Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à RTL le 1er octobre 2018, sur les violences faites aux femmes, notamment le harcèlement de rue et le numéro d'urgence d'accueil (39 19). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes à RTL le 1er octobre 2018, sur les violences faites aux femmes, notamment le harcèlement de rue et le numéro d'urgence d'accueil (39 19).

Personnalité, fonction : SCHIAPPA Marlène, MARTICHOUX Elizabeth .

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes;

ti :


ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être ce matin sur RTL. Une campagne télé contre les violences sexistes a démarré hier pour une quinzaine de jours, les spots cherchent à secouer les témoins de ces agressions. Il ne serait pas préférable de culpabiliser les auteurs des violences plutôt que ceux qui y assistent, bien malgré eux ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ce que nous cherchons à faire avec cette campagne, ce n'est pas de culpabiliser qui que ce soit, c'est d'être efficaces, or, moi, tous les centres, toutes les femmes, victimes de violences conjugales que j'ai rencontrées, me disent à chaque fois qu'il y avait des témoins qui étaient au courant. Une campagne en direction des agresseurs, ça ne les fera pas arrêter de frapper leur épouse, leur compagne, leur petite copine. En revanche, une campagne en direction des témoins, ça peut amener ce sursaut, cette société de la vigilance, où chaque témoin considère que ce qu'il sait, ce n'est pas une affaire privée, c'est une affaire de société, et c'est sa responsabilité que de le dénoncer. Quand vous êtes témoin d'un cambriolage, vous témoignez, vous dénoncez. Quand vous êtes témoin de violence conjugale, vous devez la dénoncer.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est un vecteur effectivement de responsabilisation individuelle, qui peut faire baisser sensiblement, selon vous – c'est votre pari – les violences sexistes, il y a quatre spots, il y a quatre situations, violences dans les transports, agressions conjugales d'ailleurs, aussi la main aux fesses dans un lycée pour une gamine, voilà, ça fait rigoler les petits copains, et en fait, c'est le début d'un traumatisme peut-être.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, il y a ce qu'on appelle un continuum des violences sexistes et sexuelles, et ça peut commencer par du harcèlement de rue, et aller jusqu'au féminicide, que le président de la République a dénoncé à l'ONU, la semaine dernière devant tous les chefs d'Etat, le féminicide, c'est le fait de tuer des femmes parce qu'elles sont des femmes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Marlène SCHIAPPA, est-ce que le nombre de femmes victimes baisse, le dernier chiffre dont on dispose, c'est 2016, 123 femmes, il n'avait pas baissé, au contraire d'ailleurs, il y avait une très légère augmentation par rapport à 2015. Est-ce que, on peut s'attendre à une amélioration en 2017 ?

MARLENE SCHIAPPA
Le chiffre ne baisse pas, et c'est ça qui est terrible pour les pouvoirs publics, c'est que quelle que soit la politique publique qui est menée, qu'elle soit de droite, de gauche,

avec beaucoup d'argent, peu d'argent, le chiffre reste le même, c'est une régularité glaçante…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera le même chiffre qui sera officialisé pour 2017 par rapport à 2016 ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce sont des sujets trop sérieux pour que je joue à madame Soleil et à la prédiction des chiffres, mon but, c'est que les femmes partent avant qu'il ne soit trop tard, et que donc nous créons toutes les conditions pour mettre en place cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais encore une, fois le chiffre de 2017 ne donnera pas, n'indiquera pas, on le connaîtra, quoi, dans quelques semaines, je crois, officiellement ?

