Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France Inter le 18 septembre 2018, sur les plans santé et pauvreté, la politique du logement, les suppressions de postes dans la fonction publique et sur La République en marche. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Julien Denormandie, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la cohésion des territoires, avec France Inter le 18 septembre 2018, sur les plans santé et pauvreté, la politique du logement, les suppressions de postes dans la fonction publique et sur La République en marche.

Personnalité, fonction : DENORMANDIE Julien, SALAME Léa.

FRANCE. Secrétaire d'Etat;

ti :

NICOLAS DEMORAND
Léa SALAME, votre invité ce matin est secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires.

LEA SALAME
Et bonjour Julien DENORMANDIE.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

LEA SALAME
Merci d'être avec nous. Le Plan hôpital est présenté aujourd'hui par Emmanuel MACRON. L'urgence est de lutter contre les déserts médicaux. Pour cela, 400 généralistes salariés vont être envoyés dans les territoires prioritaires, sur la base du volontariat. Pourquoi avoir privilégié la base du volontariat, alors que beaucoup disent que ça ne marche pas et qu'il faut des mesures de coercition ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce qu'il faut partir de la demande des médecins, de comprendre ce dont les médecins aujourd'hui ont envie. Il s'avère qu'à titre personnel, par exemple, j'ai un petit frère et une petite soeur qui sortent d'internat, eh bien quand vous discutez avec eux, aujourd'hui, ils vous disent qu'ils veulent s'inscrire dans des parcours de soins, ils veulent pouvoir avoir accès à des structures qui ne les laissent pas seuls, qui les accueillent, et donc, pour lutter efficacement contre les déserts médicaux, moi je ne crois pas du tout à forcer ces jeunes médecins à aller tout seul dans tel ou tel territoire.

LEA SALAME
Oui, sauf que le volontariat ça ne marche pas.

JULIEN DENORMANDIE
Si. Ce qu'il faut faire, c'est recréer de véritables hôpitaux de proximité. Il faut recréer en fait, il faut remettre l'humain et le parcours de soins, au centre de tout. Quand vous recréez des hôpitaux de proximité, c'est-à-dire que vous dites : tel et tel acte de soins, acte de médecine, doivent être au plus proche de l'ensemble de nos concitoyens, mais en même temps, que vous gérez, que vous interconnectez ces hôpitaux de proximité, avec les médecins libéraux, avec les plus gros hôpitaux de ville. A ce moment-là, vous réussissez à recréer cette dynamique. Moi, vous savez, je suis sur le terrain une à deux fois par semaine, je le constate ce désert médical, il est insupportable pour toutes celles et ceux qui nous écoutent, et on a combien d'histoire où c'est la galère, vous luttez pour pouvoir emmener l'un de vos enfants dans un hôpital. Eh bien il n'y a aucune fatalité à ça, il y a énormément de dispositifs qui existent sur le territoire, j'en ai visité des maisons de santé, des maisons de soins, des hôpitaux de proximité, ça marche. Il faut remettre le parcours de soins au centre de tout, et c'est ce que fait Agnès BUZYN avec ce Plan santé très important qui sera annoncé tout à l'heure.

LEA SALAME
Donc il y a le Plan hôpital aujourd'hui, il y a eu le Plan pauvreté la semaine dernière. Les associations ont globalement salué les avancées, sauf sur le logement, votre secteur qui semble-t-il a été oublié, manque d'ambition dit la Fondation Abbé Pierre, rien de neuf, dit l'association Droit au logement. Vous aviez promis, notamment après le drame d'Aubervilliers en août dernier, de taper les marchands de sommeil au portefeuille. On est à un mois après, qu'est-ce que vous avez fait ?

JULIEN DENORMANDIE
La Fondation Abbé Pierre, que je salue, et je travaille vraiment main dans la main avec eux, elle sait très bien tout ce que nous faisons, donc les critiques ne sont pas…

LEA SALAME
Elle sait très bien, mais elle a quand même fait une tribune il y a 2 jours dans le monde pour dire que ce n'est pas assez.

JULIEN DENORMANDIE
Je l'ai vue, mais les critiques sont parfois un peu faciles, et encore une fois, je travaille de manière très constructive avec eux. La Fondation Abbé Pierre, à juste titre, essaie de sonner la sirène d'alarme sur la lutte contre ce qu'on appelle les marchands de sommeil, qui sont des trafiquants de misère, qui sont des personnes qui exploitent la misère de certains de nos concitoyens, mais on parle de plusieurs dizaines de milliers de nos concitoyens. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien on tape ces marchands de sommeil là où ça fait véritablement mal.

