Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à France-Culture le 19 septembre 2018, sur l'éducation artistique et culturelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture à France-Culture le 19 septembre 2018, sur l'éducation artistique et culturelle.

Personnalité, fonction : NYSSEN Françoise.

FRANCE. Ministre de la culture

ti :

GUILLAUME ERNER
Plan pour l'éducation artistique et culturelle, réforme de l'audiovisuel public, financement de la création européenne par les plateformes Web, nous accueillons Françoise NYSSEN, ministre de la Culture. Bonjour Madame la Ministre.

FRANÇOISE NYSSEN
Bonjour.

GUILLAUME ERNER
Pour évoquer ces différents dossiers, je sais que vous êtes une auditrice fidèle de France Culture, donc vous voyez les visages qui composent la station, et tout d'abord une question sur le ministère de la Culture, sur les différentes interrogations, lancinantes, depuis déjà de nombreuses années, à quoi sert un ministère de la Culture, Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
Cher Guillaume, vous venez d'y répondre. Vous avez évoqué l'éducation artistique et culturelle, la régulation des plateformes en Europe, l'accès à la culture. Est-ce que vous poseriez cette question par exemple au ministre de l'Education nationale, à la ministre du Travail, de l'Economie ? Bien sûr que c'est un... la culture c'est ce qui nous fonde. Référez-vous au discours de Victor HUGO devant l'Assemblée nationale en 48, qui défend cet institut.

GUILLAUME ERNER
Qu'est-ce qu'il disait, Victor HUGO, à l'époque ?

FRANÇOISE NYSSEN
Eh bien il disait que bien sûr il fallait tenir un Etat, tenir ses dépenses, mais que ce qui fonde notre richesse, à savoir la richesse de l'esprit et toutes les richesses de l'âme, eh bien il fallait l'accompagner plus que jamais par ces temps-là et par ces temps-ci.

GUILLAUME ERNER
Qu'est-ce qui constitue d'ailleurs la culture de Françoise NYSSEN ? Alors, on sait que vous étiez éditrice, mais qu'est-ce que vous aimez ? J'ai l'impression que vous avez des goûts assez éclectiques. Est-ce que vous pourriez nous donner quelques aperçus de votre culture ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, je crois que je peux me définir comme quelqu'un d'extrêmement curieux. J'adore découvrir, d'ailleurs, pendant 40 ans j'ai passé mon temps à découvrir, en écoutant France Culture j'aime découvrir, mais aussi les autres radios, bien évidemment, et c'est une véritable passion, et c'est vrai que je me nourris au quotidien de musique, de cinéma, de théâtre, de littérature, de visites, bon…

GUILLAUME ERNER
Alors, je sais que c'est toujours difficile pour une ministre de la Culture de faire des choix, parce que vous ne voulez fâcher personne, mais en tout cas, parmi les artistes que vous suivez depuis longtemps, donnez-nous quelques exemples de ces artistes.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, des artistes qui interrogent à leur façon le monde, et que je suis depuis longtemps et avec qui j'entretiens des relations je dirais de presque nourriture, je pense à Michelangelo PISTOLETTO, qui est un des grands plasticiens et un des fondateurs de l'Arte Povera, qui est aussi une façon d'interroger l'art pour ce qu'il peut nous dire du monde, comment accompagner, comment réfléchir devant. C'est lui qui a inventé cette expression tellement jolie qui s'appelle : la démopraxie.

GUILLAUME ERNER
C'est-à-dire ?

FRANÇOISE NYSSEN
Eh bien c'est-à-dire que, c'est pas tellement la démocratie que le fait de pratiquer, qui permet un véritable partage et une véritable implication de chacun dans l'avenir qui nous concerne tous.

GUILLAUME ERNER
Et, lorsque par exemple vous fréquentez les oeuvres de JR, je crois qu'il y a également Anselm KIEFER qui vous est proche, en tout cas ses oeuvres vous sont proches, qu'est-ce que vous y trouvez Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
Des interrogations, une émotion, souvent c'est une émotion mais vous en citez deux qui interrogent en permanence l'histoire, notamment pour Anselm KIEFER, mais il faut s'être promené dans cette incroyable lieu qui s'appelle Barjac, où il a construit, installé, un nombre incroyable de ses sculptures, c'est absolument impressionnant et accueilli aussi des jeunes artistes, parce que c'est ça aussi ces grands artistes qui sont nos références, mais qui sont aussi les passeurs et les accompagnateurs des jeunes artistes qui seront les grands de demain. Donc, j'aurai envie de vous parler, par exemple je suis arrivée au ministère il y avait dans le Salon Jérôme, il y avait un portrait du prince Jérôme qui était le premier habitant de la rue de Valois, et j'ai mis à la place une magnifique tapisserie, qui était la représentation d'un tableau de Louise BOURGEOIS, grande artiste qui est plus connue pour…

GUILLAUME ERNER
Présentez-nous Louise BOURGEOIS, pour ceux…

FRANÇOISE NYSSEN
Louise BOURGEOIS, c'est une artiste franco-américaine qui est très connue pour ses grandes araignées, et c'est une artiste qui disait, les femmes, qui était la cause des femmes, qui était la souffrance des femmes, j'ai mis dans la salle à manger du ministère où j'accueille les visiteurs, des tableaux de cette « jeune » artiste libanaise, Etel ADNAN, et aussi, toujours dans Salon Jérôme, des sculptures d'un jeune Syrien, qui est accueilli à l'atelier des artistes en exil dans le XVIIIème. Vous voyez, donc c'est très éclectique, mais c'est parce que ces gens nous disent aussi quelque chose du monde et ils nous interrogent, et c'est en cela que moi-même je me nourris d'eux. Mais je vous parle là d'artistes plasticiens, je pourrais vous parler de JR, je pourrais vous parler des musiciens, de la musique, à la fois de la musique classique mais de la chanson. Moi je suis une férue de chanson.

