vont permettre d'acheter du fourrage. Nous avons aussi regardé avec les préfectures dans les départements la capacité à pouvoir monter des dispositifs je dirais d'aide, d'entraide pour les agriculteurs, de solidarité, pour les transports de fourrage ; et puis les cellules d'identification des problématiques que rencontrent les agriculteurs aujourd'hui dans les préfectures sont en place, elles travaillent, et les indemnisations arriveront. Donc, nous avons travaillé, nous avons anticipé et nous réparons.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'allez pas nous annoncer un impôt sécheresse, rassurez-nous ?

STEPHANE TRAVERT
Pas d'impôt sécheresse bien évidemment, mais nous avons anticipé – puisque je vous le dis dès la mois de juillet j'ai saisi la Commission européenne qui a entendu notre appel – nous avons mobilisé nos outils nationaux et aujourd'hui avec les cellules d'identification dans les territoires, dans la Creuse par exemple nous allons traiter un dossier parce que je sais que dans ce département il y a un gros problème lié à la sécheresse et nous avons besoin d'apporter des réponses concrètes et elles seront apportées.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous pensez aussi au moyen et au long terme, j'ai vu que les agriculteurs demandaient par exemple de travailler sur la sélection de nouvelles variétés plus résistantes ? Est-ce que nos paysages vont changer avec le réchauffement climatique ? Est-ce qu'il y aura des vignes dans le nord de la France par exemple ? Est-ce qu'il y aura des déserts dans le sud ? Qu'est-ce qui va se passer ?

STEPHANE TRAVERT
Mais l'agriculture elle est aujourd'hui en pleine transition, en pleine transformation et aujourd'hui j'ai bien conscience que ce que nous apportons, l'aide que nous apportons elle doit s'accompagner aussi de projets transformants et ces projets transformants c'est quoi ? C'est permettre aux agriculteurs de pouvoir utiliser de l'eau - l'eau c'est devenu une ressource rare mais précieuse – et donc le Premier ministre hier soir devant les agriculteurs, devant les représentants des Chambres d'agriculteurs a bien précisé que nous mettions en route dès le début de l'année 2019 les projets de retenue collinaire ou les projets de réserve d'eau qui étaient utiles pour les agriculteurs et qui faisaient l'objet de projets territoriaux partagés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Nos paysages vont changer avec le réchauffement ?

STEPHANE TRAVERT
Nos paysages vont nécessairement changer avec le réchauffement climatique, d'où la nécessité pour nous d'accompagner cette agriculture qui est en transition et c'est le travail que nous menons chaque jour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler de santé des Français, vous n'êtes pas ministre de la Santé mais au fond en étant ministre de l'Agriculture vous êtes aussi un peu responsable de notre santé, il y a des produits chimiques, on va parler du glyphosate évidemment. On va commencer par cette interpellation de Christophe CASTANER, c'est votre collègue, il est secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, il est patron de La République En Marche et il a fait une vidéo hier sur les réseaux sociaux, on regarde.

CHRISTOPHE CASTANER, SECRETAIRE D'ETAT AUX RELATIONS AVEC LE PARLEMENT, PRESIDENT DE LREM
Oui je pense que le glyphosate peut-être un danger, oui le glyphosate peut détruire des vies, je connais l'histoire de Fabian TOMASI – cet Argentin que le glyphosate a tué il y a quelques jours – j'ai vu le témoignage de cette maman exposées au glyphosate pendant sa grossesse et dont l'enfant Théo en subira des conséquences tout au long de sa vie, je suis tout autant indigné. Je veux dire à cette mère, je veux dire à toutes les familles de celles et ceux qui seraient touchés par le glyphosate, notre engagement est clair, notre promesse d'en sortir en 2020 est intacte, nous avons promis de sortir du glyphosate dans trois ans, nous en sortirons.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le Président a promis de sortir du glyphosate dans trois ans, or vous avez refusé vous le ministre de l'Agriculture de l'inscrire dans la loi, pourquoi ne pas graver ça dans le marbre ?

STEPHANE TRAVERT
Parce que vous croyez que si nous l'avions inscrit dans la loi la semaine prochaine le glyphosate n'existait plus ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans trois ans au moins.

