Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Info le 14 septembre 2018, sur la procédure Parcoursup et les études de médecine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à France-Info le 14 septembre 2018, sur la procédure Parcoursup et les études de médecine.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation

ti :

MARC FAUVELLE
Notre invitée ce matin c'est la ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation et c'est Renaud DELY qui vous pose comme chaque jour la première question.

RENAUD DELY
Bonjour Frédérique VIDAL…

FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.

RENAUD DELY
La procédure Parcoursup touche à sa fin, la première phase s'est terminée déjà il y a une dizaine de jours, la phase terminale, la dernière, doit s'achever exactement dans une semaine - c'est le sprint final d'une très longue procédure qui a duré près de quatre mois - aujourd'hui combien ce matin de candidats sont encore sans affectation ?

FREDERIQUE VIDAL
Les candidats qui sont encore sans affectation sont accompagnés par les commissions électorale et le seront vraiment jusqu'au bout, l'objectif vraiment de la loi Orientation et Réussite des Etudiants c'était de remettre de l'accompagnement et d'aider au maximum les jeunes, donc toujours c'est un peu…

RENAUD DELY
Ce matin, il y en a combien ?

FREDERIQUE VIDAL
Un peu moins de 2.500, et le travail continue, donc voilà le bilan sera fait à la fin de la procédure.

MARC FAUVELLE
Il y en a 2.500 donc qui doivent maintenant être accompagnés pour leur trouver une formation, mais il n'y en a plusieurs dizaines de milliers qu'on a perdus, qui se sont évaporés en cours de route, combien sont-ils ?

FREDERIQUE VIDAL
Ca c'est très important que vous indiquiez ça, parce que justement la nouveauté aussi de cette procédure c'est qu'on continue à identifier ces jeunes et donc on vérifie évidemment auprès d'eux qu'ils ont un autre projet - et c'est le cas – et lorsqu'ils n'ont pas d'autres projets ça nous permet dans cette phase de procédure complémentaire de travailler avec eux sur d'autres formes d'orientation et donc de ne pas les laisser disparaître, c'est ce qu'il se passait sur l'ancienne plateforme où lorsque la procédure se terminait ceux qui n'avaient rien trouvé étaient laissés à eux-mêmes.

MARC FAUVELLE
Combien sont-ils les évaporés, enfin les disparus de la procédure ?

FREDERIQUE VIDAL
Aujourd'hui on a réussi à contacter la très grande majorité d'entre eux et il y a à peu près peut-être encore quelques milliers qu'on n'a pas réussi à joindre. Vraiment cette notion-là c'est vraiment très important à comprendre, Parcoursup d'abord ne présente pas l'ensemble de l'offre de formation en France, ensuite on a des jeunes qui changent de projet, on a vu une très forte demande d'apprentissage cette année - beaucoup plus que les années précédentes - ce qui signifie que tout ce que nous déployons pour revaloriser l'apprentissage comme une autre forme de pédagogie commence à porter ses fruits, donc finalement des jeunes que l'on a pu aussi accompagner au travers des commissions rectorales en faisant le lien entre les rectorats et les préfectures avec la Direccte pour finalement mettre en contact les entreprises qui cherchent des apprentis et les jeunes qui cherchent de l'apprentissage.

RENAUD DELY
Est-ce qu'on a une idée aussi, Frédérique VIDAL, du nombre de jeunes qui finalement ont choisi de se tourner vers le privé, il y a des formations privées qui font beaucoup de publicité qui se frottent les mains en disant qu'ils récupèrent un certain nombre d‘évaporée de Parcoursup ?

FREDERIQUE VIDAL
Là encore moi je respecte évidemment tous les commentaires, mais en l'occurrence ce sont des commentaires. Parcoursup c'est 50.000 jeunes de plus que l'année dernière qui ont pu trouver une formation au travers de la plateforme, donc voilà c'est la seule chose que j'ai à dire.

RENAUD DELY
Donc, il n'y a pas de boom des formations privées ?

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, elles disent qu'il y a un boom, moi je vous réponds les chiffres c'est 50.000 jeunes de plus que l'an dernier qui ont trouvé leur formation au travers de Parcoursup.

