Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France Info le 27 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, avec France Info le 27 septembre 2018, sur la politique économique du gouvernement.

Personnalité, fonction : LE MAIRE Bruno.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances

ti :

RENAUD DELY
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Renaud DELY.

RENAUD DELY
Nous allons tout de suite évoquer le cas d'un équipementier qui se situe, qui est situé à La Souterraine, c'est l'entreprise GM& S, un an après sa reprise par le groupe GMD, eh bien, les salariés se mobilisent aujourd'hui parce qu'ils accusent l'Etat et les constructeurs, en l'occurrence RENAULT et PSA, de ne pas avoir tenu leurs engagements. Ils avaient promis vingt-cinq millions d'euros de commandes, on n'en est seulement à douze aujourd'hui. Ces anciens salariés menacent de les assigner en justice. Et je vous propose précisément d'écouter Vincent LABROUSSE, ancien délégué CGT chez GM& S.

VINCENT LABROUSSE, ANCIEN DELEGUE CGT CHEZ GM& S
PSA et RENAULT ne tiennent pas leurs engagements, l'Etat ne tient pas ses engagements vis-à-vis des salariés sur ce qu'il avait annoncé au niveau de la reprise. On a un courrier qui en atteste, un courrier de Benjamin GRIVEAUX et Bruno LE MAIRE. Quels moyens ils ont mis en place ? Aucun !

RENAUD DELY
Dans ce courrier, vous parliez, il y a un an, Bruno LE MAIRE, d'une offre solide, parfaitement financée, d'une opportunité exceptionnelle. Que s'est-il passé ?

BRUNO LE MAIRE
Ce que dit Vincent LABROUSSE est faux. L'Etat a tenu ses engagements, je m'étais engagé, je m'étais rendu à La Souterraine, et j'avais dit que nous trouverions une solution pour chacun des salariés. Tous les salariés ont eu, soit une offre de reclassement, soit un emploi, soit une formation. Il reste encore quelques salariés, mais en tout petit nombre, pour lesquels il reste une solution à trouver. Nous la trouverons. Mais l'Etat a tenu ses engagements, et continuera à les tenir.

MARC FAUVELLE
C'est le cas des constructeurs automobiles également ?

BRUNO LE MAIRE
Non, ce n'est pas le cas des constructeurs, ce n'est pas le cas des constructeurs, ils m'avaient promis un volume de commandes, ils n'ont pas tenu leur promesse. Donc l'Etat sera là pour rappeler les constructeurs automobiles, PEUGEOT, comme RENAULT à ces promesses.

MARC FAUVELLE
RENAULT et PSA ont menti dans cette affaire ?

BRUNO LE MAIRE
Mais non, ils ne mentent pas…

MARC FAUVELLE
Enfin, quand on promet d'investir et qu'on ne le fait pas !

BRUNO LE MAIRE
Ne sortons pas tout de suite les grands mots qui ensuite empêchent de trouver des solutions…

MARC FAUVELLE
Alors, ils n'ont pas tenu leur promesse…

BRUNO LE MAIRE
Ils n'ont pas tenu leur promesse pour le moment, il est bon parfois de rappeler aux uns et aux autres leurs promesses, vous savez, parfois, certains mettent un peu plus de temps à mettre en oeuvre leurs promesses. Moi, ce qui compte pour moi, au bout du chemin, c'est que GM& S ait une activité qui soit solide et qui permette le maintien de cette usine dans un territoire où il y a besoin d'industries. Donc je rappellerai RENAULT et PEUGEOT à leurs engagements, et je suis convaincu qu'ils tiendront leurs engagements.

RENAUD DELY
Comment les contraindre ? Vous allez les sanctionner, PSA et RENAULT ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'est pas comme ça que ça se passe. Et je ne crois pas que ce soit comme ça que l'économie française doive fonctionner. Je rappellerai juste à RENAULT et PEUGEOT qu'ils ont pris des engagements devant le ministre de l'Economie et des finances, et surtout, devant les salariés, ce qui est le plus important à mes yeux, que RENAULT et PEUGEOT ont aussi une vocation sociale, c'est un des éléments clefs du projet de loi que je présente en ce moment à l'Assemblée nationale. Ils ne peuvent pas se désintéresser, je sais qu'ils ne le font pas, de leur vocation sociale. Si jamais ils estimaient qu'il n'y avait aucun investissement à faire dans GM& S, que ce n'était pas rentable, que, économiquement, ça ne tenait pas la route, il fallait le dire dès le départ. Mais là, ils ont pris un engagement, ils ont dit qu'il y avait un volume de commandes envisageable, je les rappellerai à leurs engagements.