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ne baissera pas, il n'y a pas de femmes... moins de femmes – pardon – tuées en 2017, qu'en 2016, c'est très impressionnant. Il n'y a jamais eu de plan spécifique dédié aux violences conjugales, en revanche, des mesures ont été dédiées dans des plans généraux, globaux, contre les violences faites aux femmes, est-ce que c'est important ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est très important, parce qu'il faut apporter des réponses concrètes. Donc nous, nous sommes partis de la réalité du terrain, de ce que nous ont dit ces femmes, les élus locaux, les travailleurs sociaux, les urgentistes, les forces de l'ordre, les associations, bien sûr, pour faire ce premier plan, avec cinq grandes mesures, dont la campagne en direction des témoins pour faire en sorte justement d'enrayer ce fléau.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, ça coûte de l'argent, quatre millions d'euros pour la campagne de spots, par exemple, quand, pour lutter contre ces violences, des associations accusent une baisse de leur budget, on en a entendu une tout à l'heure dans le journal de 7h, au micro d'Emilie BAUJARD ; « Un Toit Une Femme » à Paris se plaint d'avoir 6.000 euros en moins cette année. C'est contradictoire avec votre discours, Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Alors il y a deux choses différentes, il y a les associations de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, elles, elles n'ont eu aucune baisse, aucune, zéro, pas un euro de baisse, ce n'est pas vrai, le budget n'a pas baissé, voire, il a été augmenté, « Collectif Féministe contre le Viol », plus de 60.000 euros par exemple, « Une Femme un Toit », c'est un hébergement que je connais très bien, qui est extrêmement bien géré par Marie CERVETTI. Le Premier ministre, en l'espèce, l'a visité ce vendredi, ce n'est pas financé par mon budget…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça ne s'est pas su d'ailleurs…

MARLENE SCHIAPPA
Ça ne s'est pas su. Mais il est allé à la rencontre de femmes victimes de violences et hébergées en direct pour parler avec elles, voilà, directement. Ce n'est pas financé par mon budget, c'est financé par les budgets d'hébergement d'urgence, mais Julien DENORMANDIE m'a indiqué qu'il y avait un coût à la nuitée…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le ministre de la Cohésion des territoires, enfin, secrétaire d'Etat…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, et une augmentation de 40 millions, donc s'il manque 6.000 euros à « Une Femme un Toit, bien évidemment, nous allons trouver 6,000 euros pour « Une Femme un Toit ».

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est clair. Vous répondez ce matin favorablement à sa demande, c'est-à-dire, de ne pas baisser son budget pour cette année…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, évidemment, et à chaque fois qu'il y a une alerte…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous leur répondrez, parce qu'elles disent : elle ne répond pas, on appelle Marlène SCHIAPPA, elle ne répond pas…

MARLENE SCHIAPPA
Non, ce n'est pas vrai, ça, c'est totalement faux. Marie CERVETTI, elle est intervenue dans les universités d'été du féminisme…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a quelques jours…

MARLENE SCHIAPPA
Le Premier ministre l'a vue vendredi, on est en contact en permanence par les réseaux sociaux et par téléphone, ce n'est pas vrai, ne disons pas n'importe quoi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Comment vous expliquez alors – mais alors, comment, elles poussent, elles poussent pour que vous alliez encore plus loin – comment vous expliquez quand même que, elles mettent sur la table ces difficultés pour elles de faire ça aux violences aux femmes…

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, elles ont raison de mettre sur la table leurs difficultés, je suis là aussi pour résoudre les difficultés. Donc il n'y a aucun problème à cet égard. Et voilà, là, 6.000 euros, je suis en capacité de les trouver, même si ça ne fait pas partie de mon budget. Et Julien DENORMANDIE est aussi en capacité de les trouver, parce qu'il y a urgence et parce que c'est un sujet important, mais on peut aussi se concentrer sur ce qui va bien, par exemple, la subvention du 39 19, que j'ai décidé d'augmenter…

ELIZABETH MARTICHOUX
Numéro gratuit d'urgence et d'orientation pour les femmes.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà absolument, parce que, moi, je crois qu'il n'y a jamais assez d'argent et jamais assez d'énergie pour ces associations qui sont en première ligne. Donc dès que je le peux, je les augmente, le 39 19, c'est le numéro d'urgence d'accueil, notre objectif, c'est d'arriver à 100 % d'appels répondus. Parce que c'est insupportable d'imaginer qu'il y a des femmes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Un appel sans réponse…