STEPHANE TRAVERT
Mais dans trois ans il n'y aura plus d'utilisation de glyphosate sur notre territoire comme s'y est engagé le Président de la République. Et qu'est-ce que nous avons fait ? Nous ne sommes pas rester les bras ballants, nous avons mis en place une task force qui va nous permettre demain de travailler en mobilisant la recherche, l'innovation, les instituts techniques…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça vous faisait peur de mettre ça dans la loi ?

STEPHANE TRAVERT
Non, mais on peut toujours... vous savez c'est un mal bien français, on se fait plaisir, on met des choses dans la loi et puis ensuite on se lave les mains de la situation et de ce qui se passe. Nous, nous avons choisi de faire autrement, en mettant l'interdiction du glyphosate dans la loi on faisait peser le coût de cette transition, le coût de la transformation pour passer sur d'autres alternatives uniquement sur les épaules des agriculteurs, nous, nous voulons faire peser ceux-là sur l'ensemble de la chaîne…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais, alors, il n'y aura pas de loi ?

STEPHANE TRAVERT
Les producteurs, les distributeurs et les transformateurs ; et ce que nous avons fait à travers la task force c'est mobilisé tous les acteurs pour définir les conditions dans lesquelles nous allons sortir du glyphosate, moi ma feuille de route c'est dans trois ans nous sortons du glyphosate et vous ne trouverez personne au Gouvernement, personne chez les agriculteurs, qui vous dira le contraire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, il n'y aura pas de loi. Mais vous Stéphane TRAVERT, ministre de l'Agriculture, vous pouvez nous dire aujourd'hui que dans trois ans il n'y aura plus de glyphosate ?

STEPHANE TRAVERT
Bien évidemment, nous sommes en train de travailler, nous avons mis en place je vous disais la task force, une banque de solutions. Une banque de solution, c'est quoi ? C'est un partage de toutes les bonnes pratiques qui permettent aujourd'hui de substituer le glyphosate, c'est toute cette mise en partage pour les agriculteurs, toutes les bonnes pratiques qui existent sur les territoires pour les faire connaître et les diffuser et, d'ailleurs, vous aurez un site Internet qui sera créée qui permettra de faire en toute transparence de tous les endroits de France où on n'utilise plus de glyphosate, toutes les bonnes pratiques seront cartographiées pour permettre aux agriculteurs et pour permettre à nos concitoyens de suivre l'évolution du travail que nous menons sur ce sujet.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous savez Stéphane TRAVERT que vous êtes particulièrement sous l'oeil des projecteurs, vous êtes suspecté parfois d'être un peu dans les mains des lobbies chimique on va dire, il y a d'autres sujets aussi dans la loi Alimentation qui ont fait polémique parce que vous avez refusé des amendements, moi je vous dis il y en a deux qui m'ont marqué : par exemple le refus d'interdire l'élevage des poules en cage, de l'inscrire dans la loi là aussi, pourquoi là encore... vous faites toujours confiance aux acteurs, vous ?

STEPHANE TRAVERT
Mais bien sûr, c'est un principe, il faut travailler avec l'ensemble des acteurs et faire confiance et travailler avec eux sur des démarches de progrès et anticiper. Et qu'est ce que nous fait ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et quand on voit les images terribles, vous les avez ici…

STEPHANE TRAVERT
Je suis d'accord avec vous.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Des élevages de poules, c'est terrible, c'est de la torture presque ?

STEPHANE TRAVERT
Je condamne comme vous ce type d'images et ces comportements qui doivent être sanctionnés. Ce que nous avons fait c'est que, à partir de la promulgation de la loi, il y aura interdiction de construire tout nouvel élevage pour faire de la poule en cage - ça c'est un élément qui est aujourd'hui dans la loi…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et ils vont durer combien de temps les élevages qui existent ?

