Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, en hommage à la Résistance en Corse, à Ajaccio le 3 octobre 2018. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, en hommage à la Résistance en Corse, à Ajaccio le 3 octobre 2018.

Personnalité, fonction : DARRIEUSSECQ Geneviève.

FRANCE. Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées

Circonstances : 75ème anniversaire de la libération de la Corse, à Ajaccio le 3 octobre 2018

ti :

Madame la Préfète,
Monsieur le Député,
Monsieur le Maire d'Ajaccio,
Mesdames et messieurs les Elus,
Monsieur le Délégué militaire départemental, commandant,
Madame la Directrice des patrimoines de la mémoire et des archives,
Mesdames et Messieurs les Porte-drapeaux et représentants des associations d'Anciens combattants,
Lycéens, collégiens, élèves, chers jeunes présents aujourd'hui,
Mesdames et Messieurs,


C'est ici, à Ajaccio, le 9 septembre 1943, que la Libération de la France a débuté. La libération de la Corse en fut le premier acte ; dramatique mais victorieux.

C'est à Ajaccio, il y a 75 ans, que la Corse a pris son destin en mains.

Je viens ce matin célébrer la mémoire des combattants de la liberté : ceux qui dans l'ombre ont préparé la victoire, ceux qui dans la bataille ont permis le succès de la France.

Nous sommes rassemblés pour nous souvenir des résistants célèbres et anonymes, qui ont en commun d'avoir participé à la libération de leur territoire et en même temps d'avoir adressés à la France tout entière un message d'espoir.


Dans cette citadelle, à quelques pas de la cellule de Fred SCAMARONI et en présence de membres de sa famille, mon premier hommage est pour ce héros corse, pour ce héros de la France Libre, tout simplement pour ce héros français.

Soldat méritant sur le front de 1940, il répond à l'appel du Général de Gaulle et rejoint l'Angleterre. Tout son engagement fut celui du refus de la défaite et du rejet de la collaboration. Tout son combat fut celui de la lutte contre le renoncement.

De retour sur son île natale en janvier 1943, à 28 ans, ce vaillant délégué de la France Libre crée un réseau, fédère les résistances et rassemble les volontés dans la perspective du combat commun.

Le 19 mars 1943, il tombe aux mains des Italiens. Fred SCAMARONI est affreusement torturé.

Mais, il ne parle pas.

Il choisit la mort plutôt que le déshonneur, il choisit de mettre fin à ses jours plutôt que de livrer de précieux secrets.

« Vive de Gaulle ! Vive la France ! » Ecrits en lettres de sang sur les murs de sa cellule, ces mots résonnent encore aujourd'hui.

Ce Jean MOULIN corse est un symbole d'unité. En ces heures dramatiques, il était la France. Et c'est toute la France qui, pour toujours, porte son deuil. Fred SCAMARONI et le fondateur du CNR ont, tous les deux, porté le même message : un courage hissé à son sommet pour le succès d'un idéal de liberté.

Fred SCAMARONI a marqué les esprits de son temps et reste encore dans nos mémoires.

Aujourd'hui, la France rend hommage à tous les résistants en Corse et à tous les Corses résistants.

Dans cette citadelle, nous saluons aussi la mémoire de Guy VERSTRAETE et de Charles ANDREI, martyrs du même combat, torturés ici-même et fusillés à Bastia début juillet 1943.

Comment devant vous ne pas évoquer le rôle de Pierre GRIFFI, de Jean NICOLI ou encore de Michel BOZZI ? Tous les trois furent des résistants de la première heure et préparèrent la libération de la Corse. En août 1943, ils payèrent de leur vie leur engagement.

Comment ici à Ajaccio ne pas évoquer Danielle CASANOVA, née Vincentella PERINI, fille du pays ? A Paris, militante communiste clandestine, elle lutta contre l'occupant en organisant des manifestations, en rassemblant et en écrivant. Arrêtée en février 1942, elle fut déportée et périt à Auschwitz. Je sais qu'elle fait aussi la fierté des Corses et de la Corse.

