Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 4 octobre 2018, sur la démission de Gérard Collomb du ministère de l'intérieur et sur la politique de l'environnement. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire, avec France Info le 4 octobre 2018, sur la démission de Gérard Collomb du ministère de l'intérieur et sur la politique de l'environnement.

Personnalité, fonction : RUGY François de, FAUVELLE Marc .

FRANCE. Ministre de la transition écologique et solidaire;

ti :

MARC FAUVELLE
Notre invité ce matin a remplacé Nicolas HULOT il y a un mois aujourd'hui. Il est Ministre de la Transition écologique et solidaire et c'est Renaud DELY qui lui pose la première question.

RENAUD DELY
Bonjour François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY, MINISTRE D'ETAT, MINISTRE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE
Bonjour.

RENAUD DELY
Alors Nicolas HULOT est parti, c'était il y a un mois, et puis Gérard LARCHER c'est cette semaine. Le gouvernement peut-il vivre longtemps sans un ministre de l'Intérieur à temps plein ?

FRANÇOIS DE RUGY
Le gouvernement aura, bien sûr, un ministre de l'Intérieur. Le Premier ministre assure l'intérim avant la nomination du successeur de Gérard COLLOMB. Chacun a pu voir ces derniers jours d'ailleurs que la sécurité des Français est évidemment assurée, que les services de police et de gendarmerie sont en ordre de marche puisqu'il y a eu et le démantèlement d'un réseau terroriste à Grande-Synthe à côté de Dunkerque lundi et l'arrestation de Rédoine FAID hier.

RENAUD DELY
L'ancien président de la République, François HOLLANDE, vient de dire ce matin qu'un intérim au ministère de l'Intérieur ce n'était pas possible.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui.

RENAUD DELY
Il n'y a pas longtemps. Quelques heures.

FRANÇOIS DE RUGY
J'ai entendu dans les informations, juste avant cette interview, que tout le monde l'interprétait évidemment comme une pique personnelle de François HOLLANDE à son successeur. Ce n'est pas très élégant. D'ailleurs, vous savez, François HOLLANDE a dans son gouvernement en 2015 laissé le ministère de l'Emploi sans titulaire pendant deux semaines. Donc je crois qu'à un moment donné, ce qu'il faut c'est regarder les choses de façon très tranquille sur la sécurité. C'est une des priorités de notre gouvernement depuis le début. Ça l'était déjà d'ailleurs sous François HOLLANDE après les attentats. On a augmenté les effectifs, on a augmenté le budget, il y a des recrutements tous les ans dans la police et dans la gendarmerie, on va continuer à le faire également pour la défense nationale ; c'est cela qui compte. Par ailleurs, les péripéties personnelles, vous savez, moi j'avais eu l'occasion de le dire…

MARC FAUVELLE
« Péripéties », c'est ce que vous dites-vous aussi comme Emmanuel MACRON.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui. Je trouve, je l'avais dit d'ailleurs…

MARC FAUVELLE
Un ministre d'Etat qui démissionne, qui impose sa démission à l'Elysée, c'est une péripétie ?

FRANÇOIS DE RUGY
Après l'interview de Gérard COLLOMB dans le magazine L'Express où il annonçait sa candidature à la mairie de Lyon : les élections municipales ont lieu en mars 2020. Les Français doivent trouver quand même étrange qu'on commence à parler des municipales, à s'organiser pour les municipales en septembre-octobre 2018 pour quelque chose qui a lieu dans plus d'un an et demi. Et donc moi, je lui avais dit que je désapprouvais cette façon de faire. Autant j'ai approuvé l'action de Gérard COLLOMB lorsqu'il était ministre et je n'étais pas moi-même membre du gouvernement. Je l'ai toujours soutenu sur la sécurité, sur l'immigration. Ce n'est pas facile et il a fait un bon travail. Mais c'est dommage d'avoir fait primer une démarche personnelle, un intérêt personnel par rapport à des municipales qui ont lieu en mars 2020.

RENAUD DELY
Un intérêt personnel, justement ici-même à cette place hier, le président du Sénat Gérard LARCHER s'en étonnait aussi. Je vous propose de l'écouter.

