Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France 2 le 13 septembre 2018, sur le Plan pauvreté. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France 2 le 13 septembre 2018, sur le Plan pauvreté.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, ROUX Caroline.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :

LAURENT BIGNOLAS
Vous recevez Julien DENORMANDIE.

CAROLINE ROUX
Oui, Julien DENORMANDIE, secrétaire d'Etat en charge du Logement. Il va faire comme les autres ministres aujourd'hui, serrer les rangs, alors que le président va présenter son nouveau Plan pauvreté.

CAROLINE ROUX
Bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Alors ça y est, c'est le virage social ?

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, c'est un élément très important aujourd'hui. Très important, parce que le président de la République, dans quelques minutes, va présenter ce plan pauvreté il a un objectif très clair, c'est de redonner de l'espoir.

CAROLINE ROUX
C'est un virage social ? C'était la question.

JULIEN DENORMANDIE
Moi, je ne considère pas que c'est un virage, c'est une politique sociale, mais cette politique sociale, on la fait depuis le premier jour. Alors, j'entends ici ou là les oppositions critiquer, en disant que nous ne faisons pas assez de social.

CAROLINE ROUX
C'est l'opinion qui a aussi reçu ça, on le voit bien dans les sondages, le président de la République était identifié comme le président des riches. Est-ce que c'est ça qui doit être corrigé aujourd'hui ?

JULIEN DENORMANDIE
Cet qui doit être corrigé et ce sur quoi on doit insister, c'est que toutes les politiques que l'on fait, depuis le premier jour, c'est à la fois libérer, libérer de l'économie, mais c'est aussi protéger, protéger les plus fragiles. Moi, depuis un an et demi par exemple je travaille sur des quartiers prioritaires de la ville. Vous savez, on a dédoublé les classes de CP, on a renforcé considérablement la rénovation urbaine, on a fait énormément de politique sociale.

CAROLINE ROUX
Pourquoi ça ne s'est pas vu, Julien DENORMANDIE ? Les Français ne l'ont pas vu.

JULIEN DENORMANDIE
Parce que vous savez, le doublement des classes ça s'est vu, la rénovation urbaine où il s'agit de rénover, eh bien ça, ça prend plus de temps donc beaucoup de nos mesures prennent du temps mais c'est bien normal. Quand vous mettez en place des vraies réformes, malheureusement les résultats ne se font pas du jour au lendemain, ça se fait sur la durée. Et aujourd'hui…

CAROLINE ROUX
Donc il n'y a pas de tournant, c'est important dans ce que vous dites…

JULIEN DENORMANDIE
Il y a une continuité, une continuité, et j'insiste dessus parce que moi j'étais au premier jour du projet présidentiel, et ce projet présidentiel, j'invite tous ceux qui nous écoutent à le re-regarder, ce projet présidentiel il a deux jambes. Un, libérer de l'économie, redonner de l'emploi, et deux, protéger, protéger les plus fragiles.

CAROLINE ROUX
Mais on a l'impression que vous allez retrouver votre jambe gauche, là, depuis quelques semaines.

JULIEN DENORMANDIE
Mais parce que ce Plan pauvreté qu'on va annoncer dans quelques heures maintenant, ce Plan pauvreté c'est un an de consultations. Alors moi aussi j'aurais adoré pouvoir l'annoncer il y a un an, mais vous l'annoncez sans faire aucune consultation, sans déterminer exactement les mesures fortes qu'il nous faut faire ? Tout ça n'est pas sérieux, c'est normal, et je pense que tout toutes celles et ceux qui nous écoutent le comprennent, un Plan pauvreté ça s'établit sur la durée.

CAROLINE ROUX
La sanction dans l'opinion, je le disais, est assez forte, est-ce que c'est aussi un plan de reconquête ? Est-ce qu'on peut l'assumer quand on est secrétaire d'Etat en charge du Logement, de dire qu'évidemment il y a aujourd'hui un malentendu, je ne sais pas le mot que vous mettez là-dessus, avait les Français, sur la politique qui est conduite ?

JULIEN DENORMANDIE
Moi, je…

CAROLINE ROUX
Est-ce qu'il y a cette volonté de reconquérir aussi une partie de l'opinion qui n'a peut-être pas compris ce que vous vouliez faire ?