GUILLAUME ERNER
Par exemple.

FRANÇOISE NYSSEN
Ah ! Ecoutez, je vais vous parler de la plus belle chanson du monde, qui n'est malheureusement pas assez connue, qui est une chanson qui a été écrite par Anne SYLVESTRE, qui s'appelle « Une sorcière comme les autres », chantée par Pauline JULIEN. Alors je vous invite à la connaître…

GUILLAUME ERNER
Je ne la connais pas. Je ne peux pas vous la chantonner, malheureusement.

FRANÇOISE NYSSEN
Je pense que c'est une chanson à connaître, qui dit : les femmes mieux que tout autre texte.

GUILLAUME ERNER
Le ministère de la Culture est un ministère compliqué, notamment parce qu'il est double, c'est le ministère des artistes et c'est le ministère du public. Les artistes, vous les voyez quotidiennement, vous pensez à eux aujourd'hui, d'après vous quelles sont leurs craintes, pourquoi sont-ils inquiets Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
Mais c'est constitutif de l'artiste. Si quelqu'un devient artiste, s'exprime de cette façon-là, c'est qu'il a une interrogation, donc forcément c'est par essence même les gens qui posant les questions du monde, étant dans cette émotion-là, sont forcément des gens inquiets et il s'agit d'être à l'écoute et de les accompagner, et ça c'est un rôle bien précis du ministère de la culture, c'est tout sur tous les sujets qui peuvent les interroger, d'être là et de les accompagner. C'est eux qui font la richesse de notre pays, c'est eux qui font la fierté de la France, ici, partout, ils sont donc... l'écoute et l'accompagnement des artistes elle est essentielle.

GUILLAUME ERNER
Alors justement, vous, Françoise NYSSEN, ministre de la Culture, qu'est-ce que vous pouvez faire pour ces artistes ? Il y a beaucoup d'interrogations aujourd'hui sur des budgets en diminution, sur des questions de droits d'auteur qui sont des questions essentielles pour eux, puisque ce sont leurs moyens d'existence tout simplement.

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, pour la question des budgets, je reprends le discours de Victor Hugo à l'Assemblée en 48, il n'y a pas de diminution de budget de la culture, le budget du ministère de la Culture est un budget qui est maintenu, qui est même en légère augmentation, donc il ne s'agit pas de cela. Et puis le ministère de la Culture, ce n'est pas qu'un budget, ce sont des équipes, c'est les politiques, c'est une façon d'accompagner, et ces artistes, et de faire en sorte que la culture soit accessible, parce que c'est ça la grande question aujourd'hui de la culture. La culture c'est ce qui nous fonde, mais c'est ce qui aussi peut séparer. Il y a quand même toute une partie de la population qui n'a pas accès, pour toutes sortes de raisons, ou qui dit « la culture ce n'est pas pour moi, c'est pour les autres ».

GUILLAUME ERNER
Mais alors justement, avant de parler du public, il y a quand même beaucoup d'artistes, Françoise NYSSEN, qui disent : bon, la culture c'est une coterie, il y a l'art officiel celui qui est légitime, puis il y a l'art des marges, qui lui n'est pas reconnu. Est-ce qu'il y a un certain nombre de politiques qui peuvent être menées pour ces arts-là qui ne sont pas forcément des arts reconnus ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, le ministère de la Culture est attentif à toutes formes d'expression et elles sont multiples. Alors vous parlez des auteurs, ils ont toujours été écoutés, j'ai passé 40 ans à accompagner, 40 années de ma vie à accompagner le …

GUILLAUME ERNER
Vous étiez éditrice.

FRANÇOISE NYSSEN
A accompagner les auteurs, à accompagner les musiciens, parce que pendant le même temps j'ai organisé des concerts, des lectures, donc je suis dans cette attention je dirais viscérale aux créateurs, et c'est eux qui font la richesse de ce monde et qui nous transmettent la culture, donc évidemment, il s'agit d'être attentif à tous leur modes d'expression. Et le ministère de la Culture est attentif à tous les modes d'expression, que ce soit le design, que ce soit les arts plastiques, que ce soit la musique, la création, l'interprétation, enfin, la littérature, tous les arts sont présents et sont dans le travail que nous faisons au quotidien au ministère la Culture.

GUILLAUME ERNER
Alors parlons maintenant du public, puisque c'est effectivement un point sur lequel vous avez beaucoup insisté, il faut que la culture aille vers le plus grand nombre, c'est un discours que l'on retrouve chez vos prédécesseurs. Quelles sont les mesures que vous avez engagées, que vous voulez engager Françoise NYSSEN, pour que cette démocratisation ne demeure pas lettre morte ?

FRANÇOISE NYSSEN
C'est une grande question, repartons au constat. Aujourd'hui c'est vrai que la France rayonne, est riche de sa culture grâce à ses artistes, rappelons-le, toujours, mais pour autant c'est vrai que toute une partie, il y a une fracture, il y a des populations entières qui n'ont pas accès, il y a tout un pan du public qui dit : non, ce n'est pas pour moi, ça ne me concerne pas. Ça peut créer aussi, je veux dire, d'une certaine façon la culture peut rassembler, être ensemble pour écouter un concert, écouter ensemble France Culture, aller voir une exposition ensemble, et puis il y a ceux qui n'y vont pas. Et c'est vrai qu'il y a cette fracture, elle existe, et donc c'est le principal, la principale attention que nous portons, c'est de travailler, de voir comment faire pour que cette fracture n'existe plus. Et c'est une obsession, une ambition, et pour cela…