GERARD LARCHER, PRESIDENT DU SENAT
Je constate que Gérard COLLOMB a préféré Lyon à MACRON et j'avoue que je ne comprends pas cette hiérarchie. Le Gaulliste que je suis, et pourtant j'ai été maire avec sans doute la même affection pour ma commune, Rambouillet, que lui pour Lyon, mais l'Etat passe avant tout et le service de l'Etat passe avant tout. C'est en tous les cas la conception qui est la mienne.

RENAUD DELY
Et Emmanuel MACRON avait dans un premier temps refusé cette démission. C'est donc un vrai camouflet que Gérard COLLOMB ait finalement insisté pour rentrer à Lyon dès hier.

FRANÇOIS DE RUGY
Je suis d'accord avec Gérard LARCHER et Gérard LARCHER a raison de dire que quand on s'engage pour rentrer au gouvernement… Voyez, moi je me suis engagé. J'étais président de l'Assemblée nationale, j'ai accepté parce que le Président me l'a demandé : je considère que je m'engage dans la durée, potentiellement jusqu'à la fin du mandat parce qu'il faut de la continuité dans l'action. Je crois que les Français souhaitent qu'on ait des ministres qui soient concentrés sur leurs fonctions ministérielles, sur l'action de leur ministère.

RENAUD DELY
Mais il y avait une vraie proximité jusque-là entre le président de la République et Gérard COLLOMB. Ça veut dire que le président de la République est un mauvais DRH en quelque sorte ? Il n'a pas senti justement cette dimension-là chez Gérard COLLOMB ? Parce que vous dites que c'est un caprice en gros.

FRANÇOIS DE RUGY
Vous ne pouvez pas rendre le président de la République responsable d'un choix personnel d'un de ses ministres qui dit tout à coup vouloir préparer les élections municipales de Lyon.

MARC FAUVELLE
Vous dites vous-même que vous avez été surpris lors de l'interview à L'Express, c'était il y a plus de deux semaines. Il aurait pu le virer à ce moment-là Gérard COLLOMB plutôt que d'attendre que son ministre lui-même demande à sortir du gouvernement.

FRANÇOIS DE RUGY
On ne va pas passer toute l'émission sur la question de l'attitude de Gérard COLLOMB.

MARC FAUVELLE
Non. On va en faire encore quelques secondes et on va passer à la suite.

FRANÇOIS DE RUGY
Moi, j'ai dit ce que j'en pensais.

RENAUD DELY
C'est l'attitude d'Emmanuel MACRON qui est intéressante. C'est l'attitude d'Emmanuel MACRON qui nous intéresse là : il s'est trompé.

FRANÇOIS DE RUGY
Non. Emmanuel MACRON, il l'a nommé ministre de l'Intérieur en mai 2017. Je crois qu'à l'époque, personne n'a contesté d'ailleurs ce choix. Tout le monde pensait qu'il avait tout à fait évidemment les épaules pour assumer cette fonction. Il les avait d'ailleurs, il l'a fait. Maintenant, il décide de repartir à Lyon ; c'est dommage mais c'est ainsi.

MARC FAUVELLE
Un mot, François de RUGY, sur la situation depuis hier soir dans le Béarn. Il y a des barrages dressés sur plusieurs routes par des éleveurs notamment qui s'inquiètent de la réintroduction annoncée de deux ourses femelles dans l'ouest des Pyrénées. Est-ce que vous confirmez d'abord que les ourses vont bien arriver dans les heures ou dans les jours qui viennent ?

FRANÇOIS DE RUGY
De toute façon, moi je suis allé dans les Pyrénées pour dire, d'abord à Pau puis avec une maire dans une petite commune à 1 800 mètres d'altitude - un couple de bergers - je suis allé dire que nous allions procéder à la réintroduction des ours et tout le monde savait très bien qu'il y a un créneau, comme on dit, qui était en effet dans les quinze premiers jours d'octobre.

MARC FAUVELLE
Donc on y est.

FRANÇOIS DE RUGY
Mais je ne donnerai pas plus de détails pour les raisons que vous venez d'évoquer. C'est-à-dire qu'il y a des personnes qui se croient autorisées à faire des barrages sur les routes, à menacer, à me menacer avec des fusils puisque quand moi je suis allé à Pau, ils ont voulu m'empêcher d'aller dans la montagne. Ils ont fait des pressions sur des éleveurs qui avaient accepté de nous rencontrer pour que ce ne soit pas possible et ils ont brandi des fusils à mon encontre. Et puis maintenant, ils disent : « On va faire des barrages sur la route ». Ça, ce sont des attitudes inacceptables. Moi, je comprends les mécontentements, même la colère. Ça existe le sentiment de colère mais ça ne justifie pas tout. Et donc, nous continuerons même quand il y a des difficultés. Moi, je ne me dérobe pas devant les difficultés ni devant les problèmes.