STEPHANE TRAVERT
Mais nous avons besoin d'accompagner la profession, vous savez la Commission européenne avait demandé à ce qu'il y ait des mises aux normes qui soient faites vers l'année 2010, donc des investissements ont été faits par un bon nombre de producteurs et aujourd'hui on doit les accompagner pour terminer ces investissements, finir de payer ces investissements et qu'ils puissent assurer eux-mêmes leur transition et passer sur de l'élevage au sol ou sur de l'élevage en plein air, d'où la décision que nous avons prise de faire en sorte que, à partir de la promulgation de la loi - c'est-à-dire maintenant en octobre - toute construction d'atelier d'élevage de poules en cage sera interdite, ne sera pas possible et, donc, nous allons petit-à-petit arriver à cette transformation que nous souhaitons. En plus, nous avons emmené les distributeurs avec nous, les distributeurs aujourd'hui quand ils s'adressent à leurs fournisseurs ils leur demandent des oeufs qui sont issus d'élevages en plein ou…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Grâce aux consommateurs qui demandent…

STEPHANE TRAVERT
Mais grâce aux consommateurs.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui demandent des oeufs…

STEPHANE TRAVERT
Eh bien voilà, eh bien nous avons emmené tout le monde, alors que si nous l'avions là aussi inscrit dans la loi nous n'aurions pas les mêmes résultats.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre exemple, pourquoi avoir refusé l'obligation de mettre des caméras de vidéosurveillance dans les abattoirs ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a possibilité de mettre des caméras…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il y a possibilité mais pas obligation ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a possibilité de mettre des caméras dans les abattoirs, c'est une expérimentation...

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc aucun accord entre…

STEPHANE TRAVERT
Mais c'est bien normal ! Et le respect des salariés…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et le respect aussi des animaux.

STEPHANE TRAVERT
Et le respect des animaux, et le respect des salariés qu'est-ce que l'on en fait ? Donc nous avons permis à ce que demain les abattoirs puissent mettre à disposition des surveillances vidéo pour permettre de travailler. Mais ce que nous voulons faire aussi sur ce sujet c'est permettre de mieux contrôler, mieux former aussi les opérateurs, mieux les accompagner et changer les mentalités aussi.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Parfois les députés arrivent à contourner le ministre de l'Agriculture, il y a deux amendements dont je vais vous parler, l'interdiction des couverts en plastique au 1er janvier 2020, vous étiez contre, c'est une bonne chose quand même non ?

STEPHANE TRAVERT
Moi j'étais contre, pas contre sur le principe, moi j'étais plutôt favorable à ce dispositif qui était porté par Laurianne ROSSI…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui a été voté, c'est fait ça ?

STEPHANE TRAVERT
Ca été voté, mais au départ les dates étaient beaucoup trop proches, il faut laisser le temps aux collectivités - notamment pour les cantines scolaires - de s'adapter à cette nouvelle réglementation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ca été repoussé pour les cantines.

STEPHANE TRAVERT
Nous avons décidé de faire en sorte d'avoir une date qui permette à chacune et à chacun de se préparer et de faire les transformations nécessaires, mais l'objectif il est tenu.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre objectif qu n'était pas prévu, il y aura un repas bio par semaine dans les cantines scolaires, mais les députés ont rajouté un repas végétarien par semaine ?

STEPHANE TRAVERT
C'est sur la base d'une expérimentation, moi je n'étais pas d'accord sur le principe d'imposer un repas végétarien par semaine parce que je pense que nous n'avons pas à imposer les choses, il doit y avoir le libre choix pour les uns et pour les autres et puis sachant que vous avez un certain nombre d'enfants le seul repas équilibré qu'ils ont dans la journée c'est celui qu'ils prennent à la cantine bien souvent quand vous avez des familles qui sont dans une grande précarité et donc, là, aussi nous nous travaillons pour combattre cette précarité alimentaire, faire en sorte que demain nos concitoyens s'alimentent mieux, aient une alimentation plus sûre, plus saine, plus durable et qui corresponde à leurs attentes et, là aussi, c'est une expérimentation qui est permise sur deux ans pour pouvoir mettre en place des menus végétariens. Mais vous savez les collectivités elles ont déjà la possibilité de le faire, si elles le souhaitent, il peut y avoir un repas végétarien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais, là, elles seront obligées désormais d'avoir un repas végétarien par semaine ?