LEA SALAME
Qu'est-ce que vous avez fait depuis Aubervilliers ?

JULIEN DENORMANDIE
On est en train, elle devrait être adoptée dans les tout prochains jours…

LEA SALAME
Quoi ?

JULIEN DENORMANDIE
De passer une loi qui s'appelle la Loi logement. Par cette loi, les marchands de sommeil vont être considérés comme des trafiquants de drogue. Moi je leur déclare la guerre à ces marchands de sommeil, je lutterai sans relâche, sans merci, et donc très concrètement, par la loi, on va pouvoir leur confisquer les biens, on va pouvoir les taper au portefeuille comme on fait avec les trafiquants de drogue, et on va pouvoir éviter qu'ils puissent réacquérir des biens, parce qu'aujourd'hui c'est la loi de la jungle, vous êtes un marchand de sommeil, vous vous faites choper, mais 2 secondes après vous avez la possibilité de racheter de nouveaux biens immobiliers. Tout ça par la loi, mais qui sera adoptée dans les prochaines semaines, ce sera terminé.

LEA SALAME
Julien DENORMANDIE, à votre place hier il y avait Jean-Michel BLANQUER, qui nous a annoncé, confirmé, que 1 800 postes seraient supprimés dans l'Education nationale. Et chez vous il en a combien ?

JULIEN DENORMANDIE
En 2017, l'année dernière, il y a eu un peu moins de 200 postes qui ont été supprimés, mais vous savez moi…

LEA SALAME
Non, en 2019, dans la loi qui arrive.

JULIEN DENORMANDIE
Moi j'ai un ministère, dont l'ensemble de ses fonctionnaires sont surtout sur le terrain, et on est en train, on est en train d'étudier la réforme territoriale. On finit finalisera les remontées de terrain d'ici la fin du mois d'octobre, donc on va faire les choses dans le bon ordre…

LEA SALAME
Donc il n'y aura pas de suppression de postes ?

JULIEN DENORMANDIE
On va faire des choses dans le bon ordre, c'est-à-dire qu'on va identifier les missions faites sur le terrain, on va voir si notre dispositif est adapté et en fonction, on déterminera le nombre de suppressions de postes. Mais vous savez, on ne fait pas des suppressions de postes pour faire des suppressions de postes, ont fait des suppressions de postes, parce que un, on doit limiter la dépense publique, et vous nous le reprocherez et les Français nous le reprocheraient si on ne le faisait pas, et en même temps il faut partir des missions, qu'est-ce qu'il est bien fait, qu'est-ce qu'il est mal fait, et en fonction de ça, vous déterminez le nombre de suppressions de postes.

LEA SALAME
Gérard COLLOMB annonce sa candidature à Lyon aux municipales de 2020, il l'annonce ce matin dans L'Express et il annonce aussi qu'il va quitter le gouvernement après les Européennes. Il va vous manquer ?

JULIEN DENORMANDIE
A titre personnel, oui. Moi je connais depuis longtemps, j'ai fait toute la campagne avec lui. Gérard COLLOMB a une décision personnelle, mais il ne l'a jamais caché, cette décision il l'avait déjà évoquée d'ailleurs dans les journaux locaux. Gérard COLLOMB est profondément, viscéralement attaché à la mairie de Lyon et donc il fait ce choix. A tire personnel, oui, il me manquera.

LEA SALAME
La règle édictée par Emmanuel MACRON, c'est que quand on est candidat il faut quitter le gouvernement immédiatement ou... ?

JULIEN DENORMANDIE
Je ne sais pas s'il y a une règle, ce qui est sûr c'est que vous avez une priorité qui est de mener à bien l'action du gouvernement et donc dès lors que cela n'est pas compatible avec porter, mener une campagne aux municipales, je trouve ça tout à fait logique de quitter le gouvernement.

LEA SALAME
Christophe CASTANER a été prié de remballer sa proposition de toucher aux droits de succession. Dimanche il a proposé une réflexion sans tabou sur le sujet, le lendemain Emmanuel MACRON a formellement exclu dans un communiqué, dans une formule lapidaire, toute modification des droits de succession sa présidence. Ils ne s'étaient pas parlé avant ?