MARC FAUVELLE
Vous confirmez qu'on va les lâcher, entre guillemets, par hélicoptère ? On ne va pas les lâcher de haut évidemment. Qu'on va les déposer par hélicoptère pour éviter les barrages ?

FRANÇOIS DE RUGY
Nous emprunterons - quand je dis « nous », c'est les services du ministère de la Transition écologique et solidaire ; en l'occurrence, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage qui est chargé de cette mission de réintroduction de l'ours, de deux ourses - ce sera fait de la meilleure façon qui soit pour que cela puisse être fait tranquillement et qu'on ne cède pas évidemment à des pressions, à des menaces ou à des barrages.

RENAUD DELY
Le coût de ce plan qui avait été initié par votre prédécesseur ? On a parlé d'un million d'euros.

FRANÇOIS DE RUGY
Alors ça, c'est complètement faux. Non mais c'est même pire que cela : il y a un journal qui a dit que mon déplacement à Pau et sur la commune d'Etsaut dans le Béarn, dans la vallée d'Aspe, avait coûté un million d'euros. C'est complètement délirant. Je pourrais vous donner le prix du billet d'avion puis du billet de train ; c'est ridicule. En revanche, l'opération de réintroduction de l'ours, elle coûte 350 000 euros. Ça, je l'ai dit depuis le départ, c'est totalement transparent. Il y a des opposants qui agitent d'autres chiffres qui n'ont rien à voir. En revanche, on dépense tous les ans plusieurs millions d'euros, même plusieurs dizaines de millions d'euros en soutien aux éleveurs de montagne et c'est important. L'agro-pastoralisme, c'est-à-dire l'agriculture en montagne, où on emmène les troupeaux l'été et on les fait redescendre l'hiver, ça c'est un soutien public très important. S'il n'y avait pas ce soutien public, il n'y aurait plus d'élevages de montagne. (…)

MARC FAUVELLE
François de RUGY, vous serez demain au Salon de l'automobile à Paris, est-ce que c'est vraiment votre place ?

FRANÇOIS DE RUGY
Oui.

MARC FAUVELLE
Celle d'un ministre de l'Ecologie ?

FRANÇOIS DE RUGY
Si le ministre de l'Ecologie ne va pas à la rencontre des industriels de l'automobile, ne va pas voir quelles sont les solutions, les produits qui sont offerts aux Français, offert que les Français pourront acheter demain dans le domaine des transports individuels, l'automobile, c'est le mode de transport individuel…

MARC FAUVELLE
C'est l'avenir la voiture ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi l'avenir, je pense qu'il est à la diversification, dans ce domaine comme dans d'autres, c'est déjà à l'oeuvre. Vous avez des millions de Français qui tous les matins prennent le train, prennent le métro, prennent le bus prennent le tramway, prennent le car pour aller au travail, alors qu'il y a encore quelques années, on nous disait il n'y a que la voiture. Nous avons développé également un plan vélo, aujourd'hui le vélo est un mode de déplacement, pas simplement un sport, c'est un mode de transport. Mais évidemment que l'enjeu de l'automobile est un enjeu écologique majeur parce que si on veut réduire les émissions de CO2, il faut réduire évidemment les émissions de CO2 des voitures.

RENAUD DELY
Ca veut dire que c'est quoi l'avenir de la voiture, c'est la voiture tout-électrique, c'est quoi, quel modèle ?

FRANÇOIS DE RUGY
A long terme, à l'horizon on peut dire 2040, c'est l'horizon que nous nous sommes fixés, sans doute oui que l'avenir de l'automobile est à une automobile en tout cas qui n'émet plus du tout de CO2. Et donc soit électrique, tout électrique, soit hydrogène. Entre-temps parce que nous ne sommes pas en 2040, nous sommes en 2018, eh bien et on sait qu'à l'échelle de l'automobile il faut se donner, surtout regarder les dix prochaines années, nous aurons beaucoup plus de véhicules hybrides, beaucoup plus de voitures hybrides électriques rechargeables, j'en ai moi-même une, je sais comment ça fonctionne et des voitures tout électrique qui sont déjà sur le marché, dont certaines sont à prix abordables. Je ne vais pas faire la publicité de telle ou telle marque, mais vous savez quand même que le groupe RENAULT-NISSAN qui est un groupe franco-japonais est le groupe qui a le plus d'offres de voitures électriques, mais de voitures électriques grand public. Il y a des voitures électriques plus chères, de haut de gamme.

