Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Radio Classique le 1er octobre 2018, sur la situation politique et sociale et Parcoursup. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à Radio Classique le 1er octobre 2018, sur la situation politique et sociale et Parcoursup.

Personnalité, fonction : VIDAL Frédérique, DURAND Guillaume.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation;

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GUILLAUME DURAND
Madame VIDAL, chargée de l'Enseignement supérieur, dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, est en direct sur l'antenne de Radio Classique, et donc chez nos amis du Figaro aussi, nous allons parler de la situation politique, de ce voyage, et d'éducation. Bienvenue Madame VIDAL. Est-ce que vous considérez que cette photo est la gaffe qui va, comment peut-on dire, un peu polluer ce voyage aux Antilles, qui était un voyage d'empathie nécessaire après la terrible tempête de l'année dernière ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est un voyage effectivement, d'abord, que le président avait promis aux Antillais, lorsqu'il s'était rendu sur place l'année dernière, et c'est un voyage, aussi, qui a permis d'aborder des sujets de fond, comme la chlordécone ou les difficultés avec les sargasses, je crois que c'est surtout ça qu'il faut retenir de ce déplacement, qui était un déplacement très important en termes d'éducation, en termes de santé notamment.

GUILLAUME DURAND
Mais alors, est-ce qu'il y a gaffe, d'après vous ?

FREDERIQUE VIDAL
Ecoutez, moi je suis assez d'accord avec ce que vient de dire Monsieur TABARD, on ne contrôle absolument pas ce qui se passe lorsqu'on prend des photos. Je crois que le président a raison d'aller au contact de toute la population, et c'est ce qu'il a fait d'ailleurs, à la fois durant toute sa campagne, mais c'est-ce qu'il continue à faire. Moi j'ai eu l'occasion de faire des déplacements avec lui, avec des rassemblements de jeunes, et dès que son discours est terminé ou sur le chemin de son discours, eh bien il descend et il discute avec les jeunes, c'est quelque chose qu'il fait très régulièrement, il est naturellement empathique.

GUILLAUME DURAND
Vous regardez les réseaux sociaux, vous voyez l'électricité qui règne dans l'air après cette photo, justifiée ou non, je parle de l'électricité, comme la photo d'ailleurs, commentaire violent de Marine LE PEN, des sénateurs de droite, comme Pierre CHARRON, qui font même une sorte de parallèle entre le groupe de rap qui est venu à l'Elysée et les jeunes rencontrés par Emmanuel MACRON. Est-ce qu'il faut qu'il soit comptable des photos qu'il provoque ?

FREDERIQUE VIDAL
Evidemment non, il ne peut pas être comptable des photos qu'il provoque, comme aucun d'entre nous ne peut l'être, quant aux réactions que vous évoquez, je crois qu'il y a des sujets qui sont importants en France aujourd'hui, que, aux Antilles, le vrai sujet c'est la reconstruction, c'est les questions de santé, les questions d'éducation, et j'aurais préféré entendre ces responsables politiques sur des questions de fond plutôt que sur des commentaires complètement déplacés, comme si ces photos avaient été volontaires.

GUILLAUME DURAND
Vous savez que les Antillais qui l'ont, c'est important, qui l'ont apostrophé, ne comprennent pas le lien qui existe entre l'argent qui est débloqué par le gouvernement et la faiblesse de la reconstruction sur place. Ça s'explique comment ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, c'est vrai que le président a pu le constater, il y a beaucoup d'argent qui a été débloqué, et néanmoins la reconstruction ne va pas aussi vite que ce qu'elle devrait aller. Je crois qu'il y a un certain nombre de freins, qui sont liées au fait que les îles, en elles-mêmes, n'avaient pas suffisamment notamment de matériaux de construction, pas suffisamment d'entreprises de construction pour pouvoir reconstruire, donc c'est toute une organisation, et surtout ça permet d'anticiper et de faire en sorte que si de nouvelles catastrophes se produisent, eh bien on sache qu'il ne suffit pas d'avoir de l'argent, il faut aussi avoir les gens qui vont être en capacité de reconstruire, les matériaux, etc. Ce sont des îles, tout doit être apporté.

