Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 17 septembre 2018, sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec Europe 1 le 17 septembre 2018, sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : RUGY François de, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY, MINISTRE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce week-end à l'Assemblée nationale, il aurait été facile de montrer que le message lancé par Nicolas HULOT avait été entendu en inscrivant dans la loi l'interdiction du glyphosate dans les trois ans. Finalement, comme au printemps, le ministre de l'Agriculture s'y est opposé, l'Assemblée nationale aussi. La démission de Nicolas HULOT n'aura donc servi à rien ?

FRANÇOIS DE RUGY
Sur le glyphosate, nous avions déjà eu le débat il y a quelques mois en première lecture, comme on dit, de la loi Agriculture et alimentation. Le gouvernement avait déjà à ce moment-là a pris un engagement qui était celui de sortir du glyphosate en trois ans. La seule question, elle était en quelque sorte de forme. C'est-à-dire est-ce qu'il faut inscrire cet objectif dans la loi ou est-ce qu'il faut s'en donner les moyens en négociant avec les professionnels ?

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne pensez pas que c'est utile, vous-même, en tant que ministre de l'Ecologie.

FRANÇOIS DE RUGY
Les deux positions pouvaient bien sûr se défendre mais il faut savoir dépasser la forme. En tout cas ce qui est sûr, parce que je l'ai encore vu sur les réseaux sociaux depuis ce vote, il n'y a pas d'un côté les bons députés qui ont voté l'interdiction tout de suite et, de l'autre côté, les mauvais députés qui diraient : « On se donne les moyens de le faire par la négociation ». Parce qu'il y a pas d'un côté les empoisonneurs et de l'autre côté les empoisonnés.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous savez ce qu'on dit : « Même le ministre de l'Ecologie n'est pas favorable à ce que soit inscrit dans la loi l'interdiction d'un produit potentiellement cancérogène selon l'OMS », un produit reconnu cet été aux Etats-Unis comme responsable du cancer d'un jardinier en phase terminale. Le glyphosate, n'était-ce pas pour vérifier que vous ne vous opposeriez pas aux décisions du gouvernement ?

FRANÇOIS DE RUGY
Quand on est ministre, on ne rentre pas au gouvernement pour passer son temps à s'opposer ; ça n'a aucun sens.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce que Nicolas HULOT faisait un peu.

FRANÇOIS DE RUGY
Ce que l'on veut faire, c'est régler les problèmes, régler les problèmes concrètement. Le glyphosate c'est un problème et, ça, il faut le reconnaître. Moi, j'ai rencontré les organisations agricoles avant d'être ministre, je vais le faire en tant que ministre de l'Ecologie car le ministre de l'Ecologie a aussi à rencontrer les syndicats agricoles, les professionnels de l'agroalimentaire et je leur dis toujours la même chose : de toute façon, le glyphosate, il faut en sortir. Notre objectif de sortir en trois ans, nous le tiendrons, et si jamais ce n'est pas par une voie négociée avec les professionnels, ce sera par la loi. Donc vous voyez que entre l'inscrire dans la loi maintenant ou le faire après avoir négocié d'ici 2021, je crois que le résultat est le même et c'est le résultat qui compte.

AUDREY CRESPO-MARA
François de RUGY, autre chose étonnante. Il y a trois jours, c'est contre l'avis peut écologiste du gouvernement que l'Assemblée nationale a voté l'interdiction des couverts : vaisselle jetable, en plastique. Là encore, le ministre de l'Agriculture ne voulait pas que ce soit interdit et vous, on ne vous a pas entendu là-dessus.

FRANÇOIS DE RUGY
La loi Agriculture et alimentation à l'Assemblée nationale, c'est le ministre de l'Agriculture qui la présente, qui la défend et c'est bien normal.

AUDREY CRESPO-MARA
La défense du plastique, ce n'est pas très nouveau monde.

