Interview de Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, avec Europe 1 le 3 octobre 2018, sur l'arrestation d'un évadé multirécidiviste et sur la démission du ministre de l'intérieur. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nicole Belloubet, garde des sceaux, ministre de la justice, avec Europe 1 le 3 octobre 2018, sur l'arrestation d'un évadé multirécidiviste et sur la démission du ministre de l'intérieur.

Personnalité, fonction : BELLOUBET Nicole, CRESPO-MARA Audrey.

FRANCE. Garde des Sceaux, ministre de la justice;

ti :


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Nicole BELLOUBET.

NICOLE BELLOUBET
Bonjour.

AUDREY CRESPO-MARA
L'information a été révélée à 5h00 du matin par Europe 1, l'homme le plus recherché de France, Rédoine FAID, a été arrêté cette nuit 3 mois après son évasion spectaculaire, comment s'est passée l'interpellation ?

NICOLE BELLOUBET
Je crois que vous en avez donné les éléments principaux, elle s'est passée dans la ville où il habitait, les policiers, et les magistrats d'ailleurs, de la juridiction interrégionale spécialisée, travaillaient depuis plusieurs mois sur un certain nombre d'indices, il y avait eu des perquisitions, assez récemment, qui ont permis de conforter des hypothèses et donc qui ont conduit à l'arrestation de ce matin.

AUDREY CRESPO-MARA
Il était armé, il n'a pas cherché à fuir ?

NICOLE BELLOUBET
Non, non, et je dois dire que c'était sans doute la phase que j'appréhendais le plus, de ma position, puisque c'est quelqu'un qui avait, dans d'autres temps, commis des meurtres, et donc je suis…

AUDREY CRESPO-MARA
La policière municipale Aurélie FOUQUET.

NICOLE BELLOUBET
Absolument, et je suis vraiment très heureuse que les choses se soient passées de la manière dont elles sont passées, je voudrais vraiment ici remercier et féliciter l'ensemble des personnes qui ont participé à ce travail.

AUDREY CRESPO-MARA
Les enquêteurs avaient retrouvé sa trace depuis combien de temps, depuis cet été ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, disons qu'il y a eu plusieurs indices qui ont été exploités et qui ont permis cette arrestation.

AUDREY CRESPO-MARA
Et comment l'ont-ils retrouvé, là, cette nuit, vous avez des informations plus précises ?

NICOLE BELLOUBET
Non, pas plus précises.

AUDREY CRESPO-MARA
Nicole BELLOUBET, avant son évasion Rédoine FAID, braqueur multirécidiviste, avait été condamné à 25 ans de prison après la mort d'Aurélie FOUQUET, la jeune policière municipale, après cette évasion, quelle peine risque-t-il, combien d'années pourrait-il passer en prison ?

NICOLE BELLOUBET
Ecoutez, ce n'est pas moi, je ne suis pas magistrate dans cette affaire-là, là il est placé en garde à vue, une garde à vue qui sera sûrement assez longue, et puis ensuite il va être incarcéré, et bien entendu il sera jugé pour cela, et donc je ne peux pas là vous dire qu'elle sera ce qu'il encourt. Mais, il est évident que nous allons le placer dans un établissement hautement sécurisé…

AUDREY CRESPO-MARA
Lequel, vous savez ?

NICOLE BELLOUBET
Non, je ne sais pas encore bien sûr, mais il fera l'objet évidemment d'une surveillance extrêmement étroite.

AUDREY CRESPO-MARA
L'homme le plus recherché de France arrêté, alors qu'il n'y a plus de ministre de l'Intérieur depuis cette nuit, quelle ironie !

NICOLE BELLOUBET
Non, je ne trouve pas que c'est ironique, c'est au contraire exactement la réalité, la situation que nous vivons, les hommes passent, l'action du gouvernement demeure, et je crois que, c'est vrai, c'est très intemporel, en tout cas dans notre République, dans notre démocratie, c'est ainsi que les choses doivent se passer. Il y a un Etat, il y a des pouvoirs publics, ils fonctionnent au-delà des hommes qui les exercent, et c'est très important.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors, vous vous apprêtez à vous rendre en Conseil des ministres, c'est dans moins de 2 heures, Gérard COLLOMB ne sera pas assis à côté du président.

