Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 28 septembre 2018, sur l'affaire Benalla, la politique économique et sociale et les élections municipales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christophe Castaner, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à Europe 1 le 28 septembre 2018, sur l'affaire Benalla, la politique économique et sociale et les élections municipales.

Personnalité, fonction : CASTANER Christophe, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
Délégué général de La République en Marche. Heureusement que vous n'êtes plus porte-parole du gouvernement parce que dites-moi, quelle rentrée : croissance, chômage, dépenses publiques, HULOT, COLLOMB et BENALLA. Alexandre BENALLA, c'est aujourd'hui qu'il devait être interrogé par les juges, mais son avocat jette l'éponge juste avant l'audition, vous redoutez des révélations ?

CHRISTOPHE CASTANER
Un tout petit mot, vous savez j'étais porte-parole l'année dernière à la rentrée et en septembre, on nous disait déjà : vous savez ce sera difficile, vous n'arriverez pas à faire ce que vous avez dit. Et on l'a fait. Cette fois-ci – et je vais répondre à votre question – il y a la justice qui doit passer, qui doit s'appliquer. Alexandre BENALLA…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais est-ce que vous redoutez des révélations ?

CHRISTOPHE CASTANER
Bien sûr que non, parce que je pense que la vérité elle est établie, c'est celle de la dérive, d'un comportement individuel d'un homme, ça n'est pas une affaire d'Etat. Et la justice doit passer, elle doit être sanctionnée si la justice établit que les faits sont sanctionnables. Personne n'est protégé dans cette République.

AUDREY CRESPO-MARA
Mardi, la justice a ouvert une enquête après la révélation par Mediapart d'un selfie Alexandre BENALLA exhibant une arme, alors qu'il n'a pas permis de port d'arme en pleine campagne présidentielle. Vous, vous dites quoi, ça commence à faire beaucoup ?

CHRISTOPHE CASTANER
Je me dis que la bêtise n'a pas de limites, plus simplement… non mais très clairement, avoir quelqu'un qui a une arme, qu'il l'a cachée, qu'il n'avait autorisés à l'avoir. Il avait sollicité d'ailleurs de la direction de campagne le fait d'être armé, ça lui avait été refusé, il se débrouille pour avoir une arme et en plus, il assez bête pour faire des selfies avec une jeune femme qui travaille dans un restaurant. Tout ça est proche de la bêtise, ça montre aussi quelques dérives de la masculinité. Vous savez, on a besoin de quelques fois – pour montrer qu'on est des hommes – d'avoir un comportement idiot, celui-ci est caractéristique.

AUDREY CRESPO-MARA
Christophe CASTANER, on dit qu'Emmanuel MACRON vous en veut de ne pas l'avoir défendu dans l'affaire BENALLA.

CHRISTOPHE CASTANER
Moi, il ne m'a jamais dit cela et je ne l'ai même jamais entendu. J'espère que ça n'est pas le cas et je pense ne pas avoir cherché à défendre Alexandre BENALLA ni même Emmanuel MACRON. Je cherche à avoir était toujours aux côtés du président de la République pour établir la vérité.

AUDREY CRESPO-MARA
Côté chiffres, alors la rentrée n'est pas non plus glorieuse, on en a beaucoup parlé : croissance, chômage, dépenses publiques, ajoutez à cela une étude du Laboratoire sur les inégalités mondiales dirigée par Thomas PIKETTY notamment, les 0,01 % des Français les plus riches ont reçu un cadeau fiscal de 1,27 milliard de la part d'Emmanuel MACRON, soit 253.800 euros d'économies chacun. Ca fait relativiser les baisses d'impôts pour les 67 millions de Français restants, non ?