FRANÇOIS DE RUGY
Sur la question des couverts en plastique, vous savez, nous avions déjà vot quelque chose dans la loi de transition énergétique en 2015, donc on progresse année après année et c'est une bonne chose. Moi, je salue d'ailleurs l'action des députés, leur détermination sur ce sujet.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne la soutenez pas plus que ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais si, bien sûr que si. La lutte contre l'invasion du plastique le, fait que le plastique envahit à la fois notre vie quotidienne et notamment nos plateaux repas dans les cantines, puisque c'est de cela dont il s'agissait, mais aussi envahit malheureusement les mers, les plages, évidemment qu'il faut lutter contre cette invasion du plastique. Après, c'est toujours la même chose. Il faut aussi que ce soit réaliste, que l'on discute avec les professionnels. Là d'ailleurs, il y a un délai de deux ans qui a été mis.

AUDREY CRESPO-MARA
L'écologie fait un bond spectaculaire dans les priorités des Français : plus 11 points par rapport à janvier selon un sondage Kantar-Sofres-OnePoint. La démission de Nicolas HULOT aura au moins servi à ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi, j'ai toujours été convaincu que les Français voulaient avancer. Le frein en matière d'écologie, il n'est pas du côté des Français. Aujourd'hui d'ailleurs, on a dit longtemps : « Il faut éveiller les consciences à l'écologie ». Moi, je crois que les consciences des Français elles sont parfaitement éveillées à l'écologie. Le problème, il est plutôt dans l'action politique, l'action économique, l'action sociale. Là, il y a des freins. Et ces freins c'est mon rôle entre autres de les lever.

AUDREY CRESPO-MARA
Nicolas HULOT avait fini par trop douter de la volonté écologiste d'Emmanuel MACRON. Ceci dit, en janvier 2017, c'est vous François de RUGY qui en doutiez. Vous disiez ceci :
Propos de janvier 2017 :

FRANÇOIS DE RUGY
Le problème, pour moi écologiste, c'est qu'il ne parle pas d'écologie. Je ne sais pas quel est son programme écologique.

AUDREY CRESPO-MARA
Un an et demi plus tard, vous devenez son ministre de l'Ecologie. Vous trouvez ça logique, vous ?

FRANÇOIS DE RUGY
En janvier 2017, il n'avait pas encore présenté son programme et donc encore moins son programme en matière d'écologie. Quand je l'ai rejoint, je l'ai rejoint parce qu'il avait notamment clarifié ses positions sur le sujet.

AUDREY CRESPO-MARA
Des positions que Nicolas HULOT trouvaient si faibles qu'il a préféré démissionner.

FRANÇOIS DE RUGY
Enfin, il ne devait pas les trouver si faibles parce qu'il a quand même accepté d'être nommé au gouvernement au lendemain de l'élection présidentielle, donc juste après que le programme ait été présenté aux Français et qu'il ait été validé au premier tour en plaçant Emmanuel MACRON en tête et ensuite au deuxième tour.

AUDREY CRESPO-MARA
In fine. Seize mois après, disons.

FRANÇOIS DE RUGY
Donc là non, il ne faut pas chercher à nous opposer de cette façon-là. Moi, je crois qu'il y a deux méthodes différentes. Celle de Nicolas HULOT, elle était plutôt en effet sur des discours philosophiques pour essayer de toucher les gens et pour essayer de convaincre. Moi, je suis un élu de terrain au départ. L'engagement pour l'écologie pour moi, c'est l'engagement d'une vie, d'abord dans des associations puis ensuite en tant qu'élu de terrain. Et c'est en m'appuyant sur cette expérience d'élu de terrain que je compte bien faire avancer les choses.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais sur le nucléaire par exemple, candidat à la primaire de la gauche vous promettiez la fermeture des centrales nucléaires pour passer à 100 % d'énergies renouvelables dès 2050. Quand on sait que le gouvernement abandonnait son objectif des 50 % en 2025, avez-vous renié vos idées pour devenir ministre ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais absolument pas. Moi, je fais des propositions. J'ai fait des propositions dans la campagne présidentielle parce que, encore une fois, je considère que c'est le rôle d'un élu, d'un responsable politique qui se présente aux élections. Moi, je me suis toujours présenté aux élections. Vous savez, j'ai convaincu d'abord et avant tout les électrices et les électeurs de me faire confiance et je les remercie toujours de ce grand honneur qu'ils m'ont fait de m'élire hier à l'Assemblée nationale trois fois. Et si je suis aujourd'hui au gouvernement, c'est pour cela. Donc ensuite, ce n'est pas mes propositions, ce n'est pas les propositions de Rugy qui vont être mises en oeuvre au gouvernement : c'est les propositions sur lesquelles nous nous sommes retrouvés, sur lesquels nous sommes rassemblés avec Emmanuel MACRON, avec son gouvernement, avec la majorité parlementaire. Moi, je m'appuierai sur les députés qui sont nombreux au sein de la majorité à vouloir pousser l'écologie en avant.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous dites : « Si je ne peux rien faire, je partirai. » Entre nous, vous pensez vraiment que vous pourrez faire plus que Nicolas HULOT ?