GUILLAUME ERNER
Alors, concrètement Françoise NYSSEN, qu'est-ce que vous pensez faire, qu'est-ce que vous avez fait, qu'est-ce que vous voulez faire pour que précisément la culture aille vers les publics qui ne sont pas nés pour elle, c'est-à-dire qu'on connaît donc tous les obstacles qui peuvent intimider dans un musée. Qu'est-ce qu'on peut faire pour faire tomber ces obstacles ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, commencer au plus tôt, c'est-à-dire dès le plus jeune âge, c'est-à-dire la formation culturelle à l'école, que tous les enfants, parce que l'école par excellence c'est le lieu de l'égalité, et amener de façon massive la culture à l'école, me paraît le premier élément pour lutter contre cette ségrégation culturelle, et c'est un des points forts de la politique que je mène. Il y a quelques jours, enfin deux jours, je présentais avec Jean-Michel BLANQUER ce Plan de l'école des arts et de la culture parce que c'est là que peut se prendre cette politique-là. C'est vrai que les enfants ne sont pas tous égaux selon d'où ils viennent, ils n'ont pas... à l'école ils y sont, mais en dehors la différence peut vite se creuser entre ceux qui ont l'habitude d'aller, ou la possibilité d'aller au cinéma, d'aller au théâtre, d'aller voir une exposition. Donc il est vraiment capital de faire en sorte que la culture soit accessible et qu'elle soit à l'école, qu'elle empêche que se creuse ce fossé entre les enfants dès cet âge-là, c'est la première priorité je dirais de la politique que je mène depuis que je suis arrivée. Et la deuxième, c'est évidemment de faire en sorte que cette culture soit partout accessible, et donc c'est les territoires, c'est de faire en sorte, c'est la proximité.

GUILLAUME ERNER
Alors justement, comment faire pour donc se mettre à la portée, donc de tous, dans ces territoires, des pièces, des oeuvres, qui généralement sont réservées à des métropoles ? Est-ce qu'il y a une possibilité concrète, il y a eu un certain nombre d'expérimentations, que souhaitez-vous faire Françoise NYSSEN à ce sujet ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors là il y a plein de champs sur lesquels on peut travailler et sur lesquels nous avons déjà déployé des politiques. Je peux citer celle sur le patrimoine par exemple, puisque on sort des Journées européennes du patrimoine, qui est une véritable passion française, 12 millions de personnes qui vont voir le patrimoine près de chez eux ou qui viennent visiter des lieux qu'ils n'ont pas l'habitude de visiter, par exemple, rien que rue de Valois, c'est plus de 1 000 personnes qui viennent visiter les bureaux de la République. Voilà, ça c'est une façon de travailler sur la culture de proximité et l'autre axe sur lequel on a travaillé, ce sont les bibliothèques. A peine arrivée, j'ai décidé de confier une mission à ce passionné de lecture qu'est Erik ORSENNA, pour développer et déployer un plan qui facilite encore plus l'accès, l'ouverture aux bibliothèques pour l'ensemble de la population.

GUILLAUME ERNER
Alors justement, ce plan il en est où, puisque bien souvent les médiathèques, les bibliothèques sont fermées le week-end ou en tout cas le dimanche, est-ce qu'il y a une possibilité, on sait que cela passe par un certain nombre de négociations, Françoise NYSSEN, où en êtes-vous à cet égard ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, le plan est en route, puisqu'Erik ORSENNA nous a remis en février de cette année des propositions et je dirais un rapport très étayé sur l'importance et de ces maisons de services publics culturel, je dirais, il y en a 16 000 en France, c'est énorme, le territoire est maillé par ces lieux qui sont des lieux d'accueil et effectivement il s'agit que ces lieux d'accueil soient accueillants aux heures où on peut les fréquenter, donc il y a tout un travail sur les bibliothèques. Mais comme on parlait de la proximité et de l'accès aussi, c'est ce plan qu'on va déployer et qui s'appelle « La culture près de chez vous », où on propose et on demande aux artistes qui le font déjà de façon assez systématique mais on généralise en fait, le ministre de la Culture écrit, fait un peu le chef d'orchestre et l'effet de levier par rapport à toutes ces politiques qui existent, mais qu'il s'agit de déployer, d'organiser de façon cohérente, donc des artistes sur les routes pour aller au plus près des gens, des oeuvres aussi, pourquoi des oeuvres ne seraient accessibles que pour ceux qui peuvent venir par exemple dans la capitale ?

GUILLAUME ERNER
Alors, si on résume votre politique Françoise NYSSEN, pendant très longtemps on a été dans le domaine du ministère de la Culture, dans le développement de l'offre, autrement dit du côté des artistes. Vous, vous souhaitez passer du côté de la demande, en étant du côté des publics et notamment en prenant un public jeune, parce qu'en fait il y a un certain nombre de sociologues, il n'y a pas que des artistes dans la vie, Françoise NYSSEN, il y a aussi des sociologues, des sociologues de l'art, et eux pensent que si l'on multiplie les contacts entre l'art au plus jeune âge, notamment auprès des publics qui n'ont pas dans leur famille des gens cultivés, eh bien on peut faire en sorte que l'art se diffuse parmi tous ou en tout cas auprès du plus grand nombre. Est-ce que c'est ça finalement ce que vous avez essayé de faire, ce que vous nous expliquiez sur les médiathèques, sur l'éducation artistique et culturelle ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, ça c'est la culture près de chez vous, la proximité, en cela aussi tout ce qui se fait au niveau de la proximité dans l'audiovisuel public. Enfin, la notion de proximité c'est vraiment un axe fort de la politique que je mène, mais la culture à l'école dès le plus jeune âge, c'est d'une certaine façon ce qu'on pourrait dire, la confrontation sensible. On naît culture, c'est ce qui nous fonde, donc d'être dès le plus jeune âge nourri de culture, entendre les mots s'émerveiller face à une oeuvre, eh bien c'est quelque chose qui peut changer notre destin, notre parcours, c'est aussi ce qui permet dès le plus jeune âge de prendre confiance, de ne pas être assigné au rôle auquel on pourrait être assigné par le lieu d'où on est issu, la famille etc. Donc c'est fondamental que ça se passe dès le plus jeune âge, à la fois pour se constituer en tant qu'être humain et en même temps pour qu'on ne soit pas dans une situation d'inégalité croissante au fur et à mesure du parcours scolaire. Donc cette notion de la culture à l'école, dès le plus jeune âge, et de façon intense, elle est essentielle.