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, qu'il y a des femmes qui sont victimes de violences, qui appellent ce numéro, et que ça sonne dans le vide, ces femmes, elles ne rappelleront pas. Donc nous avons travaillé avec le 39 19, nous avons dégagé un budget supplémentaire de 120.000 euros, c'est une augmentation de plus 60 % de leurs subventions pour que tous les appels, nous avons un objectif, 100 % d'appels répondus…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc des postes, trois postes en plus, mais comment vous expliquez, parce que vous dites : on ne veut pas que ça sonne dans le vide, or, ce numéro, eh bien, il s'arrête de fonctionner en semaine à 22h, et le vendredi à 18h. Ce n'est pas le soir que les femmes ont besoin de justement d'avoir des interlocuteurs…

MARLENE SCHIAPPA
Alors, nous, notre intuition (sic), c'était aussi d'ouvrir le soir, mais le 39 19 nous a dit que, elles, leurs besoins, c'était la journée, pourquoi ? Je vous donne un exemple, la question du dimanche, qui est une question cruciale, le dimanche, c'est là qu'il y a plus de violences conjugales. Eh bien, le dimanche, ce n'est pas le jour où il y a le plus d'appels, parce que le dimanche, le mari est à la maison, donc les femmes, elles appellent le lundi matin, et dans tous les centres d'écoute, partout, en France, moi, j'étais élue quatre ans en Sarthe, en gérants des centres d'écoute, en local, partout en France, c'est la même chose, le lundi matin, vous avez un pic d'appels, parce que les femmes sont au bureau ou parce que leur mari n'est plus là, et qu'enfin, elles sont libres d'appeler, donc il faut se garder des fausses bonnes idées, nous, nous répondons à la demande du 39 19 avec cet objectif : 100 % d'appels répondus.

ELIZABETH MARTICHOUX
Contrats locaux contre les violences, c'est aussi dans le plan que vous annoncez ce matin. C'est un dispositif de partage d'alerte, l'idée, et effectivement, tout le monde la comprend, c'est que tous les acteurs autour des femmes qui subissent des violences puissent mutualiser les informations. Un mot très vite sur ce dispositif, ça consiste en quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
L'idée, c‘est que les urgentistes, les travailleurs sociaux, les élus locaux, les associations, les forces de l'ordre, les services de justice puissent ensemble, au plus près du terrain, dans chaque département, autour de chaque préfet, avoir une forme de partage d'alerte et puissent partager des dossiers pour sauver ces femmes avant qu'il ne soit trop tard.

ELIZABETH MARTICHOUX
A Propos d'accès aux soins des femmes, Laurence ROSSIGNOL, sénatrice socialiste et ancienne ministre de la Famille, a déposé officiellement vendredi dernier une proposition de loi pour abroger la clause de conscience, qui autorise depuis la loi Veil les médecins à ne pas pratiquer d'IVG au nom de cette clause de conscience. Et vous, est-ce que vous êtes favorable à cette proposition de loi ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est un sujet sur lequel on travaille énormément avec Agnès BUZYN, la ministre de la Santé, et on a une position commune toutes les deux. Nous pensons que la question de la clause de conscience, elle mérite de sortir de l'idéologie, c'est la facilité, et de dire…

ELIZABETH MARTICHOUX
De dire ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, de dire : je suis... il faut stopper la clause de conscience, voilà, je pense que la réalité, c'est que quand il y a des médecins qui sont opposés à l'avortement, il est préférable que ces médecins ne pratiquent pas d'avortement, pour qui ? Pour les femmes, parce qu'il y a un rapport qui met en exergue ce qui a été appelé des violences gynécologiques, je crois que c'est culpabilisant pour une femme de s'entendre dire : le coeur bat, le bébé bien accroché, mais est-ce que vous ne voulez pas regarder l'échographie, etc. Je préfère que les médecins qui sont opposés à l'avortement ne les pratiquent pas, mais notre responsabilité de pouvoir public, c'est d'assurer un accès sans aucune entrave à l'IVG à toutes les femmes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Contrairement à ce qui s'est passé dans un département récemment…

