Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 21 septembre 2018, sur la suppression prochaine de 22 petites taxes, le pouvoir d'achat des retraités et l'indemnisation du chômage. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à LCI le 21 septembre 2018, sur la suppression prochaine de 22 petites taxes, le pouvoir d'achat des retraités et l'indemnisation du chômage.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement

ti : CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bonjour à tous. Notre invité ce matin est le Porte-parole du Gouvernement, Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre. Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX, PORTE-PAROLE DU GOUVERNEMENT
Bonjour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous vous êtes découvert une vocation de Père Noël au Gouvernement parce que depuis plusieurs jours, les annonces se multiplient. Hier, on parlait des retraités, on va évidemment en reparler. Et ce matin, en une du Parisien, on nous annonce la suppression de dizaines de taxes, j'ai envie de dire inutiles puisqu'on les supprime, peut-être 150 millions d'euros. Vous confirmez cette information ce matin ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est un travail qui a été engagé il y a déjà plusieurs mois par les services de Bercy.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous étiez d'ailleurs à Bercy à ce moment-là.

BENJAMIN GRIVEAUX
J'étais à Bercy sous l'autorité de Bruno LE MAIRE et de Gérald DARMANIN, où on a cette tradition bien française à Bercy d'empiler des taxes d'une année sur l'autre, des taxes dont les noms, certains de nos concitoyens vont les découvrir dans le journal.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Taxe sur les farines et gruaux de blé tendre, taxe sur les éditions des ouvrages de librairie, taxe additionnelle sur les stations radioélectriques, et je vous ai passé celle sur les flippers et les babyfoots parce qu'apparemment celle-là on ne la supprime pas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Voilà. Vous voyez qu'il y a donc de l'inventivité fiscale dans notre pays, que ç'a au fond sédimenté depuis des dizaines d'années. Moi, je me souviens d'une anecdote lorsque j'étais à Bercy d'une taxe qui portait le nom d'une entreprise française bien connue mais qui a disparu et qui, manifestement, la taxe avait été maintenue. Donc c'est un travail de nettoyage qui est important à faire. C'est essentiellement des taxes qui touchent les entreprises donc notre appareil productif. L'objectif, c'est de faire baisser la pression fiscale pour pouvoir dégager des marges. Il y a des taxes avec des montants parfois epsilonesques mais il y a des taxes malgré tout avec des montants importants, et donc si ça permet à certains des secteurs de s'alléger de ce montant fiscal pour pouvoir investir dans l'appareil productif, c'est une excellente nouvelle.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous confirmez ce cadeau fiscal.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas un cadeau fiscal, c'est une remise à plat et c'est quelque chose d'assez normal parce qu'il y a des taxes dont parfois même le sens échappait à ceux sans doute qui les avaient créées.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
« Arrêtez d'emmerder les retraités », ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Président lundi au cours d'une réunion avec des collaborateurs. Je ne sais pas si vous étiez à cette réunion ou pas.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Et je n'ai pas l'habitude de commenter ce qui se raconte des réunions auxquelles je ne participe pas.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas, l'Elysée a laissé fuiter que le Président avait bien dit ça. Ça veut dire que c'est un peu de la com', non ? Parce que qu'est-ce qu'on fait comme cadeau ? Qu'est-ce qu'on rend, j'ai envie de dire, aux retraités ?

BENJAMIN GRIVEAUX
On a d'abord pour les retraités les plus modestes, ceux qui sont au minimum vieillesse, une augmentation entre le moment où nous sommes arrivés et le 1er janvier 2020, de cent euros nets par mois. Ça, c'est pour ceux de nos aînés qui sont les plus fragiles.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais pour tous les autres, 0,7 % de CSG et puis le gel quasiment pendant deux ans quasiment des pensions.

BENJAMIN GRIVEAUX
… puisque 40 % des retraités ne sont pas concernés par la hausse de CSG. Or, vous n'avez pas 40 % de retraités qui vivent avec le minimum vieillesse, donc vous avez effectivement 60 % de nos aînés qui sont touchés par la CSG.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
1,7 %.