RENAUD DELY
Et pourquoi les tiendraient-ils un an après alors qu'ils ne l'ont pas fait depuis un an ?

BRUNO LE MAIRE
Ils l'ont fait, mais pas dans la mesure que nous attendions.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que vous avez pris rendez-vous avec eux pour leur rappeler ?

BRUNO LE MAIRE
Mais vous savez, c'est mon quotidien de rappeler les entreprises à leurs devoirs, d'expliquer quels engagements avaient été pris, il y a un ordre public économique dans une nation comme la nation française, et cet ordre public économique, il doit être respecté. Une entreprise ne fait pas n'importe quoi n'importe où, elle a des mandataires, elle a une parole, elle a des engagements à tenir, elle doit évidemment rendre des comptes à ses actionnaires, mais elle doit aussi rendre des comptes à ses sous-traitants, elle doit aussi rendre des comptes à ses salariés. Et le rôle de l'Etat, c'est justement d'être le garant de ces engagements.

MARC FAUVELLE
Bruno LE MAIRE, on va parler du budget, on va parler de la question du pouvoir d'achat des Français, on va parler de la loi Pacte, votre loi, qui est examinée en ce moment à l'Assemblée, je voudrais d'abord vous entendre sur un autre dossier important et symbolique, c'est celui d'AIR FRANCE, le nouveau patron du groupe, Benjamin SMITH, annonce ce matin que l'Etat, que vous êtes prêt à vendre les 14 % que l'État détient encore dans le capital de la compagnie aérienne, est-ce que c'est vrai, est-ce que vous confirmez d'abord ?

BRUNO LE MAIRE
Je vais encore dire non, je suis désolé, j'aimerais bien pouvoir vous dire un peu plus oui ce matin. Nous avons choisi Ben SMITH avec les autres actionnaires, nous sommes actionnaires, l'Etat, d'AIR FRANCE, donc nous avons participé au choix. Nous avons voulu choisir un spécialiste du transport aérien, et je me suis beaucoup impliqué pour qu'on trouve un spécialiste du transport aérien qui a remarquablement réussi chez AIR CANADA, et je suis convaincu qu'il réussira chez AIR FRANCE. Il faut redresser AIR FRANCE. C'est ça l'urgence, il faut qu'AIR FRANCE retrouve de la compétitivité, dégage des bénéfices, que le climat social s'apaise à l'intérieur de ce fleuron des entreprises françaises. Donc il n'est pas question, ça ne fait pas partie de la feuille de route de Ben SMITH, de liquider la participation de l'Etat dans AIR FRANCE…

MARC FAUVELLE
Comment vous expliquez ses déclarations…

BRUNO LE MAIRE
Ça ne fait pas partie de nos options…

MARC FAUVELLE
Dans ce cas-là, ce sont des déclarations officielles faites ce matin au Financial Times…

BRUNO LE MAIRE
Eh bien, invitez-le et vous lui demanderez. Mais ça ne fait pas partie des options qui sont aujourd'hui sur la table. Je pense que…

MARC FAUVELLE
Il n'est pas question de vendre une seule action d'AIR FRANCE détenue par l'Etat aujourd'hui ?

