Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Bleu le 14 septembre 2018, sur les grandes lignes du plan pauvreté, la place de la voiture et les élections municipales à Paris. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Bleu le 14 septembre 2018, sur les grandes lignes du plan pauvreté, la place de la voiture et les élections municipales à Paris.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement

ti : NOE DA SILVA
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour.

NOE DA SILVA
Merci d'être avec nous. Le plan pauvreté a donc été présenté hier et aujourd'hui vous visitez la Mission locale du 20e arrondissement, donc dans le cadre de ce plan pauvreté. Le choix d'être dans Paris n'est pas un hasard ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord je suis élu parisien, je visite la Mission locale et je rends également visite à une association importante qui s'appelle Emmaüs Défi, qui a d'ailleurs été citée hier lors de la présentation du plan pauvreté, parce qu'elle accompagne des bénéficiaires de minima sociaux, et puis elle les aide à sortir de la pauvreté parce que, l'esprit de ce plan, c'est bien d'aider les gens qui sont dans le plus grand dénuement et dans la plus grande précarité, mais c'est aussi de faire en sorte qu'on puisse sortir de la pauvreté, et même, encore mieux, qu'on n'y tombe jamais, parce que, en France, et le président de la République l'a rappelé hier dans son intervention, lorsque vous naissez dans un milieu défavorisé, vous mettez six générations à rentrer dans la classe moyenne, ça fait 180 ans, c'est 179 ans de trop.

NOE DA SILVA
C'est trop, exactement. Benjamin GRIVEAUX, je vous lançais donc sur Paris, vous ne m'avez pas répondu sur vos envies d'être élu parisien du côté de la mairie de Paris, mais ce n'est pas grave puisque c'est la suite de l'interview dans quelques instants. Vous avez donc répondu sur le plan pauvreté, justement un élu parisien, l'adjoint d'Anne HIDALGO chargé du Budget, question argent il s'y connaît, vous a interpellé ce matin sur France Bleu Paris, Emmanuel GREGOIRE, avec cette question.

EMMANUEL GREGOIRE
Comment le gouvernement arrive-t-il à articuler, dans sa pensée, dans l'action qu'il conduit, le fait de présenter un plan stratégique de lutte contre la pauvreté, et en même temps, ou en contradiction, ça dépend comment on le prend, de désindexer un certain nombre de minima sociaux par rapport à l'inflation ? Il y a une forme de contradiction permanente.

NOE DA SILVA
Contradiction permanente Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, Monsieur GREGOIRE est l'adjoint aux finances, donc je suis très inquiet parce qu'il confond les minima sociaux et les prestations sociales, qui sont deux choses totalement différentes. Les minima sociaux c'est le minimum vieillesse, c'est l'allocation adulte handicapé et la prime d'activité, ils n'auront jamais autant augmenté que sous ce quinquennat, le minimum vieillesse il a augmenté au mois d'avril, l'allocation adulte handicapé elle augmentera au mois d'octobre, c'est 100 euros nets de plus par mois début 2020, on part à 800, on arrive à 900 euros. Donc, on est très, très, très largement, au-dessus de l'inflation. Ce que je dis, moi, à Emmanuel GREGOIRE, c'est que c'est un combat où il ne faut pas tomber dans la petite politique et caricaturer. On peut ne pas être d'accord avec ce qu'on a présenté hier, c'est parfaitement légitime, mais en revanche on ne peut pas raconter n'importe quoi, et ma conviction c'est que cette bataille contre la pauvreté, en France il y a 14 % de gens qui sont en dessous du seuil de pauvreté, à Paris 16 %, on est au-dessus de la moyenne nationale, c'est un combat qui doit dépasser les petites guéguerres entre la gauche et la droite, opposition et gouvernement.

NOE DA SILVA
Mais, par exemple, Emmanuel GREGOIRE, on le rappelle il est socialiste, adjoint d'Anne HIDALGO, dit c'est bien dans ce projet contre la pauvreté, il y a notamment le développement de places de crèches, il dit lui en tant qu'élu parisien, il n'a pas d'informations sur comment se fera le financement. Imaginez-vous à sa place, imaginez-vous maire de Paris par exemple, est-ce que vous n'auriez pas des inquiétudes, puisque la ville de Paris est ville, mais elle est également département, et ce sont les villes et les départements qui développent les crèches ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord je veux rassurer, ça se fait de manière partenariale, et ça fait maintenant… vous savez, on nous a reproché, au début de l'été, de repousser l'annonce du plan pauvreté à la rentrée, et nous on le fait, pourquoi, parce qu'il faut parler avec l'ensemble des acteurs.