CHRISTOPHE CASTANER
Vous savez on a fait un choix, celui de l'économie, il se trouve qu'on a besoin d'investisseurs, on a besoin de femmes et d'hommes qui investissent dans notre économie parce que c'est elle qui crée de l'emploi. Donc quand vous baissez les impôts, c'est effectivement d'abord ceux qui payent des impôts, n'oublions pas que 50 % des Français aujourd'hui ne payent pas d'impôts et, donc, ne sont pas impactés par les baisses d'impôts. Par contre, ils le sont par d'autres mesures, comme la mise en place du reste à charge 0 qui permettra bientôt à chacun d'avoir accès aux prothèses auditives, aux lunettes, aux prothèses dentaires gratuitement.

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors cette dégressivité des allocations chômage pour les gros salaires qu'évoquait Edouard PHILIPPE hier soir, on en est où, il s'agit de quoi exactement ?

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord c'est une discussion entre les partenaires sociaux, mais il est évident qu'aujourd'hui l'assurance chômage n'atteint pas son double objectif. Premièrement, apporter la solidarité à ceux qui sont sans emploi et qui doivent être accompagnés, il faut le maintenir ; mais aussi faire en sorte que les femmes et les hommes qui sont en situation de chômage aillent vers le marché du travail. Aujourd'hui, on voit bien que dans certaines situations vous bloquez des gens, y compris avec une certaine non-pérennité professionnelle, vous bloquez les gens dans une situation de non-emploi. Il nous faut les sortir de cela, réformer l'assurance chômage fait partie aussi des moyens pour sortir les femmes et les hommes qui restent trop longtemps au chômage vers l'emploi.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais une dégressivité des allocations chômage pour les gros salaires, vous allez vous mettre à dos une autre partie de la population.

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez, on peut ne rien faire, faire comme avant et penser que tout va bien et voir le chômage continue à monter. Moi je préfère effectivement voir une croissance qui, certes, est peut-être moins forte que celle de l'année dernière, mais largement supérieure à la moyenne de ces 10 dernières années. Je préfère voir le chômage qui, certes, ne baisse pas assez mais baisse depuis bientôt plus d'un an, je pense que c'est cela l'essentiel.

AUDREY CRESPO-MARA
On dit que l'heure de la grande explication arrive, Emmanuel MACRON devrait s'adresser aux Français dans les prochains jours, vous confirmez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Il s'adressera… je ne sais pas quel est son calendrier dans les prochains jours ou dans quelques semaines, il est important que le président de la République puisse régulièrement s'adresser aux Français.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous le confirmez donc !

CHRISTOPHE CASTANER
Mais qu'il s'adressera oui, bien sûr, mais quand je ne le sais pas et où je ne le sais pas.

AUDREY CRESPO-MARA
En tout cas vous Christophe CASTANER, à 8 mois des européennes vous venez de lancer la campagne de la République en Marche, vous sonnez la mobilisation des troupes et mettez dans le même panier ORBAN, SALVINI, LE PEN, WAUQUIEZ : contrairement à eux, je n'ai pas l'Europe honteuse. Vous ne pensez pas avoir du mal à expliquer aux Français que l'Europe est heureuse ?

CHRISTOPHE CASTANER
Mais vous savez c'est simple, soit effectivement on cherche à faire peur, soit on considère que sur des grands sujets, le sujet migratoire, le sujet environnemental, la défense économique face aux Etats-Unis ou à la Chine, c'est à l'échelle de l'Europe que nous devrons agir. Moi je préfère tenir ce discours de réalité-là, d'autres préfèrent jouer avec les peurs, d'autres préfèrent des alliances politiques immorales, par exemple avec monsieur ORBAN. Je crois qu'on a dépassé les clivages gauche-droite, que l'Europe peut mourir et qu'aujourd'hui, il y a d'un côté les progressistes, ceux qui veulent sauver l'Europe mais qui veulent la changer et j'en fais partie ; et les nationalistes qui pensent que c'est à l'échelle de leur pays qu'on va arriver à se protéger, ça n'est pas vrai, c'est mentir. Mais vous savez ceux qui attaquent l'Europe aujourd'hui, ce sont justement les grands Etats étrangers, ce sont les Etats Unis où ce sont la Chine.