BRUNO LE MAIRE
Pour le moment, il n'en est pas question. Et je pense qu'il est de bonne politique de procéder étape par étape, on doit d'abord redresser AIR FRANCE. AIR FRANCE doit renouer avec les bénéfices, mais je vais vous dire, c'est, de toute façon, très concret et très pragmatique, enfin, l'Etat serait un bien mauvais gestionnaire s'il commençait à vendre ses participations dans une entreprise qui n'est pas au mieux de sa forme, on vend des participations quand le titre est haut et que l'entreprise se porte bien…

MARC FAUVELLE
Vous les revendrez plus tard, quand le titre aura remonté, c'est ça qu'il faut comprendre, certainement pas aujourd'hui, on est dans le creux de la vague…

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis que, aujourd'hui, il n'en est pas question, et surtout, ça ne fait pas partie des priorités de l'Etat aujourd'hui. Aujourd'hui, ma priorité, c'est le redressement d'AIR FRANCE, c'est une magnifique compagnie aérienne, je pense qu'elle a tout pour réussir, notamment dans le haut de gamme, elle a un nom, elle a une réputation elle a des salariés de grande qualité, moi, je crois dans AIR FRANCE. Et ce que nous demandons à Ben SMITH, c'est le redressement d'AIR FRANCE, et que, AIR FRANCE renoue avec les bénéfices.

RENAUD DELY
En matière de vente de participations, de privatisations d'ailleurs, en tout cas, de vente de participations minoritaires, AEROPORTS DE PARIS, LA FRANÇAISE DES JEUX figurent dans votre agenda ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, ça fait partie des cessions d'actifs...

RENAUD DELY
A quelle échéance ?

BRUNO LE MAIRE
Pour lesquelles nous demandons l'autorisation du Parlement, nous aurons le débat probablement la semaine prochaine, donc nous devrions avoir l'autorisation d'ici la fin de l'année, au début de l'année prochaine, et nous engagerons ensuite les cessions d'actifs dans le courant de l'année 2019, avec un objectif, c'est d'investir pour les Français, pourquoi est-ce qu'on cède ces actifs ? J'entends parfois dire : ils vendent des bijoux de famille, mais absolument pas…

RENAUD DELY
L'Etat s'appauvrit !

BRUNO LE MAIRE
Nous voulons dégager des moyens financiers pour investir dans les nouvelles innovations, dans les nouvelles technologies, le stockage de l'énergie renouvelable, l'intelligence artificielle, tout ça, ça demande des montants financiers très importants, et moi, je crois à l'Etat qui investit, je pense que la puissance publique a un rôle à jouer dans l'économie pour investir dans ces nouvelles technologies, c'est le sens de ces cessions d'actifs.

RENAUD DELY
Les Français ont en mémoire un souvenir de privatisation qui était en l'occurrence celle des Autoroutes, c'était en 2005, et en matière, c'était un gain formidable pour ceux qui ont racheté les Autoroutes à l'Etat, mais en revanche, et d'abord pour les automobilistes, d'ailleurs en termes d'envol des prix, ça a été plutôt catastrophique. Il n'y a pas de leçons qui ont été tirées de la privatisation des Autoroutes ?

BRUNO LE MAIRE
Si, mais les Français ont raison, il y a des erreurs qui ont été commises…

RENAUD DELY
C'était une erreur…

BRUNO LE MAIRE
Et j'en prends toute ma part, notamment dans la manière dont les tarifs ont été calculés, c'est bien pour ça que nous avons prévu un cahier des charges pour encadrer les tarifs, pour que tous les cinq ans, les tarifs soient revus par l'Etat. Nous avons prévu un cahier des charges pour obliger l'entreprise qui reprendra AEROPORTS DE PARIS, si c'est nécessaire, à faire les investissements nécessaires, pour que l'actif d'AEROPORTS DE PARIS, les bâtiments, les pistes gardent toutes leurs qualités. Et je rappelle que c'est une concession, c'est-à-dire que c'est uniquement pour 70 ans, et qu'au bout de 70 ans, l'Etat récupérera ces actifs. Donc nous sommes très prudents dans ce que nous faisons, l'objectif, c'est investir dans les nouvelles technologies et pour l'avenir des Français, parce que je pense que c'est le rôle de l'Etat, mais nous encadrons cela avec toutes les protections nécessaires, protection sur la manière dont l'entreprise sera gérée et protection évidemment, puisqu'il s'agit d'une frontière, en termes de sécurité, de contrôle des biens, de contrôle des personnes, tout cela sera évidemment garanti dans cette opération.