GUILLAUME ERNER
L'autre question qui se pose souvent au ministre de la Culture, c'est l'opposition entre une culture de droite, le patrimoine, je dis très schématiquement et pour vous faire sursauter, d'ailleurs vous sursautez, et une culture de gauche qui elle serait plus constituée de choses abstraites, avec parfois aussi toute une dimension provocatrice. Comment vous opérez ce choix puisque vous n'avez pas l'air de vouloir accepter ce clivage ?
FRANÇOISE NYSSEN

Mais, définitivement, on fonctionnait en compartimentages, en silo, ça n'a aucun sens. Et, vous parlez de politique patrimoniale, de plus en plus, eh bien que les grands lieux patrimoniaux sont habités aussi par des créations d'artistes, les choses se mélangent et donc il n'y a absolument pas à faire d'un côté cette culture qui serait dite de gauche par rapport à une culture de droite qui serait le patrimoine. Les Français sont extrêmement fiers de leur patrimoine ils ont à coeur, on le montre, toutes les opérations qui se jouent, que ce soit le Loto du Patrimoine, que ce soit les plates-formes de financement du patrimoine, montrent l'engagement et comment les Français sont attachés à leur patrimoine.

GUILLAUME ERNER
Françoise NYSSEN, on se retrouve dans une vingtaine de minutes pour continuer à évoquer votre politique, puisque vous êtes ministre de la Culture, évoquer également les actions à venir. On parlera notamment du Pass culture qui est l'une des actions que vous souhaitez engager vis-à-vis des jeunes.

CLARA LECOQ-REALE
Françoise NYSSEN, y-a-t-il vraiment aujourd'hui un manque d'apprentissage dans cette école, et est-ce que vous prenez vos distances ?

FRANÇOISE NYSSEN
Alors, pas du tout, je vous rappelle, vous l'avez dit, que j'ai créé cette école avec mon mari en 2015, et aujourd'hui je ne m'en occupe plus, puisque je suis ministre de la Culture, mais je rappelle que je l'ai créée effectivement suite à la disparition de mon fils et fort du constat que certains enfants ne trouvent pas leur place dans le système scolaire, et cette école a été créée pour offrir une possibilité à des enfants qui ne trouvent pas, dans un circuit classique, les apprentissages. Et depuis le début, cette école a été créée sur le principe d'attention aux enfants, pour qu'ils aient le désir d'apprendre, pour qu'ils apprennent, pour qu'ils soient fondés. Donc, tout ce qui est dit là…

CLARA LECOQ-REALE
Que répondre aux inquiétudes des parents d'élèves qu'on a entendus dans ce reportage ?

FRANÇOISE NYSSEN
Mais, je ne sais pas si on a entendu des parents d'élèves, en tous les cas, elle a été fondée absolument dans l'idée que ce ne soit pas une école avec la moindre étiquette pédagogique qui soit.

GUILLAUME ERNER
Donc, ce qui veut dire que l'anthroposophie, parce que c'est un mot qui fait peur, on dit que c'est une secte, est-ce que vous vous sentez proche de ce mouvement ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ah mais il n'est absolument pas question d'anthroposophie dans cette école, enfin, c'est un fondamental, c'est une école pour les enfants, pour leur donner le désir d'apprendre, et pour qu'ils soient des adultes, deviennent des adultes heureux, émancipés, responsables, et il n'est pas question d'autre chose. Aujourd'hui je ne m'en occupe plus, parce que je suis ministre de la Culture.

CLARA LECOQ-REALE
Le directeur pédagogique, qui a été mis à la porte cet été, était proche de ce courant.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, c'est sans doute parce que le souci des dirigeants de l'école, est effectivement d'être dans une école sans étiquette, qui s'occupe d'abord des enfants, et donc il a du y avoir un différend entre eux, et donc effectivement ce n'est pas du tout une école Steiner, enfin, je... absolument.

CLARA LECOQ-REALE
Merci Françoise NYSSEN. Vous restez avec nous pendant encore au moins 40 minutes dans « Les matins de France Culture ».

(…)

CLARA LECOQ-REALE
Françoise NYSSEN, ministre de la Culture, je me retourne vers vous. Jean PIAT, comédien reconnu, à la palette très large, il a su jouer à la fois du classique et des feuilletons télévisés, on l'a entendu.

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà, encore un grand homme qui part. Drôle de journée, c'est tous les arts qui sont en deuil, Paul VIRILIO…

CLARA LECOQ-REALE
Urbaniste, philosophe.

FRANÇOISE NYSSEN
Urbaniste et qui a beaucoup parlé de la vitesse, qui est un mal peut-être en certaines circonstances, Marceline LORIDAN, bien évidemment, et maintenant Jean PIAT, décédés. Ces trois personnages ont en commun d'avoir été habités par ce qu'ils font et le souci de transmettre jusqu'à la dernière seconde.

(…)

GUILLAUME ERNER
Merci Frédéric SAYS, on retrouve votre billet politique sur le site de France culture, vous restez avec nous car nous sommes en compagnie de la ministre de la Culture Françoise NYSSEN. Par rapport à ce que vient de dire Frédéric SAYS sur cette affaire Benalla, votre point de vue, on ne vous a pas entendu Madame la Ministre.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, je ne vais pas ajouter à ce billet extrêmement étayé sur le point de vue juridique, tout acte violent effectivement est troublant, la vidéo comme on a pu l'observer en boucle m'a choqué, mais il y a eu décision rapide du Président et qui me paraît parfaitement appropriée.

GUILLAUME ERNER
Est-ce que ça révèle quelque chose sur la nature de la macronie, comme on a pu le lire, Françoise NYSSEN ?