RENAUD DELY
Vous ne faites pas de publicité, François de RUGY, mais vous avez cité un groupe, en l'occurrence RENAULT-NISSAN…

FRANÇOIS DE RUGY
J'ai quand même le droit de citer les réussites françaises et on a de quoi être fier d'ailleurs de ce groupe industriel RENAULT-NISSAN qui est un groupe mondial, qui est un des numéros un mondiaux, quasiment à égalité avec VOLKSWAGEN et GENERAL MOTORS et qui a décidé de s'engager dans l'électrique à une époque où personne n'y croyait. Moi, je peux le dire, j'ai auditionné Carlos GHOSN en tant que député en 2008, il y a dix ans à l'Assemblée nationale et il disait, nous faisons le pari de l'électrique, tout le monde lui riait au nez.

RENAUD DELY
Il est dit, François de RUGY, qu'il n'y en aura pas sur ce plateau ce matin que pour le groupe RENAULT-NISSAN…

FRANÇOIS DE RUGY
Non il y a aussi le groupe PSA.

RENAUD DELY
Je vous propose d'écouter le PDG de PSA justement, Carlos TAVARES.

FRANÇOIS DE RUGY
Je l'ai rencontré lundi soir avec le Président de la République.

RENAUD DELY
Il évoque la question du coût de la voiture électrique, on écoute Carlos TAVARES.

FRANÇOIS DE RUGY
Il a raison.

CARLOS TAVARES, PRESIDENT DU DIRECTOIRE DU GROUPE PSA
La mobilité propre, c'est comme la nourriture bio, c'est plus cher. C'est quelque part une modification du modèle de société dans lequel nous opérons qui doit se piloter de manière très stratégique en abordant l'ensemble des volets de cette transition. Et cette approche stratégique est superficielle et que le pilotage de cette transition nécessite un professionnalisme beaucoup plus rigoureux, beaucoup plus développé qui aborde l'ensemble de ces volets, y compris le volet fiscal et pas uniquement le volet de l'objet de mobilité en soi.

RENAUD DELY
Le problème de l'électrique, c'est que c'est comme le bio nous dit Carlos TAVARES, ça coûte plus cher.

FRANÇOIS DE RUGY
Alors il se trompe sur le bio car aujourd'hui il y a beaucoup de produits bio qui sont exactement au même prix que, les Français le savent, dans les supermarchés, on a des produits bio à des prix tout à fait abordables.

RENAUD DELY
Sur les voitures bios ?

FRANÇOIS DE RUGY
Sur la voiture, c'est vrai qu'aujourd'hui la voiture électrique, c'est un surcoût important et les Français ne peuvent pas supporter tout ce surcoût tout seul et on ne peut pas le faire qu'avec des primes. Nous avons déjà, vous le savez, des subventions à l'achat de voitures électriques. Donc il faut évidemment que le processus industriel puisse devenir un processus de masse et qui permette de faire baisser les prix et cela prendra du temps.

MARC FAUVELLE
Combien de temps ?

FRANÇOIS DE RUGY
Et c'est pour ça que je vous ai dit, que dans les 10 prochaines années, il ne faut pas miser sur le tout électrique, si on misait sur le tout-électrique dans les 10 prochaines années, on irait dans le mur tant du point de vue écologique, parce qu'on n'aurait pas les résultats escomptés, que du point de vue économique et social, parce que l'aspect social est très important et pour les Français qui donc, on regarde le coût de leur voiture, le coût de leurs déplacements et aussi pour l'industrie puisqu'il y a des emplois très importants en Europe, particulièrement en France dans l'automobile.

MARC FAUVELLE
Je voudrais qu'on prenne, François de RUGY, deux exemples de ce qui se passe en ce moment à l'étranger, d'abord le Danemark qui a annoncé cette semaine qu'il allait interdire tous les moteurs quasiment demain, en 2030, on ne vendra plus aucun moteur thermique, ni à essence, ni diesel au Danemark, en France, c'est pour quand ?