MARC FAUVELLE
Bruno LE MAIRE vous restez avec nous. On a plein de questions à vous poser sur le budget, sur la loi Pacte, qui est donc en ce moment à l'Assemblée.
///
La question de la vie chère aux Antilles lors de la visite d'Emmanuel MACRON, et puis, ici, en métropole, on va en parler tout de suite avec vous Bruno LE MAIRE, et cette question de Renaud DELY.

RENAUD DELY
La question du pouvoir d'achat, effectivement, obsède les Français. Vous avez dit il y a quelques temps d'ailleurs, Bruno LE MAIRE, qu'elle vous obsédait aussi, que c'était votre obsession, et en cette rentrée vous annoncez des allégements d'impôts massifs, 6 milliards d'euros, en l'occurrence, l'OCDE, les chiffre seulement à 3 milliards. C'est votre talon d'Achille le pouvoir d'achat ? Il a baissé d'ailleurs l'année dernière, depuis votre arrivée au pouvoir.

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire, mon obsession c'est le travail, je l'ai dit hier aux parlementaires, je ne cesse de le redire. Un pays dans lequel il y a 3 millions de chômeurs, dans lequel les jeunes ont tellement de mal à trouver du travail, c'est un pays qui ne peut pas aller bien. Regardez le rapport qui a été fait par l'INSEE, 14 % de gens sous le seuil de pauvreté en France, 37 % chez les chômeurs…

RENAUD DELY
Le pouvoir d'achat a baissé de 0,6 % au premier trimestre en 2018.

BRUNO LE MAIRE
Et la bonne réponse au pouvoir d'achat, c'est le travail, c'est que tous les Français puissent trouver un travail, et c'est que le travail soit mieux rémunéré.

MARC FAUVELLE
Ça, expliquer ça, Bruno LE MAIRE, à un retraité, qu'il faut reprendre du travail pour avoir plus de pouvoir d'achat, c'est inaudible aujourd'hui, on est à la retraite, on n'a pas le choix.

BRUNO LE MAIRE
Mais, ma question n'est pas de savoir si c'est audible ou pas audible, ma question c'est mes convictions. Ma conviction, celle du président de la République et de toute la majorité, c'est que la France doit renouer avec le travail et un travail bien payé. Le 1er novembre la prime d'activité va augmenter de 20 euros, c'est une incitation à retourner au travail. Le 1er octobre les cotisations assurance maladie, assurance chômage, vont être définitivement supprimées pour les salariés, ils vont voir au bas de leur feuille de paie que leur salaire net a augmenté. L'année prochaine, grâce à la loi Pacte, la taxation de l'intéressement, qui est aujourd'hui de 20 %, c'est complètement dissuasif pour distribuer de l'intéressement dans les petites entreprises, cette taxation de 20 % sera supprimée. L'année prochaine les heures supplémentaires, nous retirerons les cotisations sociales sur les heures supplémentaires. Donc, au bout du compte, nous allons transformer notre pays pour que le maximum de gens soient incités à reprendre un emploi, ce sera aussi la réforme de l'indemnisation du chômage, et l'emploi sera mieux payé. Je suis convaincu que la bonne réponse au pouvoir d'achat c'est le travail et la bonne rémunération du travail. Ce qui ne nous empêche pas, d'ailleurs, d'accompagner les plus faibles, quand on augmente l'allocation adulte handicapé, quand on augmente le minimum vieillesse, quand le Premier ministre prévoit un dispositif de lissage sur la CSG, c'est que nous faisons attention à ceux qui sont les plus fragiles, mais il doit y avoir, dans une politique, une ligne de force. La ligne de force, le cap, c'est le travail.

MARC FAUVELLE
Il y a un sondage assez terrible, Bruno LE MAIRE, qui vient d'être publié par Odoxa, 86 % des Français pensent que leur pouvoir d'achat s'est dégradé depuis que vous êtes au pouvoir, et ils sont 82 % à penser qu'il va encore se dégrader dans les 12 mois qui viennent, malgré les promesses faites par le gouvernement.