FRANÇOISE NYSSEN
A partir de cet acte-là et de faire tout ce qui s'ensuit, je crois que c'est une façon de... Non, non, je ne pense pas que ce soit un révélateur, je pense qu'il y a tellement d'autres choses et, là, je suis là pour vous parler de la culture - la culture qui habite je dirais l'ensemble du Gouvernement et notamment le Président avec qui j'ai passé pas mal de temps ces derniers temps pour les Journées du patrimoine, pour des spectacles – enfin, voilà, il y a des tas de choses qui sont autrement révélateurs, révélatrices de ce qu'est ce Gouvernement.

GUILLAUME ERNER
Mais justement, parce qu'on vous écoute depuis quelques minutes Françoise NYSSEN, vous êtes une femme de culture et on se dit : finalement, qu'est-ce que vous êtes venue faire dans cette galère ? J'ai par exemple L'Express de ce jour, il y a donc Gérard COLLOMB - le ministre de l'Intérieur - et les journalistes qui sont un peu malicieux ont titré d'une phrase sur l'immigration de Gérard COLLOMB, sur l'immigration, je le cite : « sortons du politiquement correct », elle vous plaît cette phrase ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, Gérard COLLOMB est par définition un homme politique, une véritable bête politique, j'étais encore avec lui à Lyon pour cette extraordinaire Biennale de la danse et ce défilé extraordinaire avec tous les quartiers aidés : les petits, les grands, les vieux, les jeunes, les gens de toutes origines qui dansent ensemble, donc voilà c'est ça Lyon ; c'est ça aussi…

GUILLAUME ERNER
Vous voulez dire qu'il n'est pas aussi méchant qu'il n'en a l'air ?

FRANÇOISE NYSSEN
Il n'est certainement pas méchant et il est certainement aussi habité par la culture. Vous parliez de : qu'est-ce que j'étais venue faire dans cette galère en responsabilité ? J'ai passé ma vie à m'engager, à accompagner, à accompagner la création, à accompagner les artistes, à défendre, à proposer une vie culturelle aussi, c'est ça que je suis venue faire en responsabilité, c‘est un engagement, je ne me considère pas autrement ma vie qu'en responsabilité.

FREDERIC SAYS
Justement quand vous êtes apparue au Gouvernement les commentateurs ont parlé de la société civile à travers votre exemple – ce qui est une expression assez curieuse, voire agaçante, comme si les responsables politiques n'étaient pas issus de la société ou n'étaient pas des gens civils – pourtant vous avez maintenant voilà 16 mois d'expérience à la tête de ce ministère, avec le recul qu'est-ce qui vous a le plus surpris dans la fonction politique, ce à quoi vous vous attendiez le moins finalement ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, je crois que ce n'est pas très intéressant de voir ce qui m'a surpris, ce qui est intéressant c'est de savoir ce qu'on peut faire quand on y est et c'est un lieu où on peut faire, on peut accompagner cette politique que je mène de façon déterminée pour faire en sorte que cette ségrégation culturelle qui existe on puisse espérer qu'à la fin du quinquennat les enfants ne disent plus : « ça ce n'est pas pour moi », que de l'ensemble de la population se sente autorisé par les différents dispositifs qu'on met en place…

GUILLAUME ERNER
Mais est-ce qu'il y a eu des obstacles auxquels vous ne vous attendiez pas ?

FRANÇOISE NYSSEN
Mais la vie n'est jamais ans obstacle et la vie est faite pour avancer et justement les obstacles pour être dépassés, toute ma vie je n'ai fonctionné que comme ça.

GUILLAUME ERNER
Mais je connais mon camarade SAYS, je sais qu'il a des arrière-pensées…

FREDERIC SAYS
Ah ! Non.

GUILLAUME ERNER
Alors, parmi les obstacles…

FREDERIC SAYS
Guillaume ERNER me prête…

GUILLAUME ERNER
Que l'on peut penser et avoir mis sur votre chemin, il a par exemple cette interview pas forcément gentille d'une ancienne députée La République En Marche Frédérique DUMAS dans Le Parisien - on dit qu'elle briguait votre poste, il y a beaucoup de gens qui briguent votre poste - et puis elle dit : « mais Françoise NYSSEN ne peut pas défendre le patrimoine puisque dans les travaux qu'elle a faits dans l'hôtel particulier que sa société occupe, occupait devrais-je dire puisque vous n'êtes plus à la tête de cette société même si cette société poursuit l'occupation de ce bien, vous n'avez pas respecté un certain nombre de règles liées au Code la construction ». Votre réponse à Frédérique DUMAS et à ceux finalement qui tiennent ce discours, Madame le Ministre ?

FRANÇOISE NYSSEN
Je crois que Frédérique DUMAS exprime surtout... elle parle d'elle, elle parle de sa frustration. Est-ce qu'elle cherchait une reconnaissance, une gratitude individuelle ? Moi ce n'est pas ce que je cherche, ça ne m'intéresse pas, donc je pense qu'elle parle plus d'elle-même que d'autres choses.

FREDERIC SAYS
Elle parle aussi du fond dans cette interview du Parisien, vous savez que ça été aussi la rapporteure des travaux parlementaires pour la future loi sur l'audiovisuel qui est en train d'être bouclée, qui sera présentée d'ici la fin de l'année sous votre autorité évidemment, et elle dit : « cette loi, elle a été menée - je cite ses termes évidemment - avec la mainmise de technocrates hors-sol et cyniques et, selon elle, cette réforme consiste à habiller des économies », c'est encore son expression, question simple sur cette réforme : comment vous pouvez vous ministre de la Culture évidemment garantir par exemple la spécificité de toutes les chaînes du service public ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, sa déclaration est paradoxale, elle a fait effectivement un travail - mais elle l'a fait de son côté - il y a des parlementaires qui prennent leur dossier avec beaucoup de sérieux, de passion, de connaissance et qui travaillent ensemble, je crois que le fait de travailler ensemble c'est une force et cette transformation de l'audiovisuel pour s'adapter aux enjeux du numérique, aller encore plus vers les publics, vers l'excellence – ce que nous partageons ici - elle s'est faite effectivement pas de façon isolée et pas avec une idée budgétaire mais une idée d'avancer ensemble et elle s'est faite précisément avec les gens qui le font et notamment les responsables des différentes sociétés, donc typiquement là on est sur deux façons de travailler, ou on fait ensemble ou on fait de son côté tout seul et on cherche de la reconnaissance.

