Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 4 octobre 2018, sur la démission du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb du Gouvernement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à BFM TV le 4 octobre 2018, sur la démission du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb du Gouvernement.

Personnalité, fonction : GRIVEAUX Benjamin, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Porte-parole du Gouvernement;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité, Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement, bonjour.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Est-ce que vous avez l'intention de démissionner ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, je n'ai pas l'intention de démissionner parce que c'est lorsque l'on est candidat qu'on se consacre pleinement à sa tâche de candidat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous n'êtes pas candidat ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Et quand on est ministre, on se consacre pleinement à sa tâche de ministre, et c'est mon cas, comme l'ensemble des membres du gouvernement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand on est ministre on se consacre pleinement à sa tâche de ministre…

BENJAMIN GRIVEAUX
Pleinement à sa tâche de ministre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc d'autres ne se sont pas consacrés pleinement à leur tâche de ministre, pardon !

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, ce n'est pas ce que j'ai dit, d'autres ont considéré, puisqu'on va le nommer, Gérard COLLOMB, Jean-Jacques BOURDIN. Gérard COLLOMB a dit quoi début septembre ? Qu'il avait un amour pour Lyon et les Lyonnais, ce n'est pas une surprise, ce n'est pas une découverte, il a été maire de Lyon à plusieurs reprises, les Lyonnais lui ont adressé leur confiance à maintes reprises pour diriger cette ville, et il a dit qu'il avait envie, voilà, de retourner à Lyon, de retourner auprès des Lyonnais, et c'est la décision qui a été entérinée par son départ et la passation à laquelle nous avons assisté hier matin.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, si l'on regarde l'histoire, je ne veux pas parler de crise ou pas crise, ce n'est pas ça qui m'intéresse…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je crois que ça n'intéresse pas les gens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais non, mais, Benjamin GRIVEAUX, en revanche, ce qui intéresse les gens, c'est l'histoire, ce qui s'est passé à Gérard COLLOMB. D'abord, il est venu, début septembre, ici même, voilà ce qu'il disait à propos du gouvernement et du président de la République. Ecoutez.

GERARD COLLOMB, MINISTRE DE L'INTERIEUR (LE 6 SEPTEMBRE)
Peut-être, les uns et les autres, nous avons manqué d'humilité. Vous savez, moi j'étais, dans le temps, prof de grec, en grec il y a un mot qui s'appelle « l'hubris », c'est la malédiction des Dieux, quand à un moment donné vous devenez trop sûr de vous, que vous pensez que vous allez tout emporter, il y a une phrase qui disait « les Dieux aveuglent ceux qu'ils veulent perdre », donc il ne faut pas que nous soyons dans la cécité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu d'humilité, de la part du président de la République…

GERARD COLLOMB
De tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De tous les ministres.

GERARD COLLOMB
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu d'humilité…

GERARD COLLOMB
Et plus d'écoute des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous vous souvenez de ça ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi j'ai appris le grec dans la ville de Gérard COLLOMB, puisque j'étais lycéen à Lyon, et donc je suis très sensible à ces qualités…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, donc manquer d'humilité, enfin les critiques étaient là, déjà, on était début septembre. Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Il a annoncé effectivement sa candidature à Lyon, mais il est resté ministre de l'Intérieur, et vous avez soutenu sa position, vous avez dit « oui, il a raison de rester ministre de l'Intérieur. » Qu'est-ce qui s'est passé quelques jours plus tard ? Il a annoncé sa volonté de quitter le gouvernement, il annonce sa volonté de quitter le gouvernement. Le président de la République lui dit « non », il passe outre l'autorité du président de la République, il démissionne, il s'en va.

BENJAMIN GRIVEAUX
Qu'est-ce qui s'est passé depuis 48 heures ? On a arrêté Rédoine FAID la nuit dernière, on a mené une opération antiterroriste avec 200 policiers sur le terrain à Grande-Synthe, c'est ça que je retiens, c'est ça que retiendront les Français. Les petites histoires à savoir qui a appelé qui, qui a respecté qui, qui envoie des SMS à qui, ça n'intéresse pas les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon, mais c'est l'autorité du président de la République qui est mise en cause.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, la question c'est…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est un affront ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La question c'est la continuité de l'Etat, c'est la continuité de l'action de l'Etat, des forces de l'ordre, des forces de sécurité, qui assurent et maintiennent l'ordre dans notre pays, c'est ça le sujet, Jean-Jacques BOURDIN, rien d'autre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne me laisserai pas entraîner…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enfin, la sécurité ce n'est pas un intérim.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne me laisserai pas entraîner dans la petite politique politicienne que j'ai vue hier à l'Assemblée nationale et au Sénat, avec les questions de l'opposition considérant que la sécurité des Français était en danger ou en risque, ce n'est pas vrai. Il y a déjà eu, dans l'histoire de la Ve République, des intérims assurés par le Premier ministre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Raymond BARRE par exemple, qui a été ministre de l'Economie et des Finances…

