Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France 2 le 3 octobre 2018, sur la démission de Gérard Collomb du ministère de l'intérieur, l'augmentation du pouvoir d'achat et sur la politique économique en Italie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics, avec France 2 le 3 octobre 2018, sur la démission de Gérard Collomb du ministère de l'intérieur, l'augmentation du pouvoir d'achat et sur la politique économique en Italie.

Personnalité, fonction : DARMANIN Gérald, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'action et des comptes publics;

ti :


CAROLINE ROUX
Gérald DARMANIN, ministre des Comptes publics, mais va-t-il le rester, c'est la question qui est posée ce matin puisque son nom est avancé pour le remplacement de Gérard COLLOMB, alors que la « macronie » traverse une nouvelle crise. Bonjour Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Alors de mémoire de journaliste politique, c'est du jamais vu, un ministre qui tweet ce matin pour saluer l'arrestation de REDOINE Faïd alors qu'il n'est plus ministre de l'Intérieur. Un Premier ministre qui se rend sur place, dont on nous dit qu'il est devenu le ministre de l'Intérieur, un conseil des ministres qui se fera ce matin sans ministre de l'Intérieur. Vous avez le choix, c'est la débandade ou un délitement ?

GERALD DARMANIN
Non, le ministre d'Etat, Gérard COLLOMB avec qui j'ai énormément travaillé est un très bon ministre de l'Intérieur, il a choisi de retourner dans sa ville de Lyon, je le comprends, je suis attaché à ma commune et depuis cette nuit, le Premier ministre fait l'intérim, il est le ministre de l'Intérieur. Il y a donc en France quelqu'un qui s'occupe évidemment de la sécurité des Français, et je crois que le Premier ministre l'a montré cette nuit et ce matin.

CAROLINE ROUX
Donc on peut se passer de ministre de l'Intérieur, puisqu'au fond si le Premier ministre peut assurer cette tache là, ce n'est pas si grave, c'est ça que vous nous expliquez ce matin, sérieusement ?

GERALD DARMANIN
Dans l'histoire de la République, il y a eu plusieurs moments où les Premier ministre ont fait des intérims dans des sujets extrêmement compliqués, notamment des sujets régaliens et il appartient au Président de la République et au Premier ministre, ça a été dit par le Président de la République, de compléter le gouvernement.

CAROLINE ROUX
Gérald DARMANIN, vous avez du sens politique, c'est un marcheur de la première heure qui aujourd'hui a présenté sa démission au Président de la République, le Président de la République l'a refusé, quelques heures plus tard dans un grand quotidien comme on dit, il vient confirmer sa décision et il prend, pardonnez-moi de vous le dire comme ça, la poudre d'escampette. Vous êtes en train de nous expliquer ce matin que ça s'est déjà produit, que tout ça n'est pas si grave, c'est une trahison ?

GERALD DARMANIN
Non, pas du tout. Je crois que Gérard COLLOMB, il a voulu retourner dans sa ville de Lyon, qui est la deuxième ville de France.

CAROLINE ROUX
C'est plus important Lyon ?

GERALD DARMANIN
Il a été… manifestement, il a souhaité et moi, je ne peux que le constater et comprendre son choix, il a souhaité être clair vis-à-vis des Lyonnais et vis-à-vis des Français, pour qui, il assurait une sécurité. Le ministre de l'Intérieur repart donc dans sa commune, qui est une grande commune, il y a des élections au suffrage universel pour la métropole, c'est un sujet extrêmement important et il a souhaité que le Président de la République puisse mettre à sa place, si j'ose dire, quelqu'un qui s'occupe à 100 % de la sécurité des Français. C'est un comportement tout à fait honorable. Combien ont-ils cumulé entre des candidatures dans des élections très importantes et le poste de ministre de l'Intérieur ou d'autres postes ministériels ? Moi, je trouve que c'est plutôt à mettre à l'honneur du ministre de l'Intérieur.

CAROLINE ROUX
Donc ça veut dire que ce matin, vous allez nous annoncer que vous quittez votre ministère des Comptes publics pour aller faire la campagne à Tourcoing, parce que c'est ça votre logique ?

GERALD DARMANIN
Non, parce que je ne serais sans doute pas tête de liste aux élections municipales à Tourcoing. J'ai dit que je serais éventuellement candidat sur la liste, il y a 53 noms dans ma commune à Tourcoing et je ne présume pas de ce qui se passera peut-être même aujourd'hui, si le Président de la République et le Premier ministre choisissent de changer le gouvernement, ce qui est leur droit évidemment le plus strict. En attendant et comme le Premier ministre l'a demandé à chacun de ses ministres, je suis très concentré sur mon activité ministérielle et notamment l'adoption du budget que j'ai préparé pour les Français.