JULIEN DENORMANDIE
Il y a une volonté de servir, de servir d'opinion. La pauvreté, on parle de quoi ? On parle de 9 millions de Français. Ces 9 millions de Français, ça fait des années, mais vraiment des décennies, où on leur a répondu : vous savez, vous êtes pauvres, il y a une sorte de fatalité en France, la pauvreté c'est une prison. Vous êtes pauvre, vous resterez pauvre. Qu'est-ce qu'on faisait…

CAROLINE ROUX
Mais on vous donnera plus.

JULIEN DENORMANDIE
Mais qu'est-ce qu'on faisait exactement ? On vous donnera des allocations, au fur et à mesure. Si le système de lutte contre la pauvreté, uniquement par les locations, avait marché, cela se saurait. Et donc, qu'est-ce qu'on fait nous ? On dit : les allocations elles sont nécessaires, il faut les continuer, et d'ailleurs elles augmentent malgré tout ce que j'entends, mais d'un autre côté il faut lutter contre la pauvreté, par le travail, c'est ça ce qui est essentiel. Et donc, ce que va faire…

CAROLINE ROUX
Tout le monde peut avoir accès au travail ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais, moi il y a un truc qui me rend dingue, mais littéralement dingue...

CAROLINE ROUX
Allez-y.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, je suis toutes les semaines sur le terrain, je rencontre des dizaines de chefs d'entreprise, en ce moment il n'y a pas un chef d'entreprise qui ne me dit pas « je n'arrive pas à recruter », pas un. Et au même moment, j'étais encore hier dans une formidable association dans le XIXème arrondissement de Paris, j'étais avec une dame au RSA depuis des années, qui me disait : « Mais moi, je ne demande qu'une seule chose, c'est de pouvoir travailler ». Alors qu'est ce qui cloche ? Eh bien cette dame, ça fait des années qu'elle attend une formation, elle n'a pas accès à une formation, et donc on ne l'accompagne pas pour retrouver le chemin du travail. C'est ça qu'il faut faire et le président de la République tout à l'heure, il mettra en avant des mesures fortes pour accompagner, dès le plus jeune âge, l'éducation, ensuite la formation, les jeunes notamment de 18 à 29 ans. Et enfin, l'ensemble de nos concitoyens pour retourner vers le travail. C'est que comme ça qu'on lutte contre la pauvreté, c'est en accompagnant et en redonnant le travail.

CAROLINE ROUX
Le président a choisi de mettre, je le cite « un pognon de dingue », 8 milliards.

JULIEN DENORMANDIE
Vous savez, moi j'adore les petites phrases.

CAROLINE ROUX
Ce sont les siennes.

JULIEN DENORMANDIE
Oui, mais au-delà de ces petites phrases qui ont fait ici ou là des critiques, au-delà de ces petites phrases, encore une fois on parle de 9 millions de Français qui sont dans la pauvreté, 3 millions d'enfants. On parle d'un système social et économique qu'on a vécu pendant des décennies, qui n'a pas suffisamment marché. Je ne dis pas que c'était mal, les allocations sont nécessaires, mais ce n'était pas suffisant, et donc là, on prend ce virage du nouveau modèle économique et social, si vous voulez, j'emploie le mot virage, ce virage, le nouveau modèle économique et social, où pour lutter durablement contre la pauvreté, pour sortir de cette assignation à pauvreté, on accompagne les gens vers le retour à l'activité.

CAROLINE ROUX
La difficulté c'est que, à ces gens-là, vous allez leur demander de la patience, parce que, accompagner, transformer, ça prend du temps, augmenter des allocations ça permet de faire face à l'urgence.

JULIEN DENORMANDIE
C'est là où je ne suis pas totalement d'accord avec vous. Les allocations c'est tout de suite, je suis d'accord, c'est pour ça qu'il faut les maintenir, c'est pour ça aussi qu'il faut bien les cadrer, par exemple les allocations, ce qu'on appelle le RSA activité, pour accompagner les gens, celui-là on l'augmente fortement. Et puis d'un autre côté, il y a des dispositifs comme la Garantie jeune. La Garantie jeune c'est quoi ? On va les renforcer, le président l'annoncera tout à l'heure, c'est tous nous tous nos jeunes, de pouvoir les accompagner, mais dès maintenant, vers le chemin de la formation de l'emploi, et ça, ça ne se fera pas dans 3 ans, c'est dès maintenant.