BENJAMIN GRIVEAUX
Raymond BARRE, vous avez Pierre BEREGOVOY qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça ne touchait pas la sécurité.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il n'y a pas de petit sujet vous savez, l'économie et les finances c'est aussi important que la sécurité, l'emploi, le travail, l'économie et la croissance, nos entreprises, il n'y a pas de sujet mineur. Ce que je veux vous dire, Jean-Jacques BOURDIN, simplement, c'est que ce procès comme quoi l'Etat ne serait pas tenu, est un procès politique, et ça, ça ne m'intéresse pas, ce qui m'intéresse c'est de voir que Rédoine FAID, après 93 jours de cavale, il est sous les barreaux, ce qui m'intéresse c'est de voir que des opérations antiterroristes se mènent et qu'on a besoin de quelques jours pour trouver un ministre de l'Intérieur. C'est normal, parce que c'est une mission sérieuse, et que, vous le savez, désormais ce n'est pas comme avant, on ne nomme pas un ministre dans l'heure, on a des vérifications à faire auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, c'est une bonne chose, ça met de la transparence dans le système.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benjamin GRIVEAUX, sept ministres, en 17 mois, qui quittent le gouvernement, deux ministres d'Etat qui en 1 mois quittent le gouvernement, vous n'allez pas me dire que ça montre que l'autorité du président de la République est assurée, enfin, franchement !

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça n'a rien à voir avec une question… les quatre premiers, et vous le savez très bien, les premiers départs c'était lié à des mises en examen, ça n'a rien à voir avec l'autorité du président de la République, Jean-Jacques BOURDIN, donc il ne faut pas tout mélanger. Nicolas HULOT s'en va sur un désaccord de fond, ce n'est pas le cas de Gérard COLLOMB, il dit qu'il va aider, il dit qu'il va continuer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment, il n'est pas en désaccord, Gérard COLLOMB, les 80 km/h il n'en voulait pas, vous le savez très bien.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je le sais très bien, peut-être. L'interview qu'il donne, encore hier, à vos confrères de la presse écrite, ce qu'il dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais…

BENJAMIN GRIVEAUX
« Oui, mais », enfin, moi j'écoute ce que dit Gérard COLLOMB, non ? Il faut faire un peu confiance à la parole des hommes, et à la parole des femmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moi j'écoutais ce qu'il disait avant, quand il était au gouvernement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Lorsqu'il s'exprime, et il le dit avec le coeur Gérard COLLOMB, vous venez de me passer un extrait, on ne peut pas dire qu'il a la langue dans sa poche Gérard COLLOMB, c'est ce qui fait sa singularité. Qu'est-ce qu'il dit hier ? : « Je continuerai à soutenir le président de la République et la politique conduite par le Premier ministre, je le ferai depuis Lyon parce que le pays » - et il a raison en cela – « se transformera par la transformation à la tête de l'Etat, par la transformation, par ce que le gouvernement peut impulser, mais aussi dans les territoires, dans les villes, dans les métropoles, dans les campagnes, partout », il va continuer l'oeuvre collective à Lyon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benjamin GRIVEAUX, dernière chose, cette image, terrible, de Gérard COLLOMB sur le perron de son ministère en train d'attendre le Premier ministre, pendant 20 minutes. Mais quoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y avait un Conseil de défense auquel participait le Premier ministre, vous auriez voulu que le Premier ministre s'absente du Conseil de défense, alors que vous venez de m'expliquer que la sécurité était la priorité des priorités ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais très bien.