FRANÇOIS DE RUGY
En France, on a dit 2040 et vous savez quand, c'était mon prédécesseur d'ailleurs qu'elle avait annoncé cela, quand on a dit 2040, tout le monde nous a ri au nez, a dit c'est impossible etc, d'autres pays, vous citez le Danemark, bon qui n'est pas un pays producteur de voitures…

MARC FAUVELLE
Qui n'a pas de constructeur, c'est ça qui change tout.

FRANÇOIS DE RUGY
Surtout qui est un pays beaucoup plus petit, ça ne vous aura pas échappé…

MARC FAUVELLE
Et où la place du vélo est déjà immense.

FRANÇOIS DE RUGY
… beaucoup plus dense, donc c'est un pays, en France nous avons une particularité et nous en sommes assez heureux d'ailleurs, c'est que nous avons et les villes et des campagnes très diversifiées, la montagne, des zones d'habitats peu denses, donc dans ces zones-là, évidement la voiture garde une place importante. D'ailleurs contrairement à une idée reçue, je tiens à le dire, la voiture électrique n'est pas fait principalement pour les villes, elle est beaucoup plus adaptée pour nos concitoyens, qui, tous les jours, font des dizaines de kilomètres notamment la campagne, dans les communes périurbaines, comme on dit souvent, notamment en Ile-de-France. Et à ce moment-là, on peut davantage amortir le surcoût à l'achat parce qu'en fonctionnement une voiture électrique coûte beaucoup moins cher qu'une voiture classique.

RENAUD DELY
Et puis il y a un autre pays qu'on l'évoquait ce matin, c'est l'Allemagne. En Allemagne pour se débarrasser, ils se débarrassent de leur diesel pour acheter une voiture essence, les automobilistes peuvent percevoir une prime qui peut aller jusqu'à 10.000 euros.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui, alors il faut quand même…

RENAUD DELY
C'est une source d'inspiration ça pour la France ?

FRANÇOIS DE RUGY
Alors deux choses, un : l'Allemagne, c'est particulier, c'est qu'en réalité c'est pour solder ce qu'on a appelé le dieselgate, c'est-à-dire que les constructeurs qui ont vendu des voitures en ayant triché sur les émissions réelles des moteurs, qui avaient dit ces moteurs sont propres et en fait ils ne l'étaient pas, vont de fait en quelque sorte rembourser les consommateurs qui ont été trompés.

MARC FAUVELLE
10 000 euros.

FRANÇOIS DE RUGY
Et c'est une forme d'amende.

MARC FAUVELLE
10 000 euros. En France, la prime de conversion c'est 1 000 ou 2 000 euros en fonction de si on est en imposable ou pas. Et en France, pardon François de RUGY, c'est l'Etat qui paye là où en Allemagne ce sont les constructeurs qui payent.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui. Alors en France, qu'avons-nous fait ? Pendant la campagne électorale, Emmanuel MACRON et nous, les candidats aux législatives, nous avons dit : « Nous allons mettre en place une prime qui, pour la première fois, concernera les véhicules neufs et d'occasion pour acheter des véhicules - parce qu'aujourd'hui il y a sur le marché de l'occasion des véhicules non polluants ou peu polluants - pour permettre aux Français qui n'ont pas de quoi s'acheter une voiture neuve de pouvoir acheter un véhicule moins polluant. » Et nous avons dit : « Ce sera 1 000 ou 2 000 euros selon qu'on est imposable ou non imposable. » On l'a voté en septembre, il y a un an, en septembre 2017. On l'a mis en oeuvre au 1er janvier 2018 et là, au jour où je vous parle, nous avons complètement dépassé les objectifs.

MARC FAUVELLE
On est à combien ?

FRANÇOIS DE RUGY
On s'était fixé 100 000 voitures par an et sans doute nous finirons l'année à plus de 200 000. Et nous allons payer parce qu'à un moment donné, les Français se sont demandé si on allait payer quand même la prime.

RENAUD DELY
Voilà. Il y a un bug d'ailleurs sur le versement de cette prime aujourd'hui. Il y a plusieurs dizaines de milliers de Français qui l'attendent.