STEPHANE TRAVERT
Il y a une expérimentation qui est en cours et qui est laissée à la libre appréciation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Dans la loi Alimentation que vous portez, deuxième lecture en ce moment à l'Assemblée, il y a quelque chose de très importante c'est cette idée d'avoir des prix de référence…

STEPHANE TRAVERT
Oui.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Des prix agricoles pour qu'effectivement les grandes surfaces arrêtent de faire du dumping sur les prix agricoles, là encore c'est quand même... ce n'est pas très coercitif, vous laissez aux professions le soin de s'organiser pour afficher ces prix ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Là encore c'est le dialogue, c'est la construction, c'est l'esprit des EGA, on a mis tout le monde autour de la table…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
EGA ça veut dire quoi ?

STEPHANE TRAVERT
Etats Généraux de l'Alimentation.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'accord.

STEPHANE TRAVERT
C'est l'esprit des Etats Généraux, nous avons mis tout le monde autour de la table - des gens qui ne se parlaient plus - et nous leur demandons de se mettre d'accord, de faire consensus sur un certain nombre de sujets…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'êtes pas un peu naïf, Stéphane TRAVERT…

STEPHANE TRAVERT
Non.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous faites toujours confiance aux gens pour se mettre d'accord ?

STEPHANE TRAVERT
Mais moi je ne suis pas naïf, mais je sais que c'est de cette manière-là qu'on arrive à progresser et c'est comme cela... Moi je reçois les filières en ce moment et sur cette question des indicateurs à laquelle vous faites référence c'est essentiel dans ce que nous souhaitons faire pour les agriculteurs. Le but ultime c'est quoi ? C'est leur permettre de vivre dignement de leur travail ! Ils ont besoin d'indicateurs de référence.…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et, ça, vous pouvez le garantir que ça va être le cas avec la nouvelle loi ?

STEPHANE TRAVERT
Mais ils n'ont pas le choix, demain il y aura un cadre de référence, un cadre légal ; et je n'oublie pas que des engagements ont été pris par les transformateurs, par les distributeurs pour faire en sorte que demain les agriculteurs soient mieux rémunérés - moi je n'oublie pas ces engagements - et nous saurons contraindre, nous saurons mettre la pression suffisante pour que les engagements soient tenus.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On surveillera tout ça.

STEPHANE TRAVERT
Bien sûr.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les promos délirantes, on se souvient par exemple de cette promo pour NUTELLA, ça sera encore possible ?

STEPHANE TRAVERT
Oui, ça sera encadré les promotions en valeur, bien évidemment un encadrement des promotions sera porté, nous travaillons sur l'ordonnance qui est ouverte à la concertation et c'est ce qui permettra là aussi de redonner aussi de la valeur au produit, parce qu'on l'a vu beaucoup de promotions dévalorisaient aussi des produits agricoles, mais dévalorisaient aussi les prix et, donc, ce sont les agriculteurs qui subissaient de plein fouet ces décisions.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On a vu avec le départ de Nicolas HULOT, votre regretté collègue n'est-ce pas ?

STEPHANE TRAVERT
Mais moi je l'ai dit, j'ai regretté son départ, il a quitté à collectif qui fonctionnait et... Voilà ! Mais c'est son choix.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui fonctionnait, ce n'est pas ce qu'il disait quand on regarde ce qu'il a dit notamment à l'antenne de nos collègues de France Inter sur le poids des lobbies dans le Gouvernement - on le voit à l'écran - c'est symptomatique de la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir, il faut à un moment ou un autre se poser ce problème sur la table parce que c'est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir, qui gouverne, c'est Stéphane TRAVERT ou c'est les lobbies agricoles et chimiques ?

STEPHANE TRAVERT
Mais je ne sais pas ce que c'est que les lobbies agricoles ou chimiques, est-ce que demain vous allez considérer que la CGT ou Force Ouvrière ce sont des lobbies quand ils vont voir la ministre du Travail ? Moi je rencontre les organisations syndicales, je vois la Confédération paysanne, la Coordination rurale, je vois la FNSEA, je vois les Jeunes agriculteurs, est-ce que ce sont des lobbies ? Non, ce sont des partenaires, des partenaires qui défendent les uns et les autres des lignes politiques et je dois les écouter, être à leur écoute et ensuite prendre les décisions qui nous incombent pour faire en sorte que nous puissions être au rendez-vous de ce qu'attendent des agriculteurs, c'est-à-dire mieux vivre de leurs revenus.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
François De RUGY c'est un ministre de l'Ecologie qui est plus conciliant ?

STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, dès sa nomination nous avons eu l'occasion - mais je le connaissais bien d'avant, nous étions parlementaire ensemble dans le quinquennat précédent et nous avons eu l'occasion de nous rencontrer, d'échanger surtout nos sujets – et demain nous faisons une sortie sur le terrain ensemble dans la région de Bordeaux…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il donne moins de fil à retordre que Nicolas HULOT ?

STEPHANE TRAVERT
Mais ce n'est pas la question, la question aujourd'hui c'est comment ensemble nous arrivons à avancer pour faire en sorte que l'environnement et l'agriculture ne soient plus je dirais opposés comme elles l'ont été pendant un certain nombre d'années, il faut arrêter d'opposer l'agriculture et de l'environnement, il faut combiner les deux, il faut faire en sorte que notre agriculture puisse réussir sa transition tout en respectant et en portant les objectifs environnementaux qui sont les nôtres et ceux du Gouvernement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez été confronté il y a quelques mois au lait contaminé LACTALIS, lait pour enfant qui va faire son retour dans les rayons dans quelques semaines je crois, je voudrais qu'on écoute le président de l'Association des parents victimes du lait contaminé qui était à l'antenne du 20h de TF1 hier soir, on l'écoute.

QUENTIN GUILLEMAIN, ASSOCIATION DES FAMILLES VICTIMES DU LAIT CONTAMINE
C'est prématuré parce qu'il y a une enquête en cours et comment mener une enquête sereinement quand c'est dans cette usine que la contamination a eu lieu et qu'elle reprend son activité ? J'aimerais savoir comment cette usine a été contaminée, parce que l'origine de la contamination que personne n'est capable de l'expliquer clairement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est prématuré, dit ce parent, l'origine de la contamination personne n'est capable de l'expliquer, c'est vrai ?

STEPHANE TRAVERT
Nous avons une salmonelle de type Agona qui a été détectée effectivement dans une tour de séchage sur l'usine de Craon. Depuis, qu'est ce qui s'est passé ? L'usine a été arrêtée, des contrôles ont été faits, l'entreprise a été sommée de réaliser un certain nombre de travaux qu'ils ont réalisés, nous avions laissé la fabrication de poudre de lait se remettre en place et puis il y a eu des contrôles inopinés qui ont été effectués sous le couvert du ministère de la DGAL et des services de la préfecture et puis nous avons décidé qu'aujourd'hui la commercialisation des produits pouvaient reprendre. Cela n'empêche pas je dirais l'enquête judiciaire de pouvoir avancer, mais l'activité de l'établissement elle reste strictement encadrée, surveillée bien évidemment et nous allons continuer notre surveillance, mais c'est aussi à l'industriel - ici LACTALIS - d'apporter la démonstration que les produits qu'il met sur le marché sont propres à la consommation et ne présentent aucun danger et, là-dessus, je puis vous assurer que toutes les précautions bien évidemment ont été prises et que nous continuons une surveillance active de la production des produits.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, c'est à l'industriel aussi de rassurer les familles pour qu'ils achètent son lait ?

STEPHANE TRAVERT
Exactement, c'est aussi à l'industriel de faire le travail nécessaire pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de difficultés, de rassurer les familles, et de notre côté je peux dire que les services de l'Etat sont présents - la DGAL, les services de la préfecture - pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de problématique nouvelle qui survienne et il y a des contrôles et des contrôles inopinés qui continueront à avoir lieu.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je voulais aussi vous montrer ce matin, il y a cette association, cette ONG qui s'appelle FOOD WATCH, qui remet la lumière sur ces aliments qui présentent au fond des traces de viande - il y a des cochenilles dans des bonbons, il y a des estomacs de boeuf ou de porc dans certains produits, voilà des animaux s'incrustent dans ces produits dit FOOD WATCH, est-ce que c'est normal que les consommateurs ne soient pas avertis, alertés qu'il peut y avoir des traces de viande dans certains produits qui ne sont pas des produits a priori qui contiennent de la viande ?