BENJAMIN GRIVEAUX
Le Premier ministre était au Conseil de défense et il se rend ensuite place Beauvau. Croyez-moi, tout ça c'est de la petite histoire, c'est oublié dans 24 heures…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pendant combien de temps le Premier ministre va-t-il occuper aussi la fonction de ministre de l'Intérieur ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Le temps qu'il faudra pour trouver un bon ministre de l'Intérieur.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est-à-dire quelques jours, et c'est d'ailleurs ce qui a déjà été dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que nous aurons un nouveau ministre de l'Intérieur au début de la semaine prochaine ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est-à-dire d'ici quelques jours, je parle français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça c'est le fût du canon, vous savez…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais je ne vais pas vous mentir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez, c'est le fût du canon…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et donc je vais vous dire Jean-Jacques BOURDIN, je vais vous faire une confidence, d'ici quelques jours, c'est soit d'ici la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine, vous voyez ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah d'accord, d'accord. C'est un changement poste par poste ou un remaniement plus large ?

BENJAMIN GRIVEAUX
On ne le sait pas. Vous savez, l'article 8 de la Constitution – on fête aujourd'hui le 60e anniversaire de la Constitution du 4 octobre 58 – l'article 8 en est très clair, c'est sur proposition du Premier ministre que le président de la République nomme les membres du gouvernement, et donc nous allons respecter la Constitution, dont nous fêtons aujourd'hui le 60e anniversaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi franchement, franchement, vous avez été surpris par la décision de Gérard COLLOMB ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, j'ai été surpris, mais je vais vous dire aussi franchement les choses, je vois la petite musique, là, depuis 3 ou 4 jours autour de Gérard…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, non, mais ce que je veux dire aussi c'est que, un collectif gouvernemental, c'est aussi un dispositif humain, ce sont des femmes et des hommes, qui font des sacrifices, qui donnent de leur temps, ce sont des responsabilités extrêmement lourdes, et parfois on a des choix, personnels aussi, qui peuvent intervenir. Voilà, ce sont des hommes et des femmes, c'est aussi cela la leçon de ce que nous venons de vivre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il en avait assez, il voulait aller à Lyon, parce qu'il avait peur de perdre…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et c'est assez rassurant. Il avait envie, il l'a dit, pour des raisons personnelles, de retourner à Lyon, j'ai cru aussi comprendre pour des raisons familiales, et je crois que ça c'est à saluer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benjamin GRIVEAUX, dites-moi, la 5e République a donc 60 ans, on est bien d'accord ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a une réforme constitutionnelle qui a été engagée, et puis hop, affaire Benalla ! Zut.

BENJAMIN GRIVEAUX
Qui a été, pour obstruction parlementaire, arrêtée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Obstruction parlementaire ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, c'est par obstruction parlementaire qu'elle a été arrêtée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est parce qu'il y a eu une affaire Benalla, qu'on n'a pas pu éviter…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, ce n'est pas parce qu'il y a une affaire Benalla, Jean-Jacques BOURDIN, c'est parce qu'ils ont multiplié les amendements, et les interruptions de séances, et les incidents de séances, que n'a pas pu être conduite la première lecture à l'Assemblée nationale de la révision constitutionnelle cet été.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand va reprendre la réforme ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Le Premier ministre l'a dit, au début de l'hiver, l'hiver commençant le 21 décembre, ce sera donc après le 21 décembre, vraisemblablement en début d'année prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Début janvier, c'est remis sur la table, réforme constitutionnelle.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est important. C'est important parce que nos institutions ont 60 ans, elles ont survécu plus longtemps que les institutions précédentes, en tout cas de manière plus efficace, et c'est important d'avoir un renforcement, sans doute, de la représentativité, c'est la question de la proportionnelle, c'est la question du nombre de parlementaires, du cumul dans le temps aussi. C'est la question de la responsabilité de nos élus et de comment est-ce qu'on fait en sorte qu'on ait une meilleure responsabilité, et notamment du gouvernement, avec un contrôle du Parlement plus efficace que ce qu'il n'est aujourd'hui, et là on a matière à pouvoir avancer, je suis sûr, main dans la main, avec les Chambres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Emmanuel MACRON, parlons du président de la République, dynamique, on est bien d'accord, vous êtes d'accord…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas moi qui vais vous dire le contraire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autoritaire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a de l'autorité, ce n'est pas la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Arrogant.

BENJAMIN GRIVEAUX
Il a de l'autorité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune arrogance ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il dit les choses…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi les Français le pensent alors ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je ne sais pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils se trompent les Français ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, je ne sonde pas les âmes des Français, les Français par définition ne se trompent pas, mais ce que je crois qu'ils apprécient aussi chez ce président, c'est son franc-parler, c'est le caractère direct des propos qu'il peut tenir, et il a eu l'occasion de dire que parfois, voilà, ses propos avaient été sans doute mal interprétés, c'est aussi ça un président de la République proche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais l'arrogance non, à aucun moment ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne le crois pas, à chaque fois qu'il a l'occasion…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le manque d'humilité ?