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a eu des retards. Les services de l'administration sont en train de résorber ce retard et donc nous allons poursuivre l'année prochaine. Et vous savez que ça marche bien…

RENAUD DELY
C'est reconduit.

FRANÇOIS DE RUGY
Oui. Puisque 80 % des véhicules qui sont ainsi mis à la casse sont des vieux diesels.

MARC FAUVELLE
François de RUGY, je voudrais savoir ce que vous dites aujourd'hui à un Français qui a un diesel, un vieux diesel par exemple, qui n'a pas les moyens de le changer, qui voit le prix du carburant augmenter année après année, qui voit la cote de sa voiture baisser assez fortement ; qu'est-ce que vous lui dites ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je lui dis justement qu'il y a cette prime, cette prime à la conversion, qui encore une fois…

MARC FAUVELLE
Mais 1 000 ou 2 000 euros, on sait que ça ne suffit pas toujours à changer de voiture quand on n'a pas les moyens, quand on a une vieille voiture. On l'aurait sans doute fait bien avant si on avait pu. Qu'est-ce que vous lui dites ? D'attendre encore, d'attendre que sa voiture aille à la casse dans quelques années ?

FRANÇOIS DE RUGY
Moi, je ne suis pas… On n'est pas là pour faire du conseil individuel, mais moi je connais la situation. Ça fait très longtemps que j'ai le permis de conduire et que j'ai acheté de nombreuses voitures, y compris des diesels. Parce qu'à une époque, par exemple, pour acheter une voiture familiale, vous n'aviez que des diesels sur le marché. Aujourd'hui, le marché a complètement changé. Vous savez que le marché du véhicule neuf aujourd'hui, c'est moins de 40 % les véhicules diesel. En 2012 il y a six ans – six ans - on était à plus de 70 %. On a divisé par deux la part du diesel sur le marché des véhicules neufs. D'ailleurs, ça a des conséquences sur le marché de l'occasion. Aujourd'hui, vous avez un marché de l'occasion qui est abondant en France et donc si vous avez une vieille voiture, vous pouvez en acheter une qui est plus récente et qui sera à un prix abordable, qui vous fera des coûts d'entretien plus faibles et qui aura aussi une consommation plus faible, ce qui fait que vous aurez un coût à la pompe plus faible. Si on se situe dans l'idée qu'on ne peut rien changer, c'est sûr qu'à ce moment-là on n'aura pas de progrès ni écologique ni économique et social, parce qu'à chaque fois tout se tient. En revanche, si on dit : « On est dans une transformation », chacun évidemment y participe et y trouve son intérêt. Et franchement aujourd'hui dans l'automobile, les Français trouvent leur intérêt à avoir des véhicules moins polluants parce que ce sont des véhicules qui consomment moins et donc qui coûtent moins cher en fonctionnement. (…)

MARC FAUVELLE
On parlait des voitures, on va parler des camions à présent. Renaud DELY.

RENAUD DELY
François de RUGY, vous avez évoqué il y a quelque temps le fait que vous travaillez sur la piste de la création d'une taxe poids lourds, cette taxe elle ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement, je vous propose d'écouter votre collègue chargé de l'Economie et des Finances Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE, MINISTRE DE L'ECONOMIE ET DES FINANCES
Attention à ce réflexe systématique dès qu'il y a un problème, une nouvelle taxe. Parce qu'au bout du compte…

MARC FAUVELLE
Il faut arrêter d'emmerder les routiers, comme dirait Emmanuel MACRON ?

BRUNO LE MAIRE
Non mais chaque taxe est toujours justifiée, il y a toujours la meilleure raison du monde pour créer une taxe ou un impôt. Eh bien il faut bien quelqu'un qui dise : attention, stop aux taxes, stop aux impôts, les gens…

RENAUD DELY
Y compris quand ces taxes visent à lutter contre la pollution.

BRUNO LE MAIRE
Mais, il y a une fiscalité écologique que nous avons mise en place, elle est déjà très ambitieuse, mais attention à ce réflexe pavlovien de la taxe.