RENAUD DELY
Quelle leçon vous tirez de cette première année, vous avez évoqué des aménagements probables pour la deuxième année, pour l'année prochaine, est-ce que par exemple on peut imaginer de raccourcir la procédure - je crois que nous en sommes au 105ème jour aujourd'hui de Parcoursup, il reste donc une semaine - c'est quand même très long, on a vu tout l'été, d'ailleurs on a entendu des étudiants ou des familles vivre un peu dans l'angoisse, dans l'attente d'une réponse, est-ce qu'on peut raccourcir cette procédure l'année prochaine ?

FREDERIQUE VIDAL
J'ai demandé à ce qu'un bilan complet soit fait, parce que ce qui s'est passé durant le mois d'août - et la question c'était vraiment celle-là - est-ce que la procédure s'arrête fin juillet ou est-ce qu'on la laisse aller à son terme ? C'est quand même 25.000 jeunes de plus par rapport à fin juillet qui ont eu quelque chose qu'ils préféraient avoir, j'ai rencontré une jeune étudiante qui m'a dit : « c'était compliqué, j'ai eu ma réponse seulement aux alentours du 15 août » et je lui ai dit : « est-ce que vous auriez préféré avoir un non définitif fin juillet ou est-ce que vous préférez finalement être là où vous vouliez vraiment aller le 15 août ? ».

RENAUD DELY
Mais nous sommes le 14 septembre, vous n'avez pas encore le bilan de la procédure Parcoursup, vous l'aurez quand ce bilan que vous avez fait ?

FREDERIQUE VIDAL
La plateforme et le processus ça on l'a 21 septembre, là on est exactement sur le même calendrier que l'an dernier, la différence par rapport à l'an dernier c'est que nous avons accompagné un par un tous les jeunes qui avaient besoin qu'on s'occupe d'eux.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous allez remettre, Frédérique VIDAL, de la hiérarchisation dans les voeux des futurs étudiants, un classement par ordre de préférence ou pas l'an prochain ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que ce qu'il faut vraiment comprendre c'est la raison fondamentale qui est dans la loi d'Orientation et Réussite des Etudiants qui est de donner aux jeunes la liberté de leur choix, il y a une forme d'autocensure dans la jeunesse aujourd'hui - et notamment dans les jeunes qui viennent de territoires qui sont loin des universités ou dans des jeunes qui viennent de milieux où on n'a pas l'habitude de faire des études…

MARC FAUVELLE
Ils ne sont pas capables de classer leurs choix par ordre de priorité ?

FREDERIQUE VIDAL
En fait vous savez le principe de l'autocensure - et là encore j'ai des exemples très précis en tête - c'est : « je pense que peut-être je pourrais être pris dans une classe préparatoire prestigieuse à Paris mais je suis à peu près sûr d'être pris en BTS et, finalement, qu'est-ce que je mets en premier ? Je mets en premier le BTS où je suis sûr d'être pris ou je mets en premier la classe préparatoire et, si je n'y suis pas pris, du coup je ne serai pas pris en BTS non plus », c'est ça le résultat la hiérarchisation, et laisser…

MARC FAUVELLE
Donc c'est non, on ne changera pas sur ce critère-là ?

FREDERIQUE VIDAL
On peut réfléchir, mais en tout cas une hiérarchisation a priori c'est absolument délétère si on veut vraiment lutter contre l'autocensure et si on veut vraiment remettre en place une égalité réelle des choses.

RENAUD DELY
Comment résoudre un problème qu'on a vu apparaître avec cette procédure cette année, c'est le fait que des candidats qui ont bloqué des places parce qu'ils avaient une proposition et ils attendaient peut-être des réponses à une proposition qui leur semblait meilleure et des candidats qui étaient enfin de vie, qui attendaient derrière, n'avaient aucune réponse ? Comment résoudre ce problème-là, que vous n'aviez peut-être pas forcément anticipé ?

FREDERIQUE VIDAL
Là aussi je crois que c'est une fois de plus un commentaire sur Parcoursup, vous savez cette plateforme elle a quand même…

RENAUD DELY
Frédérique VIDAL, ce n'est pas un commentaire, il y a beaucoup de candidats qui l'ont pris.…

FREDERIQUE VIDAL
Mais je vais vous expliquer la réalité.

RENAUD DELY
Qui l'ont vécu, et qui l'ont vécu.

MARC FAUVELLE
... au dernier moment et on voit bien une sorte de jeu de chaises musicales où aucune chaise ne libérait jusqu'au dernier jour.