BRUNO LE MAIRE
Les promesses sont d'abord des réalités, c'est-à-dire que le 1er octobre, comme je vous le disais, il va y avoir une augmentation du salaire net, le 1er novembre la prime d'activité va augmenter, la taxe d'habitation…

MARC FAUVELLE
Vous dites aux Français « vous n'avez encore rien vu, ça va venir, prenez le temps, soyez patients » ?

BRUNO LE MAIRE
Je dis aux Français : nous savons où nous allons. La taxe d'habitation, je ne l'ai pas mentionnée, va également être supprimée pour un tiers, dès cette année.

MARC FAUVELLE
Un peu de patience ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je dis nous savons où nous allons, nous savons quelle société nous voulons construire, une société dans laquelle le maximum de Français peut trouver un travail bien rémunéré. Après, vous savez, moi je suis un citoyen comme les autres, je prends ma voiture le week-end, je me rends dans ma circonscription, je fais le plein, et je vois bien que, même si le travail est mieux rémunéré, même si nous faisons en sorte que les rémunérations nettes augmentent, eh bien quand vous passez à la pompe, et que votre plein de super, ou votre plein de diesel, est passé à 1,55 euro, 1,60 euro le litre, vous vous retrouvez avec une facture de carburant qui est très élevée. J'ai conscience que dans les zones rurales, où on n'a pas d'autre choix que de prendre sa voiture, je suis élu d'une zone rurale dans l'Eure, c'est difficile. Mais, au bout du compte, qu'est-ce que nous voulons comme France ? Nous voulons une France sans chômage, avec le niveau de chômage le plus bas possible, et avec le maximum d'opportunités pour les gens.

RENAUD DELY
Vous avez évoqué, Bruno LE MAIRE, la suppression de la taxe d'habitation, est-ce qu'il faut remettre en cause, différer cette suppression de la taxe d'habitation pour les 20 % de Français les plus riches ?

BRUNO LE MAIRE
Le cap c'est celui de la suppression totale de la taxe d'habitation, c'est le cap qui doit être tenu.

MARC FAUVELLE
Pour tous les Français ?

BRUNO LE MAIRE
Pour tous les Français. Enfin, imaginez, soit on supprime une taxe parce qu'on estime qu'elle pèse trop lourdement sur les gens, soit on ne la supprime pas, mais la supprimer en partie, en termes d'égalité…

RENAUD DELY
En termes de justice sociale on pourrait comprendre que les 20 % de Français les plus aisés ne bénéficient pas de cette suppression de la taxe d'habitation.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais en termes de justice on ne peut pas supprimer une partie de taxe et pas une autre, nous sommes tous égaux face à l'impôt. La décision qui a été prise c'est de supprimer totalement la taxe d'habitation.

MARC FAUVELLE
Philippe AGHION dans les colonnes du Figaro le week-end dernier, l'économiste proche, on le sait, d'Emmanuel MACRON, disait « j'ai réussi à convaincre le président, finalement on ne supprimera pas la taxe d'habitation pour les Français les plus riches et puis en plus ça coûte très cher. » Il s'est trompé ?

BRUNO LE MAIRE
Ecoutez, nous le verrons, moi je suis favorable à la suppression totale de la taxe d'habitation, ça n'interdit pas…

MARC FAUVELLE
C'est tranché ou ce n'est pas tranché cette question ?

BRUNO LE MAIRE
Je vous dis qu'elle est ma conviction, et je vous dis quel est mon avis, d'ailleurs c'est le même depuis toujours, je pense que quand on supprime une taxe il faut la supprimer totalement. Mais je crois également qu'il faut garder des moyens pour soutenir ceux qui sont les plus en difficulté. Je redis à quel point nous sommes attentifs à cela. Je ne vais pas égrener des mesures du plan Pauvreté, mais elles prouvent notre attention aussi aux plus fragiles. La prime d'activité, au total, je vous ai dit les 20 euros le 1er novembre, ce sera 80 euros d'augmentation au niveau du SMIC. Ce qui est fait pour les personnes en situation de handicap, ce qui est fait en termes de minimum vieillesse, tout ça prouve que nous voulons tendre la main à ceux qui sont les plus fragiles. Mais je redis à quel point je suis convaincu que ce qui ronge la France, depuis des décennies, c'est notre incapacité à redresser le pays par un travail, bien rémunéré, pour tous les Français.