CAROLINE ROUX
Il n'y a pas de crise politique, Gérald DARMANIN, vous savez qu'il y a des gens qui vous regardent ce matin et qui assistent à ce feuilleton depuis des jours et des jours et qui ont un peu de mémoire aussi sur la façon dont les choses se passent en France. Il n'y a pas de crise politique ?

GERALD DARMANIN
Il n'y a aucune crise politique, hier j'étais avec le Président de la République, on a réuni la Commission des affaires sociales, nous avons parlé du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, jusque tard dans la soirée. Nous préparons les documents budgétaires, chacun peut constater aujourd'hui que les mesures prises par ce gouvernement sont des mesures concrètes. Depuis lundi, les Français reçoivent leur rôle de taxe d'habitation. Ils voient par exemple que cet impôt a baissé, je ne crois pas qu'il faille voir des crises politiques, là où il n'y en a pas. Vous savez, la crise politique, c'est quand une majorité qui a été élue pour faire une réforme, par exemple renverse un gouvernement. Ça, c'est arrivé en 62 pour le Président DE GAULLE avec Georges POMPIDOU. C'est ça une crise politique.

CAROLINE ROUX
Sur la méthode, il a eu raison, Gérard COLLOMB, vous auriez fait pareil ?

GERALD DARMANIN
Moi, je respecte le choix de Gérard COLLOMB.

CAROLINE ROUX
Je vous parle de la méthode.

GERALD DARMANIN
Je ne suis pas la place de Gérard COLLOMB. Moi, je ne suis pas là pour donner des bons et les mauvais points, Gérard COLLOMB a été un excellent ministre, je l'ai accueilli très récemment encore dans le Nord, je peux vous assurer qu'il était aimé de la population et respecté par les policiers.

CAROLINE ROUX
Il vous facilite la tâche ce matin, puisque vous êtes assez positif dans vos réponses ce matin, en disant qu'il n'y a pas de crise politique, que tout ça n'est pas si grave, c'est le choix d'un homme, au fond vous allez nous dire qu'il vous rend service ?

GERALD DARMANIN
Le ministre de l'Intérieur, j'aurais préféré qu'il reste avec nous.

CAROLINE ROUX
Quand même.

GERALD DARMANIN
J'aurais préféré qu'il reste avec nous, mais évidemment parce que j'ai lié un certain nombre de liens avec mes collègues du gouvernement.

CAROLINE ROUX
Pas parce que c'était un bon ministre de l'Intérieur ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr que si, il a beaucoup apporté. Il a beaucoup apporté, me semble-t-il, sur la loi Asile et Immigration. Il a su être, à des moments très difficiles, au moment des attentats qu'a connu la France, au rendez-vous. Il a choisi parce que c'est un grand honneur d'être ministre de la République et d'être au rendez, d'être 100 % consacré à sa tâche, on ne va pas quand même pas lui en vouloir.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous avez une pensée quand même ce matin pour les fonctionnaires de Beauvau, les fonctionnaires de police ?

GERALD DARMANIN
Bien sûr, tous les policiers, les sapeurs-pompiers, les gendarmes, les préfets évidemment, ils sont sans doute aujourd'hui dans l'attente de leur prochain ministre, mais le pouvoir, si j'ose dire, à Beauvau, qui est un grand ministère, il est assuré par le Premier ministre, ce n'est pas un moment où il y a une vacance du pouvoir, le Premier ministre s'occupe de la sécurité des Français. Et il appartient, non pas dans la précipitation, ce qui aurait été compliqué, c'est sans doute la précipitation.

CAROLINE ROUX
Il faut prendre le temps ?

GERALD DARMANIN
Il faudrait peut-être éviter le réflexe dans la réflexion, ce que fait le Président de la République et je crois qu'il voit le Premier ministre aujourd'hui, ils auront l'occasion dans les prochains jours sans doute, de former un autre gouvernement ou de remplacer poste pour poste le ministre de l'Intérieur. En attendant, les Français, ce qu'ils veulent, c'est que ça avance et manifestement vous voyez, monsieur REDOINE Faïd a été arrêté cette nuit et le Premier ministre a été au rendez-vous, me semble-t-il, de la sécurité des Français.

CAROLINE ROUX
Votre nom est souvent évoqué, on l'a entendu encore à l'instant pour remplacer Gérard COLLOMB, c'est le moment de dire que vous souhaitez rester à Bercy pour mener à bien votre réforme du prélèvement à la source, c'est le moment.