BENJAMIN GRIVEAUX
1,7 %. Parmi eux, beaucoup vont bénéficier de la suppression de la taxe d'habitation et ça commence dans un mois. Quand vous recevrez votre feuille d'impôt, la première tranche de la suppression de la taxe d'habitation, c'est-à-dire 30 % de moins, vous le verrez sur votre feuille d'impôt. La moyenne en France, c'est en gros 600 euros de taxe d'habitation, vous aurez 200 euros de moins sur votre feuille d'impôt. On a dit qu'on allait faire les choses dans l'ordre. Ça prend du temps et c'est vrai qu'on nous a souvent fait le procès de nous dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous avez d'abord augmenté les impôts et maintenant vous dites qu'on va les baisser.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est inexact, on n'a augmenté aucun impôt. Aucun.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La CSG.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais, on a baissé les cotisations sur le travail. L'objectif, c'est quoi ? C'est de faire en sorte que le travail paye mieux, on l'avait dit dès la campagne présidentielle. C'est faire en sorte que les actifs soient mieux rémunérés et qu'ils puissent sécuriser financièrement les retraites de nos aînés parce que c'est comme ça que ça fonctionne.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous assumez toujours le fait que vous privilégiez quand même plutôt les actifs que les inactifs.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais quand on fait en sorte que les actifs aujourd'hui gagnent mieux leur vie, que le travail soit mieux payé, ça sécurise quoi ? Les retraites de nos aînés. Ce n'est pas une génération contre l'autre. J'entends bien les oppositions qui essaient d'organiser la ville contre les campagnes, les jeunes contre les anciens. Ce n'est pas comme ça. La société, c'est un tout. Il y a une solidarité entre les générations. C'est le principe de notre système de retraite et moi, je suis content que ma génération contribue à payer les retraites et à garantir financièrement les retraites de nos aînés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour expliquer rapidement donc, il y a 300 000 foyers de retraités qui vont bénéficier... Enfin, qui ne vont pas avoir finalement de surcoût de CSG.

BENJAMIN GRIVEAUX
Voilà.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils l'auront peut-être eu en 2018, ça, vous n'allez pas le rembourser sur 2018.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais la difficulté qu'il y a, c'est quoi ? C'est que vous avez des personnes dont les revenus peuvent bouger et c'est toujours le drame en France de ces effets de seuil.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
D'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et donc, on considère qu'il faut avoir été au-dessus du seuil pendant deux années consécutives et que dans ces conditions-là - donc ça touche à peu près 300 à 350 000 retraités – dans ces conditions-là, vous ne serez pas avec l'augmentation de 1.7 point de CSG.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Autre bonne nouvelle j'ai envie de dire, enfin vous nous avez fait un petit peu peur puis finalement, vous avez reculé. Cette idée de réformer les droits de succession, c'était une idée de Christophe CASTANER, le patron de La République en Marche, qui a été complètement contredit et démenti par le Président. Je le disais lundi. Qu'est-ce qui est arrivé à Christophe CASTANER ? Il travaille tout seul dans son coin ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Mais, vous savez, le rôle d'un mouvement politique, c'est d'être aussi un agitateur dans le débat d'idées.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Là, il a bien agité le débat mais il a été recadré.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas quelque chose qui est arrivé en 24 heures. Ç'a été travaillé. Il y a des choses qui ont été mises sur la table, il y a des choses qui sont retenues puis il y a des choses qui ne le sont pas. Le Président a clairement exprimé le souhait que nous ne touchions pas au principe des droits de succession, donc il n'y aura aucune augmentation des droits de succession.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Tout ça, avouez-le, ça donne le sentiment que peut-être vous auriez changé de cap. On va d'abord écouter ce que disait aux équipes de TF1 hier Jean-Luc MELENCHON, le président de la France insoumise.

