Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur le centenaire de l'armistice de Thessalonique, à Thessalonique le 29 setembre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur le centenaire de l'armistice de Thessalonique, à Thessalonique le 29 setembre 2018.

Personnalité, fonction : DARRIEUSSECQ Geneviève.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées

ti :


Madame la Secrétaire d'Etat à la Défense nationale (de la République hellénique),
Monsieur l'envoyé spécial du président de la République de Serbie,
Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les représentants d'Italie, du Royaume-Uni et de la Fédération de Russie
Monsieur le Maire,
(Monsieur le représentant du Président de la région de Macédoine centrale)
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Il y a cent ans, après 15 jours d'offensives aussi rapides qu'efficaces, les armées alliées commandées par le général FRANCHET D'ESPEREY perçaient les lignes ennemies. Alors qu'une des dernières charges de la cavalerie française de l'histoire parvenait à prendre par surprise Uskub, actuelle Skopje, le front bulgare s'effondrait définitivement.

Le soir du 29 septembre 1918, ici, à Salonique, le premier armistice de la Grande Guerre était signé entre les forces alliées et le gouvernement bulgare. Pour la première fois depuis quatre années de conflit, la cessation des combats n'était plus une vaine illusion mais devenait, enfin, une espérance concrète.

Il y a cent ans, dans ces Balkans où la mèche de la déflagration fut allumée, la porte de la victoire venait de s'ouvrir. Les armées alliées allaient s'y engouffrer sur tous les fronts.

Il y a cent ans, le premier « domino » de la victoire venait de tomber. Il portait déjà en lui le son du clairon du 11 novembre 1918.

Pour l'armée d'Orient, cet armistice ne marque pas encore la fin de la guerre. Les combats se sont poursuivis plusieurs mois en Serbie et le long des rives de la Mer Noire. Pour beaucoup, la démobilisation ne devint une réalité qu'à l'été 1919.


Par ma présence aujourd'hui, la France vient saluer la mémoire de ses soldats et celle de ses alliés grecs, serbes, russes, britanniques et italiens. La France vient se souvenir des heures décisives du Front d'Orient. Elle sait toute l'importance des combats qui s'y sont déroulés.

Après-guerre, nos poilus d'Orient ont été largement oubliés.

A l'instar des quatre soldats que je souhaite distinguer aujourd'hui, ils étaient venus de trois continents pour servir la France.

Albert CHABROL était nîmois, il avait 29 ans. Il perdit la vie au combat à Uskub, sur la rive gauche du Vardar.

Duong YEM était cambodgien et avait 34 ans. Il combattait au sein du 20ème bataillon indochinois. Il succomba à ses blessures, il repose ici au numéro 7 788.

Mohamed ELMILOUDI, né à Oran, est mort à Salonique des suites de la dysenterie. Il avait 20 ans et repose ici au numéro 5 494.

Gabriel PENOT, originaire de la région niortaise, avait 22 ans lorsqu'il rendit l'âme dans une ambulance aux environs du village de Brod.

Tous les quatre sont morts pour la France. Tous les quatre sont morts le 29 septembre 1918, il y a cent ans, jour pour jour. Tous les quatre illustrent la diversité de l'armée française et la diversité de ceux qui donnèrent leur sang pour la victoire.

A l'image de leur 300 000 frères d'armes français, ils ont combattu avec bravoure. Comme les plus de 50 000 poilus décédés dans les Balkans, ils sont morts loin de leur patrie.

Ils avaient pour beaucoup déjà combattu en France, de Verdun au Chemin-des-Dames. Ils quittaient un enfer pour en découvrir un autre. S'éloignant des côtes de la métropole, dans les flots de la Méditerranée, combien savaient ce qui les attendait ? Combien pensaient que jamais plus ils ne reverraient le rivage français ?

Les poilus d'Orient sont ceux qui ont parcouru à pied les Balkans de Salonique à Odessa, du Strymon au Danube, du soleil de Thrace aux monts enneigés de Serbie.

Ce sont eux qui subirent des conditions de combat particulièrement difficiles, qui affrontèrent les difficultés de ravitaillement et tentèrent de survivre aux ravages des épidémies.

Je n'oublie pas nos alliés qui luttèrent à nos côtés et subirent également des pertes considérables.

Dans ces derniers mois du centenaire de la Première Guerre mondiale, le ministère des armées tient à porter haut le souvenir des héros de Dobropolje et de Monastir. Ainsi, je me suis rendue en Roumanie, au Kosovo et en Ancienne République Yougoslave de Macédoine. Le 1er novembre, je serai en Serbie pour commémorer la prise de Belgrade.

Oui, Mesdames et Messieurs, nous cultivons la mémoire du front d'Orient. Oui, chers Amis, en honorant aujourd'hui la mémoire de tous ces combattants, nous marquons notre attachement pour eux et nous réparons l'injustice de les avoir trop longtemps oubliés.

Cent ans après, nous sommes là !


Thessalonique reste indissolublement liée à la mémoire du Front d'Orient. Cette nécropole au coeur de la ville en est l'illustration la plus parfaite.

8 310 de nos soldats reposent ici. La France se doit de leur offrir une sépulture digne, entretenue et sauvegardée. J'y veille. Et le ministère des armées y veille avec le soutien de notre réseau diplomatique et consulaire en Grèce.

De 2011 à 2013, le carré militaire français a été mis en valeur et embelli par un ambitieux travail de rénovation. En 2015, pour le centième anniversaire du débarquement des troupes à Salonique, un musée du cimetière français a été inauguré. Ces investissements de la France et en particulier de mon ministère témoignent d'une double volonté : préserver le souvenir et transmettre la mémoire.


Mesdames et Messieurs, chers amis serbes, russes, britanniques, italiens, grecs et français, nous voici aujourd'hui rassemblés dans un même élan de commémoration, dans un même geste d'hommage. Nous nous tenons aujourd'hui fraternellement côte à côte en cette nécropole, à l'image de nos braves soldats qui ont combattu en frères d'armes.

Nos nations ont noué des liens indéfectibles, certains se sont forgés sur les champs de bataille du Front d'Orient. Les cérémonies de ce jour, comme l'ensemble du centenaire de la Première Guerre mondiale, démontrent que cette histoire partagée est bien vivante.

Les commémorations de la fin de la Grande Guerre portent une ambition internationale pour le XXIème siècle. La France, par l'intermédiaire du Président Emmanuel MACRON, a souhaité que le centenaire des armistices soit placé sous les auspices de la coopération internationale et du multilatéralisme. Ainsi, plus de 100 dignitaires du monde entier seront réunis, du 11 au 13 novembre 2018, au nom du souvenir et de la construction de la paix. Ce « forum de Paris sur la Paix » a pour vocation d'avancer sur la gouvernance mondiale et de faire des propositions pour un monde plus sûr.

Ce monde plus sûr, c'est ce que nous devons aux générations futures, c'est aussi ce que nous devons aux sacrifices des hommes et femmes de 1918.


Je vous remercie.


Source https://gr.ambafrance.org, le 5 octobre 2018

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