RENAUD DELY
Vous êtes pavlovien François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Pas du tout. Vous savez les données du problème sont simples. Nous avons une politique de transport, d'investissements publics dans les transports, dans les infrastructures de transport. On parlait de la voiture, mais la voiture elle ne roule pas dans les champs, elle ne roule pas dans les airs, elle roule sur des routes, des routes qu'il faut entretenir, des routes qu'il faut parfois construire, qu'il faut parfois réaménager, ça coûte de l'argent. Il y a le transport ferroviaire que nous voulons aussi relancer, nous voulons le relancer là aussi en faisant des travaux sur les lignes inexistantes. Vous savez, là, à l'heure où je vous parle il y a sans doute des Français qui sont quelque part en France bloqués dans un train qui est arrêté parce que la voie est en mauvaise état.

RENAUD DELY
Clairement, le ministre de l'Economie et des Finances est contre la création de cette taxe que vous défendez sur les poids lourds, c'est un problème quand même.

FRANÇOIS DE RUGY
Je finis mon raisonnement, c'est qu'il faut financer ces infrastructures de transport, ces investissements. En général, quand on fait le tour des projets de transports, tout le monde en veut plus, la ministre des Transports Elisabeth BORNE elle est allée dans toutes les régions, tous les présidents de régions, tous les maires de grandes villes ont dit : il en faut plus, plus de TGV, plus de routes, et puis ensuite quand il s'agit de financer, là il n'y a plus personne.

MARC FAUVELLE
Et il y a Bercy qui dit non.

FRANÇOIS DE RUGY
Nous, nous avons... Non non non, non même monsieur LE MAIRE il est tout à fait d'accord pour qu'on fasse des infrastructures de transport y compris en Normandie par exemple. Et puis à un moment donné on a fait des tas de promesses qui n'étaient pas financées. Alors nous, nous avons décidé de mettre fin à cette irresponsabilité, c'est une opération vérité que nous menons et nous allons le faire par la loi, c'est du jamais vu, une loi qui programmera les infrastructures de transport et qui mettra en face les financements.

RENAUD DELY
Cette taxe poids lourds elle verra le jour.

FRANÇOIS DE RUGY
On verra quel est le meilleur mode de financement. Moi j'ai fait cette proposition de vignette, comme ça existe en Suisse par exemple, la Suisse qui finance, par exemple l'équivalent du tunnel Lyon – Turin il est fini depuis longtemps en Suisse, c'est le tunnel du Saint-Gothard, il a coûté à peu près le même prix, il est fini depuis longtemps, les trains circulent dedans et les marchandises sont sur les trains au lieu d'être sur les camions. Bon, nous en France on est encore là avec un projet de tunnel qui a commencé à être percé mais dont on ne sait même pas s'il ira au bout, parce que, y compris il y a des problèmes de financement. Donc soit c'est la vignette poids lourds qui permet de taxer, pas seulement, mais qui permet de taxer les camions étrangers qui traversent la France, sans faire le plein.

RENAUD DELY
Pas seulement les camions étrangers ?

FRANÇOIS DE RUGY
Parce qu'en Europe, vous ne pouvez pas faire une discrimination entre différents camions de l'Union européenne. Mais ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui vous avez des camions qui traversent la France, et ils ne font même pas le plein en France. Donc ils paient zéro taxe en France. Vous savez ce que c'est ? 35 % du flux de camions en France, c'est des camions étrangers, la perception des taxes c'est 8 %, la contribution des étrangers aux taxes, c'est 8 %. Après on discutera.

RENAUD DELY
Les camions français seraient donc aussi concernés par cette vignette, vous le disiez à l'instant.

FRANÇOIS DE RUGY
Evidemment, mais vous savez que les camions français ils paient à la pompe un carburant qui est taxé, et les taxes permettent de financer les infrastructures de transport. Vous savez, c'est simple, on discutera avec les professionnels. Moi, si à un moment donné, moi je ne suis pas du tout plus pour une solution que pour une autre, ce que je veux c'est que quand on fait, quand on prend des engagements, sur les investissements, pour les transports, on les finance, ou alors on fait moins d'investissements, c'est une autre solution, mais vous voyez, en Ile-de-France, on parlait de l'Ile-de-France, des millions de personnes qui prennent le train, qui prennent par exemple la ligne 13 du métro, une des lignes les plus chargées, souvent bloquée, on a fait des tas de projets, mais ils n'ont pas toujours été financés

MARC FAUVELLE
François de RUGY, je vais tenter une question simple, il nous reste peu de temps, et je vais vous demander, si c'est possible, une réponse simple également. Est-ce que vous serez le ministre de l'Ecologie, qui annoncera pendant son séjour au ministère, la fermeture de Fessenheim ?