GUILLAUME DURAND
Alors, si on s'est un petit peu appesanti sur ce voyage, c'est parce qu'on est dans un contexte très particulier, des réformes importantes vont avoir lieu, les retraites, l'assurance chômage, il va falloir supprimer des postes dans la fonction publique, et on a l'impression, en lisant les journaux ce matin, et depuis 3, 4 jours, qu'il y a une sorte d'inflexion. Alors, est-ce que c'est une inflexion à gauche, on dit que Monsieur GRANGEON va rentrer à l'Elysée aux côtés d'Emmanuel MACRON, justement pour le transformer en une sorte de rocardien, est-ce que vous avez le sentiment qu'actuellement dans l'équipe à laquelle vous appartenez, une réflexion est menée pour que justement la part sociale du gouvernement et du pouvoir en place s'accentue ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, dans le programme, comme dans l'action du gouvernement depuis 16 mois, le « libérer » et le « protéger » ont toujours été ensemble.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais ce n'est pas la perception des Français, vous le savez.

FREDERIQUE VIDAL
Je le sais, mais les réformes structurelles qui ont été lancées, il fallait qu'elles soient lancées, en priorité, parce qu'elles vont avoir un effet sur le long terme, et c'était important que nous commencions par ces réformes difficiles, dont les effets vont mettre du temps à se voir.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que ce moment est vraiment…

FREDERIQUE VIDAL
Le « en même temps » c'est exprimé en permanence, puisque dire que nous allons revaloriser le travail, c'est en même temps regarder comment nous pouvons mieux former et mieux accompagner les gens pour qu'ils retrouvent du travail. Dire que nous allons lutter contre la pauvreté, ce n'est pas simplement dire on va aider les gens pauvres à rester un peu moins pauvres, c'est comment on ne tombe plus dans la pauvreté, et surtout comment on en sort lorsqu'on y est. Donc, c'est quelque chose qui est porté par le gouvernement, et par le président, depuis le début, et évidemment maintenant on rentre dans des phases de réformes qui vont plus accompagner, parce que les réformes structurelles ont été lancées, dans l'autre sens ça n'aurait pas eu de sens.

GUILLAUME DURAND
Pardonnez-moi, ça c'est l'explication pédagogique d'une campagne, un exercice du pouvoir, ce n'est pas forcément l'explication politique dans un contexte où les sondages sont effondrés, on voit bien que c'est une préoccupation pour lui. Quand il fait son mea culpa sur les « Gaulois réfractaires », c'est qu'il a quand même conscience qu'il y a quelque chose qui dans l'exercice du pouvoir ne fonctionne pas, en tout cas n'est pas perçu, comme vous venez d'expliquer, par les gens. Donc, est-ce qu'il se passe quelque chose, est-ce qu'il l'a compris, est-ce que vous en êtes tous conscients, est-ce qu'il y a cette phase d'humilité, dont parle Gérard COLLOMB, ou est-ce que c'est, au fond, on continue comme avant ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, en termes de transformation, en termes de réformes, évidemment on continue comme avant parce que nous sommes tous persuadés que c'est ce dont notre pays a besoin, et c'est d'ailleurs ce que les électeurs ont demandé.

GUILLAUME DURAND
Alors c'est lui qui doit changer ?

FREDERIQUE VIDAL
Le président, que ce soit en tant que candidat ou depuis qu'il est président, est quelqu'un qui est naturellement empathique et chaleureux, vous le voyez, chaque fois qu'il se retrouve en présence de gens, il va à leur contact, c'est très important pour lui d'avoir les retours de terrain, il est lui-même très impatient, mais d'un autre côté, évidemment, il y a des contraintes, qui sont liées à la situation dans laquelle nous sommes, et donc c'est tout ça qu'il faut être en capacité de porter ensemble, et c'est ce que nous faisons.

GUILLAUME DURAND
Pardonnez-moi, vous n'entendez pas la question que je vous pose. La question qui est quand même celle de la séquence politique, c'est quand même des sondages effondrés, alors les sondages ne définissent pas une politique mais c'est quand même une perception par les Français, or c'est les Français qui votent et c'est les Français qui l'ont élu, donc qu'il soit empathique c'est une chose, mais l'empathie peut apparaître, comme ça a été le cas de l'horticulteur, comme une forme d'arrogance.

FREDERIQUE VIDAL
Alors c'est justement la raison pour laquelle…

GUILLAUME DURAND
La phrase de COLLOMB n'est pas tombée du plafond, l'humilité, « on manque d'humilité. »

FREDERIQUE VIDAL
Alors… je laisse à Gérard COLLOMB la responsabilité de savoir s'il a l'impression qu'il manque d'humilité ou pas. Chaque déplacement, que font les membres du gouvernement, le Premier ministre et le président de la République, à chaque déplacement il y a ce temps d'échange, il y a ce temps d'explication et de pédagogie, ça va très vite et c'est très nouveau. Et ce qui est très nouveau c'est que, on ne fait pas de grandes annonces suivies d'aucun effet, on essaye de regarder où sont les problèmes et on essaye de proposer des solutions. Alors, évidemment, c'est un petit peu différent comme façon de faire de la politique, en tout cas moi c'est une des raisons pour lesquelles j'en fais.