BENJAMIN GRIVEAUX
A chaque fois qu'il a l'occasion d'aller auprès des Français il y va, et vous voyez, maintenant on lui fait même le procès, aux Antilles, d'aller dans une maison se réfugier, alors qu'il pleut des cordes, et on a un mauvais procès…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On lui fait, l'opposition lui fait.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, l'opposition, quand je dis « on », personne d'autre, mais pendant 24 heures on ne parle que de ça. On ne peut pas être à la fois chez les Français, auprès des Français, et être arrogant, il faut choisir son combat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais vous dire, le plus important ce n'est pas ça, je suis d'accord avec vous, le plus important c'est que les Français mettent en doute, de plus en plus nombreux à mettre en doute, sa capacité à réformer. N'est-ce pas cela le plus grave, sincèrement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi je vais vous dire, je ne comprends plus, parce qu'on nous dit on va trop vite, on fait trop de choses, et on serait incapable de réformer. Regardez la première année ce que nous avons fait, nous avons fait la transformation – je ne les prends pas dans l'ordre chronologique – le Code du travail, dont on nous disait « c'est impossible, c'est impossible, vous mettrez la France dans la rue », souvenez-vous, c'était les débats de l'été 2017, deux mois après son élection, « le pays sera bloqué », « la rentrée sociale sera terrible », c'était les titres de la fin du mois d'août 2017, la réforme du Code du travail a été conduite. Idem sur la réforme de la fiscalité, nous l'avons faite. La réforme de la SNCF, dont on sait la sensibilité dans le pays, parce qu'on est tous très attaché à ce patrimoine qu'est la SNCF, la réforme a été conduite. La réforme de l'Assurance chômage, nous y sommes, les partenaires sociaux discutent. Est-ce qu'on peut nous faire le procès de faire discuter les partenaires sociaux ? Non. On a besoin d'un président qui fixe le cap, qui donne l'objectif, d'un gouvernement qui est à la tâche et de partenaires sociaux qui discutent, c'est le cas pour l'Assurance chômage. Les retraites…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais tant de monde laissé sur le côté, vous le savez bien.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, je ne peux pas vous laisser dire ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'avais Christophe GUILLUY, qui sort un livre très intéressant sur les classes moyennes, qui n'existent plus ou pratiquement plus, les classes moyennes…

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est la thèse de Christophe GUILLUY, effectivement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais c'est très intéressant, regardez-là cette thèse. Les retraités qui gagnent 1600, 1700, 1800 euros par mois, qui sont aujourd'hui dans la rue, comme hier, ou les fonctionnaires, catégories B et C, qui n'y arrivent plus à la fin du mois, ce sont des hommes et des femmes qui sont laissés de côté, que vous laissez de côté.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, que le pays a laissé de côté depuis 25 ans, ça ne fait pas depuis 15 mois que ces gens-là sont laissés de côté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas vous, mais je suis d'accord…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, non, mais moi je prends ma part sur ce que nous avons réalisé depuis 16 mois. Ce que je veux dire c'est que, pourquoi est-ce qu'on fait en sorte de baisser les cotisations, et de les supprimer sur le travail, pour que le travail paye mieux, parce que quand on est dans les classes moyennes, eh bien avoir une feuille de salaire avec un salaire net qui augmente c'est une bonne nouvelle… nous les aidons à la prime à la conversion. Vous savez, là je vous entendais tout à l'heure, j'écoutais votre antenne, sur le Salon de l'automobile et sur les véhicules électriques, les véhicules plus propres, moins polluants, etc., vous savez qu'on avait prévu que 500.000 primes à la conversion soient faites dans le quinquennat, vous savez à combien on en est aujourd'hui ? 180.000, en 8 mois seulement, à 95 % hors Ile-de-France, essentiellement des classes populaires et des classes moyennes, qui ont saisi cette opportunité. Et puis nous mettons en place d'autres dispositifs. Le chèque énergie pour accompagner, ça accompagne qui ? Ça accompagne les classes populaires et les classes moyennes. Ce que je dis par-là, et j'entends… et ce que dit Christophe GUILLUY doit être entendu, le contrat social de notre pays repose sur les classes moyennes, ce qui fait que les démocraties occidentales, en France, mais en Europe, sont fragilisées par les vents des populismes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais où sont-elles les classes moyennes justement ?