JEAN-LUC MELENCHON, DEPUTE LA FRANCE INSOUMISE DES BOUCHES-DU-RHONE
Le pouvoir ne sait plus où il va. Il décide d'une chose, le contraire. Alors pourquoi 300 000 et pas 400 000 ? Pourquoi pas tout le monde ? Pourquoi en taxer certains et pas d'autres ? C'est la confusion qui gagne au pouvoir. Le Premier ministre défait sa propre politique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que vous savez où vous allez Benjamin GRIVEAUX ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous savons parfaitement où on va et à la différence des années précédentes, nous n'avons pas changé de cap. Le budget qui sera présenté lundi en Conseil des ministres fixe les priorités ; ce sont les mêmes que l'an dernier. L'éducation et l'enseignement supérieur, les budgets augmentent ; la sécurité et les armées, le budget augmente.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
L'éducation, vous avez vu qu'on a annoncé qu'il y avait 2 600 suppressions de postes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il y a 850 millions d'euros supplémentaires. Pourquoi ? Parce qu'on a des enseignants pas au bon endroit. Il faut des enseignants supplémentaires en primaire, c'est-ce qu'on fait quand on dédouble les classes, et on en a trop dans le secondaire. C'est dit partout, dans tous les rapports, c'est avant depuis vingt ans. Toute la classe politique française est d'accord, personne n'a jamais touché parce qu'il ne faut surtout pas changer les habitudes. Nous, on a décidé de concentrer les moyens sur le primaire. Il y a 850 millions d'euros de plus, donc on ne peut pas dire que le budget de l'éducation baisse. Il y a plus sur l'enseignement supérieur, plus sur la sécurité et les armées et plus sur l'environnement. Ce sont les mêmes choix que l'an dernier, c'est parfaitement assumé. On ne fait justement pas de slalom. En revanche, on est aussi à l'écoute. On a bien senti que sur les questions de seuil pour les retraités, vous aviez des couples de retraités ou des retraités célibataires qui étaient en difficulté. Je veux dire, on dirait d'un pouvoir qu'il n'écoute pas qu'il est inattentif, et quand on écoute on dit qu'il slalome. Non. Simplement, on avait déjà… Le Premier ministre avait annoncé au printemps pour 100 000 retraités bouger les sujets de CSG à la rentrée. On a monté ce niveau à 300 000 parce qu'il y avait des effets de seuil qui étaient très indésirables.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Maintenant, si on se regarde la somme de tout ce que vous annoncez, l'OFCE l'a fait : 3,5 milliards d'euros de pouvoir d'achat en plus pour les Français l'an prochain, alors que c'était zéro en 2018. On voit bien que vous avez infléchi votre politique.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça ne peut pas être zéro en 2018.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est le calcul de l'OFCE.

BENJAMIN GRIVEAUX
Très bien. Mais enfin, l'OFCE, on a baissé les cotisations sur les salaires en 2018 au premier trimestre. Ce n'est pas du pouvoir d'achat ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais il y a 4,7 milliards de recettes en plus pour la CSG, vous le savez, au 1er janvier. Leur calcul, j'ai regardé, il a l'air assez juste.

BENJAMIN GRIVEAUX
D'accord. On a augmenté le minimum vieillesse, c'était en avril. Le complément mode de garde augmenté de 138 euros par mois. 138 euros par mois, 1 700 euros par an. Donc quand on fait le solde du pouvoir d'achat, ça n'est pas…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Oui, mais Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Laissez-moi terminer. Simplement les impôts d'un côté puis pas ce qui est gagné de l'autre, il faut faire le total - et vous le savez - le total sur l'année 2018. Quand vous tiendrez compte de la baisse de la taxe d'habitation, de la baisse des cotisations…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils en tiennent compte, ils en tiennent compte. Et l'Insee qui a fait un chiffre du pouvoir d'achat au premier semestre dit que ça baisse de 0,8 %.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien, on va voir à la fin de l'année. Parce que la taxe d'habitation, c'est ce semestre, parce que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est vrai ? Vous avez un peu fait les choses à l'envers.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, on n'a pas fait les choses à l'envers. On a fait les choses dans l'ordre et vous savez pourquoi ? Parce que ceux qui nous expliquent aujourd'hui qu'ils distribuent l'argent, de Laurent WAUQUIEZ à Jean-Luc MELENCHON de manière totalement irresponsable et inconsidérée, nous on a récupéré un pays où le déficit était au-dessus de 3 % depuis onze ans. Il est sous la barre des 3 %, c'est la première fois depuis onze ans. On a une dette qui a explosé parce qu'elle n'a jamais été traitée depuis quinze ans. L'Allemagne et la France étaient au même niveau il y a quinze ans, aujourd'hui la France a 40 % de dette de plus que l'Allemagne. C'est ça qui n'est pas supportable parce que ce sont des choix politiques pas très courageux qu'on fait reporter sur les générations suivantes. Nous, on assume nos responsabilités.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ça, Benjamin GRIVEAUX, c'était votre discours jusqu'aujourd'hui et c'est un discours respectable, c'est votre politique. Simplement depuis quelque temps, vous avez un peu changé de cap.