GUILLAUME DURAND
Avant de parler, pour terminer, de Parcoursup, parce que c'est évidemment un sujet important pour vous, les semaines qui viennent, je le disais, PMA, assurance chômage, retraites, suppression du nombre des fonctionnaires, car très peu ont été, pour l'instant, supprimés budgétairement. Est-ce que vous pensez qu'on est, ce matin, face – après les déclarations de l'Archevêque de Paris – face à une sorte de Manif pour tous qui va redémarrer sur la question de la PMA, parce qu'il va falloir que l'Assemblée s'en préoccupe dans les semaines qui viennent et qu'une décision soit prise par le gouvernement ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, il y a eu un temps, effectivement, de concertation publique…

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous avez une crainte ?

FREDERIQUE VIDAL
Non, en fait je crois que c'est… on est toujours un petit peu dans le même genre de situation. Quand il y a eu les lois Travail on nous a dit c'est une catastrophe et les gens vont se rebeller. Je crois que ce qui est très important c'est qu'on ait ce temps de dialogue. Il y a eu ce temps de concertation, il y a eu le rapport qui a été rendu par le comité national d'éthique, maintenant il va y avoir la discussion au Parlement, je ne pense pas que quelques-uns puissent confisquer la parole de l'ensemble de la population, qui s'est exprimée, une fois de plus, très largement.

GUILLAUME DURAND
Mais pour le Mariage pour tous ils n'étaient pas quelques-uns, ils étaient quand même des dizaines de milliers dans la rue.

FREDERIQUE VIDAL
Absolument, mais…

GUILLAUME DURAND
Ce n'est pas une situation identique ?

FREDERIQUE VIDAL
Je crois que, y compris quand on explique les choses, la situation peut être différente. Ce qui s'est passé pour le Mariage pour tous c'est que les choses sont arrivées sans ce temps de discussion que nous avons mis en place toute l'année dernière.

GUILLAUME DURAND
Le 5 septembre s'est terminée l'affaire de Parcoursup, quel est le bilan finalement – on en terminera brièvement par cette question, mais elle est importante, et combien de bacheliers sont sur le carreau encore aujourd'hui, et est-ce que vous pensez que ce système, qui est quand même nouveau, maintenant va fonctionner définitivement dans le système de l'éducation nationale plus généralement ?

FREDERIQUE VIDAL
Alors, Parcoursup c'est un outil, une plateforme d'orientation, qui a très bien fonctionné, puisqu'aujourd'hui il reste encore quelques centaines de jeunes qui continuent à être accompagnés, parce que toute la différence avec le système précédent c'est que comme on a remis de l'humain, évidemment, ce n'est pas parce que la plateforme s'arrête qu'on arrête d'accompagner les jeunes.

GUILLAUME DURAND
Donc c'est moins de 1000 personnes qui sont sur le carreau ?

FREDERIQUE VIDAL
Oui, et il y en a encore… il y en a chaque jour de moins en moins. J'étais encore dans une académie ce week-end, où me disait qu'il en restait vraiment… ça se compte à l'unité maintenant, et le travail continue. Il y aura des modifications, je l'ai toujours dit, parce que c'est un outil technologique et donc il peut toujours s'améliorer, notamment sur le calendrier, mais je reçois aujourd'hui tous les vice-présidents en charge de la formation, tout le monde me dit que les rentrées se sont bien passées, et se sont passées sereinement, et que les étudiants, qui viennent d'être accueillis, notamment dans les parcours personnalisés, sont ravis d'y être intégrés, et que dans les endroits où ils n'ont pas pu encore être mis en place, les étudiants les réclament, et c'était tout le sens de la loi Orientation.

GUILLAUME DURAND
Donc c'est un système définitif ?

FREDERIQUE VIDAL
C'est une philosophie d'accès à l'enseignement supérieur où c'est l'enseignement qui s'adapte et qui prend en compte ce qu'est le jeune au moment où il arrive, sur laquelle, je crois, personne ne veut revenir.

GUILLAUME DURAND
Frédérique VIDAL, chargée de l'Enseignement supérieur, dans le gouvernement d'Edouard PHILIPPE, merci d'être venue ce matin.

FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2018

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