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est la fragilisation, pardonnez-moi, des classes moyennes. A quelles questions devons-nous répondre, nous politiques ? Moi je considère que le quinquennat sera réussi si à la fin du quinquennat les parents pensent que leurs enfants vivront mieux qu'eux, et notamment les parents des classes moyennes, parce que cette promesse-là elle n'est plus tenue. Et comment on réussit ça ? L'éducation, l'éducation, l'éducation, il n'y a que ça qui vaille, parce que c'est en permettant à des gamins issus de classe moyenne, de se projeter, de construire leur avenir. Il y a 25 ou 30 ans on a perdu, en France, on a désindustrialisé massivement le pays, c'était la classe ouvrière, demain les classes moyennes ce sont ceux qui sont dans des industries de service, et qui ont cette angoisse de voir arriver le numérique, l'intelligence artificielle, et de se dire « au fond, le métier que je fais, moi aujourd'hui, demain il aura disparu. » C'est ceux-là à qui on doit dire « on va vous éduquer, on va vous former tout au long de la vie, quand vous aurez perdu votre job, on va vous en apprendre un nouveau. C'est le pari absolu que nous avons fait depuis le premier jour, le travail et l'éducation, depuis le premier jour, sans précédent dans l'histoire de notre pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Benjamin GRIVEAUX, réforme de la retraite présentée en 2019, on est bien d'accord, régime universel supprimant les 42 régimes actuels, c'est la volonté, suppression des régimes spéciaux, enfin bon, etc., etc.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et vous savez que, en moyenne, aujourd'hui, quand on part en retraite, on a été affilié à trois régimes différents, vous imaginez le casse-tête pour nos concitoyens de reconstituer des carrières, de parfois avoir des droits qu'on perd.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Suppression de l'âge de départ anticipé pour certains fonctionnaires ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça ce sont les discussions, ça fait 1 an qu'on a la discussion avec les partenaires sociaux, je ne vais pas, moi, dévoiler les grands principes, qui seront donnés le 10 octobre dans une réunion multilatérale entre le Premier ministre et les partenaires sociaux, et puis ensuite la discussion va se poursuivre. Et ça, je vais vous dire, les gens vont nous dire « ça fait 1 an que vous parlez de la réforme des retraites, vous n'avez toujours rien fait », eh bien ça il faut prendre du temps, ça il faut prendre le temps de le faire, parce qu'on ne va pas faire un petit bout de réforme. Avant on faisait quoi, on augmentait le nombre de trimestres de cotisation ou on bougeait l'âge légal, ça ne réglait aucun problème sur la durée, nous on veut faire un changement du système, ça, ça prend du temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Beaucoup de Français demandent une régulation des flux migratoires, vous êtes bien d'accord ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Beaucoup de Français sont inquiets de la crise migratoire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, même s'il y a moins de migrations, ces derniers mois.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il y a, je le dis, entre 2015 et 2018, les migrations, c'est-à-dire les franchissements de frontières, en Europe, ont été divisés par 9, il y avait 1,8 million franchissements de frontières illégaux en 2015, il y en a 200.000 l'an dernier.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Aquarius, juste quelques mots sur l'Aquarius, qui est à Malte, les 28 migrants qui étaient à bord ont quitté le bateau…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et la France va en accueillir 18.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La France va en accueillir 18, l'Aquarius va venir à Marseille, est-ce que la France va accorder son pavillon à l'Aquarius ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord c'est le Panama qui doit apporter sa réponse, il a, pour l'instant, indiqué qu'il le retirait, la France n'a pas à intervenir dans une relation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, pour l'instant non…

BENJAMIN GRIVEAUX
Donc on va voir d'abord ce que fait le Panama.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais si l'Aquarius se retrouve sans pavillon, est-ce que la France…

BENJAMIN GRIVEAUX
Avec des « si » on mettrait Paris en bouteille et donc, je vais vous dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais d'accord, ça c'est facile parce que c'est une façon de fuir la question.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, mais de répondre aux questions une fois qu'elles se posent, Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je repose la question autrement…

BENJAMIN GRIVEAUX
On a déjà beaucoup à faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je la repose autrement. Est-ce que la France doit accorder, c'est différent, doit accorder son pavillon à l'Aquarius ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ma conviction, moi, c'est que la France doit permettre à ceux qui se jettent dans des canaux de fortune pour traverser la Méditerranée, eh bien de pouvoir les identifier dans les pays de départ, et que ceux qui sont éligibles à l'asile, eh bien ne traversent pas sur des canaux de fortune la Méditerranée, mais le fassent de manière sécurisée avec une responsabilité des Etats européens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France ne doit pas accorder son pavillon à l'Aquarius ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je considère qu'à chaque fois que la question du franchissement des frontières, que la question migratoire est abordée, ce doit être fait par les Etats, pas par…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et non pas par des ONG.