RENAUD DELY
Venons-en, Bruno LE MAIRE, à votre loi, la loi Pacte, qui est en débat actuellement à l'Assemblée nationale, elle vise à la croissance et à la transformation des entreprises, donc elle se veut très ambitieuse. Est-ce que débloquer l'économie, comme c'est votre objectif, est-ce que ça fait de cette loi un peu votre loi MACRON à vous ? Il y avait la loi MACRON…

MARC FAUVELLE
Si t'as pas une loi MACRON à 50 ans tu as raté ta vie politique.

BRUNO LE MAIRE
Je ne crois pas trop aux noms qu'on commence à donner aux lois, ce n'est pas la loi Le Maire, c'est la loi des Français, et c'est une loi pour les entrepreneurs et pour les salariés, et c'est ça qui compte à mes yeux, c'est qu'on puisse obtenir de meilleurs résultats, et donner aux talents Français toute la capacité à s'exprimer. Qu'on soit artisan, commerçant, qu'on soit à la tête d'une PME ou d'une TPE, qu'on ait vraiment la liberté de créer la valeur et les emplois qu'on voudrait pouvoir créer aujourd'hui en France.

RENAUD DELY
Pour les salariés, il y a une mesure très précise sur laquelle vous vous êtes un petit peu fait forcer la main d'ailleurs, et qui concerne la vie quotidienne de chacun des salariés dans l'entreprise, c'est la question de la transparence des salaires, en l'occurrence vous avez accepté un amendement qui vise à la publication du salaire médian, uniquement dans les grandes entreprises cotées au CAC40, cotées en Bourse. Pourquoi le salaire médian, pourquoi pas la transparence totale ?

BRUNO LE MAIRE
Le salaire médian c'est la transparence totale et c'est ce à quoi je suis favorable, je l'ai toujours défendu. Je ne me suis pas fait forcer la main, c'est simplement qu'il y a un débat à l'Assemblée nationale et le débat est là pour améliorer le texte. Moi j'avais dit on va publier le salaire moyen, le salaire moyen, comme vous mélangez tous les salaires, au bout du compte…

MARC FAUVELLE
Oui, s'il y en a un qui gagne énorme et plein qui ne gagnent rien, on ne voit pas la différence.

BRUNO LE MAIRE
Ça ne donne pas une indication très claire. Donc il y aura, désormais, un rapport d'équité, obligatoire, pour toutes les grandes entreprises, qui publiera non seulement le salaire moyen dans l'entreprise, de tous les salariés, mais également le salaire médian, c'est-à-dire la distribution des salaires autour d'une médiane, et ça permettra de voir l'écart de rémunération entre les dirigeants et les salariés.

RENAUD DELY
Ça veut dire que 50 % des salariés touchent plus et 50 % moins que le salaire médian…

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr.

RENAUD DELY
Mais pourquoi seulement les 780 entreprises cotées en Bourse, pourquoi pas toutes les entreprises ?

BRUNO LE MAIRE
Parce que le rapport médian c'est compliqué, ça demande des efforts aux entreprises, et que je ne veux pas surcharger les petites entreprises de nouvelles obligations. Mais derrière ça il y a une philosophie, c'est que moi je ne crois pas à une société dans laquelle les inégalités iraient grandissantes, et je pense qu'une société, que ce soit un pays développé ou non, dans laquelle les inégalités ne cessent de se creuser entre ceux qui gagnent toujours plus et ceux qui gagnent toujours moins, elle est vouée à l'échec, elle est vouée à la confusion et à la violence. Je crois, à l'inverse, que lorsque chacun y trouve son compte, et qu'on estime que les écarts sont acceptables, là vous recréez de la cohésion, et l'entreprise doit être un lieu de cohésion.

MARC FAUVELLE
Renaud DELY l'a dit, Cécile DUFLOT, la patronne d'OXFAM, aurait voulu qu'on aille plus loin sur cette question de la transparence, elle vous écoute, elle nous écoute en ce moment même sur France Info, et elle nous dit sur Twitter : « engagement pour l'instant non tenu sur la transparence, ce n'est pas cohérent, Bruno LE MAIRE, avec les objectifs de votre loi. » Voyez, on est presque en direct, on communique avec Cécile DUFLOT via Twitter.