NOE DA SILVA
Mais vous comprenez les inquiétudes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Evidemment qu'on comprend les inquiétudes, mais il faut arrêter de caricaturer, le gouvernement il n'agit pas tout seul, ce plan il a été préparé avec les villes, il a été préparé avec les départements, il a été préparé avec les associations, avec les acteurs de terrain, avec…

NOE DA SILVA
A qui on demande de serrer la vis et de couper les investissements.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, c'est absolument inexact. On leur demande, aujourd'hui, aux grandes collectivités françaises, de limiter la hausse de leurs dépenses, les dépenses vont augmenter, des collectivités, de 1,2 % par an, donc, il n'y a pas de baisse, ce n'est pas vrai, ça c'était avant. Avant on mettait un coup de rabot et on disait « voilà, l'Etat va donner moins d'argent à tout le monde, et débrouillez-vous », aujourd'hui on leur dit « on vous accompagne, on vous donne plus de liberté, mais on vous responsabilise », parce que contrairement, peut-être à Emmanuel GREGOIRE, peut-être à l'actuelle mairie, je ne considère pas qu'on apporte une réponse à un problème en dépensant forcément toujours plus. On peut dépenser plus intelligemment, mieux, et c'est comme ça, aussi, qu'il faudra sans doute revoir des choses.

NOE DA SILVA
Alors, Benjamin GRIVEAUX, vous avez envie d'être maire de Paris, quel est votre projet…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça c'est votre assertion, moi j'ai envie qu'on ait un projet qui l'emporte, et surtout qui trouve l'adhésion des Parisiens.

NOE DA SILVA
Vous n'avez pas envie d'être maire de Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Alors, vous savez, les envies personnelles, dans ce genre d'aventure, en général, ça se termine très mal. Si vous n'êtes pas en capacité, quand vous êtes maire de Paris, d'animer un collectif, il y a 17 mairies d'arrondissement demain, puisque le 1er, 2e, 3e et 4e fusionneront, il y a plus de 500 candidatures, c'est un travail éminemment collectif, éminemment d'équipe, et qui ne se fait pas que enfermé dans un bureau à l'Hôtel de ville. Donc, tant qu'on n'a pas écouté les Parisiens, bâti quelque chose de collectif, le reste, très franchement, c'est de la littérature. Quand je me balade dans les rues de Paris, on m'interroge sur les questions de transport, de propreté, de logement, et assez peu sur savoir qui va conduire la liste dans plus de 20 mois.

NOE DA SILVA
Alors, justement, le plan vélo est présenté aujourd'hui par le Premier ministre, est-ce que vous pensez qu'il sera utile à Paris, justement, une ville qui fait déjà beaucoup pour le vélo ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est une ville qui fait beaucoup pour le vélo, le plan du gouvernement c'est 350 millions d'euros qui sont investis, avec un objectif de tripler le nombre d'utilisateurs, d'abord parce que c'est bon pour l'environnement, parce que c'est bon pour la santé également, parce que ce sont des modes de déplacement qui sont nouveaux et qui s'imposent, petit à petit, dans des territoires où évidemment le vélo a sa place, et je pense en particulier aux territoires urbains et métropolitains, comme l'est Paris, avec… à Paris il y a eu le cas particulier de Vélib', qui a été un succès, qui a été copié partout, moi je sais que quand j'ai l'occasion de voyager et que je rencontre mes homologues à l'étranger dans les grandes capitales, souvent on prend cet exemple-là, donc moi j'espère qu'on va pouvoir régler le problème…

NOE DA SILVA
Ça existait déjà à Lyon avant.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais vous savez, quand vous allez en Asie notamment, eh bien vous voyez que vous avez des développements de ce type, de Vélib', et ça c'est formidable, ça a été copié…

NOE DA SILVA
Mais est-ce qu'il faut faire plus pour le vélo à Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
En tout cas il faut faire mieux, il faut que Vélib' puisse refonctionner le plus rapidement possible. Moi je ne fais le procès de cette personne, mais enfin, je constate qu'il y avait quelque chose qui fonctionnait et qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne plus, ou qui ne fonctionne plus assez bien, qu'on a changé de prestataire, et ça c'est parfaitement légitime si la ville de Paris estime que c'est nécessaire, mais que lorsqu'on change de prestataire, eh bien les Parisiens ça ne doit rien changer pour eux dans leur quotidien, parce qu'on avait des centaines de milliers d'utilisateurs, et moi j'en étais un, qui utilisaient ce service qui était très utile, et qui, du jour au lendemain, se sont retrouvés le bec dans l'eau. Donc ça, il faut pouvoir faire en sorte que ça aille de plus en plus vite, en bas de chez moi, cette nuit, ils ont terminé la station, donc c'est une bonne nouvelle, je vais pouvoir retrouver ça, mais j'espère que ce sera le cas aussi pour toutes les autres stations parisiennes.