MARLENE SCHIAPPA
En Sarthe, c'est pour ça que je m'y suis rendue et que j'ai fait rétablir l'accès à l'IVG, 1°) : avec le recrutement de gynécologues, et 2°) : en faisant en sorte que les sages-femmes puissent également pratiquer des IVG médicamenteuses. Donc au-delà d'idéologie et des propos de tribune, le concret, toutes les femmes doivent pouvoir avoir un accès à l'IVG partout en France…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est clair. C'est très clair, votre réponse à Laurence ROSSIGNOL. Selon notre sondage Harris Interactive, pour le site RTL Girls, il y a un regard très positif sur le phénomène MeToo, qui va fêter sa première année cette semaine. Mais pour autant, il y a une majorité d'hommes et de femmes, les deux, qui trouvent que ça n'a pas bouleversé la donne, c'est un statuquo, ça n'a rien changé…

MARLENE SCHIAPPA
Non, ça n'a pas bouleversé la donne parce qu'on ne peut pas changer en un an, et même si la force de MeToo est incontestable, on ne peut pas changer en un an des comportements qui sont ancrés depuis des générations. Le président de la République l'avait dit lui-même en lançant la grande cause de son quinquennat pour l'égalité femmes/hommes. Toute notre société est malade du sexisme, ça va demander beaucoup de travail ensemble pour faire en sorte de guérir de cette maladie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et on le verra encore une fois dans les chiffres du nombre de femmes battues dont on parle. Est-ce que vous allez manifester aux côtés de Muriel ROBIN samedi prochain, elle sera tout à l'heure l'invitée d'Yves CALVI, de « LVT », et c'elle qui a lancé cette initiative ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument. Moi, je ne vais pas manifester, parce que ce n'est pas la place d'un membre du gouvernement, mais je suis très à l'écoute de ce que fait Muriel ROBIN, et je voudrais saluer son engagement. On a besoin que des grandes personnalités populaires comme elle prennent la parole et alertent la société. C'est formidable ce qu'elle fait à cet égard.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière question, très vite, Marine LE PEN a dénoncé une faute impardonnable dans le fait qu'Emmanuel MACRON a posé à côté d'un jeune de Saint-Martin, faisant un doigt d'honneur, il n'aurait pas dû, le président ?

MARLENE SCHIAPPA
Les commentaires de Marine LE PEN n'ont absolument aucun intérêt, qu'elle s'occupe de ce qui concerne son parti…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est leader d'un grand parti qui va être difficile à battre…

MARLENE SCHIAPPA
Oui, elle est leader d'un grand parti raciste, d'extrême droite. Ce qui la choque, ce n'est pas que le président pose à côté d'un jeune, ce qui la choque, c'est la couleur de peau de ce jeune, soyons très clairs. A chaque fois que le président pose avec des personnes qui sont de couleur noire, Marine LE PEN s'offusque. Donc je trouve que ça n'a pas grand intérêt.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça n'a pas grand intérêt ! Voilà, ce qu'a dit Marine LE PEN, dit Marlène SCHIAPPA, ce matin, au micro de RTL. Soyons précis.

YVES CALVI
Mon but, c'est que les femmes partent avant qu'il ne soit trop tard déclare Marlène SCHIAPPA, alors que les chiffres des violences faites aux femmes visiblement ne baissent pas. Et puis, on va rappeler bien entendu le 39 19, numéro d'urgence et d'orientation pour les femmes victimes de violences.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2018

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