FREDERIQUE VIDAL
Mais je vais vous expliquer en fait la réalité de cette plateforme, c'est que ces candidats dont on parle, qui soi-disant bloquaient des places, ils étaient pris dans une formation et en liste d'attente sur une autre, s'ils avaient accepté définitivement et donc libéré la liste d'attente le 50ème serait venu 49ème sur la liste d'attente, mais ça n'aurait strictement rien changé, c'est pour ça que je dis que Parcoursup a concentré tous les commentaires de gens qui globalement depuis le début avaient décidé que ça ne fonctionnerait pas : on n'ouvrirait pas la plateforme, on ne mettrait pas de profs principaux, on serait incapables de faire de l'accompagnement... et tout ça petit à petit...

MARC FAUVELLE
On vous entend Frédérique VIDAL, on se dit qu'il n'y aura aucun changement l'an prochain, il n'y a rien à revoir ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, non, pas du tout, ce n'est pas du tout ce que j'ai dit.

MARC FAUVELLE
Sur la hiérarchisation vous avez dit non…

FREDERIQUE VIDAL
Non, non.

MARC FAUVELLE
Sur le délai j'ai cru comprendre…

FREDERIQUE VIDAL
Vous n'avez pas bien écouté

MARC FAUVELLE
Je n'ai pas bien écouté, sur quels points je n'ai pas bien écouté ?

FREDERIQUE VIDAL
Sur la hiérarchisation j'ai dit qu'on ne revendrait pas…

MARC FAUVELLE
Je n'étais pas bon élve moi, sur quels points ?

FREDERIQUE VIDAL
On ne reviendrait pas sur une hiérarchisation initiale dès le début du premier…

MARC FAUVELLE
Mais il peut y avoir de la hiérarchisation pendant le processus, voilà, finalement j'ai écouté…

FREDERIQUE VIDAL
J'ai nommé un comité qui a vraiment pour mission d'analyser et surtout de regarder que l'ambition politique de la loi Orientation et Réussite des Etudiants, c'est-à-dire plus de mobilité géographique - et on l'a vu - plus de mobilité sociale - et on l'a vu…

RENAUD DELY
Les conclusions de ce comité ce sera quand, juste ça une date, quand, quand vous aurez les conclusions de votre comité ?

FREDERIQUE VIDAL
On aura les conclusions à la fin du mois de septembre et ça me permettra d'annoncer les modifications.

MARC FAUVELLE
Merci Frédérique VIDAL, on se retrouve dans une minute juste après le tour de l'actualité.

(…)

MARC FAUVELLE
Toujours avec la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique VIDAL. On va en venir maintenant aux accusations lancées par le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Renaud DELY.

RENAUD DELY
Oui. Frédérique VIDAL, Stéphane TROUSSEL - le président du Conseil du département de la Seine-Saint-Denis - a accusé cette procédure Parcoursup de léser les bacheliers de banlieue et en particulier de Seine-Saint-Denis au profit de ceux de Paris, il a même saisi le Défenseur des droits pour faire la lumière sur les algorithmes d'un système qu'il accuse d'opacité, qu'est-ce que vous lui répondez à Stéphane TROUSSEL ?

FREDERIQUE VIDAL
J'ai envie de lui faire une réponse en deux temps : d'abord un ressenti c'est très important et lorsque c'est sincère évidemment il faut qu'on comprenne en compte ce ressenti, ensuite il y a un une forme de jeu qui peut être un jeu politique ou politicien à dire ce système ne fonctionne pas, dire qu'on veut faire une égalité réelle d'accès à l'enseignement supérieur pour les jeunes, évidemment nous n'y croyons pas une seconde. Là une fois de plus la réalité elle est très simple, c'est : cette année 43 % des jeunes de Créteil inscrits dans des formations à Paris, c'était 26 % l'an dernier, la mobilité…

MARC FAUVELLE
De l'académie de Créteil.

FREDERIQUE VIDAL
L'académie de Créteil.

MARC FAUVELLE
L'académie de Créteil oui.