BENJAMIN GRIVEAUX
Et non pas par… mais c'est le rôle de l'Etat. Si l'Etat n'est plus garant des frontières, nous ne sommes plus dans un Etat, c'est la définition même. L'une des premières définitions de l'Etat c'est la garantie et la protection des frontières, et je le dis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les responsables de SOS Méditerranée qui affrètent le navire sont donc complices des passeurs ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas ce que je dois, et je ne veux pas jeter l'anathème sur des personnes qui portent secours, mais ce que je remarque quand même, c'est que les passeurs, avant, devaient faire traverser à leurs canaux la totalité de la Méditerranée, que désormais, à 10 kilomètres des côtes, libyennes ou tunisiennes, ils trouvent des ONG qui ensuite assurent la fin du voyage, voilà ce que je dis. Et donc, dans ce moment-là, c'est… vous savez, il n'y a pas ceux qui ont des bonnes consciences et les autres qui auraient les mains sales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais Benjamin GRIVEAUX, vous avez vu qu'il y a des manifestations qui vont avoir lieu en France et en Europe samedi…

BENJAMIN GRIVEAUX
Nous allons voir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous pose la question, je vous la repose, est-ce que la France doit accorder…

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous réponds à la question que vous me posez, la question n'est pas de savoir si la France doit déléguer sa politique migratoire et la protection des frontières à une association, c'est hors de question, la France doit assurer, avec ses partenaires européens, et via Frontex, des garde-côtes européens, des moyens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la France n'accordera pas son pavillon à l'Aquarius, c'est clair.

BENJAMIN GRIVEAUX
Des moyens budgétaires européens. Le rôle de l'Etat est de garantir les frontières, à personne d'autre, à personne.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A personne d'autre, on est bien d'accord, la France n'accordera pas son pavillon à l'Aquarius, moi je veux avoir la réponse claire et nette.

BENJAMIN GRIVEAUX
La réponse est claire : les frontières c'est l'Etat qui en a la responsabilité, personne d'autre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien Benjamin GRIVEAUX. Deux mots sur Paris, pour l'instant vous n'êtes pas en campagne, vous n'avez pas déclaré votre candidature, on est bien d'accord ?

BENJAMIN GRIVEAUX
On est parfaitement d'accord.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs vous êtes toujours au gouvernement, sinon vous auriez démissionné.

BENJAMIN GRIVEAUX
Si je devais un jour déclarer ma candidature je quitterai le gouvernement, je l'ai déjà dit.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout de suite. L'encadrement des loyers à Paris, oui ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce sera le projet de loi Elan, qui est en phase finalement de discussion, c'est une solution, mais ce n'est pas la seule solution. Vous parliez tout à l'heure des classes moyennes, il y a des classes moyennes à Paris ? De moins en moins. Vous avez des gens qui ont beaucoup de revenus, et c'est tant mieux, on est content pour eux, et puis des gens qui ont des revenus très modestes, ou modestes, et qui bénéficient…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui sont obligés de quitter Paris.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, eux bénéficient d'un marché, le logement social…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, les moyens…

BENJAMIN GRIVEAUX
La question c'est le logement intermédiaire. Ce que vous disiez tout à l'heure, ce qui est fou dans cette ville, c'est que si on y est policier, professeur, si on travaille aux Hôpitaux de Paris, on n'a pas les moyens de vivre là où on travaille, donc la question des classes moyennes elle est centrale. Et sur la question de l'encadrement des loyers, ce n'est pas le seul sujet, c'est comment est-ce qu'on structure un marché du logement intermédiaire, c'est le rôle de la puissance publique, aussi, de faire cela.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce qu'on vit à Paris, on va commencer à le vivre partout en France, c'est tout le problème, Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais c'est exactement ce que je vous ai dit, et je vous ai dit que la première des réponses que nous y apportions c'était le travail et l'éducation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Benjamin GRIVEAUX d'être venu nous voir.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2018

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