NOE DA SILVA
Benjamin GRIVEAUX, quand on fait de la place pour le vélo, en général c'est au détriment de la voiture, en tant que candidat, en tout cas un projet pour Paris, Benjamin GRIVEAUX, vous, vous souhaitez quoi, qu'on réduise encore la place de la voiture ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je ne veux pas qu'on oppose les uns aux autres, parce que, par définition…

NOE DA SILVA
C'est le cas aujourd'hui ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien écoutez, quand vous voyez aujourd'hui les relations, y compris vocales, sur la voirie, quand vous êtes même piéton, vous voyez que vous avez des confrontations entre ceux qui sont en deux roues, en deux roues motorisé, en voiture, en bus, etc., ça ne fonctionne pas bien, bon ! Moi je ne veux pas chasser les uns ou les autres. J'habite l'hyper-centre de Paris, je n'ai pas de voiture, je n'en n'ai pas besoin, parce qu'il y a tous les services…

NOE DA SILVA
Vous avez sans doute une voiture avec un chauffeur.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai la voiture de fonction qui est liée à ma fonction, mais enfin avant je travaillais dans le privé, dans une boîte, je n'avais pas de voiture, dans l'hyper-centre de Paris je n'en n'ai pas besoin, le matin j'emmène mes enfants à l'école à pied, parce qu'on a cette chance-là, à Paris, d'avoir beaucoup de services en proximité. Et puis il y a d'autres endroits à Paris où vous avez peut-être besoin d'une voiture, ou des gens qui ont des usages, parce qu'ils travaillent en dehors de Paris ou autre, mais…

NOE DA SILVA
Il y a la banlieue aussi, qui se sent exclue de Paris.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et puis vous avez les gens qui viennent travailler, deux tiers des gens qui travaillent à Paris viennent de banlieue et un tiers des Parisiens travaillent en banlieue, et donc il faut tenir compte de ça. La ville elle a changé en 40 ans, la manière dont on travaille, les lieux où on travaille, les modes de travail ont changé, ça ne veut pas dire qu'il faut que ce soit la voiture reine, ce n'est pas ce que je défends, j'ai dit à maintes reprises qu'il ne fallait pas rouvrir les voies sur place, c'était une bonne mesure, mais qu'il fallait la prendre de manière concertée, que quand on fermait un barreau de circulation dans le centre de Paris, il fallait peut-être en parler avec les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne,, et la Seine-Saint-Denis, parce que si vous faites ça, si vous prenez vos décisions tout seul, eh bien vous « embolisez. » Et ce que je constate c'est que c'est plutôt embolisé qu'autre chose. Aujourd'hui il faut remettre de la fluidité, il faut évidemment favoriser l'électrique, l'autonome, les nouveaux modes de déplacement, sans chasser la voiture, je n'en fais pas une question idéologique.

NOE DA SILVA
Est-ce que vous êtes pour ou contre la journée sans voiture ce dimanche à Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est une très bonne chose et j'en profiterai, avec mes enfants et ma femme, pour aller se balader.

NOE DA SILVA
Est-ce que vous regrettez que les voitures électriques, tout ce qui roule à l'électrique, ne soit pas autorisé à circuler ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, parce que… je pense que c'est aussi le symbole qui permet d'avancer sur des grandes causes de cette nature-là, et c'est important les symboles, mais à nouveau, je pense qu'en termes de méthode, on peut faire différemment, on peut associer, on peut arrêter de culpabiliser les gens, on peut arrêter de pointer du doigt, d'accuser, de dire, de monter, il y aurait des gens très vertueux et d'autres qui ne le seraient pas, je pense qu'il faut réconcilier les Parisiens entre eux, il y a des modes de déplacement différents, il faut aller vers l'électrique, il faut encourager, mais pour ça il faut des transports alternatifs. Quand vous fermez les voies sur berges, il faut que vous ayez des bus à haut niveau de service, il faut que vous ayez des transports publics qui proposent une alternative, sinon vous embolisez.

NOE DA SILVA
Vous dites réconcilier les Parisiens, comment vous allez vous réconcilier tous à la République en Marche, vous êtes nombreux à vouloir être candidat à Paris, comment ça va se décider, des primaires ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, ça va se décider de manière collective, parce qu'on a toujours fait nos choix de manière collective. Deuxièmement, moi je suis content…

NOE DA SILVA
Ça, ça veut dire que c'est Emmanuel MACRON qui décide.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, vous savez, contrairement à d'autres on a des systèmes de choix qui sont assumés de manière collective et on a l'habitude de travailler collectivement, c'est comme ça qu'on a bâti ce mouvement, si on avait bâti ce mouvement en faisant une guerre des egos, croyez-moi, en 18 mois nous n'y serions pas arrivés. Donc, on va travailler ensemble, on va travailler avec Mounir, on va travailler avec Hugues, avec Julien, mais surtout on va travailler avec beaucoup de gens qui ne sont pas En Marche aujourd'hui, qui sont des gens issus de la société civile, qui sont des gens engagés dans le monde associatif, qui nous rejoignent et qui ont envie de construire un truc différent à Paris. Moi, je vais vous dire, je veux en finir avec le gauche/droite, je veux en finir avec l'opposition entre l'Est et l'Ouest parisien, il faut réconcilier les Parisiens, parce que, lorsqu'on veut prétendre diriger les destinées de la première ville du monde, eh ben la première chose à faire c'est de réconcilier les gens qui y vivent.

NOE DA SILVA
Merci Benjamin GRIVEAUX, qui veut donc diriger la première ville du monde.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce raccourci est formidable.

NOE DA SILVA
Vous êtes secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2018

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