NICOLE BELLOUBET
Non, il ne sera pas assis à côté du président.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ce siège de ministre d'Etat restera vide ?

NICOLE BELLOUBET
Physiquement le siège ne sera pas vide, puisque les choses sont réorganisées autour de la table, mais, vous le savez, le Premier ministre assure des fonctions d'intrim du ministère de l'Intérieur, dans l'attente de la nomination, ce n'est pas une situation nouvelle, assez récemment d'ailleurs il y a eu ces fonctions en intérim qui avaient également été assumées par un Premier ministre, donc je veux dire que nous sommes vraiment dans la continuité de l'Etat, je crois que c'est vraiment essentiel à dire, et ça veut dire que, sur un point capital, qui est lié….

AUDREY CRESPO-MARA
Donc tout va bien, malgré la menace terroriste, malgré la menace des violences qui montent ?

NICOLE BELLOUBET
Non, Madame, je n'ai pas dit que tout allait bien, je dis simplement qu'il ne faut pas faire de cet événement, qui est un événement complexe à gérer sur le plan politique…

AUDREY CRESPO-MARA
Et inédit.

NICOLE BELLOUBET
Qui est un événement complexe à gérer sur le plan politique, parce qu'il est inédit, il ne faut pas non plus en faire une crise grave. Je crois qu'il faut savoir replacer les choses à leur juste valeur. Nous sommes un Etat qui fonctionne, les pouvoirs publics sont au travail, au-delà des hommes.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc, vous vous rendez, à ce Conseil des ministres, sereine ?

NICOLE BELLOUBET
Oui, et tout en reconnaissant d'ailleurs… pour moi c'est la situation est assez singulière puisque j'avais très bien travaillé, avec Gérard COLLOMB, notamment pour l'élaboration de la loi pour la justice, que je vais proposer, et sur tout l'aspect procédures pénales.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais quand même, est-ce que vous saviez que Gérard COLLOMB voulait à ce point quitter le gouvernement, et si vite ?

NICOLE BELLOUBET
Gérard COLLOMB a le désir, ancré en lui, de travailler pour sa ville de Lyon, il l'a dit. L'ayant dit, je pense que lui se sentait totalement investi, au ministère de l'Intérieur, mais le regard des autres, sur lui, a changé, et d'une certaine manière il s'est placé en position de devoir démissionner.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais c'est un vieux briscard de la politique Gérard COLLOMB, ce n'est pas un perdreau de l'année, il devait s'attendre à ce qu'il y ait des réactions, à ce qu'il y ait des attaques, même de ses propres services.

NICOLE BELLOUBET
Je pense que la passion pour sa ville l'a emporté, et, finalement, à l'heure où on reproche au gouvernement de ne pas tenir compte assez des territoires, vous avez là un ministre qui dit clairement que le territoire c'est important, que la France c'est aussi celle des territoires, mon Dieu, c'est assez essentiel.

AUDREY CRESPO-MARA
Oui, mais enfin, il devait démissionner après les Européennes, et Gérard COLLOMB, Nicole BELLOUBET, claque la porte du jour au lendemain, on a l'impression d'une scène de ménage entre le président et son ministre de l'Intérieur.

NICOLE BELLOUBET
Non, non, il n'y a aucune scène de ménage, moi je vous dis les choses, je pense que l'annonce faite par COLLOMB de son retour à Lyon a modifié son positionnement face aux interlocuteurs du ministère de l'Intérieur, face peut-être aussi au ministère lui-même, et donc du coup il a été acculé lui-même à cette démission.

AUDREY CRESPO-MARA
Il quitte le gouvernement alors qu'Emmanuel MACRON avait refusé sa démission, c'est un camouflet pour le président.

NICOLE BELLOUBET
Ce n'est pas un camouflet, c'est une situation…

AUDREY CRESPO-MARA
Un peu quand même !