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous n'avons pas changé de cap, je ne peux pas vous laisser dire ça.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bercy dit que le déficit…

BENJAMIN GRIVEAUX
Inférieur à 3 %.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ne sera pas de 2,3 %, il sera de 2,8 % et que les dépenses vont augmenter de 25 milliards l'an prochain.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il était prévu à 2,6 donc pas de 2,3, donc le déficit sera-t-il inférieur à 3 % ? C'est l'engagement pris par le Président de la République depuis le premier jour. Est-ce que la réponse est oui ?

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On est avant-dernier en Europe sur les déficits.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais très bien. On était au-dessus de 3 % depuis onze ans, on est en-dessous. On peut voir en permanence le verre à moitié vide et être, si vous voulez, dans un pessimisme permanent…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
J'essaye juste de mettre le point sur le fait qu'il y a une inflexion.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. J'essaye juste moi de vous dire les choses simplement. Est-ce qu'il y a un engagement qui est tenu d'être en-dessous de 3 % ? La réponse est oui, ne vous en déplaise. Est-ce que les dépenses publiques baissent ? La réponse est oui, ne vous en déplaise. Est-ce que les impôts baissent ? La réponse est oui, ne vous en déplaise. Nous tenons le cap que nous avons fixé depuis le premier jour.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Les dépenses dans le budget de l'Elysée vont augmenter de 25 milliards.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais à nouveau, nous avons un cap clairement fixé : cinq points de dettes en moins à l'issue du quinquennat, un point d'impôt en moins à l'issue du quinquennat, trois points de dépenses publiques en moins à l'issue du quinquennat. Ce sont des choses sérieuses et donc nous le faisons avec sérieux. Nous ne laisserons pas filer les déficits pour que les générations futures aient à payer nos choix. Nous assumons nos choix parce que nous en sommes responsables et comptables devant les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc vous êtes un Père Noël raisonnable.

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous ne sommes pas des Pères Noël et je crois que les Français, vous savez, ils ne sont pas idiots. Ils ont arrêté de croire au Père Noël il y a bien longtemps et c'est, je crois, ce qu'ils ont exprimé clairement lorsqu'ils ont élu Emmanuel MACRON président de la République en 2017.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais vous avez vu qu'effectivement, notamment dans le sondage LCI, que le pouvoir d'achat, c'était la première préoccupation des Français.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est normal.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
55 % souhaitent que ce soit votre priorité.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est normal. Le 20 du mois, vous avez des gens qui sont dans le rouge. Vous avez des classes moyennes qui ne s'en sortent plus. Ecoutez, moi je suis élu à Paris. Vous avez des gens qui, parce qu'ils ont un enfant ou un deuxième enfant, sont obligés de quitter parce que les loyers sont trop élevés et ils n'arrivent plus à vivre alors qu'ils travaillent et qu'ils ont des revenus confortables. Ça, ce n'est pas normal. Que ce soit la première des priorités des Français, c'est logique. Les Français, ils sont inquiets pour l'avenir de leurs enfants. Les grands-parents sont inquiets pour leurs propres enfants devenus eux-mêmes parents parce qu'ils n'arrivent plus à joindre les deux bouts à la fin du mois. C'est normal que ce soit la première priorité et tout ce qu'on a fait depuis le premier jour, c'est faire en sorte que le travail paye mieux. La suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires l'an prochain, c'est encore allé dans ce sens-là. Nous, on veut que le travail paye mieux.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors, encore faut-il avoir du travail et puisqu'il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi, c'est la punchline évidemment du Président le week-end dernier à l'occasion des Journées du patrimoine, une phrase qui a vraiment marqué les Français, pas forcément pour le critiquer mais en se disant : « Voilà, il dit les choses de manière assez claire. » Alors est-ce que c'est vrai qu'il suffit de traverser la rue pour avoir un emploi ? Et surtout, la question que je voulais vous poser, c'est que est-ce que si on refuse deux fois un emploi ou une formation dans un secteur où il y a de l'offre, est-ce qu'on peut être radié à terme de Pôle emploi ? C'est ce qu'a dit votre collègue du Gouvernement Christophe CASTANER au Grand Jury dimanche dernier.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce sont les discussions sur l'assurance chômage mais moi, ce que je veux dire suite à l'épisode du week-end dernier que vous mentionnez, l'an dernier en France, il y a 300 000 offres d'emploi. 300 000 où il n'y a jamais eu de personne en face à proposer. Vous n'avez pas un déplacement où je ne rencontre pas un chef d'entreprise ou un commerçant, un restaurateur, un artisan qui ne me dise pas : « J'ai un job mais je ne trouve personne à embaucher pour ce job. » On est le seul pays au monde avec un chômage endémique. Moi, ça fait depuis que j'ai 15 ans que j'entends le drame du chômage de masse…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Moi aussi.