FRANÇOIS DE RUGY
Mais vous savez, Nicolas HULOT a fait des choses en quinze mois. Il y en a certaines que je vais poursuivre et il y en a d'autres que je vais enclencher. Vous savez, quand on aura la programmation pluriannuelle de l'énergie qui va sortir d'ici la fin du mois d'octobre, quand on aura une nouvelle loi sur les transports et déplacements pour résoudre notamment le problème, bien sûr, des gaz à effet de serre mais aussi de la pollution de l'air et s'attaquer à cette question du quotidien des Français : les transports, les déchets, les questions de santé environnement, on parlait des cantines, tout ça c'est le quotidien des Français. L'écologie c'est à la fois le global, la planète et c'est le local, c'est les initiatives. Regardez ce qui s'est passé samedi partout en France avec le World Clean Up Day : c'était quelque chose de formidable. C'était une mobilisation concrète des Français qui ont montré qu'ils étaient prêts à s'engager pour l'écologie.

AUDREY CRESPO-MARA
Ce week-end, Emmanuel MACRON a choqué en expliquant à un jeune au chômage : « Moi, je traverse la rue, je vous en trouve du travail. » Les chômeurs sont chômeurs parce qu'ils ne cherchent pas de travail, c'est ça ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais on peut toujours polémiquer. D'abord, on sait qu'Emmanuel MACRON a un franc-parler et moi je crois que c'est en partie pour cela qu'il a été élu Président de la République, parce que ça changeait un peu de la langue de bois. Après, tout le monde sait qu'il y a deux réalités qui sont incontestables. Il y a un fort taux de chômage en France, beaucoup trop fort, et c'est une de nos priorités de le faire baisser. Et d'un autre côté, il y a des entreprises qui cherchent à recruter et qui ne trouvent pas de salariés avec la bonne qualification. Et là aussi, c'est un problème que nous cherchons à résoudre grâce à la formation professionnelle et la question d'ailleurs de l'écologie y contribuera car il y a beaucoup de nouveaux métiers. L'économie verte est en développement et ce sera une de mes tâches que de la développer encore plus.

AUDREY CRESPO-MARA
Les méthodes d'Emmanuel MACRON déplaisent au sein même de la majorité. La députée Frédérique DUMAS, qui avait participé à la campagne d'Emmanuel MACRON, annonce ce matin qu'elle quitte La République en Marche. « On a le sentiment d'être sur le Titanic » dit-elle. Ce que beaucoup ont appelé la magie Macron s'est évanoui ? Quelque chose s'est brisé ?

FRANÇOIS DE RUGY
J'ai l'impression que là, c'est une démarche individuelle. Elle explique d'ailleurs que c'est à la suite aussi d'un rapport qu'elle avait fait…

AUDREY CRESPO-MARA
Sur l'audiovisuel public.

FRANÇOIS DE RUGY
Voilà, dont elle n'avait pas forcément l'impression que les conclusions étaient reprises et cætera. Ça, ça arrive dans la vie politique.

AUDREY CRESPO-MARA
Frustration personnelle, vous dites.

FRANÇOIS DE RUGY
On a un rassemblement large, ce qui était le cas d'En Marche et il faut continuer d'ailleurs à garder cet esprit à la fois de rassemblement large, surtout pas de sectarisme et moi, en matière d'écologie, c'est quelque chose que j'ai toujours prôné, il faut travailler avec tout le monde. Moi, je travaillerai d'ailleurs, vous savez, à l'Assemblée nationale ou avec les élus locaux quelle que soit leur couleur politique à partir du moment où ils veulent avancer.

AUDREY CRESPO-MARA
Frédérique DUMAS sera l'invitée d'Europe 1 ce soir à 19 heures. Merci François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci, merci bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 septembre 2018

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