NICOLE BELLOUBET
Ce n'est pas un camouflet, c'est une situation qui se construit et qui a conduit à cela. Vous savez, j'étais hier, avec le président de la République, nous avons travaillé hier après-midi sur les questions constitutionnelles, eh bien nous avons un président qui est au travail, au-delà de cet événement, aussi complexe soit-il à gérer.

AUDREY CRESPO-MARA
Sa relation avec Emmanuel MACRON était devenue tellement mauvaise qu'ils n'arrivent plus à travailler ensemble ?

NICOLE BELLOUBET
Mais non, pas du tout, leur relation n'est pas mauvaise, d'ailleurs je…

AUDREY CRESPO-MARA
C'était l'un des plus proches du président, donc il s'est bien passé quelque chose.

NICOLE BELLOUBET
Mais il demeure proche du président, il demeure proche du président…

AUDREY CRESPO-MARA
En claquant la porte.

NICOLE BELLOUBET
Il demeure proche du président, il a fait le choix de sa ville, voilà, c'est tout.

AUDREY CRESPO-MARA
Et en claquant la porte du jour au lendemain.

NICOLE BELLOUBET
Mais il n'a pas claqué la porte, je suis en train de vous expliquer qu'il s'est placé dans cette situation-là.

AUDREY CRESPO-MARA
Nicole BELLOUBET, Nicolas HULOT, Gérard COLLOMB, ce sont les deux ministres d'Etat qui démissionnent, c'est inédit, c'est un terrible signal envoyé.

NICOLE BELLOUBET
Je ne crois pas, je crois d'ailleurs que les situations sont totalement différentes. Gérard COLLOMB a agi de manière extrêmement positive pour notre pays, il a remis en place la police de sécurité du quotidien, il a pris une loi qui a permis de sortir de l'état d'urgence, il a réorganisé un certain nombre de choses, donc, si vous voulez, il y a des actions très concrètes, Nicolas HULOT aussi, mais Nicolas HULOT est sans doute partie sur une crainte de fond, alors que Gérard COLLOMB est parti pour quelque chose. Nous avons là deux approches totalement différentes.

AUDREY CRESPO-MARA
Mais des quatre ministres d'Etat qu'Emmanuel MACRON a eu, François BAYROU, Nicolas HULOT, Gérard COLLOMB et François de RUGY, ne reste plus que François de RUGY, c'est un terrible signal.

NICOLE BELLOUBET
Mais il ne faut pas faire d'amalgame, enfin pardonnez-moi…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais, des quatre ministres d'Etat, il en reste un.

NICOLE BELLOUBET
Je vous sais journaliste extrêmement honnête, et donc vous savez bien que les situations sont extrêmement différentes d'un ministre à l'autre, donc je pense qu'on ne peut faire aucun amalgame, et la vie d'un gouvernement c'est celle-là, et la force d'un Etat c'est de savoir s'adapter à ces situations.

AUDREY CRESPO-MARA
Et un remaniement ministériel par mois, ça fait beaucoup, non, depuis l'été ?

NICOLE BELLOUBET
Non, ça ne fait pas beaucoup, ce sont des événements auxquels il faut faire face.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous entendez aussi la sensation, c'est si les ministres n'y croient plus, comment les Français vont y croire ?

NICOLE BELLOUBET
Mais, les ministres y croient, je puis vous dire que les ministres y croient, j'y crois, de RUGY y croit, BUZYN y croit, PENICAUD y croit, les ministres y croient. Nous avons des situations singulières, qui sont celles de COLLOMB, qui sont celles de HULOT, qui sont celles de François BAYROU, aucune de ces trois situations n'est la même, donc les ministres y croient, et je pense qu'il faut vraiment que nous puissions faire comprendre aux Français que nous sommes au travail, réellement, pour la transformation du pays.

AUDREY CRESPO-MARA
Et on vous laisse rejoindre le Conseil des ministres, bon courage à vous Nicole BELLOUBET.

NICOLE BELLOUBET
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 octobre 2018

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