JULIEN DENORMANDIE
Il faut leur demander. Ce qui est sûr c'est qu'on ne modifiera pas les droits de succession, ça je vous le confirme, on ne les modifiera pas.

LEA SALAME
Oui, mais alors pourquoi Christophe CASTANER a dit « pourquoi pas, réfléchissons » ?

JULIEN DENORMANDIE
Parce que Christophe CASTANER, il est, et ça ne vous aura pas échappé, chef d'un mouvement politique qui est En Marche. Il s'avère que…

LEA SALAME
Il est aussi ministre, non ?

JULIEN DENORMANDIE
Non mais il s'avère qu'on a beaucoup d'adhérents et que ces adhérents, ils font des propositions, ces propositions il est tout à fait normal que le chef de ce mouvement politique il les transmette, il les relaie, il l'a fait sur les droits de succession, il a fait d'autres propositions par exemple dans le secteur du logement. Donc ceci est tout à fait normal.

LEA SALAME
Ce n'est pas un recadrage du président de la République.

JULIEN DENORMANDIE
Non, ce n'est pas un recadrage. Vous savez, chacun est dans son rôle. Christophe CASTANER fait des propositions qui émanent du mouvement, le président de la République il fixe le cap. La politique c'est choisir, eh bien on a fait un choix très clair, c'est qu'on ne modifiera pas les droits de succession.

LEA SALAME
La députée Frédérique DUMAS a quitté le groupe La République En Marche hier, dénonçant le manque de discussions, le manque d'écoute, le caporalisme dans le groupe et le fait du prince. « On est sur le Titanic », a-t-elle dit. Vous entendez la critique ?

JULIEN DENORMANDIE
Il faut toujours entendre les critiques, mais là très sincèrement, la critique est extrêmement excessive. Vous savez, vous avez cette député qui prend la position que vous venez de rappeler, au même moment où vous avez plus de 8 députés qui représentent des positions et des positionnements différents, qui postulent pour être à la tête de du groupe parlementaire En Marche. Donc vous voyez bien que le débat au sein du groupe majoritaire il existe, il est là. Donc, très sincèrement…

LEA SALAME
Vous n'entendez pas le malaise qui remonte de vos collègues de la République en Marche, on a l'impression que les Marcheurs, un an après, ont perdu la voix, ont perdu la le cap, ont perdu la flamme ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais vous savez, moi je vous invite avec moi sur le terrain pour... J'étais hier soir à Clichy-la-Garenne, pour une réunion avec les adhérents d'En Marche. Moi, on n'arrête pas de me dire « il n'y a plus de dynamique, il n'y a plus personne », on était plus de 200, 200 qui étaient à Clichy-la-Garenne.

LEA SALAME
Donc il n'y a pas de problème.

JULIEN DENORMANDIE
Mais je ne dis pas qu'il n'y a pas de problème, toutes les remontée, les impatiences, il faut les entendre, mais il faut savoir raison garder, le mouvement La République En Marche est un mouvement qui est dynamique, qui a gardé son cap, qui a gardé ses valeurs, et encore une fois hier à Clichy-la-Garenne nous étions plus de 200 autour de ce projet politique que nous portons.

LEA SALAME
Une dernière question et au-delà de la polémique sur la petite phrase d'Emmanuel MACRON avec le chômeur, au-delà de la politique politicienne, le Monde de MACRON, est-ce que c'est quand on est horticulteur, quand on a un diplôme et qu'on ne trouve pas de travail, on doit se résigner à aller faire la plonge dans un restaurant ? Est-ce que c'est ça l'idéal de société ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais ce n'est pas du tout ça. Moi je vais vous dire deux choses. Le premier c'est que c'est quelque chose qui me rend dingue. Je suis tous les jours sur le terrain, je rencontre des dizaines de chefs d'entreprise qui me disent « on n'arrive pas à embaucher des jeunes », et de l'autre côté vous avez des jeunes qui cherchent des emplois. Et puis le deuxième point, on a dit : le président de la République il a eu des propos qui étaient méprisants, mais très sincèrement, il est où le mépris ? Il est dans les propos du président de la République ou dans les propos des oppositions qui depuis des décennies n'ont pas réglé ce problème qui est le problème de l'orientation et de la formation ? Comment aujourd'hui un jeune de 25 ans qui sort d'études, qui veut bosser, n'a pas la capacité ?

LEA SALAME
Julien DENORMANDIE était notre invité. Merci à vous et belle journée.

JULIEN DENORMANDIE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2018

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