AUDREY CRESPO-MARA
Et les municipales Christophe CASTANER, alors hier soir Edouard PHILIPPE a déclaré que la ville du Havre, dont il a été maire, lui manque. Il a dit ceci : ce n'est pas du tout exclu que je me présente au Havre, il ouvre la porte de Matignon donc à 18 mois des municipales. Un Premier ministre qui envisage de partir 18 mois avant, c'est très étonnant.

CHRISTOPHE CASTANER
D'abord il n'a pas précisé que c'était un engagement formel d'être tête de liste pour redevenir maire, il a parlé de son lien avec sa ville du Havre. Vous savez moi, j'étais maire d'une petite commune des Alpes-de-Haute-Provence et je sais ce lien-là…

AUDREY CRESPO-MARA
Forcalquier, vous voulez y retourner vous aussi ?

CHRISTOPHE CASTANER
Forcalquier, non, la question ne se pose pas pour moi parce que j'ai fait 3 mandats et qu'il est bon de passer la main.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais quand même quand Edouard PHILIPPE dit « ce n'est pas du tout exclu » à 18 mois des municipales…

CHRISTOPHE CASTANER
Mais parce que…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous ne trouvez pas ça étonnant vous ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, je ne trouve pas cela étonnant, mais je sais qu'il est totalement à sa tâche, celle de Premier ministre. Et je vais vous faire une confidence, je souhaite même qu'il puisse être à sa tâche jusqu'à la fin du quinquennat.

AUDREY CRESPO-MARA
Et c'est son souhait aussi, vous pensez ?

CHRISTOPHE CASTANER
Ça, je vous parle de ma confidence personnelle, je ne peux pas vous faire de confidences pour lui.

AUDREY CRESPO-MARA
Et on parle de vous à la mairie de Marseille.

CHRISTOPHE CASTANER
On parle de moi un peu partout, la dernière fois j'étais à Aix-en-Provence, on parlait de moi, c'est sûrement un signe d'attention, je ne suis absolument pas dans ce calendrier-là.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous n'êtes pas dans le calendrier des municipales ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, vous l'avez dit tout à l'heure, on a présenté la grande marche pour l'Europe, cette démarche auprès de 230.000 portes, foyers où les marcheurs ont été parler d'Europe justement un peu partout en France. C'est cela l'essentiel de ma tâche aujourd'hui.

AUDREY CRESPO-MARA
Entre nous après Gérard COLLOMB à Lyon, certainement GRIVEAUX à Paris, DARMANIN à Tourcoing, SCHIAPPA au Mans, LECORNU à Vernon, l'idée c'est que tous les ministres quittent le gouvernement pour devenir maire, c'est le grand sauve-qui-peut ?

CHRISTOPHE CASTANER
Non, d'abord dans les noms que vous avez cités, je ne suis pas persuadé qu'ils seront candidats au poste de maire. Et donc attendons un peu, d'abord qu'ils le décident eux-mêmes ; et puis ensuite vous savez l'essentiel du gouvernement restera mobilisé, mobilisé dans sa fonction. Ensuite il y a une vraie nouveauté effectivement, vous avez quelqu'un comme Gérard COLLOMB qui a le courage de dire : à un moment donné, je rentrerai en campagne parce que je veux revenir à Lyon et je ne pourrai plus être ministre. Vous savez que jusqu'à présent, ça n'était pas le cas, les femmes et les hommes politiques restaient ministres à temps partiel et ensuite… et en même temps faisaient campagne pour les élections municipales. Là il y a une vraie différence et je salue le courage de Gérard COLLOMB qui dit les choses clairement : au moment où je rentrerai en campagne, je ne me sentirai plus en mesure d'être totalement ministre de l'Intérieur. Il est aujourd'hui totalement ministre de l'Intérieur.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Christophe CASTANER.

CHRISTOPHE CASTANER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er octobre 2018

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