Entre 1942 et 1943, ce sont des centaines de résistants qui ont été arrêtés et parfois déportés. Sur l'île, plus de 160 résistants ont fait le sacrifice de leur vie dans les combats pour la libération. Leurs noms s'ajoutent à la longue liste des Corses morts pour la France.

Je crois essentiel de nous souvenir aussi des missions de renseignement, de repérage et de soutien aux maquisards qui ont été menées par les Forces Françaises Libres.

Ces missions ont été un travail indispensable en amont des combats. Ce fut bien sûr le sens de la mission secrète Pearl Harbour. Le sous-marin Casabianca symbolise, à lui seul, le lien entre la Corse et Alger, entre les patriotes de l'île et les Français Libres, entre la résistance et l'armée française.

Ces tâches à haut risque ont souvent été accomplies par des résistants venus d'Alger, je pense ici notamment à Roger DE SAULE et Paulin COLONNA D'ISTRIA.

Ils ont été accompagnés par des centaines d'hommes et de femmes particulièrement décidés, ils ont été appuyés par la sympathie active de la population. Tous et toutes attendaient impatiemment l'occasion d'entamer le combat contre l'occupant.

A cet égard, je pense au village de Levie, théâtre d'affrontements âpres pour le contrôle des cols de l'Alta Rocca. La farouche résolution et la bravoure exemplaire des partisans ont arrêté la poussée allemande. Village héroïque, cet acte lui a valu d'être honoré par l'attribution de la croix de guerre avec palme et une citation à l'ordre de l'armée.

Ceux qui se sont levés pour se libérer font notre fierté. Aujourd'hui, ensemble, nous leur témoignons notre reconnaissance.


Je souhaite m'adresser particulièrement aux jeunes présents ce matin. Votre participation à cette cérémonie fait de vous les héritiers de cette mémoire. Vous en êtes les porteurs, vous en êtes l'avenir.

Je sais que dans les établissements scolaires de l'île, ces faits sont rappelés, cette histoire est enseignée, cette mémoire est transmise. L'investissement du corps enseignant a permis aux plus jeunes de ne pas oublier ces hautes figures.

C'est le cas notamment par la participation au Concours National de la Résistance et de la Déportation ainsi qu'aux concours de l'ONAC-VG.

A cet égard, je tiens à féliciter les élèves de troisième du collège FESCH d'Ajaccio, lauréats de « Bulles de Mémoire » pour le prix du musée de l'Ordre de la Libération. J'aurai dans quelques instants l'occasion de découvrir leur travail ; de même j'attends avec impatience la présentation de l'exposition des affiches réalisées par les étudiants en Arts Plastiques de l'Université de Corte.


Monsieur le Maire, votre ville demeurera dans notre histoire la première ville libérée de la France métropolitaine. C'est ici que l'île de Beauté a renoué avec la République, c'est ici que fut restaurée la légalité républicaine.

Ajaccio fut la tête de pont de la libération de la Corse. Par l'action conjointe des patriotes corses, de l'armée française, du Bataillon de Choc et des Goumiers marocains, la liberté fut reconquise de village en village, de ville en ville, de col en col.

Quatre jours après la libération totale de l'île, la visite du général DE GAULLE à Ajaccio se fit dans une marée d'enthousiasme. Au son de la Marseillaise, hommes, femmes et enfants se sont rassemblés dans la joie et dans la fierté retrouvée. La concorde qui se manifeste à cette occasion annonce par anticipation le défilé dans Bayeux libérée le 14 juin 1944.

La nation ne peut oublier que le vent de la liberté qui souffla sur la France à l'été 1944 s'est levé ici. C'est, j'imagine, toujours ce frisson libérateur qui traverse les Corses lors de chaque commémoration.


Honneurs aux résistants corses.

Vive la République ! Vive la France !


Source http://www.corse-du-sud.gouv.fr, le 5 octobre 2018

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