FRANÇOIS DE RUGY
Ah mais c'est déjà fait, l'annonce elle est déjà faite

MARC FAUVELLE
Alors la date de la fermeture.

FRANÇOIS DE RUGY
Nous sommes en train, nous passons beaucoup de temps avec Sébastien LECORNU qui est secrétaire d'Etat auprès de moi, c'est une des premières réunions que j'ai eues avec les élus locaux et le directeur de la centrale, et je me rendrai sur place…

MARC FAUVELLE
Et donc vous avez la date à nous annoncer ce matin.

FRANÇOIS DE RUGY
Et donc naturellement la centrale fermera pendant ce mandat d'ici 2022.

MARC FAUVELLE
D'ici 2022 ce sera fermé, fini, vous en êtes sûr et certain ?

FRANÇOIS DE RUGY
Je ne peux vous dire la date, au mois près, parce que vous savez tout simplement, il y a plusieurs questions, d'abord il y a un processus d'accompagnement, y compris social, parce qu'il y a des personnes qui travaillent et il faut les reconvertir, il y a un processus aussi d'économie du territoire, qui ne vivait que là-dessus, et donc il faut aussi diversifier, et puis enfin il y a une question d'approvisionnement de l'électricité. Moi je suis ministre de l'Energie, et le ministre de l'Energie doit garantir aux Français qu'il n'y aura pas de coupures d'électricité dans notre pays, et donc je le garantis tant par rapport à la fermeture de Fessenheim, que la fermeture des centrales à charbon. Je vois d'ailleurs qu'on fait beaucoup plus d'articles, depuis des années, sur la fermeture de Fessenheim, on a beaucoup moins de considération pour les quatre sites de centrales à charbon qu'on va fermer. On va le faire, parce que sinon on n'est pas cohérent sur le climat, mais c'est aussi un enjeu social, c'est aussi un enjeu économique et c'est aussi un enjeu de sécurité d'approvisionnement de l'électricité.

RENAUD DELY
Jusque-là, la dernière date évoquée c'était quand même 2019, là vous dites d'ici 2022. Donc ça peut être 2020, 2021.

FRANÇOIS DE RUGY
Ah non, on est dans ce calendrier. La seule chose c'est que je ne peux pas vous dire le jour et le mois, parce que, à ce stade…

RENAUD DELY
Et l'année non plus.

MARC FAUVELLE
Parce que vous ne savez pas ?

FRANÇOIS DE RUGY
On est enclenché dans un processus…

MARC FAUVELLE
Parce que vous ne savez pas aujourd'hui encore, précisément ?

FRANÇOIS DE RUGY
Non, je vais vous répondre plus précisément. A une époque, on a dit : on fermera Fessenheim quand on ouvrira l'EPR de Flamanville. Aujourd'hui on est obligé d'envisager de ne pas faire les deux opérations en même temps, car tout simplement nous n'avons pas date, y compris EDF n'est pas capable de nous faire, nous donner une date, et l'Autorité de sûreté du nucléaire non plus, sur l'ouverture de Flamanville, ça c'est un constat que je fais

MARC FAUVELLE
C'est incroyable quand même, et on est très en retard, pardon, mais je vous la pose quand même, ce n'est pas incroyable qu'on ne sache pas quand on va ouvrir l'EPR de Flamanville ? 11 milliards de dérapage de chantier.

FRANÇOIS DE RUGY
Il y a manifestement en effet quelques problèmes autour du développement du projet d'EPR, en France…

MARC FAUVELLE
Ça s'appelle une litote, je crois, ce que vous venez de faire.

FRANÇOIS DE RUGY
Non mais moi, vous savez, je suis quelqu'un de responsable, chacun sait les doutes que j'ai toujours eus sur la pertinence du nucléaire, je fais avec, c'est un héritage de plusieurs dizaines d'années, mais par ailleurs il y a aussi une filière, il y a aussi des projets à l'étranger, donc on est des gens responsables, on ne va pas faire des déclarations tonitruantes. En revanche personne ne peut dire aujourd'hui avec certitude quand l'EPR de Flamanville ouvrira, sera en fonctionnement.

MARC FAUVELLE
Merci François de RUGY.

FRANÇOIS DE RUGY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2018

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