GUILLAUME ERNER
Je continue de vous embêter, Madame la Ministre, parce que donc sur ces travaux lorsqu'on dit voilà vous défendez le patrimoine et vous n'avez pas respecté un certain nombre de règles, qu'est-ce que vous répondez ?

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, je réponds à ce que j'ai répondu, Actes Sud s'est engagé au cas où il y a des mises en conformité qui s'avéreraient nécessaires ils s'y conformeront bien évidemment.

GUILLAUME ERNER
Une question sur la redevance, vous étiez il y a quelques jours dans l'ouest de la France, vous avez lancé un débat sur la redevance, au nom de l'équité en fait entre ceux qui regardent les programmes sur leur téléviseur qui paient 139 euros annuels et puis ceux qui regardent par exemple la télévision sur ordinateur ou sur tablette et qui ne paient pas évidemment cette redevance qui est liée à la possession d'un téléviseur - évidemment ce n'est pas pour tout de suite cette réforme - mais quelles sont les pistes sur la table qui vous sembleraient justifiées ?

FRANÇOISE NYSSEN
Effectivement vous évoquez la redevance télé qui était un élément d'une intervention qui était beaucoup plus générale et qui était sur la régulation et sur la protection du droit d'auteur…

GUILLAUME ERNER
Donc, ce n'est pas une question anodine.

FRANÇOISE NYSSEN
Et qui n'est pas une question anodine, mais vous savez que la redevance sera affectée effectivement par la suppression de la taxe d'habitation - puisqu'elle est aujourd'hui recouvrée en même temps que la taxe d'habitation - et là ce qui a été dit c'est que le Gouvernement réfléchit à la manière dont fonctionnera la redevance télé une fois le la taxe d'habitation disparue…

GUILLAUME ERNER
Mais vous, Françoise NYSSEN, vous avez une idée là-dessus ?

FRANÇOISE NYSSEN
Mais il n'y a pas d'urgence. Mais pour l'instant aucune décision n'a été prise, ni sur le futur circuit de recouvrement de la taxe, ni sur l'évolution de ses règles, et une chose que je peux affirmer et dire aujourd'hui c'est qu'il n'y aura pas de hausse de la redevance, ni de recette de la redevance, je crois que c'est ça qu'il faut dire à nos auditeurs.

GUILLAUME ERNER
Parmi les mesures importantes que vous portez, Françoise NYSSEN, il y a le fameux Pass Culture, j'ai entre les mains justement ce Pass Culture qui se présente sous forme d'appli, parce qu'en fait c'est ça qui est l'une de ses particularités, c'est une application donc sur un téléphone portable et une application qui permet - je suis en train donc d'avoir entre les mains la version bêta comme on dit, donc c'est une version en développement - qui permet en fait aux jeunes et peut-être aussi d'ailleurs aux moins jeunes de visualiser où il y a un certain nombre de spectacles, un certain nombre de création culturelles et donc d'avoir accès ou plus facilement accès à cette culture, est-ce que vous pouvez nous détailler un peu Françoise NYSSEN comment ça va marcher ?

FRANÇOISE NYSSEN
D'abord le principe de la chose c'est vraiment un outil de reconquête d'un public éloigné, on parlait de ségrégation culturelle, vous posiez la question de savoir comment on peut faire... clairement le Pass Culture est un outil formidable pour permettre cet accès à la culture, puisque, comme vous l'avez dit, c'est un outil d'information. Donc, qu'est-ce que c'est ? C'est une application mobile géolocalisée, pour utiliser un terme courant, qui permettra à tout jeune qui s'en servira de savoir la multiplicité de l'offre à proximité de chez lui et avec l'offre dans sa globalité et dans tous ses aspects - et ça rejoint toutes les lignes de force de la politique que je mène, notamment tout ce qui concerne la pratique artistique et culturelle - un cours de hip-hop, un cours de théâtre, une rencontre avec un auteur dans un café, dans une librairie, une exposition commentée avec des artistes ou des médiateurs, donc pratique accès, accès pratique, c'est vraiment les éléments phares de ce Pass Culture.

GUILLAUME ERNER
Et alors, concrètement, c'est pour quand et c'est pour qui ?

FRANÇOISE NYSSEN
Le Pass Culture tel qu'il a été annoncé dans le programme du Président c'est à 18 ans les jeunes recevront un Pass Culture qui correspondra à un montant de 500 euros, donc vous voyez on peut…

GUILLAUME ERNER
A partir de quelle année, parce que Frédéric SAYS s'approche des 18 ans, mais je crains que ce soit malgré tout raté pour lui, mais…

FREDERIC SAYS
En partie pour nous, je crois.

GUILLAUME ERNER
Donc ça sera pour quelle génération ?

FRANÇOISE NYSSEN
On a travaillé de façon tout à fait originale pour rétablir ça, parce qu'on avait vraiment le sentiment qu'on avait la possibilité de déployer une politique d'accès totalement cohérente avec les grands objectifs que nous nous fixons par rapport à l'accès, à cette ségrégation culturelle, donc on a travaillé un peu avec les outils, les méthodes de notre époque, on a développé à travers ce qu'on appelle une start-up de l'Etape, parce que ça existe, nous sommes un des premières ministères... en tout cas c'est la première start-up que le ministère de la Culture développe, on l'a fait, on a développé cela en travaillant aussi dans des ateliers avec des jeunes et avec des publics concernés, avec ce qu'on peut appeler des offreurs - les acteurs culturels - pour le déployer. Pour avancer on a décidé de faire des expérimentations, donc on a eu une première phase qui s'est faite... ça fait quelques mois que le processus démarre…

GUILLAUME ERNER
Que l'expérimentation est en cours.