BENJAMIN GRIVEAUX
3 millions de chômeurs. Pareil, on est de la même génération. Ça fait vingt ans qu'on grandit avec ça. On a 300 000 jobs, personne en face et je vais vous dire, la réforme qu'a conduite Jean-Michel BLANQUER et Muriel PENICAUD ensemble…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que c'est la faute des jeunes qui ne traversent pas la rue ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Ce que je suis en train de vous dire, c'est la faute de notre système qui a déconsidéré le travail manuel, qui a considéré que l'apprentissage c'était une voie de garage. Vous savez de combien ont augmenté les inscriptions en apprentissage en septembre, cette rentrée ? De 45 %.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
45 % de hausse des inscriptions sur l'apprentissage.

BENJAMIN GRIVEAUX
De hausse d'inscriptions sur l'apprentissage. Pourquoi ? Parce que la réforme de Muriel PENICAUD, c'est quoi ? On paye mieux les apprentis ; on va les aider pour le permis de conduire parce que souvent le premier frein pour trouver un job, c'est qu'on n'a pas le permis de conduire et donc on ne peut pas se déplacer. C'est en faisant des choses concrètes, et ça c'est des choses qu'on fait pour notre jeunesse. Ce que je dis là, c'est que ce n'est pas facile de trouver un job, ce n'est pas ce qu'on a dit. Mais on a mal orienté, on a considéré que les métiers manuels étaient des métiers déconsidérés et donc nous, notre mission, c'est aussi de reconsidérer ces métiers-là dans les yeux des jeunes, des collégiens et de leur dire : « Voilà, il y a des voies générales qui sont parfaitement respectables mais les voies professionnelles c'est aussi la garantie d'avoir un job et puis d'avoir une carrière et de pouvoir construire sa vie. »

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors Muriel PENICAUD, la Ministre du Travail, elle sera sur LCI dans « 24 heures Pujadas » tout à l'heure à 19 heures 30 pour annoncer justement la volonté du Gouvernement pour faire évoluer l'assurance chômage. Est-ce que cette idée de dégressivité des allocations chômage, c'est une possibilité ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a un double objectif dans les discussions qui sont ouvertes. Il y a d'abord un objectif qui est de dire : « Il faut qu'on ait une indemnisation juste du chômage » donc sur la question de la durée du montant. Et puis, il y a un autre objectif qui est que cette assurance chômage, la manière dont notre système fonctionne, permette aux gens de se remettre dans l'emploi rapidement. Et objectivement, ça n'est pas optimal, c'est ce qu'on disait. On a souvent des gens, et c'est dramatique, parce que les gens qui sont au chômage, on n'est jamais content de vivre des allocations chômage. Ce n'est pas vrai. Ceux qui racontent que…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Et vous croyez que ça va les inciter à revenir au travail.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, je vais vous dire, c'est surtout la question de l'accompagnement qu'il faut traiter. Ça n'est pas à moi de faire les annonces que Muriel PENICAUD aura à faire ce soir sur votre plateau, mais l'objectif, c'est quand même que des gens qui ne sont pas heureux de vivre des allocations chômage puissent retrouver un job, puissent se reformer si besoin, changer de secteur parce que vous avez des secteurs où il y aura moins d'emploi à l'avenir et puis il y a des secteurs en croissance. C'est de pouvoir donc les former. C'est ce qu'elle a fait aussi avec le plan d'investissement dans les compétences. Donc vous voyez, tout se tient. Tout ce qui a été mis en place depuis un an, un peu plus d'un an maintenant, que ce soit sur les compétences, la formation, l'apprentissage, l'assurance chômage, c'est la transformation de notre modèle économique en réalité du monde moderne.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va passer à des sujets de société. Le comité national d'éthique va rendre son rapport la semaine prochaine. Il y aura notamment un chapitre forcément sur la PMA. C'est une promesse du Président pendant sa campagne électorale. J'ai vu que tout le monde se mobilise. Il y a ceux qui disent « la PMA pour toutes » et ceux qui disent « la PMA sans père ». On comprend que d'un camp à l'autre, la vision soit différente. Et puis il y a les évêques de France qui publient un manifeste de 112 pages dans lesquelles ils s'opposent aussi à la PMA au nom de la non-marchandisation des corps et ils disent que ça ouvre la voie à l'eugénisme. Est-ce qu'on va revivre ce qu'on a vécu il y a quelques années sur le mariage pour tous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je ne le souhaite pas. Je suis un défenseur de la PMA. C'est quelque chose que nous avons inscrit dans le programme présidentiel en connaissance de cause. La PMA pour toutes les femmes.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Y compris les couples de lesbiennes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bien sûr. Et donc, je ne fais pas… Je fais la distinction entre la PMA et la GPA. Je ne partage pas ce qu'écrivent les évêques de France, c'est parfaitement respectable…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ils disent que la PMA découle sur la GPA.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est parfaitement respectable mais ça n'est pas le projet que nous avons défendu et que nous continuerons à défendre suite au rendu du rapport de ce comité d'éthique.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça vous choque quand vous voyez des gens qui parlent de PMA sans père ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je pense que les mots blessent, que des mots ont beaucoup blessé lors du débat sur le mariage pour tous. J'ai le souvenir dans les rues de France de gens défilant avec des panneaux comparant les personnes homosexuelles, les couples homosexuels à des animaux. Ça, je souhaite qu'on ne le voie plus. C'est inacceptable, c'est d'un immense mépris pour celles et ceux qui vivent ces discriminations au quotidien. Vous avez encore il y a moins de 48 heures dans les rues de Paris un jeune couple de garçons qui, se tenant par la main dans le XXème arrondissement, ont été agressés. C'est insupportable.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Il a mis les photos de l'agression.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et donc cette bataille culturelle, nous la mènerons pied à pied, nous ne lâcherons rien. C'est un principe d'égalité des droits entre des êtres humains.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Même si effectivement, les débats seront houleux et qu'on va peut-être ouvrir la boîte de Pandore !