FREDERIQUE VIDAL
La mobilité géographique a été inscrite dans la loi, pour la première fois on a le droit de changer d'académie dans toutes les formations…

RENAUD DELY
Il y a des critères c'est ça dits de mobilité géographique qui ont été ajoutés dans Parcoursup, mais quels sont ces critères, ils ne sont pas très clairs ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est la possibilité, simplement le droit offert de choisir des formations en dehors de son académie et d'avoir le droit de le faire, ce qui…

RENAUD DELY
Droit offert à tous les candidats.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, ce qui n'était absolument pas le cas - ça c'est la partie mobilité géographique qui était très importante - et l'autre partie de la loi c'est la mobilité sociale et, de ce point de vue-là aussi, nous commençons à avoir des résultats, cette année c'est + 29 % de lycéens boursiers qui ont été pris dans les classes préparatoires parisiennes. C'est ça la réalité des chiffres ! Et si vous voulez, une fois de plus, j'entends les ressentis - et c'est très important d'y faire attention - j'entends aussi les commentaires qui n'ont que pour but de dire que non ça ne marche pas, non ça marche bien. Ce n'est pas parce qu'on dit tous les jours…

RENAUD DELY
Il y a une instrumentalisation politique pour vous dans l'opposition ?

FREDERIQUE VIDAL
Ce n'est pas parce qu'on dit tous les jours que quelque chose ne fonctionne pas que c'est une réalité, vous voyez c'est la différence entre une opinion et un fait.

MARC FAUVELLE
Frédérique VIDAL, je voudrais qu'on en vienne à la réforme des études de médecine, vous avez lancé le chantier il y a plusieurs mois maintenant, est-ce que vous pouvez confirmer que le numerus clausus - c'est-à-dire de l'examen ultra sélectif qui arrive à la fin de l'année, de la 1ère année de médecine - va être réformé ou supprimé ?

FREDERIQUE VIDAL
Ca fera partie évidemment des annonces que nous aurons l'occasion de faire avec le Président de la République et Agnès BUZYN en début de semaine prochaine, la question des études de santé c'est une question dont nous nous sommes emparés dès notre arrivée parce qu'on avait eu ce scandale des examens classés en nationaux et puis un mal-être des étudiants des professions médicales et paramédicales qui vraiment avait été exprimé avec à la fois beaucoup de force et beaucoup de pudeur par les associations étudiantes, donc nous allons..

MARC FAUVELLE
Qui disent que c'est un non-sens, on supprime... il y en a 1 sur 10 à peu près…

FREDERIQUE VIDAL
Nous allons réformer.

MARC FAUVELLE
Qui a l'examen final ?

FREDERIQUE VIDAL
Nous allons réformer profondément les études médicales et les études paramédicales en garantissant évidemment la qualité de la formation qui est excellente en France - et ça évidemment c'est très important de conserver cette excellence - mais en pensant aussi à ce que va être la médecine de demain, il faut qu'on fasse des passerelles : on va avoir des médecins qui vont avoir de plus en plus besoin d'avoir potentiellement des compétences en informatique quand on va travailler au niveau des big data ou de la médecine personnalisée, on va travailler avec des équipes pluridisciplinaires - donc comment est-ce qu'on habitue les jeunes à travailler ensemble - donc on va proposer une réforme complète…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'on peut imaginer que ce…

FREDERIQUE VIDAL
Des études de santé.

MARC FAUVELLE
Pardon madame, est-ce qu'on peut imaginer que cet examen de fin de 1ère année soit tout simplement supprimé ?

FREDERIQUE VIDAL
Il y a des expérimentations qui sont en cours, certaines depuis plusieurs années, d'autres qui ont démarré à la rentrée, qui justement là encore visent à faire en sorte que... c'est très important à cet âge-là , l'âge où on démarre ses études supérieures et je crois que c'est le coeur en fait du sujet qui nous anime au sein du Gouvernement, c'est très important d'avoir une forme de confiance en soi et, lorsque vous avez été brillant pendant vos études secondaires, que vous arrivez et que vous vous heurtez à un concours qui donc estime que finalement vous ne faites pas partie des X pourcents meilleurs, vous n'entendez pas que vous êtes très bon mais simplement vous ne faites pas partie des X pourcents de meilleurs, vous entendez que vous êtes mauvais, et ça c'est terrible.

RENAUD DELY
Sur cette question précisément du numerus clausus, que d'ailleurs le candidat Macron en campagne avait jugé périmé et injuste, je vous propose d'écouter un parlementaire de la majorité, Olivier VERAN - député La République En Marche qui est spécialiste des questions de santé - et qui nous explique que le numerus clausus ça ne sert plus à rien, écoutons-le.