FRANÇOISE NYSSEN
Donc on a fait une première phase de tests techniques, parce qu'il s'agissait de…

GUILLAUME ERNER
Voilà, donc je l'ai là sous les yeux, elle fonctionne.

FRANÇOISE NYSSEN
Donc qui marche, voilà, que les jeunes la prennent en main pour voir comment elle fonctionne. On a fait cela sur cinq territoires d'expérimentation avec une population variée et avec des spécificités particulières, par exemple en Guyane, par exemple dans l'Hérault, en Bas-Rhin, en Finistère, en Seine-Saint-Denis, donc avec des jeunes qui sont dans ces différents territoires on a testé au niveau technique et, maintenant, on va commencer une phase d'expérimentation en vraie grandeur à partir de l'automne pour que 10.000 jeunes de l'ensemble de ces territoires puissent tester cette application…

GUILLAUME ERNER
Cette application que j'ai sous les yeux.

FRANÇOISE NYSSEN
Avec la possibilité de l'accès pour 500 euros à toutes sortes de pratiques et de sorties…

GUILLAUME ERNER
Il y a des professionnels de la culture, mais pas que d'ailleurs, qui sont un peu sceptiques parce qu'ils disent : « il y a déjà beaucoup d'actions de gratuité vers les jeunes », est-ce qu'il fallait vraiment une étape de plus, est-ce qu'encore une fois ça ne va pas profiter aux mêmes puisque finalement c'est ça en fait la critique des processus de démocratisation d'accès à la culture ?

FRANÇOISE NYSSEN
Mais la critique vient de l'interrogation je dirais d'une certaine façon et il l'interrogation permet d'y répondre et, donc, je vous remercie de me poser toutes ces questions parce que c'est important de dire exactement ce qu'il est, ça n'existe pas, c'est complètement nouveau, un outil qui dit tout ce qui se passe à proximité, mais pas uniquement dans il y a tel spectacle, non, tout ce qui peut se passer autour, c'est-à-dire un avant-spectacle avec les acteurs pour dire quel est l'engagement, pourquoi ce spectacle, c'est-à-dire une exposition oui certes, mais on peut grâce ce Pass Culture organiser la visite ensemble. Parce qu'une chose moi qui m'a vraiment touché et qui m'a vraiment... enfin oui touché, c'est que les jeunes chaque fois qu'on se retrouve avec eux disent : « ce qui est extraordinaire, ils le disent, donc je les cite, c'est incroyable parce que ça nous dit, ça nous permet d'avoir accès à des choses auxquelles on n'aurait pas pensé et ça nous permet de faire des choses ensemble ».

GUILLAUME ERNER
Mais alors là aussi on a entendu des critiques dans le domaine de la culture, par exemple Robin RENUCCI a fait paraître une tribune où il explique qu'il y a aujourd'hui une politique culturelle qui est plutôt marquée par le retrait de sa présence sur les territoires, qu'est-ce que vous répondez à ceux qui ont signé cette tribune, je crois que vous avez vu Robin RENUCCI récemment.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, ce sont des acteurs de la culture que je rencontre de façon permanente et qui font exactement ce qu'on a proposé dans le « Plan culture près de chez vous », le Pass Culture est une politique qui répond complètement à ce qu'ils souhaitent faire, il suffit juste qu'ils s'informent je dirais correctement sur ce que représente ce Pass Culture qui est une chance pour eux aussi parce que ça va être une façon de montrer ce qu'ils font.

GUILLAUME ERNER
Le ministère de la Culture, c'est aussi le ministère qui rend hommage aux artistes. Il y a eu trois disparitions : Paul VIRILIO, le philosophe, Jean PIAT l'acteur et Marceline LORIDAN-IVENS et justement Madame la Ministre nous sommes en ligne avec la journaliste Judith PERRIGNON.

(…)

GUILLAUME ERNER
Françoise NYSSEN, une réaction à la disparition de Marceline LORIDAN-IVENS.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, cette image que je garde d'elle, droite, émue et digne à l'accompagnement de son amie au Panthéon, mais je j'ai repris cette phrase dans l'ouverture de « La vie d'après », de Carl JUNG, « la vie mal vécue est une maladie dont on peut mourir ». Je crois que malgré l'atrocité qu'elle a connue, elle a vécu sa vie, à fond, jusqu'à la dernière minute et c'est extraordinaire.

(…)

GUILLAUME ERNER
Madame la Ministre, Françoise NYSSEN, une réaction.

FRANÇOISE NYSSEN
Ecoutez, je suis ministre des architectes, et les architectes sont essentiels à la vie, c'est eux qui construisent le patrimoine de demain, et tout le propos de la politique que je mène, c'est effectivement d'accompagner ces architectes, effectivement de faire en sorte qu'il y ait de nouveau ce désir d'architectes en France, de faire valoir la qualité de leur travail. Il suffit d'aller à la Biennale de Venise…

MATHILDE SERRELL
Nous y étions.

FRANÇOISE NYSSEN
Voilà. J'y étais récemment pour voir l'ampleur que prennent ces lieux infinis, qui sont ces lieux collectifs comme les « Encore heureux », qui mène, qui a monté ce pavillon, mais que ce soit « Les grands voisins », la « Friche Belle-de-Mai » et voilà ce que nous accompagnons et voilà aussi, vous parliez des architectes des Bâtiments de France, nous accordons une importance capitale à leur rôle notamment dans l'élaboration des projets. Et j'ai fait paraître une circulaire qui redéfinit et redit l'importance de leur rôle, en amont, en pédagogie, ce sont les meilleurs connaisseurs de l'histoire de l'architecture, des bâtiments, de ce allait être construit, et donc il faut qu'ils soient dans ce rôle de pédagogie, de conseil, d'accompagnateur, et nous sommes le ministère des architectes.