BRUNO LE MAIRE
Je vais répondre à Cécile DUFLOT, tout cela est parfaitement cohérent. Je souhaite la transparence, je pense que ce que souhaite OXFAM, et un certain nombre d'autres associations, ils sont libres de demander cela, c'est aller encore plus loin en publiant des quartiles, des écarts tous les 25 %, cela ce serait trop contraignant, à mes yeux, pour les entreprises. Mais, je rappelle, que si cette disposition est votée, elle ne l'est pas encore, nous serons le premier pays, en Europe, à faire une transparence sur les salaires, et je pense que ce doit être un motif de fierté pour la France, d'être en avance sur les autres pays européens, en matière de transparence et de justice sociale. On doit être en avance sur les autres pays européens, sur notre conception de ce qu'est une entreprise, un lieu qui fait du profit, bien sûr, mais aussi un lieu qui a un engagement social et environnemental.

///

RENAUD DELY
Bruno LE MAIRE, nous évoquions à l'instant le sort des entreprises, il y a une mesure, une hypothèse qui les inquiète, je vous propose d'écouter Geoffroy ROUX DE BEZIEUX, le patron du MEDEF.

GEOFFROY ROUX DE BEZIEUX, PRESIDENT DU MEDEF
Le problème, c'est que le comportement, il n'est pas lié..., je ne nie pas qu'il ya quelques patrons qui abusent, mais le comportement, il est lié au business model et à l'activité vous pouvez toujours taxer les contrats courts, il y a deux scénarios, soit, vous renchérissez le coût du travail et vous mettez des entreprises en faillite, soit, deuxième scénario, les gens sont employés au noir, parce que, on n'a pas les moyens de payer.

RENAUD DELY
Cette mesure qui donc affole le MEDEF, c'est l'éventuelle instauration d'un bonus-malus visant à pénaliser les entreprises qui abusent des contrats courts, est-ce que vous êtes favorable à l'instauration de cette mesure ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, j'y suis favorable. Et j'ai eu l'occasion d'échanger avec Geoffroy ROUX DE BEZIEUX sur ce sujet, l'objectif, ce n'est pas d'interdire aux entreprises qui ont besoin de recourir aux contrats courts de le faire, bien sûr que, comme il le dit très bien, il y a certaines activités dans lesquelles, il n'y a pas le choix, on doit recourir aux contrats courts, mais il y a des abus. Et il y a des abus qui ne sont pas acceptables, et il y a, à l'inverse, d'autres entreprises qui s'efforcent de donner de la stabilité avec des CDI à leurs salariés, eh bien, moi, je trouve bien de récompenser les bons comportements et de sanctionner les mauvais comportements. Et j'invite le MEDEF à nous faire des propositions sur ce sujet, que le MEDEF ne doute pas de la détermination du gouvernement, celle de Muriel PENICAUD, la mienne, à avancer dans cette direction, parce que ce que nous voulons comme société – je le redis – au bout du compte…

RENAUD DELY
Ça signifie, Bruno LE MAIRE, concrètement, que si les partenaires sociaux ne se mettent pas d'accord, l'Etat légifère…

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr. Ça veut dire que nous prendrons nos responsabilités, nous avançons de manière totalement transparente, mais nous avons une vision de la société dans ce gouvernement et dans cette majorité dans laquelle ça ne peut pas être la loi du plus fort, dans laquelle, il y a des règles, et dans laquelle, l'Etat, le ministre de l'Economie, le gouvernement sont responsables d'un ordre public économique. Quand on abuse des contrats courts, qu'est-ce que ça donne ? Ça donne pour les salariés l'impossibilité à s'installer dans la vie, à prendre un crédit, à acheter une maison, à avoir de la stabilité devant soi. Moi, je suis convaincu que dans un monde où il y a des bouleversements technologiques de plus en plus profonds, où on demande aux gens de changer de formation, de qualification, très régulièrement, nous devons donner de la stabilité au maximum de personnes, donc nous sommes favorables à ces dispositions de bonus-malus pour les contrats courts. Et j'invite les organisations patronales et les organisations syndicales à nous faire rapidement des propositions sur ce sujet.