OLIVIER VERAN, DEPUTE LREM DE L'ISERE – MEDECIN – DOC. FRANCE 3
Il n'a plus aucune utilité puisque la France fait partie de l'Europe et qu'il y a la libre circulation des médecins maintenant à travers les frontières de l'Europe, d'ailleurs un quart des médecins qui s'installent en France sont des médecins diplômés étrangers et puis vous avez même maintenant des étudiants Français qui vont apprendre la médecine en Espagne et en Roumanie ou dans d'autres pays européens et qui vont revenir bientôt s'installer avec un diplôme acquis dans un autre pays de l'Europe et qui leur permettra de s'installer, donc il ne sert à rien.

RENAUD DELY
La démonstration est implacable, il ne sert plus à rien ce numerus ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est un diagnostic qui effectivement est un diagnostic réel. Est-ce que ça signifie qu'on n'a plus aucune régulation ? Ca je crois que…

RENAUD DELY
Parce que ça posera un problème notamment en termes d'afflux de nouveaux étudiants dans les amphis de médecine qui sont déjà…

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien c'est-à-dire qu'il faut bien comprendre que la formation des médecins elle passe aussi par une formation très pratique, notamment dans les CHU, et évidemment que cette régulation par rapport à la capacité de formation et au maintien de la qualité de la formation c'est quelque chose qui est essentielle. Après ce que dit monsieur VERAN sur le fait que des médecins puissent s'installer en ayant eu des diplômes dans d'autres pays d'Europe, il y a aussi une forme de régulation là-dessus.

MARC FAUVELLE
Quand on parle de médecine, Frédérique VIDAL, la faculté de Lille je crois – j'espère que je ne dis pas de bêtise - vient de décider d'arrêter le diplôme en homéopathie, il ne délivrera plus de diplôme, on sait qu'il y a une polémique en ce moment sur l'efficacité, sur le remboursement également de l'homéopathie par la Sécurité sociale, est-ce que vous souhaitez qu'on arrête ça partout en France ?

FREDERIQUE VIDAL
Ce qui est très, très clair c'est que le principe même d'une formation universitaire c'est que c'est une formation qui s'appuie sur des données scientifiques et des données de recherche…

MARC FAUVELLE
C'est le cas aujourd'hui de l'homéopathie ?

FREDERIQUE VIDAL
On manque de ces données-là et je crois que c'est une décision qui évidemment revient avant toute chose au président de l'université et au doyen de la faculté de médecine, mais effectivement.

MARC FAUVELLE
C'est étonnant qu'une fac arrête et pas les autres ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, non.

MARC FAUVELLE
Non ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, je ne pense pas.

MARC FAUVELLE
Qu'une fac dise : « pour nous ce n'est pas tout à fait de la science » mais c'est une science... ce n'est plus une science à Lille mais c'en est une à Toulouse ou à Bordeaux.

FREDERIQUE VIDAL
Mais ça dépend en fait quelles sont les recherches qui sont menées dans les différentes universités et, si on a des gens qui sont capables d'avoir une approche rationnelle et scientifique et qui donc transmettent la connaissance obtenue dans une université, voilà.

MARC FAUVELLE
Mais vous votre intime conviction sur l'homéopathie qu'elle est telle ?

FREDERIQUE VIDAL
Moi je n'ai pas à avoir d'intime conviction ou pas sur l'homéopathie.

MARC FAUVELLE
Vous en prenez ?

FREDERIQUE VIDAL
Il y a tellement…

MARC FAUVELLE
Vous en prenez ?

FREDERIC VIDAL
Non je n'en prends pas, mais moi je prends je prends essentiellement de l'aspirine pour... Voilà !

RENAUD DELY
Vous n'en prenez pas mais vous y croyez quand même.

FREDERIQUE VIDAL
Non, non, enfin je n'ai... ce n'est pas une question de croyance ou de pas croyance, un médicament c'est une molécule active qui a un effet…

MARC FAUVELLE
Un peu quand même, un peu quand même, quand vous interrogez les gens un peu quand même, on croit aux effets ou on n'y croit pas. Vous l'avez dit vous-même, il n'y a pas de rapport scientifique aujourd'hui sur l'efficacité prouvée ?

FREDERIQUE VIDAL
Et pourtant on sait l'importance par exemple d'être de bonne humeur sur le système immunitaire.

MARC FAUVELLE
Evidemment nous on essaie chaque matin de rester de bonne humeur…

RENAUD DELY
Absolument on y croit.