GERALD DARMANIN
Moi, je suis concentré sur ma tâche de ministre des Comptes publics, c'est une tâche exaltante, et c'est un grand honneur que de servir le gouvernement de la République et des Français, et il n'y a aucun autre sujet pour moi que celui d'être ministre des Comptes publics.

CAROLINE ROUX
C'est dit. Les résultats, c'est pour quand ? Au fond tout ça restera un mauvais souvenir, si à un moment donné les Français voient leur quotidien changer, vos services ont tenté de chiffrer les résultats des réformes mises en place depuis 15 mois, le pouvoir d'achat visiblement selon leurs calculs augmenterait donc de 1,7 % en 2019, les gens qui vous regardent ce matin se disent qu'est-ce que ça change dans la vie 1,7 % en 2019, c'est bien que ce chiffre-là ?

GERALD DARMANIN
Oui, alors l'INSEE le dit aussi et puis les économistes…

CAROLINE ROUX
La Banque de France dit que c'est moins.

GERALD DARMANIN
Les économistes disent que c'est moins, mais l'important n'est pas de savoir si ça augmente de 1,1 ou 1,7, c'est des chiffres un peu lointain et macro-économiques qui ne parlent pas aux Français. Ce qui est certain, c'est que les Français qui nous regardent, pour 80 % d'entre eux, ils ont reçu depuis lundi, ils vont recevoir jusqu'à la fin de semaine, leur taxe d'habitation et ils vont voir que le gouvernement, comme on dit chez moi, n'a pas raconté de « garnouzettes », n'a pas raconté de bêtises. La taxe d'habitation, elle a baissé d'un tiers et ça c'est concret, c'est la première fois que nous allons supprimer un impôt qui rapportait 16 milliards d'euros dans les caisses de l'Etat et des collectivités locales, que nous compensons. Les Français, ils vont voir à la fin du mois d'octobre, on en est qu'au début, si j'ose dire, à la fin du mois d'octobre, l'augmentation généralisée de leur salaire, quel que soit leur montant de leur salaire parce que nous supprimons des cotisations. Et ça c'est aussi également un grand gain de pouvoir d'achat, comme les Français ont vu l'augmentation de la prime d'activité, ont vu l'augmentation du minimum vieillesse, ont vu l'augmentation de l'allocation adulte handicapé, donc vient le temps en effet de constater l'augmentation de ce que nous pensons être le coeur de notre stratégie, c'est-à-dire le travail.

CAROLINE ROUX
Ce sera 1,7 % en 2019.

GERALD DARMANIN
Exactement et là nous continuons 2019 les dispositions qui n'étaient pas forcément prévues pour accélérer le pouvoir d'achat et la France qui travaille, notamment les heures supplémentaires.

CAROLINE ROUX
Vous allez anticiper un petit peu ?

GERALD DARMANIN
Alors pour l'instant elle est prévue au 1er septembre, il y a un débat parlementaire.

CAROLINE ROUX
Vous le souhaitez, vous, qu'elle soit déplacée et appliquée dès le 1er juillet ?

GERALD DARMANIN
Je souhaite de manière générale que les heures supplémentaires soient vite appliquées pour les Français, mais il y a un débat avec le Parlement que je respecte évidemment.

CAROLINE ROUX
Juste un petit mot quand même sur la mise en cause de l'euro par un responsable de la Ligue en Italie, qui a affolé les marchés, les taux italiens s'envolent, l'emprunt à 10 ans comme on dit-il et c'est important, est au plus haut depuis 2013, comment éviter l'affolement de la zone euro ?

GERALD DARMANIN
Non, mais c'est entre guillemets très intéressant et à la fois pathétique ce qui se passe en Italie.

CAROLINE ROUX
Pathétique.

GERALD DARMANIN
Oui, parce que quand vous voyez que le ministère du Budget, qui essaie d'être, de faire un budget sérieux en Italie, est attaqué par des ministres démagogues qui veulent faire beaucoup, beaucoup, beaucoup de dépenses, parce qu'ils veulent faire à la fois plaisir à tout le monde et en même temps pas comprendre la réalité, eh bien voilà ce qui se passe quand on a un mauvais budget avec beaucoup d'endettement, beaucoup de déficit, on est attaqué par les marchés, on est attaqué par la zone euro.

CAROLINE ROUX
Ça nous déstabilise aussi, Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Ça nous déstabilise, mais ça veut aussi dire que vous voyez le sérieux budgétaire, ça permet de faire de la bonne politique, l'irresponsabilité budgétaire, ça met les pays dans la panade.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Gérald DARMANIN.

GERALD DARMANIN
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 4 octobre 2018

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