MARC FAUVELLE
Deux questions rapides, si vous voulez bien, Bruno LE MAIRE, d'abord, le travail le dimanche, est-ce qu'on ira plus loin pendant ce quinquennat ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, je suis ouvert à une réflexion l'année prochaine sur ce sujet, parce que je vois bien qu'il y a beaucoup d'endroits, notamment les zones touristiques, où le dispositif est encore trop compliqué et pas cohérent, donc je suis prêt à ouvrir une réflexion sur la question du travail le dimanche, l'année prochaine…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas dans votre loi…

BRUNO LE MAIRE
Non, mais je ne le mettrai pas dans cette loi. Cette loi, elle a une cohérence, elle a un objectif, faire grandir les PME pour qu'elles se digitalisent, qu'elles se robotisent, qu'elles innovent, qu'elles créent des emplois et qu'elles exportent, en récompensant les salariés…

MARC FAUVELLE
Mais oui, pour une réflexion l'an prochain…

BRUNO LE MAIRE
Donc la question du travail le dimanche n'est pas liée au sujet qui est dans Pacte, mais beaucoup de parlementaires souhaitent avoir une discussion sur le travail le dimanche l'année prochaine, je suis prêt à avoir cette discussion.

RENAUD DELY
Sur la taxe poids-lourds qui est évoquée par François de RUGY, le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, est-ce que vous êtes favorable à cette piste de travail ? Et est-ce que cette taxe poids-lourds, elle s'appliquerait aussi bien aux poids-lourds français qu'aux poids-lourds étrangers ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, en règle générale, je n'aime pas trop les taxes, et les nouvelles idées de taxes, je les prends toujours avec beaucoup de précaution. Ensuite, qu'on regarde comment est-ce que les poids lourds étrangers qui traversent le territoire et qui, par définition, abîment les routes, abîment nos routes nationales, polluent, rejettent dans l'atmosphère des particules fines, et ainsi de suite, puissent contribuer, être mis à contribution, ouvrons cette réflexion, ça ne me dérange pas, mais attention à ce réflexe systématique : dès qu'il y a un problème, une nouvelle taxe, parce que, au bout du compte…

MARC FAUVELLE
Il faut arrêter d'emmerder les routiers, comme dirait madame MACRON…

BRUNO LE MAIRE
Chaque taxe est toujours justifiée. Il y a toujours la meilleure raison du monde pour créer une taxe ou un impôt, eh bien, il faut bien quelqu'un qui dise : attention, stop aux taxes, stop aux impôts. Les gens…

RENAUD DELY
Y compris quand ces taxes visent à lutter contre la pollution ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il y a une fiscalité écologique que nous avons mise en place, elle est déjà très ambitieuse. On a fait la convergence du diesel et de l'essence, il y a une taxe carbone, nous avons supprimé l'avantage sur le gazole non routier, donc on est très volontariste en matière de fiscalité verte. Moi, je ne crois qu'à une croissance durable, respectueuse de l'environnement, qui nous permet de lutter contre le réchauffement climatique, mais attention à ce réflexe pavlovien de la taxe.

MARC FAUVELLE
Les poids-lourds paieront, disait, pas plus tard qu'il y a deux jours, Elisabeth BORNE.

BRUNO LE MAIRE
Si nous demandons que les poids-lourds étrangers contribuent, très bien, mais il y a derrière tout un secteur, faisons attention aux équilibres de ce secteur, moi, je suis prêt à regarder une fois encore toutes les propositions, je dis que la taxe, c'est, en général, sur tous les sujets, une solution de facilité, et je préfère des solutions qui sont parfois plus exigeantes que la solution de facilité qui consiste à aller piocher, soit dans les poches des Français et des ménages, soit dans les poches des entreprises.

MARC FAUVELLE
Merci Bruno LE MAIRE d'être venu ce matin sur France-Info.

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2018

Rechercher