MARC FAUVELLE
Avec ou sans homéopathie d'ailleurs. 8h50, Frédéric VIDAL vous restez avec nous, on jette un oeil aux titres de l'actualité avec Boris HALLIER.

(…)

RENAUD DELY
Frédérique VIDAL, si votre loi fonctionne, si Parcoursup est finalement une procédure qui s'avère efficace, les étudiants seront donc mieux orientés, donc heureusement ils n'abandonneront en cours de route et on ne verra plus les amphis se dépeupler notamment après les vacances de la Toussaint, on sait que c'est un phénomène assez rituel, ça signifie que la poussée démographique étudiante va continuer de s'accentuer. On sait qu'il y aura à peu près de 30.000 étudiants supplémentaires par an d'ici la fin du quinquennat, il faudrait donc construire une université par an ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, une fois de plus, sur ces chiffres, je peux rappeler aussi qu'il reste aujourd'hui un peu plus de 120.000 places dans l'enseignement supérieur, donc la question n'est pas à la question de places. Ce qui me paraît important…

RENAUD DELY
La poussée démographique elle est indéniable…

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

RENAUD DELY
Et elle est prévisible.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument.

RENAUD DELY
30.000 étudiants supplémentaires par an.

FREDERIQUE VIDAL
Elle est totalement prévisible, et donc, ce que nous faisons, et ce à quoi le Premier ministre s'est engagé, c'est de ne pas refaire les erreurs du passé, c'est-à-dire que les moyens qui ont été mis en place, dans le cadre du plan étudiants, sont des moyens qui ont permis d'ouvrir des places dans des filières où l'on sait qu'il y a une demande. Il faut évidemment travailler…

RENAUD DELY
Par exemple.

FREDERIQUE VIDAL
Par exemple c'est ce que nous avons fait en ouvrant des places en BTS, en ouvrant des places en IUT, en ouvrant des places en STAPS, voilà, et en ouvrant des places en première année de santé. Donc, l'objectif, vraiment, c'est de mieux orienter, de mieux accompagner. Une fois de plus, ça s'inscrit totalement dans ce processus qui dit que nous avons besoin de jeunes formés, nous commençons à être dans une situation où nous voyons qu'il y a des offres d'emploi qui ne sont pas pourvues parce qu'il y a une forme d'inadéquation entre les emplois d'un côté et les gens qui cherchent des emplois, et donc tout ce travail sur les compétences, sur la formation, sur comment on accompagne mieux les 18-25, tout ce qu'a annoncé le président de la République hier….

RENAUD DELY
Justement, venons-en à cette question de la pauvreté des étudiants, qui est un vrai sujet, on sait qu'il y a à peu près 20 % des étudiants en France qui vivent sous le seuil de pauvreté, il n'y avait pas de mesure spécifique adressée aux étudiants dans le plan d'Emmanuel MACRON hier, et pourtant des syndicats, comme par exemple l'UNEF, considèrent que le coût de la rentrée étudiante a encore progressé fortement en cette rentrée.

FREDERIQUE VIDAL
Alors là encore, l'UNEF peut affirmer absolument ce que l'UNEF souhaite affirmer, ce n'est pas un sujet pour moi.

RENAUD DELY
Mais c'est faux pour vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Quand on supprime 217 euros de cotisation de Sécurité sociale étudiante, on rend aux étudiants…

MARC FAUVELLE
Ça c'est parce qu'on a rattaché les étudiants au régime général de la Sécu…

FREDERIQUE VIDAL
Au régime général de la Sécurité sociale, c'est 100 millions d'euros de dépenses en moins pour les étudiants à la rentrée 2018. Après, j'entends beaucoup de choses…

MARC FAUVELLE
Mais dans le plan pauvreté d'Emmanuel MACRON hier, vous nous reprendrez si on se trompe, il n'y a aucune mesure pour les étudiants.

FREDERIQUE VIDAL
Eh bien pourtant il y a des mesures pour les étudiants…

MARC FAUVELLE
Alors on ne les a pas entendues, quelles sont-elles ?