GUILLAUME ERNER
Mathilde SERRELL.

MATHILDE SERRELL
Il y a donc à espérer que l'idée de revenir sur la loi sur la maîtrise d'ouvrage, la loi MOP, ou alors donc aussi ce qui est en discussion c'est-à-dire cette absence de concours des architectes des logements sociaux, eh bien soit redéfinie au moment de la commission mixte paritaire aujourd'hui parce que là, pour le coup, c'est leur rôle qui en est diminué.

FRANÇOISE NYSSEN
Quand on dit qu'ils ne sont plus obligés de passer, les bailleurs sociaux, par un concours, ça ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas passer par des architectes, ce qui est important c'est de montrer l'importance de l'architecte et de voir ce qu'il peut amener. Ce n'est pas forcément par la réglementation, mais de faire valoir la qualité et l'importance de leur travail, et c'est à cela que je m'emploie.

(…)

GUILLAUME ERNER
Françoise NYSSEN, une réaction.

FRANÇOISE NYSSEN
Je vais vous lire quelques mots de Pablo NERUDA, sur la poésie. La poésie a perdu son lien avec le lecteur lointain, il faut le renouer. Il faut que la poésie marche dans l'obscurité il retrouve le coeur de l'homme, les yeux de la femme, les inconnus de la rue, ceux à qui à une certaine heure crépusculaire ou en pleine nuit étoilée, ont besoin d'elle, même s'il s'agit d'un seul verre.

GUILLAUME ERNER
Lecture qui laisse effectivement un silence dans le studio, un silence qui va être comblé par notre camarade Guillaume GOUBERT de La Croix.

(…)

FRANÇOISE NYSSEN
Les artistes nous disent le monde, on a besoin, c'est la multiplicité, c'est les émotions et chacun réagit comme il a envie de réagir.

GUILLAUME ERNER
Alors oui, parce qu'effectivement Françoise NYSSEN là il s'agit de savoir si Wim WENDERS a été complaisant ou pas avec le pape lorsqu'il y a des propos très critiques notamment vis-à-vis de l'église lorsqu'il y a des oeuvres d'art ou la liberté de création est utilisée à des fins critiques provocatrices, vous avez toujours considéré qu'il fallait laisser faire les artistes.

FRANÇOISE NYSSEN
La liberté de création la liberté de programmation ne sont pas négociables. Je me suis exprimée à ce sujet à la fois quand CASTELLUCCI a été effectivement censuré, il s'agit de cela, mais aussi je le rappelle aujourd'hui, je me suis exprimée publiquement et en se aussi auprès de mon homologue russe sur détention de SENTSOV, l'assignation à résidence de Kirill SEREBRENNIKOV, et, oui c'est non négociable.

GUILLAUME ERNER
Françoise NYSSEN, le ministère de la Culture c'est un organisme important et il faut du monde pour que ce service fonctionne, il y a beaucoup de nomination qui n'ont pas été pourvues, il n'y a plus personne à la Direction de la création artistique et du spectacle vivant, ni à la Direction générale des patrimoines. Les nominations quand seront-elles faites ?

FRANÇOISE NYSSEN
D'abord il y a du monde, il y a bon nombre de personnes conséquent qui travaillent avec passion dans ce ministère, il y a des directeur, des directrices par intérim que j'ai nommées, les nominations arrivent, le ministère travaille au quotidien avec ses équipes passionnées sur tous les sujets que nous avons évoqués au cours de cette émission.

GUILLAUME ERNER
Pourquoi pas plus vite ? Est-ce que est ça signifie qu'il y a par exemple des tensions entre l'Elysée et vous sur ces nominations ?

FRANÇOISE NYSSEN
Pourquoi le fait de bien penser les nominations et de prendre le temps à une bonne nomination, serait analysé sous cet aspect-là ? Non il s'agit de…

GUILLAUME ERNER
Les journalistes sont malveillants, vous les connaissez un peu. Une question, je ne sais pas si elle sera malveillante, une dernière question de Mathilde SERRELL.

MATHILDE SERRELL
Non mais en effet sur cette question des nominations, c'était Valérie RENAULT, qui est secrétaire générale de la CGT au niveau de la culture qui disait que c'était une situation assez inédite, c'est-à-dire que ce n'était jamais arrivé dans l'histoire de la Vème République qu'il n'y ait personne donc au patrimoine, à la création artistique, aux musées, aux archives.

FRANÇOISE NYSSEN
Mais, elle ne peut pas dire qu'il y a personne, il y a beaucoup de monde qui travaille, et on prend le temps pour des nominations le plus adapté possible à l'ampleur de la tâche.

GUILLAUME ERNER
Merci beaucoup Françoise NYSSEN. Quelques notes d'une chanson.

MATHILDE SERRELL
Ah vous l'avez trouvé, c'est le Anne SYLVESTRE !

GUILLAUME ERNER
Mais oui, David JACUBOWIEZ qui réalise l'émission, l'a trouvée.

- Extrait chanson -

GUILLAUME ERNER
Je vais vous laisser désannoncer cette chanson, Françoise NYSSEN, comme on dit dans le jargon.

FRANÇOISE NYSSEN
Je voudrais d'abord dire quelque chose que je dis souvent, par rapport à tout ce qui a été évoqué, je dis souvent, je reprends ces mots de GRAMSCI : « Le pessimisme de la lucidité nous oblige à l'optimisme de la détermination ». Voilà ce qui m'anime. Cette chanson magnifique, les paroles d'Anne SYLVESTRE, chantée par Pauline JULIEN, une grande défenseure aussi des libertés.

GUILLAUME ERNER
Merci Françoise NYSSEN d'avoir été en notre compagnie ce matin. Merci à toute l'équipe des matins.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 septembre 2018

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