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Je ne sais pas si les débats seront houleux, mais je suis sûr qu'il y a une majorité de français qui seront derrière nous parce que c'est un principe de justice et d'égalité entre des citoyens.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors autre sujet dans l'actualité, on a appris hier par Marine LE PEN qu'elle était soumise, convoquée à un examen psychiatrique à la suite des photos de Daesh qu'elle avait mis sur Twitter pour les dénoncer. Mais c'était des photos violentes, il y a donc une procédure contre elle. Et elle explique : je croyais avoir eu droit à tout, eh bien ! Non, pour avoir dénoncé les horreurs de Daesh, la justice me soumet à une expertise psychiatrique. Est-ce que vous avez été choqué ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Moi je n'ai pas à commenter une décision de justice. Ce qui me choque, c'est que Marine LE PEN puisse penser que c'est quasiment un procès politique et que la justice est sous influence politique. Ça, ce sont chez ses amis politiques à elle que la justice est instrumentalisée par le pouvoir politique. Moi je n'ai évidemment pas à commenter au regard de la séparation des pouvoirs entre l'exécutif et l'autorité judiciaire. Il y a une procédure judiciaire en cours.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va parler de ce Sommet nouveau européen où on bute toujours sur les mêmes difficultés, à la fois un accord sur les migrants et puis un accord sur le Brexit avec Theresa MAY qui a une position un peu… de toute façon le 29 mars prochain à 11 h 00, c'est la date qui a été fixée, le Royaume-Uni sortira de l'Europe. Est-ce que vous pensez comme François LENGLET sur notre antenne que ça va être une chance au fond pour les Anglais et le risque pour nous au fond qu'un paradis fiscal soit créé à 30 km de nos côtes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je ne le crois pas. Je connais bien la Grande Bretagne, je connais bien Londres, j'y étais il y a peu de temps lorsque j'étais à Bercy, j'y ai rencontré notamment le maire de Londres qui se désole de cette sortie, puisqu'il est sans doute le maire d'une des villes les plus multiculturelles au monde, qui évidemment a voté pour rester au sein de l'Union et qui va en sortir. Je crois que ça n'est pas une bonne chose pour la Grande Bretagne, on le voit déjà avec des signaux faibles dans le modèle économique britannique, que ce soit sur les niveaux de salaire, sur les commandes, sur les départs d'industries, sur les départs d'industries financières de la City que nous rapatrions à Paris, donc c'est une bonne chose et c'est une opportunité pour Paris, il faut que Paris joue à plein cette opportunité-là. L'Autorité bancaire européenne, c'est un combat que nous avons gagné lorsque j'étais à Bercy en termes de réimplantation. Ça n'est pas je crois une bonne chose pour la Grande Bretagne économiquement, commercialement et même (je vais vous le dire) culturellement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais si ça fonctionne…

BENJAMIN GRIVEAUX
La civilisation elle est…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Si l'économie repart dans 2-3 ans !