FREDERIQUE VIDAL
Lorsque l'on parle de l'extension de la Garantie jeunes, on est en train justement de regarder comment on aide des étudiants qui sont peu ou pas diplômés, c'est-à-dire finalement, il ne faut pas rêver, l'orientation elle ne va pas être parfaite du premier coup, les étudiants qui démarrent leurs études, et d'ailleurs le président l'a rappelé hier, et puis qui finalement décrochent, abandonnent, il faut qu'on comprenne pourquoi, et il faut qu'on les empêche de se sentir abandonnés. Et donc, quand on dit qu'on va étendre la Garantie jeunes et que ça va être évidemment accessible pour les jeunes de 18 à 25 ans, c'est 500.00 accompagnements personnalisés là aussi. Vous voyez, le coeur du sujet, c'est que, on peut traiter les problèmes de façon macro et dire il faut faire ceci et ça marchera pour tout le monde, mais ce n'est pas ça la réalité, la réalité c'est que, il faut qu'on comprenne quelles sont les raisons pour lesquelles un jeune s'autocensure, quelles sont les raisons pour lesquelles il se sent rejeté, quelles sont les raisons pour lesquelles il abandonne une formation, qu'il a pourtant demandé au départ, est-ce que c'est parce qu'on a mal expliqué, est-ce que c'est parce qu'il ne se sent pas à sa place, est-ce qu'il faut lui donner des codes supplémentaires…

RENAUD DELY
Alors, Frédérique VIDAL, on va on va aborder un autre sujet. On se souvient qu'au printemps il y a eu de longues occupations d'universités, et qu'il y a eu des événements violents qui s'étaient produits à la fac de droit de Montpellier, un amphi avaient été évacué violemment par un certain nombre d'individus, qui ont été identifiés, dont notamment le doyen de la faculté de droit, et puis une demi-douzaine d'individus qui ont été mis en examen pour complicité d'intrusion dans une enceinte universitaire et puis pour violences en réunion. Quel type de sanctions il faut prendre, et est-ce que vous avez les garanties que ce genre d'événements violents, on se souvient des images très spectaculaires, ne peut pas se reproduire demain dans une enceinte universitaire ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, il y a plusieurs choses. D'abord, je crois qu'il faut, une fois de plus, laisser la justice faire son travail, et moi évidemment je ne peux que me réjouir que l'enquête ait progressé et qu'il y ait aujourd'hui des mises en examen, mais je respecte évidemment complètement la présomption d'innocence. Ce qui m'interpelle, c'est que j'avais la sensation, et je l'ai dit d'ailleurs à plusieurs reprises, et vous voyez, c'est l'importance du ressenti, qu'on avait affaire à un noyautage de certains extrémistes dans les universités au printemps, et que le mouvement auquel on a assisté, qui a été un mouvement très violent, très destructeur, n'était pas un mouvement porté par des étudiants.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire, vous voulez dire quoi sur Montpellier précisément ? Parce que c'est plutôt la mouvance d'extrême droite, identitaire à Montpellier.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, mais les extrêmes utilisent quand même très souvent les mêmes outils, et donc moi, l'extrémisme dans l'université, si vous voulez, pour moi extrémisme et université ce sont vraiment deux mots qui ne peuvent pas…

MARC FAUVELLE
Il n'y avait pas que des extrémistes chez ceux qui ont bloqué les universités, Frédérique VIDAL.

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, moi j'ai passé énormément de temps, dans ma vie, avec des étudiants, j'ai fait des dizaines d'assemblées générales, j'ai connu des contestations étudiantes, les étudiants ne cassent pas leurs locaux, ils ne les cassent pas, et cette année c'est 7 millions d'euros de réparations.

MARC FAUVELLE
Ça c'est la facture totale ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est la facture de réparations, ce n'est pas la facture totale, si on ajoute les divers frais de gardiennage, la délocalisation des examens, etc.

RENAUD DELY
Qui va la payer cette facture ?

FREDERIQUE VIDAL
Une année où on a besoin d'investir plus dans la pédagogie, honnêtement, j'aurais préféré mettre ces 7 millions d'euros ailleurs…

RENAUD DELY
Qui va la payer cette facture de 7 millions d'euros que vous évoquez ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est le ministère qui va prendre en charge ça, parce que j'estime que le travail des universités, l'argent qui leur est confié, c'est pour former la jeunesse, c'est pour faire de la recherche, c'est pour innover, et ce n'est certainement pas pour réparer ce que quelques individus extrémistes, dont peut-être certains ont des cartes d'étudiants, je ne le nie pas, ont fait dans les universités.

MARC FAUVELLE
Merci Frédérique VIDAL d'être venue ce matin au micro de France Info.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2018

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