STEPHANE TRAVERT
Je n'ai pas vu dans le détail l'enquête de FOOD WATCH qui fait toujours un bon travail sur ces sujets. J'ai dernièrement participé à une commission d'enquête parlementaire sur l'alimentation industrielle, et qu'est-ce que j'ai dit ? J'ai dit que le travail qui était le nôtre c'était de faire en sorte d'alerter les consommateurs, d'informer les consommateurs sur la qualité des produits qu'ils trouvent et, donc, nous avons dans le cadre du projet de loi permis à ce que le Conseil national de l'alimentation que nous allons transformer dans sa gouvernance puisse travailler sur les étiquetages…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc, c'est à lui de demander des étiquetages plus précis ?

STEPHANE TRAVERT
Mais c'est au Conseil national de l'alimentation de faire en sorte qu'on puisse avancer sur ces questions d'étiquetage…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous leur demandez aujourd'hui que l'étiquetage de viande soit mentionné ?

STEPHANE TRAVERT
Mais ça été fait, la saisine a été faite. Mais il faut regarder, moi je ne suis pas scientifique, il faut regarder quels sont les…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais enfin si on prend des bonbons et qu'en fait on mange des cochenilles, il faut peut-être qu'on nous le dise ?

STEPHANE TRAVERT
Il faut savoir comment a été réalisé cette enquête, moi je ne le sais pas aujourd'hui, mais il faut que la lumière soit faite bien évidemment sur ces sujets, ce qui importe c'est qu'aujourd'hui les industriels et nous-mêmes puissions faire en sorte que demain les consommateurs puissent manger sereinement les produits qui sont mis à leur disposition.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je vais parler d'un sujet qui pour l'instant heureusement n'est pas un problème en France, la peste africaine qui touche les porcs dans les pays voisins comme la Belgique, l'Allemagne je crois, l'Italie même il me semble, n'a pas touché la France, c'est grâce aux mesures de précaution qui ont été prises - parce que ça serait une tragédie évidemment pour cette filière – parce qu'il faut rappeler que c'est une maladie qui se diffuse extrêmement rapidement…

STEPHANE TRAVERT
Oui, tout à fait.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Qui est complètement mortelle évidemment pour les animaux ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il s'agit de la peste porcine africaine et des cas ont été identifiés sur de la faune sauvage, donc sur des sangliers…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Sur des sangliers en France.

STEPHANE TRAVERT
En Belgique…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ah ! En Belgique.

STEPHANE TRAVERT
En Belgique, et bien évidemment qu'est-ce que nous avons fait ? Nous avons pris toutes les dispositions de protection puisque nous avons mis en alerte les départements frontaliers pour mettre en place toutes les conditions de biosécurité dans les élevages porcins pour éviter la propagation et que cela n'arrive sur le territoire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Notamment aussi interdire le transport, les camions, laver les camions...

STEPHANE TRAVERT
Et il y a aussi un certain nombre de réclamations qui ont été portées, c'est-à-dire le fait de ne pouvoir laver les camions, nous demandons aux chasseurs lorsqu'ils trouvent des sangliers ou des animaux morts de ne pas les transporter mais de prévenir les autorités et, donc, c'est en en étant les plus précautionneux possible, en étant les plus soucieux de réaliser tous ces contrôles biosécurité et de surveillance, que nous parviendrons à enrayer cette peste porcine africaine.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et donc pas de raison de s'inquiéter aujourd'hui ?

STEPHANE TRAVERT
Non il n'y a pas de raison de s'inquiéter aujourd'hui, toutes les mesures ont été ont été prises - en tous les cas sur le territoire français - et nous sommes en lien... j'ai ce midi à un entretien téléphonique avec le commissaire européen en charge de la Santé Andriou KAITIS (phon) pour faire un point sur ce sujet parce que nous avons un certain nombre de pays de l'Union européenne qui sont beaucoup impactés par cette peste porcine africaine, je pense à la Pologne, à la Roumanie et à la Hongrie par exemple.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Merci beaucoup Stéphane TRAVERT d'avoir été notre invité aujourd'hui…

STEPHANE TRAVERT
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2018

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