CAROLINE ROUX
Combien pour le logement, quoi pour le logement ?

JULIEN DENORMANDIE
Le logement, aujourd'hui dans la pauvreté, vous avez ce qu'on appelle le mal logement, c'est des millions de Français qui sont mal logés. Alors il y a deux choses qu'il faut faire. Le premier, c'est sortir les gens qui aujourd'hui vivent dans de l'hébergement d'urgence, des hôtels, des centres d'accueil, il faut les sortir de l'hébergement d'urgence pour…

CAROLINE ROUX
Il y aura la création de 8 000 places d'hébergement d'urgence ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors, il y aura le renforcement de l'hébergement d'urgence, avec 8 000 places supplémentaires, un élément important surtout pour les femmes et les enfants, parce que ce qui est tragique aujourd'hui c'est qu'on s'aperçoit que dans ces centres il y a beaucoup de femmes et d'enfants. Mais au-delà de ça, il faut sortir les gens de cet hébergement d'urgence pour leur donner un vrai logement. Hier j'étais dans une association qu'on soutient forcement, qui s'appelle « Un chez toi ». Et ce « Un chez toi », c'est une association qui permet aux personnes d'avoir un véritable logement, un véritable appartement, financé en grande partie par l'Etat. Et pourquoi c'est nécessaire ? Vous êtes dans l'hébergement, vous n'avez pas d'adresse. Vous êtes dans un logement, vous avez une adresse. Et moi je vous mets au défi de vous réinsérer quand vous n'avez même pas d'adresse.

CAROLINE ROUX
Justement, à part ces 8 000 places d'hébergement d'urgence, qu'est-ce qu'il y a d'autres pour le logement dans ce plan ?

JULIEN DENORMANDIE
Alors…

CAROLINE ROUX
On le sait à quel point c'est évidemment fondamental pour sortir de la précarité, d'avoir un logement.

JULIEN DENORMANDIE
Il y a l'identification, l'identification par ce qu'on appelle les maraudes, c'est-à-dire aller à la rencontre des femmes et des enfants qui sont dans la rue, pour pouvoir les identifier et mieux les accompagner, c'est une autre des dispositions de ce plan. Et puis ensuite il y a tout ce que le gouvernement fait en faveur de ceux qui sont les plus fragiles vis-à-vis de la politique du logement, qui est malheureusement profondément discriminante, et je pense notamment à tout ce qu'on fait pour les étudiants, aujourd'hui en cette rentrée universitaire, j'ai beaucoup bossé pour faciliter l'accès au logement à nos étudiants, en développement par exemple une garantie qui s'appelle la garantie VISALE, et tous les étudiants qui nous écoutent, allez sur le site visale.fr, c'est une garantie qui vous permet d'avoir une caution, d'arrêter de demander à vos parents, grands-parents, mais d'avoir une caution directement pour vos propriétaires.

CAROLINE ROUX
Juste un mot, très rapidement. A une semaine de sa convocation par le Sénat, Alexandre BENALLA a parlé des « Petits marquis du Sénat », il a expliqué qu'il n'avait aucun respect pour le Sénat. Est-ce qu'il est allé trop loin ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais pas, et puis là aussi c'est du commentaire de commentaire.

CAROLINE ROUX
Non, c'est un vrai dossier, vous le savez bien.

JULIEN DENORMANDIE
Non, moi je pense qu'on en fait beaucoup trop, mais vraiment beaucoup trop.

CAROLINE ROUX
D'accord.

JULIEN DENORMANDIE
Au moment où on parle du Plan pauvreté, l'affaire BENALLA, on en a parlé pendant des mois et des mois, si monsieur BENALLA à des propos qui lui sont propres, ce n'est pas à moi de les commenter, moi je préfère vraiment me concentrer sur le plan pauvreté.

CAROLINE ROUX
Allez…

JULIEN DENORMANDIE
Je suis sûr que vous êtes d'accord avec moi.

CAROLINE ROUX
(…)


source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2018

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