BENJAMIN GRIVEAUX
La civilisation européenne, la Grande Bretagne a sa part, elle a participé à notre histoire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous n'avez pas peur d'Anglais qui joueraient un jeu du paradis fiscal ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais évidemment qu'ils vont jouer leurs intérêts et défendre leurs intérêts à plein et essayer d'avoir des relations bilatérales avec chaque pays. L'Europe négocie à 27, il y a un mandataire, c'est Michel BARNIER et c'est avec les 27 qu'on négocie, pas en one-to-one…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors vous avez parlé de Paris, on se demande pourquoi, est-ce que vous êtes candidat à la mairie de Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais à nouveau, j'ai eu l'occasion de dire que je donnerai ma réponse au printemps ; et qu'avant de savoir qui était candidat… vous savez les Parisiens, ils ne veulent pas savoir combien il y a de candidats, ils veulent probablement changer de maire. Et donc pour ça, il faut d'abord faire un diagnostic, ensuite leur proposer un projet un peu sérieux, innovant. Et si on a des choses à dire…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ce que vous allez faire à partir de ce matin…

BENJAMIN GRIVEAUX
Là, on sera candidat. Mais si on n'a pas de choses nouvelles à dire un peu innovantes sur les questions de proximité, sur la vision du territoire à 20 ans, je crois que ça ne servira à rien.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors tout à l'heure chez Pascale DE LA TOUR DU PIN, Geoffroy LEJEUNE évoquait l'hypothèse d'une candidature d'Edouard PHILIPPE à la mairie de Paris. Est-ce que c'est votre concurrent le plus sérieux ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Je ne ferai même pas de commentaire de Monsieur LEJEUNE, voilà. Je crois qu'il l'a comparé à Jacques CHIRAC, il y a un grand principe en politique c'est que l'histoire ne se repasse jamais deux fois de la même manière.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon ! Donc si j'ai bien compris, la République en Marche se met en marche aujourd'hui, ce matin avec le programme…

BENJAMIN GRIVEAUX
La République en Marche se met en marche, mais avec pas que des gens d'En Marche, avec des gens qui nous ont rejoints, d'autres sensibilités politiques, des citoyens engagés, des responsables d'associations. On va aller à l'écoute des Parisiens, on va faire ça pendant 6 semaines parce que je crois qu'avant tout une future équipe, un futur maire, un futur collectif a besoin d'une chose, d'écouter ce que les gens ont à leur dire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais alors quand même Benjamin GRIVEAUX, GRIVEAUX à Paris, COLLOMB à Lyon, CASTANER à Marseille, il va rester qui au gouvernement si vous partez tous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez ! Moi je… nous savons déjà que Gérard COLLOMB a fait ce choix…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est pour ça que je l'ai mis au milieu.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je l'ai dit, moi je donnerai ma réponse au printemps, je ne sais pas quelles sont les intentions de Christophe CASTANER. Mais moi, je trouve que le procès qui nous est fait…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Vous ne quittez pas tous le bateau du gouvernement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Le procès qui est fait en permanence au gouvernement d'être un gouvernement de technos, qui ne connaît pas le terrain, qui n'a jamais dirigé de collectivité locale, de quoi se plaint-on. On a là un maire qui à Lyon a transformé la ville, a poursuivi l'oeuvre engagée par Raymond BARRE, dont les Lyonnais ont dit à maintes reprises qu'ils appréciaient le travail qui avait été réalisé. Christophe CASTANER lui a été maire d'une petite commune Forcalquier dans le sud de la France. Moi j'ai été élu local aussi, donc c'est aussi un gouvernement avec des experts issus de la société civile ; et puis des gens qui ont exercé des responsabilités politiques et qui ne sont pas illégitimes à souhaiter en exercer peut-être demain de nouvelles.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En tout cas, vous avez déjà la Tour Eiffel derrière vous.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vois ça.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Bon ! Merci beaucoup Benjamin GRIVEAUX d'avoir été notre invité.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2018

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